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Full text of "Le muséon : revue d'études orientales"

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II 


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LE MUSEON 



LE MU8É0N 

ÉTUDES 
PHILOLOGIOUBS. HISTORIOUES ET RELIGIEUSES 

pnbUé par PH. GOLINBT et L. DB LA VALLÉE POUSSIN 



Fondtf CD ■••! par Gh. de HARLBZ. 



NOUVELLE SÉRIE. 
. VOL. V. 



LOUVAIN 

J.-B. ISTAS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

90, RUB DB BRIJXELLBS. 90 

1904 



Printed in B^lgJ»*^^^ 






Cx_.— «^-oi:-^ .rf^.,jp_- tJ<- -P-^:^ 



Q - ^ ^ H ^ 

40 ^ \^ 



SÜBHASITA-SAMGßAHA 



Summary of Pai\t II. 

Foil. 39-82. Discussion of * wisdom ' and * the means ' (prajhä, 
upäya). 

The upäya as set forth in sundry tantras [39]. Buddha-hood 
cannot be attained by either of these t\vo principles 
singly, but by a full understanding of both [40, 41]. Tan- 
trik and mystic explanations of their nature [41-50]. 
Nature of the Tantrik Yoga. The Yogi is not defiled by 
passion (rdga) ; but conquers passion by passion [50-55]. 
All good action and a fortiori evil action must be avoided 
(by the yogï) ; consideration of definite objects, even of 
the void etc. {eünyäsanyabhavanä), and worship cease 
to be necessary [5C-58]. Cult of the mystic vajra [59-60]. 
The attainment of the state of true happiness (satsukha- 
pada), with discussions, as to thought and thought for 
enlightenment (ciY^a, hodhicitta) [63-67]. Tantrik teach- 
ings* as to prajMy upaya^ and mystic hama gene- 
rally [67-82]. 



(1) Voir Muséon IV. 4. p. 378. 

(2) I have printed text, and even, where extant, also commentary on 
this extraordinary phase of soi-disant Buddhism, thinking it well that 
scholars at least should know the woi'st. To me it all reads like an 
obscene caricature of the teachings both of earlier Buddhism and of the 
legitimate Yoga. We are not, I take it, in a position to solve the doubt 
very properly suggested by M. Barth (Bulletin, III Bouddhisme [1900], 
p. 9), as to whether such teachings were officially reeei\ed. One would 
be only too glad to discover a contemporary denunciation of them In 
any case, it seems to me, they have their historical importance in sug- 
gesting how Buddhism came to be discredited in India, and finally disip- 
peai*ed. 

1 



v'.i- 



6 SUBHÂ^ITÀ-SAMGRAIIA. 

Fol. 83 — ad fin. Sundry tantrik practices for the attainment of 
* perfection \ 

The practice (as an optional course to those previously 
described) caììedjndna-mtuira (* posture of knowledge '); 
fasting and meditation in solitude [S3-84] ; the unmaUa- 
vrata (*mad vow'j; wandering Mike a goblin', eating 
leavings, with tattered clothes or naked (digambara) 
silent and meditating [84-86]. The means for the attain- 
ment of the * great posture * (maMmtidra) are three- 
fold : gentle, of middle kind and supernatural (adhyätma- 
nimitta). The second of these is realized in dreams [88- 
90]. Perfection must be attained by practice (abhyäsa\ 
not by knowledge merely [91]. Various meditations and 
means for attaining the highest yoga [92-94]. One must 
proclaim the law (dharma) to fulfil the highest aspira- 
tions of men [95], but a knowledge of charms (mantra, 
sddhana) is also necessary. These may check sin even in 
great sinners [9Ô-98]. 

Extracts (from the pre-tantrik literature) relating (1) to a 
repentant monk ; and (2) to the ten evil courses. Proper 
preparation represses the tendency to sin, and this pre- 
paration may be carried out through the present work 
and the help of a guru [98 ad fin]. 



PART lì. 



SUßHASITA-SAMGRAHA 
Part II. 

yat punar uktai)!^ * kas ca upâya ' iti atrocyate | sattvâ- 
sayavasäd^ u[39]lpalty-utpanna-kramapratyekabhedena ba- ' 
hutaropâyo mantrasüstre deâitah | 

tathâ câha | 
ekârthatve 'py asammohad vajropàyâd^ adu§karât | 5 

tfkçQendriyâdhikârâc ca mantrasâstram visiçyate || 

tasmâd anena kramenotpannakrame^ 'pi bahûpâyah ' 
kimca yat punah sarvasiddhsidhigatotpannakramâsâdha- 
ranopâyah sa"^ tcsâip granthena nânâtahtrcnâpi gurQpade- 
sah kathyate [ | ] Padmavajra'pììdiytìdvayavivarana'PrajììO' io 
pâyaviniécayasiddliâv^ uktam j 
upâyo *pi calurvidhah Bodhivajrena varnito ' 
Buddhavajrena varnita ... iti yävat ^ ,^' 

sévâvidhânam prathainam dvitlyam upasâdhanam | 

saäiiana[40]in ca trtîyam vai ... mahrìsadhana[iìì] catur- 15 
tham ... iti yâvat ' atra evâbhâvalaksanâ prajnâ ' bhâva- , 
Iakçana upâya iti | 

tathâ coktani ' nihsvabhâvalaksanâ prajnâ svabhâvala- 

(1) Fol. 30. fin. supra. 

(2) »gaya Ms. 

(3) jru«» Ms. 

(4) So the Ms. ; Prof. Poussin suggests that «otpattikr» must be meant. 

(5) sat Ms. 

(6) This quotation I have not succeeded in verifying in the Tibetan 
work cited at fol. 1. Until further bibliographical information is forth- 
coming one may suppose that the present worlt is quite distinct and 
that the compiler added the longer title and au thorns name to keep the 
distinction clear. The extract appears to consist of selections from a pas- 
sage chiefly in ólokas. 



8 SUBHÂÇITA-SAl^GRAIIA. [Ff. 40- 

k^ana upâya iti || tasmât prajnopâyavidhânena^ coditâh | 
j^U )^w^ tatah kurvanti sattvârtham visvarüpo manir yathâ | 
tena tâvat prajneii \ 
upâya iti bhägadvayam vyavastliitam iti || 
5 idânîin vicâi*yate ' prajnayâ kevalayâ kim buddhatvarn 
syân no ced ? upâyaniâlrakramenâpi | 

ucyate cedam | na kevalam prajnâmâtrena buddhatvam 

näpy upâyamâtrena ' kintu yadi punah prajnopâyalakça- 

çau samatâsvabhâvau bhavatah ' etau [41] dvâv ^abhin- 

10 narûpau bhavatah > ekâkârau bhavatah ' f udâ f bhukti- 

inuktir t iti | tathâ coktarp | 

upanayaty abhimatam yasmân naukevâsu phalam tatah | 
sadânukûlayogena sa upâyah prakirtitah {| 
abhayo^'mllanam yac ca salilakçîrayor iva | 
15 advayâkârayogena prajnopâyas^ tad ucyate || 
1 prakseptum câpanetum ca [sakya]te yatra naiva hi | 

prakijepâya ca ya[t] tyaktain dhariDât ta[t]tvaiTi tad ucyate || 
cintâmanir ivâsesa ^ jagat sarvadâ sthitam | 
bhuktimuktipradam samyak prajiiopäyasvarüpatah || 
âo tathâ^ I 

karunâ cha(,lçli (?) jo sunahim la 

so pâvaï uttima ma || 

^ bava karunâ kevala[42jbhâvai 
jamma-sahassahi mokkha na pâvaï || 
25 sunna-karuna jaï jounu sakkaï 

no bhavano - - vânem thakkaï || 
îdani eva samâgamya sambuddhâh sugata);! pura | 

(1) Cf. Iryadeva: Cittaviéuddhipro 41, 115 (éd. Haraprasâd, J. A. S. B. 
1898, pp. 179, 183). 

(2) adbh° Ms. 

+ Sic. Read tadd (or possibly ubhau)bhuktimukti iti. Cf. line 19 below. 

(3) Ms. ^ya tarùcy^ ; but see the next stanza, 

(4) These and other Prakrit verses are discussed in the Appendix. 



>-.v-/^ 



-44] PART II. 9 

sambudhyarite ca sarvatra sambhotsyante jagaddhitâ ' iti [ì 
, punas tatraiva , ,^: 

vajrapadmasamäyogena pr[ajn]opayälinganatah ekâkji- 
rarüpena jnânasvabhâvam bhävayct | tathä Yuganaddlia- 
kram[é] 'py Ärya-iV//gfar;w7?a-padair* apy uktarn | 5 

sarpkleso* vyavadänam ca jnatvä tat paramarthatah | 
ekîbhâvam ca yo vetti sa vetti yuganaddhakam || vc.h. . 

kramepa jnâtvîk tattvajna|h] svâdhislliânaprabhâsvarau^ | 
tayor eva samäja[ni] yad yuganaddhakramo hy asau || 
etad evîidvayam* jnâ[43]nani apimisthîtanîrvrtih | io 

buddhatvam vajrasattvatvam sarvaisvaryarp tathaìva ca || iti 

tathä ca Prajö-tanire \ 
utpattibhägarn kathitam utpannarn kathayâmy aham | 
kha-dhatâv iti padmesu jnânam tfHägam iti smrtam || 
bhàvaneti samäpattis tat sukham dhyänam ucyate | i5 

t yathânyâyam svam utpadyain bodhicittaip tu revateti f 

punar apy uktam tatrawii \ 
râgena badhyate loko rfigenaiva vimucyatc | > . k . ^. 

viparîtil' bhâvanâ e§â na jnâtâ Buddhatirthikaih || ^'^ ^ '^ 

punah I 20 ^y 

yena® tu yena tu badhyati lokas ' 

tena tu tena tu bandhana munce [ | ] 
loko muhyati vetti na tattvam 
tattvavivarjita siddhi na lapse [ || ] ityâdi vistaratì || 

Samayavajrà^'pï\dsi\[ii]v apy uktam | 25 

(1) Paftcakr. VI. 3, 11. 25. 

(2) °sam... tai P. 

(3) am P. 

(4) «ya/flo P. 

t I have written svam utpo for svasadyed of the Ms. ; but the line is 
quite doubtful. 

(5) Hypermetric Aloka ; cf. Ciksas«, introd. p. XXI, as also above fol. 41, 
1. 12 (upanêty abhi°). ksesä Ms. ? caisâ. 

(6) Dodhaka. 

(7) One of the twelve Tantra-âcâryas at Vikramasila. Täran. p. 5. 



10 i^CBHÄ^lTA-SAB^GRAHA. [Ff. 44- 

vaktur antah sphurat tattvaip srotä säki^an na budhyati | 
samudeti kim apy asya vikalpapratibimbakaip || 
svavikalpasatais tais taih kalpaya[rn]s tattvabhâvanâqi | 
'svavikalpâkalasamtânah kas tattvam avabhotsyate || 

5 yas tu vajranayopâyapavitrikytamânasah | 
s^Îiifkrta-svasarpvedyadharmakâyo mahâsukhah || 
atha samarthyasamprâpto vajratmyanirvvta^i* | 
sâk$âiinairâtmya-sa]Tivitti-samu[c]chinnabhavabh[r]amah|| 
svamantrapQtatattvajnah sulabhopäyasampadah | 

10 tasya vajradharasyeha siddhi[ti] karatale^ sthitâ || 
kuIanurQpäm athava yathäläbharp subhäsayäqi | 
yogysirp^ samayasiksfidau mahâ[45jmantranayâsraye || 
yarp kârpcîd athavâ prâpya sarasârp navayauvanäm | 
asathâm akutilârp caiva priyoktyâbhimukh[l]krtâip || 

15 panrai][)bbarasâsvada-pranmkhai[h] parikarmabhih | 
vidyârp vidadhyâd vîjane präk-prabuddhamanobhaväip || 
t[taf rjanîmadhyamântah[slhaTn]^ pI(j[itakr§tdkarQÌkafn | 
mahlsthalabhâlâbhâm^ tu madanahiâditâm tathâ || 
pQrnendau rasanâsthale vikasatkainalrik)*tirp | 

20 prâpya tum paramam kotîm^ da sampadah || 

sundararâsitarutiyabharalasa[ni]^ vitanvatîm | 
sadhanâhalasarpmarda ânandaparainâ[ip] nayet || 
tärp vilokya nianohârP sadâ ghQrpitalocanârp | 
Tathâgatamayarp ceta[hj-stambha[rp] k}'tvânurâ[46]gayet || 

25 nathâ kha sîtânardasana - - - - rdiyat | 

(1) Hypermetron ut supra. 

(2) Cf. infra f. 47. 

(3) Ms. ^ddhi ... tane. 

(4) Ms. yojûâm, which in N. India is pronounced like yogyaip. 

(5) These syllables are coiyectui*es by M. de la Vallèe Poussin. 

(6) mah ispa Ms. 

(7) Lacuna marked in Ms. 

(8) ^ndarasicat^ lasav^ Ms. 

(9) Sic Ms. : neuter adverbial. 



-48] PART II. H 

t muhur^ vidyâdharâi^kâra t -dänadhvanitanandita^ || 
parirainbharasâkrânta-lalanâlalanodyatah | 
samâhlâditasarptâna-Ialita ^ ^ - kanaih {| 

itthamva dvayed valârp | 

lllavatyâ rasoI[I]âsaip samtatânandasiddhaye || 5 

vyomadhâtur dhvajâsangâd amandaspandasampadâ' | 
^rpvid ânandasamdoha spandînî tsamude^iyâf 
tâm udäramaDaskara-spharasa[ni]skrtasarptatili | 
satatarp bhâvayann evam anujnâm bodhimânasaip || 
kçaiiam k^anaruci prakhyarp many-antar lakçayct sphu- lo 

[taip I 
bhavayed ^avadhänena^ k$l[47]nanìbse$akalina$am || 
sarvâvasthaSY^ asai|ivedyâ[h] sâkçâd buddhatvasampada^ | 
vidyâ-kamala-samkalpa[h] sâvadhânair avâpyatc || 
tat prakai*sapadaprripto vajratrtayanirvvlih | m 

visuddhaip dharmakâyatvam labhate yogipuAgava[b] || 
prâg asmât kulisâmbhojam t pâ - jambhatayat sukharpf | 
sphutarn tadbhavanâbhyâsâd etad âyâti lakçatâm || 

iSara^apâdair apy uktaip 1 -, l JL^ 

^sa srîmân kulisâyudhah sékiiamayo yâsu si»hurarpg)*hyate 20 
yâsâm âk^lji' aprapancavimala-prajnâmayf sarvagä | 
sâk^ât kalpalatâ iva tribhuvane yâh klesajâlacchidah 
srlmad-Vajrapadânkitâ yuvalayas tâbhyo namab saiTadâ || 
[48] ^âsâip smarann api janab kuHsân^neti 
nihklesakcvalarasâin sukham eti bhûmirn | 25 

tatpàdapankajarasârn sirasâ namâmi 
nirvcdhabhaktibharabandhurakandharena || 

(1) mukur or <>krar Ms. 

(2) Cf. amandamädyanmadane cited by BR. 

(3) yet tad ayadbanela Ms. 

(4) sa — vasth Ms. (with syllable deleted). 

(5) Metre : ëârdûla-yikrî4ita. 

(6) Vasantatilaka. 



12 subha^ita-samlgraha. [Ff. 48- 

Doliakoée^ 'py uktaqi | 

puv[v]a pemma sumaranti | 

putti milia jaï puna hanti || 

cittekku saalabîaip bhava-nivvâna jahi vipphu^ant*assu | 
5 tam cintâmani-nlaip papamaha icchâhalaip deï || 

canda sujja ghasi gholia ghottai | 

pâva-puppa-tavem ta kharie te [ajttaï || ^ 

aïso karana karaha vivarîi*a | 

teiji ajarâmara hoï sarira || 
10 jeip kia niccala maça raaria pavana gha[49]rini laï etthe | 

t so so ghâ jia nâjjhare t vutto maï paramatthe | 

kulisa-saroruha joeip joïu | 

nimmala parama-niahâsuha bohiu || 

khanerp ânanda-bhea tahiin jânaha | 
15 lakkha-lakkhana-hlna pariânaha || 

ghora ar)idhareiïi candamaiii jima ujjoa kar(^î | 

parama mahâsuha okkukhanë duriâsesa harei || 

âin[u] saana pariharaï ga[c]chanto nau bandhaï bhâra | 

aïso jol sanga pa^iihâsaï taïso langhaï para || 
20 visaa ramanta na visaeni lippaï | 

ûala harci na pânl chippaï || 

emaï joî mala saranto | 

visaa na bâhaï visaa ramanto || 

pavana dharaï mana ekku na [50] t cannai t | 
25 kâlâgini t so heleni pennai t || 

Saraha bhanai vivarira paattaha | 

candasu[jja] ni gholia gho(taha || 

t âaka rukku mâraa karahu vârutitthâ ru ho hu t 

t laïksia[sîc] purâvaii parinama hu jem ajarâmara hohu t 
30 vîsaa-gaenda-karem gahia maria jima pa(}ihâ[i] | 

(1) See the Appendix for notes on this and the following Apabhraipéa 
verses. 



-51] PART II. IS ^ 



Ar- 



r^- tt- ■ ^ 






>^■ 



joî kava^îâra jìma lima nlsâri jäi |{ 

Däkinl vajrapanjare^ 'py uktam | f ^ 
di[ne]naikena siddhih syä[d] dinadvayavidhäiiatah [ 
dinatraya-prayogena dina-catväritas* tathâ | 
dina-pancaprayogena sidhyate nätra samsayah | ^ 

pojäm puspâd[i]tah krtvä dhyânâlayam pra[dha]pya^ca | (»o^*^^ 
pravisya mudrayä^ sârdha[m] vajrayoge samarabhe[5l]t | 
astangate tu candrärke idam^ yogam samärabhet | 
ärunodgataveläyäm sidhyate nätra samsayah || 
niahäiiiganura^^na maharägasvabhüvatah | !ö 

mahârâga-samâdhi-^tho mahâmudrâm prasâdhayet || 

punas tatraiva \ UJ'-H 

r^îlgenotpadyato ioko rägäksepät ksayam gatali | j 

vajrarâgaparijnânâd vajrasattvo bhaven manah || "\^ 

Cittavisuddhiprakarané^ Jri/a-e/et'a-pâdair apy uktaip | i5 

(1) Tib. Kanj. Mdo. I ff. 252 sq. The first of the following extracts occurs 
at 409 a 6 : 

ûi-ma geig gis hgrub-par hgyur | ûi-ma gflis-kyi cho-ga daft | 

hi- ma gsum gyi sbyor-ba daft | de bzhin du ni fti ma bzhi |{ 

hi ma Ifta-bai sby or yi ni | hgrub hgyur hdi-la the tshom med | 

me tog-la sogs mchod byas nas | bsam-gtan gnas-su bdug pa daft || 

pbyag rgya Ihan-cig zhugs-nas ni | rdo rje sbyor-ba yaft dag brtsam | 

rdo ije fli-ma nub-pa na | sbyor-ba hdi ni yaft-dag brtsam || 

fti-ma éar-bai dus- su ni | hgrub hgyur hdi-la the-thsom med | 

hdod-chags chen-pos rjes chags pas | hdod-chags chen- poi rift bzhin las || 

cbags chen tin hdzin gnas nas ni | phyag rgya chen por h... bsgrub bya | 

(2) Sic Ms. ? catvâratab (for catuskatab). 

(3) This form does not occur in literature, but I have ventured to re- 
store it from the Tibetan. 

(4) mutrayä Ms. ; but see Tib. 

(5) imam /. Tib. : sbyor-ba hdi ni. 

(6) From chapter 8, K. Mdo. I. f. 379. b. 5 : 

hdod-chags kyis bskyed hjig rten pa | 
hdodchags smad pas zad par hgyur | 
hdod-chags rdo rje yofts ées pas | 
yid ni 1^0 rje sems dpar la hgyur | 

(7) Compare the printed text (ed. Haraprasâd Sâstri) J ABB. I (for 1898 ; 
p. 177 sqq. cited as *< D »). From the present passage the title of the work 



14 SUBHÂÇITA-SAIIfGRAHA. [Ff. 51- 

^. yena yena hi badhyante jantavo raudrakarmanâ | 

ij^rM sopäyena tu tenaiva mucyante bhavabandhanât || 

^ ^tasmâd ûiayamûlâ hî pâpapunyavyavastliitih | 

; ity uktam agame yasmân nâpattih subhacetasâip || 
^ fy^^^ 5 svadhidaivata[52]yogatinâ jagadarthakftodyaniah | 
I bhunjâno viçayân yogi mucyate na ca lipyate || 
yathaiva viçatattvajno viçam âlokya bhak^ayan^ | 
^j^ kevalarp ^mucyate nâsau rogainuktas* tu jâyate || 

^tat tad yatnena kartavyarp yad yad bâlai[r] Vigai*hitanfi |' 
t^ 10 svâdhidaivatayogena cittanirinalakdranât^ || 

\i ^ragagniviçasaipmugdhâ^ yoginâ éubhacetasâ^^ | 



fY>r 



was first pointed out. The first stanza forms verse 6 of the poem as pre- 
served in the Tib. : — (Tanj. Rg. XXXIII 123. a. 1) : 
las drag gah-gi hgro-ba-rnams | gah dah gaA du hchifi bgyur-ba | 
thabs dah bcas na de ûid kyis | srid-pai hcifi las grol-bar hgyur | 
This verse is not otherwise extant in Sanskrit. 

(1) el. 15-17 in D. Tib. (119. b. 2) of 15, 16 : 

de phyir bsam-pai rtsa-ba-las | bsod-rnams sdig-pa mam-par gnas 
lu6-las hdi Itar gsuAs-pai phyir | sems dge-ba las âcs-pa med | 
rafi-lharsbyor-bai bdag fìid-kyis | hgro-bai don ni byed brtson-pas | 
mal hbyor hdod yul lo/i-spyod kyah | grol hgyur gos-par mi hgyur-ro | 
In the first stanza the Ms. has vavasthiti. D. reads : âérayam» ... papa- 
karma, neither of these variants being supported by the Tib. In the - 
second éloka kptodyata seems a blunder found in our Ms. ; and yogâtmâ 
(D) agrees better with the Tib. than »yogena which the Ms. has. On the 
other hand D*s reading in the next line yo^n ... calisyati is not satis- 
factory nor supported by the Tib. 

(2) So D : oyat Ms. 

(3) muhyate Ms. 

(4) «ktis Ms. 

(5) el. 29-31 in D. 

(6) »lavi« D. 

(7) kâriçâ D ; but Tib. sems ni dri med bya bai phyir. 

(8) Tib. (120 a 3) : 

rnal-hbyor dge-bai sems kyis ni | chags med dug-gis rmoAs-pa yis | 
hdod can ma la hdod spyad-pas | hdod-pas thar-ba hthob-par hgyur | 
dpei'-na bdag ûid mkhah-ldif^ du i bsgoms-nas dug kun hthufi byed-pa | 
bsgrub-byai dug kyaft med-par byed | dug-gis zil-gyis mi non-no | 
Read chags-me in pada 2. 

(9) saipyukta D. 

(10) éuddha D ; but see Tib. dge-ba. 



-53] , ^^ PART II. ^ . r 15 

kämitäh khalu kâniinyah kamamokcaphalavahah^ || 
yathâ svagaru<Jaip dhyatva gâru<jiko visaip piban* | / 

karoti nirvi§aip^ sâdh^am^na vii^enâbhibhûyate || i , . 
^karnaj jalaip jalenaiva kanfakenaiva kantakam 1 1^ 
ragenaiva ^mahârâgam^ uddharahti manlçinah || 5 Jl^ 

^ekängavikaläip hinâip garbi [53]täin a[n}tyajam api | 
yoçitaip pûjayen nityain jnänavajraprabbävanaih || »-^ ' -^ 
'^vidbijno bi yatbä kascit k^fräd am)*tam uddbaret | 
nirdo$ain sltalaip ramyaip^ sarvavyâdbivinâsanam || 
prajnaksTramabopäya[m] vidbivan^ mantbanottbitam | io 
visiiddbo dbarmadbätus ca^^ satsukbo duhkbanäsanal^^^ || 
^*vasva-dve§a-gatistambba-var§anâkar§anadikam | ^ 4- 

(l)«mocyaoD. ^'^^'^ ^ ^ 

(2) So D, in substantial agreement with the Tib. The Ms. has : yathät- 
mânarp ga*» dhyâ« kpsarp vinâéayan and viéenâtibhû'» below. 

(3) hi vi« D. 

(4) St. 37 in 1). 

(5) tathârâ« D. 

(6) This is shown by the Tib. (123. a. 5) to be really st. 106 of the Sans- 
krit, though the text was lost in the hiatus of the printed text. 

The version runs : 
yaû lag cig ni fiams-pa dafi | droan dan smoh daA mthar skyes-kyi | 
brtsun mo rtag tu mchod [pa] bya | rdo rje [ye] Aes mam bsgoms pas || 

(7) These four lines occur in a different order in the text of D. (97 b, 
06 a, b, 98 a). The Tib. (122. b. 6; translates them as follows, in the order 
of our text : 

ji Itar cho ga .^es pa hgas | ûes pa med pai bsil Aams-dga | 
nad mams thams cad zaö by ed pao j bdud rtsi o ma dag las blaA | 
ées-mb o-ma thabs chen pos | cho-ga bzhin du bsgmb-las skyes | 
chos-dbyif)S éintu rnam dag-pas | bde-ba dam pas sdug sfial hjig I 

(8) hrdyam D : the Tib. fiams-dga would do for either reading. 

(9) triratnamatha» D ; but Tib. with Ms. 
(11) Ȏuddha .*.. Hub sa D. 

(11) éubhâsubhavinâéanat^ D ; but see Tib. 

(12) Tib. (123 a 1) : 

dbaA da/) sdaA daA hgro-ba rabs | char hbab dgu-ba-Ia sogs pa | 
éa chaû dga bai rnal hbyor pas | by as pai hgyur kyaft mthoh-bai» hgyur | 
This corresponds to st. 99 b, 100 a in D, where however pada 1 is wan- 
ting. Our text is however here fully confirmed by the Tib. except per- 
haps stambhato which rabs (usually * lineage ') corresponds. The meaning 
of stambba is well attested, viz. the arresting of motion etc. by magi- 



16 suBHA$iTA-sA!(fGRAUA. [Ff. SS- 

IT) adya-iTì Hip sa-rato yogi kurvan nâpy upalipyate || 
^rasagh)*çtaip yathâ tämram nirdoçam kâncanam bhavet | 
jnânavidas tathâ sainyak klesâ[h] kalyânakârakâh || 
V , / '' ^snânâbhyâfigavastrâdi khilnapâniidi yatnatah | 
f^ » sveçtadaivatayogena cintayelpajanâvidhim || ^a.^^ 
k^t ^mantrasaipskrta-kâçthrtdi de[54]valvam adhigacchati | 

;>^ kiip punar jnànavân^ kâyah kastam mohavicestitam || 

^saiTavîldaiii parityajya mantravâdam saniâcarct | 
^ pasya mantrasya sâmarthyarn saukhyadevo 'pi sidhyati • iti | 
io Maliâlaksmhip^dHÎv apy uktam | 

dvivajrodakabïjâdyair ndsikdbhyaiitarodbhavaih j 

dans or yogis, dgu * bend * must represent âkarçapa * attraction ', a 
known magic art. char-hbab * rain ' substantiates varsapa as opposed to 
dbarçapa of D. ; cf. S. Gh. Das, Diet., p. 411, col. 1. With vasya * magical 
overpowering ' compare vaéitâ in Lal.-v. (ed. B. 1.) 342, 2» 19. 

In the second line I preserve the reading of our Ms., as it seems to 
make better sense. It will be seen, however, that the Tib. agi*ees practi- 
cally with D. which has kurvan (read kurvann) apy upalabhyate (* is 
discerned, detected (?) \ corresponding to mthoii * seen *). 

(1) Tib. (121 a 1) : 

dûul-chus reg-pai zafis ma ni | ji Itar skyon med gser du hgyur | 
de bzhin yah dag ye ses- ni | sbyafis pas flon mons bzaû por byed | 
D. (st. 51) has rasasprstam which accords more nearly with the Tib. 
The reference in any case is to the use of mercury for alchemy ; cf. Bcp. 
ad 1. 10. 
D. has below : jflânavrddhâs ... klesâb klesâb. 

(2) »âbhyafigana Ms. (contra metrum). — Tib. (123. a. 7) : 

khrus daû bsku mne gos-la sogs | bza btufi-la sogs hbad-pa ùid | 
raû hdod Iha-yi bdag Aid du | bsam cho-gas mchod bar bya | 
These lines are not otherwise extant in Sanskrit ; and doubtless occur 
in the text-Ms. between stanzas 104 and 112. 

(3) = 113 bll4 a of the text. Tib. (123. b. 2) : 

sûags-kyis sbafis na sin la sogs | bems-po rmoiis bcas rab dga-ba | 
Iha nid du ni hgyur-ba yin | ses daft Idan-pai lus ci smos | 
bems-po, if the same as bem-po of the Dictionaries, means * old ' or 

' worn-out * esp. rags (Sk. kanthä : Sar. Ch. Das s. v.). It coi*responds to 

ka§tani for which D. has kârya-. 

(4) vâras Ms. 

(5) = 120 b-121 a. Our Ms. has samârabhet; we follow D. in view of 
the Tib. yaft dag spyod. In the second line D. has süksmadevo; but 
the Tib. (indistinct here; 124a 1) seems to read bde-bai dftos grub... 
(saukhya-vastu ?) 



-56] PART II. i7 

pajayet satatam mantrl svâtmânani tattvabhävanaih || 
t yâvantah sthiracalâ bhâvâh t santy atra tribhavälaye | 
sarve te tattvayogena draçtav^à vajradhrg yathâ || 
paravâdinas ca ye kecil lingabhedair vyavasthitâh | 
te 'py atra nâvamantavyâ vajrasattvavikurvilaip || s 

na capi vandayed devân kâsthapâçânamriimayân | 

sam bodhicittasamanvitam 

pQjayed devatâs tena dehasthâs tattvabhävanaih || 
parasvaharanam kâryam paradârâniçevaijam | io 

vaktavyam cânrtam nityam sarvabuddhârps ca ghätayet || 

Kambalfimbara-pvid^ìv apy uktam | 
paramârthavikalpena t nârallyed t a pan(^ita[h] | 
ko hî bhedo vikalpasya subhe 'py asubhe 'pi va || 
nâdhârabhedâd bhedo 'sti vahner dâhakatâm prati | lâ 

sprsyainâno dahaty eva candanajvalito 'py asau || 

SvhGnliyasamâje 'py âha | 
dasa kusalân karrnapathân kurvanti jnânavarjitâ | iti || 

yathoktain Bhagavatâ Vajracchcdikâyûifn} dh^rma e[56]va 
prahâtavyâh prâg [ejvâdhariTiâ iti || ^'^ v*/w^ <. 20 v -'- 

Nütanöwa/i^rtvöjra-pädaih Prajnopäyaviniscayasiddliäv 

[uktam I 
na' sûnyabhavanam kuryân nâpi cäsünyabhavanäm | 
na sünyam samtyajyed yogî na câsQnyam parityajet || / 

asûnyasunyayor grabe jâyate 'nalpakalpanfi^ | ^^ > 35 ' 

parityâge ca samkalpa[s] tasmâd eta[d] dvayam tyajet || u ^ 

^ubhayagrâhaparityâga-vinirniukto gutâspadah | ^ ^ 

(1) § 6 an : quoted also in Âbhidh. K. (M. Müller, ad loc). 

(2) Tanjur. Rgyud XLVI. ff. 31-39 in 5 chapters. The present extract 
occurs in Ch. IV. at 35. b 2 sqq. 

(3) rtog-pa rab rgyas. 

(4) The line has the not uncommon anapaestic hypermetron. The Tiber 
tan of this and the next sloka runs thus (35. b. 4) : 

hdzin-pa gûis-ka yons btan na | chags bral rnam-par groi-bai gnas | 



uc v-VUv 



18 SUBHÂÇITA-SAMGRAHA. [Ff. 56- 

' ahaiT) * ity [e]sa samkalpas tasmâd etad dvayam tyajet || 
nirvikaro nirasango niskanki^o gata-kalma$a[h] | 
at}antabhâvana[n] mukto vyomavad bhâvayed budhah || 
^gomayâdhârayogena sQtam saipdhai7ate yathä | 

5 cittasütam tathâdhâryam ugâyâdhârayogatah || 
[57]na^ capi sattvavaimukhyam kartavyam karunâvatâ | 
sattvo nämästi nàstiti na caivam parikalpayet^ || 
[ na^ cätra bhâvakah kascin näpi kâci[dj vibhâvanâ | 
ibhâvanlyaip na caivâsti socyate tattvabhâvaùâ {| 

10 yathâbhQtârthasamvettâ jagaduddharanâsayah | 
saniyagdistipravrttâtmâ drdhacitto nirâsrayah || 
MharmadhâtusamudbhQtâ na kecit paripanthinah^ | 

-^ prabhunjîta yathâkâmam nirvisankena cetasâ || 
anantajnânasamprâptâ vandyâ naiva tathâgatâh | 

15 satatam bhâvanâyukto nisiktâdii^u kâ kathâ {| 
sarvabhâvasvabhâvo 'yam bodhicittasvarûpatah | 
sa eva Bhagavân vajrf tasmâd ritmai [58] va devatâ || 
^mudrâlinganasamyogâ[d] vajrâvesapravartanât | 
^saki^îrâdhara-pânâc ca tat kanthadhvanidîpanât || 

de dad hbrel bdag ces pa yaA | kun rtog de phyir de gfìis spaA | 
chags-pa med cifi hgyur ba med | sdig pa dafi bral môon zhen med | 
thog ma tha mai rtog las grol | mkhas-pas nam-mkhali Ita-bur bsgom | 
The Ms. lias »bhavanä muktâ. 

(1) This Aloka omitted in Tib. 35. b. 5. Sûtam for sûtakam * mercury ' î 

(2) Sems can la rgyab-kyis phyogspar mi bya. 

(3) Two stanzas, preserved in Tib , are here passed over. 

(4) Tib. (35 b. 6). The next stanza I have not found. 

(5) Quoted from Ch. V ; Tib. f. 37 b. 5. The Tib. adds a stanza between 
this verse and the next. 

(6) mi mthun phyogs ni gaA yaö med. 

(7) varji Ms. ; but Tib. rdo-rje-can. 

(8) Tibetan (38. a. 3) subjoined. It w ill be noted that the cori^espondence 
in the second stanza is not close. Should we read sânandasambhogât ? 
phyag-rgya sbyor-bas kun-tu hkhyud | rdo-rje beug ste bskyod-pa daft | 
ma-mchui sbraft mchog bluft bya zift | de-yi mgrin-pai sgra gsal-ba | 
blaft zhin dul-bas lofts spyad-na | ftes-par dga-ba rgya chen gyis | 
rdo-rje sems dpah hdod pai rgyal | rift-por mi thags hgrub-par hgyur | 

(9) So the Ms. with a deleted correction saipskârâ. The Tib. implies 
sa-k^audra (?) ' honied under-lip *. 



-59] PART II. i9 

vipulânandasamyogât tad anu^ sphotanâ[d] dhruvaqi | 
na cirân manmatho râjâ vajrasattva[h] prasidhyati || 
tathâ tathâ pravarte[ta] yathâ na kçubhyate manah | 
samk^ubdhe cittaratne tu siddhir naiva kadâcana || 
tasmât siddhim parâm icchan sâdhako vigatâgrahab | 5 

^cittânukûlayogena sâdhayet paramam padaip || 
^amrçyeta hî dhlmân prakrti - vimalân prajnayâ sarvabhâ- 

[vân 
ki^aptum trailokyaduhkham pratidina-sumahad-vlryasaip- 

[nâhanaddhah || lo 
dhyâyan srîVajrasattvam sakalagunanidhiip sarvabhâ[59]- 

[vasvabhävarp 
cittaip câropya bodhau viçayasukharatal.i sidhyatlhaiva 

[dhâmni || 
Mâbhalâbhe ca ye^fiin ayasasi yasasi sphâri duhkhe sukheca i5 

(1) aru aphotanâ Ms. The reading of the Tib. must have diflTered. 

(2) Tib. sems daft rjes mtun sbyor-ba yis | dûul-chu bzuû-bar bsgrub ji 
bzhin. The latter words imply a reading pâradam * mercury ' 

(3) Metre : Si'agdhara. — Tib. (38. a. 6) : 

blo-daft-ldan-pas Ses rab gyis ni chos-rnams kun j 
[mchog gi go hphaft sgi*ub pai* bya | ] 
raft-bzhin-gyis ni drima med par mam hbyed-d[o] | 
hjig-rten gsum-gyi sdug-bsual zad-par bya-bai phyir | 
ûin-rer brtson hgrus go cha chen po bgos nas su | 
Ms. <^yettha. The lacuna, marked in Ms., may be ailed by reading 
prakftiçu though the Tib gyis does not suggest a locative. 

1 have ventured to postulate the form kçaptum on the analogy of 
jûaptuip from the Tib., which implies some form of kçi and apparently a 
causal. The Ms. has k^eptaip ... and pratidina-mva [a secunda manu] had- 
vîrya. The short line in the Tib. which I have included in brackets seems 
to be out of place here, and to represent the last pada of the preceding 
verse (éloka). 

(4) Tib. (38. b. 3) : 

[ga]6-mams rAed-daft ma-rfted grags daft ma-grags-daft | 
bde-ba dpa ni sdug-bsftal rabtu rgyas-pa daft | 
bstod daft smad pal dri ma rab-tu ma-lus-pa | 
zad pa raft gi sems ni mftam-pa ftid-tu bya | 



i0 SUBHÂ{iITA-SAMGi\AHA. [Ff. 59- 

nindâyâip saipstutau ca kcatasakalamalam tulyam eva sva- 

.,^ [cetah I 
tyaktam sarvair vikalpair jagati sakarunam carcayâ naiva 

[saktam 
8 yuktaip tecäin karastham Sugatapadam iti proktavân 

[Vajrasattva ' iti || 
Padmavajra-f^diya-Guliyasiddluiv^ Abliisambodhinirdese 
atha ca kathyate samyak prajnopâyavibhûvanâ | 
smaranam citta vajrasya sârât sârataram param | 
10 tathâ Gunavraianirdese 

*bhage lingam prati^(hâpya bodhicìttam na cotsrjet | 
^k^obhayitvâ ta[60]m anandarp cittam äpürya bhâvayet || 

(Lacuna equivalent to one sloka indicated in Ms.). 
tathâ I 
15 tenaiva sukharûpena sainyuktam paramani sivâni'^ | 

chags-pa med daA hgro-ia sùïù ni lirtse ba yi | 
rnam-par rtog-pa thams cad las grol spyod pa daû | 
Idan-pa de yi phyag-na Bde-gsegs go hphaft ni | 
gnas-pa yin zlies rdo-rje semsdpa rab-tu gsuûs | 
The form sphâri (from spliârin) is new ; its equivalent is rgyas-pa * increa- 
sing*. Jagati (Tib. hgix)-la) is the obvious correction of jagatati in the Ms. 
In the same lino the Ms. has saktam and the Tib. suggests a further 
correction to vâflchayâ 

(1) Tanjur, Rgy. XLVi. 10. b. 5. The present quotation forms Chap 
tor III Stanza 1. The Tib. is : 

de-nas gsaò-ba bsad-par bya | âes rab thabs ni rnam sgom pas | 
thugs ni rdo-rje dran pa Aid | gsaä ba las kyafi gsafi-ba mchog | 
In the first line the Tib. read either sâi*ab (for samyak) as in the next 

line or some form of guhya-, as in the title of the book. For säratara cf. 

Divy 384. 26. 

(2) Ch. VIII of the same work, T. Rg. XLVI, 28. a. 4. The first two 
words appear in their Sanskrit forms. 

(3) Tib. : der bskyedpa yi dga-ba yis | 

sems ni bkafi-bas bsgom-par bya | 

(4) The corresponding Tib. stanza is : 

ji-srid mal byor byaû-cubsems | gtad-par byaft-ba ma yin pa | 
de-srid kun dga las byufi bde (?) | ci yaii rgyun mi hchad par hthob | 
■ (5) by aft -cub mchog. 



-62] PMXT It. 2f 

bhâvayen nìtyam âtmânam sidhyate nâtra saipsayah || 
bhâvîtâ* ca yathâsakti bhaktyâ sadbhâvamîsrayâ | 
tathâpy adyâpi naikatvam na prayâsi kîm arthatah || 

Iìidrabliuti'i)ìì(ì\yR'Jìl(lnasiddlmti^ Prailiamalattvanirdese 
coktam | ^ 

aprati^itharn yathâkâsam vyâpilakçanavarjitam | J u 

idaip tat paramani tattvam wijrajnânain anuttaram || 

DomlH'pîidlyii'Saliajasiddliâv^ uktam | 
pQrvaip yadva -"* dvaividhyam [61] bodhicîltaiii k{*tam ji- 

[naîb I 10 
tadvad atrâpi drastavyam prajnâvajra-samâganiam | 

Doliakose Srl-Kûnlia-pâdair apy uklam | 
^bohicia-raa-bhûsîa akkhohcni sitlhaü | / /- 

pokkhara-bla sahfiva nia-dehë ditthaû | ^ 

bahi çikkalio t kalio t sunnâsiia paï(tho | ^5 

sunyîisunna-benni-majjhcm tabi ckku na dittbo || 
aho [na] gamaï na Qbcrn jâi | 
benni-rabia ëbu niccata thâi || 
Kanba bbanai niana kaha vi na pba^ai | 
niccala pavana gharini gharë vattaî || 20 

jo samvcai mana raana ahara[b]a sahaja pbaranta | 
sa parijânaï dhammagaî anna vi kim una kabanta || 
paba[Tp] vabanle[na] nia-mana-bandhana kia[62]jena | 
tibuana saala vipbâria puna sambâria tona || 
sabajcm niceala jena kia sarnarasa nia-mana-râa | 25 

(1) I have not found this stanza in the Tib. 

{2) Taiy . Rg. XLVI. 39-63 ; divided into 20 chapters, none of which seem 
to bear a title equivalent to prathamataUvan'*. 

(3) Tanjur. Kg. XLVI. 71 b- 73 b. The present extract is from Ch. I 
n«. a. 3) : 

sûa-ma bzhin du byaficubsems | rnam-pa guis su rg>'al-bas gsuûs | 
ées-rab rdo-rje mûam sbyor ha | de bzhin de-las blta-bar bya | 

(4) A short syllable is wanting. Read yadvat tu or «vac ca, 

(5) See the Appendix as to these Apabhraipéa verses. 

2 



22 SUBHÂÇITA-SAMGRAIIA. [Ff. 62- 

siddho so puna ta khane no jara-marapa vi bhâa || 
ciccala nìvviappa niv[v]iâra | 
t uaaathemanu t rahia asu sâra || 
aïso so nîvvâna bhanijjai | 
5 jahi mana niânasa kiip pi na kijjai {| 
evaip-kâro jem bujjhi t ate t bujjhi asa-asesa | 
dhamrna-karan^^a t ho so jjhâre t ni [a] pahu t eraû t ve- 

[sa II 
punab Sara/io-pâdair ^Vyaktabhûvânugatatattvasiddhav 
to uktaip I 

'yad idam sa-niinittasukham tad èva mahatâm nimitta- 

[parihrnam | 
jnânasvayambhurûparn tnahâsukham kalpa[65]nâsany- 

[arnll 
itt buddhy-anusârini pavane satsukharQpah svacitiakrtato- 

[sah I 



acalas tâbhyâni anya[h] prajnopâyâtmak^jhj ko'pi || 
^vinivÌstendriya-vargo nastavikalpo 'samâptabhavabr 
anandabhâmayo 'sau gaganasama-sltalah svâduh || 



(l)Tanj.Rg.XLVI. 65-71. 

(2) Metre Aryâ ; compare the following lines. 
Tib. (69. a. 3) : 

hdi ni thabs dafi ses rab las sky es pai bde ba^chen-poi snaû-ba gnas-pa yin te | 

(3) Tib. (69. b. 3) : 

dbaû-poi thsogs-rnams thim-zhiû rnam rtog ni | 

zad-pa srid-pai sa-bon mi mthun bral | 

dga dafi gsal-bai ra/i-bzhin bsil gyur bai | 

hdi ni nam kha Ita bur sin-tu mthsar | 
It will be noted that the above lines represent verse. In line 2 the Ms. 
has ânandatâmayo. My conjecture is founded on the Tib. gsal. taking 
into account the similarity of bh and t in a Bengali archetype. In the 
latter pada the Ms. has ^samo pya hahaéï°. I can make nothing of the 
syllables pya haha ; to correct to 'py atha would spoil the metre. It will 
be observed that éïn-tu mthsar * veiy beautiful * probably implies a read- 
ing different from svädub- A Tib. equivalent of the previous couplet is 
apparently not forthcoming. 



-65] PART li. 23 

^athavâ kirn anenâna(livâsanâ^-samuhâtivâhila-bala-vyu-\ 
[tjpâditena | cittam eva yadi vastu rupi na bhavati kutas \ '^ 
tarhi bâhyârtho I atha cittam èva vastu rQpi bhavati | ' 
tathäpi tac cittam eva tad iti sarvathâ bâhyârthotpattir 
eva nâstni cittam evedam kaipanâsûnyam ' utpattivinâsa- 5 
rahitam advayam iha suddhasvabhä[64]vaip jnânâkâraip 
parisphurati krtsnam | etenaitad avagatam bhavati | sva- 
bhâva-siiddha bodhicittâd ye khalu te sahajavinirmitânga- 
vik$epâs te sarva eva nmdrâkArâh | ye 'pi vâgvikçepâs te 
'pi mantraprakârâh | yad api ca sahajasahajonmîlana- 10 
visiiandanam^anavaratam asthitam asamskrtam [aplariiili- 
ta - nânâprakârasa mbhâvacestây i ta - srrïgâ ra - vïra - bîbhatsa- 
raudra-hâsya-bhayânaka-kârunyâd bhûtasantâdikam râ- 
gadvesamohamadamâtsai^ersyâdikam api yat kincid utpa- 
dyate tat sarvam suddhasvabhfivam jnânâkâram pratipha- 15 
Iati ' ^sakalam traidhâtukam cittam ida[65]m iti || ^asmât 
parvsik)*tabahukrtyopâyahetau vartyet[a] samsâre 'smin ' 
pi*abhavati sadâ 'nantasattvârthakrtyarp^ || 

(1) The Tib. continues, in prose (69. b. 4) : 

yaA thog ma med-pai bag-cbags-kyi thsogs-kyi zil-gyis mnan pai byis 
pa rnams hbyed-par byed-pas ci zhig bya ste | gaieté sems Aid dAos poi 
rafì-bzhin du ma gyur na | de Itai* na ni gaò pliyi-rol gyi don èes | ji ste 
sems ûid dfios-poi bdag ûid du gyur ra || de Itar yaò lididag lidi sems ûid 
yin-pas rnam-pa thams-cad-du pliyi-rol-gyi don skye-ba yoû-ba ma yin 
te I hdi Itar ma-lus-pa hdi-dag brtags pas stoA pai sems ftid de skye-ba 
daA I hgag-padaùbralzhiù rafi bzhin dag-pai gâis-[s]u med-pai ye-ses-kyi 
mam-par yofis-su gsal-ba yin-no | de dag'gis hdi skad-du bstan par 
hgyur te I rafi-bzhin-gyis dag pa byafi-chub-kyi semsgaA yafi Ihan-cig 
skyes-éiû mam-par sprui-pai yan-lag bskyod-pa ji sued pa de-dag phyag- 
rgya rab tu dbye-bar hgyur la | gaA yafi dag-gi brjod-pai ji sued pa de 
sned sAags-kyi rnam-pa | 

(2) anenâdhivâs«» Ms. ; but see Tib. 

(3) Ihan-cig-skyes-pa las byuâ bai rgyun. 

(4 ... 4) Tib. (70 a. 3) : khams gsum sna thsogs hdi-dag thams-cad sems- 
kyi mh bzhin du gnas-pao | 

(5 ... 5) This clause is not reproduced in the Tib. and may accordingly 
be attributed to the compiler. I am by no means sure as to its form or 
meaning. The Ms. has bahu kf-yo and varttyese-re corrected to «rttye 
sa (?) t (? n) saipsare. Cf. kptakptyo below, 66 init. 



^ C*' f I ^w^< 



24 SUBIIÂÇITA-SAMGRAIIA. [Ff. 65- 

tathâ ca srûyatatn | 
^kvacit kârunyâtniA kvacid api mahilnlk^asas^mati 
kvacin inauna[m] dhatte kvacid api ca maulLnai^ani 'asa- 

[main | 
5 kvacit tri^çâlolah kvacid âpi ca cintâmanisamah 
kvacin nidrâsuplah kvacid api ca jâgarti nibhrtam ' ity 
fidi vistarah^ || 

^itltthaip sva[c]chanda[ni] sahajagatikam kalparahitam 
nirälambam visvarp sthitain iti matam yasya k)*titah | 
10 karastharn tasyaitat sugatapaciavTprâptamahima 

mahürainbhaprcrnaprasrta paramani satsukhapadam i iti | 



ta[C6]thâ 



ir 



K. 



^pratihatasakalavikalpâ buddhir yasyeha satsukhe vaiali | 
8a hi krtakrtyo dhlmân anye ye dvipadapasavas te ' iti || 
i» tathâ Dfl7*t&a-pridair uktam | 

bhava eva * * * bodhicittasvabhâvena cîttam vijnâyate 
ubhayoh * * samarasîkrtvâ cintyacintyavivarjitati * * * 
mahâgopyanilayali syâd yogi yogasya mahâgopyasya || 

(1) Metre : Sikhariçiî. 

(2) la lar ni mu-cor sma-bar-ro. 

(3) The Tib. shows that the * vistarab ' means thi'ee or four more stan- 
zas of lines each beginning ' kvaeit *. 

(4) Meti'e : Sikharipî. Tib. (70. b. 5) : de Itar gaû zhig Ihan-cig skyes-pai 
rnam-i-tog dafì bral dmigs med-par | sna thsQgs hdi-dag raA dgas spyod- 
pai dgofis idan n)khas-pa ni | do yi lag-na bde-géegs go hphaii bdag ehen 
rtsom-pa cher idan-pa | rab dgas gzhan don -la dga mchog-gi bde-ba dam- 
pa legs- par gnas I 

(5) Metre : Arya. 

(6) In the volume of Tanj. Rgyud (46), in which so many of the texts 
drawn on by our compiler ai*e contained, I discovered a work of Dârika 
containing a passage closely related to the present extract, and probably 
representing the actual text before us in its original form. The work is a 
short treatise called Mahâguhyatattva-upadeéa (Tanj. Rg. 04b-65 b), and 
Dai'ika is stated at both the beginning and end of it to have ' come (torn ' 
(vinirgata, byufi-ba) 0-ti-ya-na or U-rgyan (Udyâna). At the end of this 
work occur the two foUowiiig stanzas : 

hkhor bar med-pai dnos-po pai | byaft-chub-sems-kyi raô-bzhin bsgom | 
gfii-gai raii-bzhin dbyer med-pa | sems-kyi raò-bzhin óes-nas ni || 



-67] PART II. 25 

tathä AVa/î-padair api | 
tattvaip prakâsate suddham prakâsât^ paramam padam | 
tasmâl lakçanayed^ dhlmân niscalam sûksmamânasnrp || 
yâvan nâbhâsatâm etî tâvad abhyâsam ânayet | 
prabhâsvara-pade^ prâpte svecchâkâmas tu jâyate || 5 

tathâ Vilasava[61]jra'^])î\(lsiir apy uktaip | 
sarpkçcpato bodhicittarûpam niçpâdayitavyarp pürvam 
ahani mâtâpitrsamâyogâj jâtah ' tad bîjam ' tatraivâhaip 
nispannah ' tasmât siddho 'haip kevalam smartavyam | 

tathâtraiva Sarvadcvasamùgama-Xanivle] nidarsitain | iO 
yas tu sarvâiiî kâi-yâni prajnayâ viniyojayet | 
sa 'pi sünyapade yojya tapo hy etan mahâtmanârn || 

tathâ 'nyatra | 
mano niyamayitvâ tu laksitavyaiii alaksanaqi | 
ancna lak^ako yogi bhave[t] tattva parâyanab || 15 

^pratidinam advayam asamaip yo 'nîsam anusevatc tattva- 

[graip I 
vajropamam amalam asau kâyacchâyâmayarp labhate || 



sems-kyi rgyu-ba kun spafis te | mûampai rom-la gnas-par bya | 
gsaò-ba chen-po gnas med-pa | rnal-hbyor-ba yi gsaft chen sbyor || 

I bave added marks of omission after bhava èva, because though bhava 
is represented by dfios po there is nothing to represent hkhor-bar med 
pai ('uninterrupted * ?). The Tib. appears to assert the identity of this 
bhava with the nature of bodhicitta. The Ms. had mamarasî*» ; I have 
conjectured samai'asikp on the analogy of samarasïkarapa and on the 
authority of the Tib., st. 2 line 2. In the conchiding words of the Sanskrit 
there is an evident correspondence of words, but not of construction ; as 
the last two lines of Tib. seem to imply something like the following : 

(yogab) mahâgopyânilayaU syâd | mahâgopyasya yoginab II 

(1) Ms. contra metrum : tatpra". 

(2) Apparently a denominative coined metri gratia ; laksapeya, Mhv. I 
183 may be a similar formation. 

(3) (Compare the title of the third bhQmi, Prabhàkarï ; cf. Paûcak. IV. 
14. 

(4) Compare note to f. 70 below. 

(5) The metre appeara to be Aryä, but in the first line a short syllable, 
such as tu, is wanting. 



26 SUBHÄCITA-SAMGRAHA. [Ff. 67- 

Samäje^ tu Bhagavän Aha | 

küya-va[68]k-cittavajrapam^ samayo yarp mahadbhutah | 

sasvatah sarvabuddhânâm saiprak^yo vajradhäribhih || 

yas cemarp* samayam raksed vajrasattvamahädyutiin | 
5 kâyavak-citta-rfigâtmâ buddho bhavati tatkçanlld iti || 
anyatra \ 

vajrasya sainbodhanam ekairi uktaip 

vajränanc präpagatam dvitlyaip | 

srî-bodhicittâksaranarp tvtîyam^ 
10 etad dhi kaiyânatnahâvrataip ca || 

yarp raksate bhik^ur anantahetor 

yaip kâinuko 'nveçayate sukhärtharp | 

tayos tu madhye 'dvayayogaratnaip 

grhnäti yah so 'ksayatäip praviçtah || 
15 strîsangahînarp na hi mokçasaukhyaip 

strlsangahlnarp na bhavägni-duhkharp | 

tasmät subuddhyä suvicâracittâ^ 

gl*[69]hnantü siçyâl.i pratibhäti yac ca || 
^kästh^id dhavis loyam apîndukîlntâd |^^- ^ y 

30 dadhno ghi'taip lohakularp siläbhyah | . 

strlyonisaiigâd avinaçtasaukhyaip 

x^rhijantu yogyäs tad upâyayogaih || , ; r ^^ 

ayantritarp dhyänavasät kadilcit 

sri-bodhicittam patate 'bjamadhye | 
i5 jnâtvâ tu niudi'ârp suvisuddhacittârp 

grâhyam svavaktrona tadâ 'bjanrìadhye || 

asuddhamudrâbjagatarp hi cittaip 

grâhyacchale t nâmikayà^ t vina§tc | 

(1) Compare Paûcakr. I. 2. 5. 

(2) odaip Ms. 

(3) krtïyam Ms. 

(4) citvâ Ms. 

(5) grâhyamcchaienâmikaya Ms. Read perhaps nâyikayâ. 



-70] PART II. 27 

â^syâdanâ[r]thaiii hy amrtaip visuddham 
sri-mantrinâ mrtyuvinâsanam yad || iti 
tathâ I 



•r^ 



»^ ^-' 



na râgena rajyate cittam na virâgena virajyate^ | f / ^ 

i*âgârâga[ip] samaip krtvâ rnüanisiddhis tu jâyate |( ) I *" s 
cittam prajnâsvarapena[69*] tathaivopâyarûpakam | 
prajnopâyasvarfipena samvittih ^ prajâyate || iti 
srl-A^Mrfrfâft-pâdair Advayasiddliâv^ uktaip | 
sarvasamvittîbhedena ^advayadvayakalpanâ | 
prajnopâyamahâguhyam samarasâdhyam ucyate || io 

doçânâip ca gunânâm ca cittam âkâram ucyate | 
tan-^nidhyaptih pararp jiiänain nîstarangasvabhâvatah || 
pâtâla-gu^ikâ kha^ga-yakçinî pâdukâgha^aip | 
rasânjanaip ca divyam ca svayam sidhyati nânyathâ || 
desanfipadayogena Buddho[']dvaya -^ kalpitah | ik 

'paramârthâcintyarapena na Buddho nâpi câdvayah || 
vsîsanâkçayah kartavyo yatnenâpi vipascitâ | 
anyathâ na ca suddha[70jtvani kalpâsamkhyeyakotibhih || 
nihsvabhävasvarüpena prajnâbhogas^ tu samsthitah | 
upâyo bhâvajanako Bhadra-pâdena desitab || 20 

t^candra sQiyo parâgeçu prajnâvajraprayogatah j 
viline t advaye jfiâne buddhatvam iha-janmani || 
t ^^paramâscovinâ t pâda Indrabhati[li] t sa-Lakçmibhili | 

(1) »svâ« Ms. 

(2) As each -ça spoils the metre, I have supposed the line to have been 
adapted by the compiler. 

(3) The Advaya-siddlii-sadhana of T. Rgy. 45. 63-4 is a different work. 

(4) »nâdv® Ms. 

(5) vyaptim Ms. 

(6) Lacuna marked in Ms. Read <>yaóca? 

(7) Anapaestic hypermetron. 

(8) jûo Ms. 

(9) This stanza is probably corrupt ; we may perhaps read »sùryau... vili- 
nâv. parâga is given by BR as meaning * eclipse ' but without * Belegstelle '. 

(10) This line, clearly corrupt, doubtless contains a reference to the 
sorceress Lakçmîipkarâ, sister of Indrabhûti (Târan. p. 325> ; also, as 
Prof. Poussin suggests, to Paramâéva (ibid. p. I06j. 



28 SUBIIÂÇITA-SAMGRAIIA. [Ff. 70- 

Vilâsavajra^ t gu^jjarî f Padmâcîiryo mahâkrpal;i || 
Dharmapâdasya kramato Bhadrapâdah samâgalah | 
ekâbhiprâya etesâip advayajnâna uttamc || 
trayodasî ca vikhyâtâ bhomir Vajradharî subha | 

5 trikonâkârasambhatâ Dharmodaya^ iti smptil {| 
candrarkavârisamparnâ prajiiârapâ mahoj[j]valâ | 
saukhyât sarvam ma[7 1 Jhâsaukhyâd buddhatvâvsiptikâ- 

^ [rini II 

- yogo yam Bhadrapâdena katbitain mania lîlayâ | 

10 samâdhir amrtarp nâma satyarp satyam na cânyathâ || iti 

Ghantâpâdlya'Paficakramc^ 'py uktam | idânîm^ mani- 

pûraka'-kramo abhidhîyate j s«mrtj/a-^mudrâ-maAâyoga- 

vidhânena vajrasyâgre" manau bodhicittc gate yâdrsam 

sukham^ utpadyatc gurilpadesatas tat samyak samupala- 

15 ksya sthirîki'tya tanmayatâm upanîlain'^ vajradharatvam 
ihaiva janmani samjanayati*^ niyatam evâvicâreneti j 
dvilîyakramo^^ 'pi ' Aarâkhyâ-^^mudrâ-dvârena ponavad 

i upalakgya sthiratâm gatarn'^ bodhicittarn sâsvatarapaqi 

(1) Vilâsavajra wrote a commentary on Nâmasaipgïti, extant at Cam- 
bridge (Add. 1708). He appears to have lived at Ratnadvipa (Cat. p. 204). 

(2) This name does not coiTespond with the known enumerations of 
the bhumis ; cf. Dh-saipgr p. 49. 

(3) A sliort tract, preserved under the title Pancakramopadesa in RAS. 
Hodgson Ms. 35 (Cat p. 28. 4). The present extract occurs in the Ms. (** H ") 
at 46. b. 7. Our Ms is called * A '. 

(4) ^riîrp. A. 

(.5) maçiipûraka in a mystic sense (nâbhi-cakra) in Flamsa-up § 3, 

(6) Sec * Gestes de Tofficiant (A. Mus. Guimct ; Bibl. Et. Vili) p. 117, 103. 
samâyo"* H. 

(7) va jr agre H. 

(8) sukham sanjâyate tat sukham samyag upal» H. 

(9) upagamya. 

(10) jâyate A. 

(11) me A. 

(12) karraamudrâ prakâreriopalabhya H. 

(13) ânîtam H, 



-75) PARTII. 29 

paramîirlha'-nirvi[72]kalpasvabhâY4ii]i^jâtain sadvajradha- 
ratvaip sampâdayatîti | 

tjlîyakramo 'pi ' pürvanubhutam smaranasarpbhQtairi 
rf/iorwamudrâ^-mr/wasZmudrâ-prabhavam saniyaksthira- 
tâiu çatam vajradharatvam janayat[î]ti 5 

caturthakraino 'pi ' manipRrakìììihyiì ucyate ' cîttam 
sarvagatam avalambanarahìtam sakalasthiracalasvabhâvam 
tmidhâlukavyâpinï^ - sOnyatâ-mahsimudrâ-samâli/igitani 
aeintyasvabhâvani guraprasâdâd nlpannam sthirîkrtarn 
mahâvajradharatvani sampâdayati sakalamahâmudrâsu- io 
khaip janayati || 

Guhifflvaliföm^ Do/irf?-pâdair apy uktam | 
^tati'âdau viramasya sesapadavlrâgasya madhyakçane 
tyaktvâ [73]strîsukhaiii anyad aksar'asukham gvhnâti yas 

[taiiniayalj | 15 
sa srîniân ghanasâramudranavidhau vijno guror âjnayâ 
svânandâsavapânagharnitamanâ nâbhyeti inoham su- 

[dhlb« (I 

(1) »rtharûpa H. 

(2) kalpakatvam upagatam vajra<> H. 

(3) «drakhya H. 

(4) *»nîrp sQnyatâmma« «nïéûnyama*» H. 

(5) Cornili, preserved in Camb. Add. 1699, II (** C "). A description of the 
Ms. (of AD. 1198) was given by me in the Or. series of the Palaeogi*. Soc. 
PI. 81. Punctuation with half-dacidas is found in the Ms. 

(6) Stanza 3 of the work. Metre : Särdülavikridita. 

(7) oyasukham C. 

(8) Commentary (Cambridge, Add. 1699, II f. 4 a 1) : idânïrp sampradâya- 
vidab prabhâvâtisayam âha | totrâdàv ityâdi | taira sahajalakcapo tas- 
minn ûdau viramasya cyutiksanaiaksariasya sesapadavirägasya 
ântyâvasthâ • ânanda ' pai-amànanda viramânandasya ca madhyahsanc 
râgavirâgayor madhyâvastbâyâm ' tyaktvâ viliâya ' strisukham pûrva- 
mudrâdvaya-samadhigataksarasukhat • anyad aksayasukham pûrvok- 
tâk^aralak^apam grhnâti ' sâksât kurutc | sarvâlvâravaropeta-.sûnyatâ- 
samâliiiganatâb | ya$*tanmayas tanmayl-bhavati ' sarvavikalpâpanaya- 
tal^ satatânandamayamûrtir avatisthatc ' sa srimân ' sarvâkâravarope- 

* The Ms. now reads adva ra [this syllable marked for deletion] yas». dva Is a correc- 
tion. The original reading was perhaps atha yas ... which was altered later to ad vay as 
by a corrector who forgot that y<w was in the «•«/«. 



30 SUBHAÇITA-SAMGRAHA. [Ff. 75- 

^priysì-sangàt pOPvam yad adhigatam âtyantikasukham 
tad evedàtìTip cet kirn anu varamudrädhiganianarp | 
ihâste saipvid* bähya-sukhavisayäd anyad aparam 
tatah ko 'py eco 'nyah sahajasukha-sambhuh prabhavatF || 
5 ^adhisthäne dhanye janita-vara^-karmany api sure 
prabhrwah ko 'py esa dhvanayati tad antar vinihitani | 
prabhâvasyâbhâvât pasusadvsayogesvaranarah 
suro 'py antahsQnyo mrdugurusilâkalpitavapuh^' || 

taâûnyatayâ satatâlifigitamQrtib I sa eva ghanasäramudranavidhau 
vijnah I bodhicittâyatana-vi^ye kathaip | guror ajnayâ [4 b] savacanâ- 
vacanalaksapayâ ' phalam âha | svänandäsavapdnaghürnitamanäh \ 
sa hi ânandab I saliajânandaU * anâvarapamahâsukhalaksaoat]! | sa eyâ- 
saTO madyaip | tasya pânaip ' nirbharâsvâdanam ' tena gliûrçitamanâti ' 
saryavikalpâpagatamanâl^ ■ nàbhyeti ' punar nâdhigacchati ' moham ■ 
cyutikcapalak^pam sudhih sarvavikalpâpagamâd anâvaraçabuddbiti 
«311 

(1) St. 11. Metre : Sikharipï. 

(2) vidvän svasu** A. 

(3) Gomm. : idânîip bâhya- dvîndriyasamâpattisukbâd anâvaraçamaliâ- 
sukhasyâtiéayam ' âha | priyäsangäd ity âdi ' priyasahgât karmasam- 
kalpalak^pât ' parvam tatsaipbhogâvasthâyâm ' yad adhigatam yad 
anugatam | âtyantikasukham ' [9 b] anyalaukikasukhâpck^yâ tad eva 
bâhya-sukham idanir}! cet ' adhiçthânâvasthâyâm api tadâ kim anu. ' 
kim iti bâliyamudrâsukliânubhavanarn vihàya ' varamtcdrädhigama- 
nam ' sarvâicâravaropotaéûnyatânuéaraQai)i yogîévai'âpâip ' iha sarvâ- 
kâravaropeta8ûnyatâyâm utpâditamahâsukliâd adhikatvena sarpvid va 
éaipvid vâsamyagjfiânam | ô^^ sambhavati ' bâhyasukhavisayâd anyad 
aparam tato 'diiikam ' tato bâhyasukhât ■ ko 'py es& nyah sahajasukha- 
sambhuh pràbhavati > anâvarapamahâsukhasvayambhujfiânalaksaQati 
prakarçepa pravartate || 11 1| 

(4) St. 13. 

(5) ^vaka", 

(6) Gomm. : idânïm adhis^hâna-jûânâdliisthânajiiâiiam ' sa dpstànvaya- 
vyatirekam âha ' adhisthânu ityâdi ' adhisthâne samutpanne svâdbi- 
çthànajftâne dhanye labdhâti«aye yogî.^vare | XdXXidijayiitafjarakarmany 
api sure samâsâditaprasastakarmaçiy api sure [10b] Aakrâdau prabha- 
vah ' sâmarthyâtisayab ' ko 'py esah ' aiiirvacanïyab ' dhvanayati pra- 
upàdayati ' tataidantânirdesyâ'an^a/TtwiAîïam tac celasi vyavaslhi- 
XsiVCL^ prahhävasya érïgurujanitasyaoAauâ^ d^%dXl\^i ^ pasusadrsah pra- 
bhâvâbhâvât pasubhib saraânab ' yogesvaranarah ' yogesvaro 'pi pumân 
yathâ suro 'py antahsûnyah prabhâvarahito ' mrdugurusilâ kalpita- 
vapuh ' mrdu-brliat-katliina-khan4alak8aoa-.silâkalpitavaputi ' tatsamâna- 
éarîrab II 13 || 

A mystical meaning of svàdhisthâna is given by Deussen Sechzig Up. 



-74] PART II. 31 

[74]*ânandadvayaiTiadhyajak§anaiîi ^ati-kçudram na sarn- 

[lakçyate 
tatkâle katham âkarotu nianasâ vajrâbjayogâi padaip | 
tasmâd akçarasaukhyam eva sujanair âsrlyate yatnatah 
sthitvâ tatra ciraip samâhitajano grhnâti tattvam punab*^ || 
*dvidhri tattvajnânam savacanam avâcyarp^ kim api ca 
kramaty aiigâd ekam yad apara m ito^ na k ramati ^ | 
dvayor ekatve yah satatam avirodhâf prabhavati 
svatah siddhah so 'yairi bhiduradhara-mârgottara-guruFi^ || 



p. 675, occurring in the same passage of the Hamsa-np., cited above f. 71, 
cf. Pafìcakr. Ch. IV. 

(1) api A. 

(2) Hi comm. 

(3) idânîm bâhyapraJAopâyât > sahßjajfianodayadaurlabhyam aha | 
ânandadvaya ity âdi ' ânandadvayamadhyajaksanaT^ sahajaip vyâ- 
kbyâtam eva | tat ksapam atiksudram ' atyalpaliâiâvasthânât ' ayam 
sampradâyakair na sariilaksyate ' na sainyag niécïyate | tat-käle ati- 
k§udre ' katham dkaroii manasâ ' katham âkalayati cetasâ vajrabjayogât 
dvIndriyasamâpattitaljL | padani mahâmudrâsthânam tournât ' ça4aoga- 
yogena • aksarasaukhyam eva bodhicittaniçyandatah | [8 b] sifjanair 
yogîévaraiU I àsriyate yatnatah yatnàtiéayatab ' sthitvâ avasthito bhû- 
tvâ tatra ni§yandâvasthâyâm ciraip. cirakâlamsa/wâAzYo/awolabdhasam- 
âdhânaU ' grhnâti pratipadyate ' tattvam punas tu yo bhavatîty ar- 
thabll9|| 

(4) St. 22. 

(5) »canavâcya*» A. 

(6) idam A. 

(7) abhiyogât, coinm. 

(8) Comm. : idânîm tattvajûânaprabhedam âlia | dvidhety âdi | dvidhd 
dviûprakâram | tattvaj ûânara tattvàvabodhab ' [sa]vacana[n] guru vaktràt 
karoamûlikayâvagatam ' avâcyam ca érïguror avacanâd eva | prabhâ- 
vàtiéayàt tasmin niçpannarp | kim api câécaryajanakarp ' tacca dvitìyaip 
puru^viéeçâtiéaye * kramaty ahgâd ekaifi yatliâyogena sambandha- 
Dïyam na yathâsamkhyena ' ekarp dvitìyaiji »rïguror aùgàt sarptànât * 
sacchiçyasaiptânam yâti ' yad aparam pratharaam [ | ] itah kalyâçami- 
trât ' na tadaiva àiçyasaiptânam yâti ' yad upadiç^aip ca éruticintàbhàva- 
nâbalât | kadâcit tatab âi§yab phalam âsâdani [16 a] dvayor ekatve yah i 
anayor ekatve ' svâdliiçthânajfiânotpâdât ' yam artham éiçyasamtâne 
janayati tam evârtham svavacanakramâd api niçpâdayati | satatar(i ' nir- 
antaram ' abhiyogâd yad yogâtiî^ayât prabhavati • prakar§epa nispâd- 
ayati » [sv']atah siddhah svayam eva ni§pannaU ' so 'yam sa evâyaip 



52 



SUBHÄ8IT/\-SAMGRAUA. 



[Ff. 74- 






tathä Yamäntaka-tantre \ 
dhvajavlthlip tato dr^^tvâ kçTraip tatra prasâdhayet | 
kçTnlbhyasayogena^ mahâmudrâpi sidhyati | 
tafhâ Sarahapîïdnih Prabandhc 'py uktam | 
5 jVi visaarnhi na nullantitai lamutbuddha[75jtumutkcvu | 
seü-rahia çaû aAkurahi taru-sampatti na jeva | 
'aho gâ^hâ lokc paricitir iyam vibhrama-vîdhaa 
bhavâd anyo moksali pi'thag iti tam enam mrgayate j 
abhQmi[s] ce[d] drçtalj^ sad asadtasadâgrâhatamasâmt 
io idamtâtltam ca trijagad iti bhedah katham ayam || 

^yad yac chfnoti pasyati jîghraty asnâti vetti sa[i|i]sprsati | 
gambhTrodâratayâ tad avehi Samantabhadrâbham | 
; etâ eva hi ta avehi vanitâh srI-Vajra-narl-ganaii'" 
; etiin eva hi tân avehi puruçams Chrî-Mandaleyân api | 
15 etâm eva hi lâm avehi mahatim srI-Vajrinah svâip tanQm 
evarp te prakvtiprabhüsvaram idam siddham jagannâfa- 

[kainll 
'^sâste[76]ti siçya iti dubkhasukharp tatheti 
janmeti nâsa iti kiirma phalam tatheti | 
iO kim vistarena bhuvanatrayain e[va] tasya 
lllayitaip Bhagavatah Suratesvarasya || 

tathâ coktnip Dcveudrapariprcchn-tantri? \ 

# 

bhidurordharamärgotiaraguruh • raahâvajramârgâtÎHaycna sriguru- 
éabdâbhidheyal^ Il 22 11 

Bhidura has hithorto been found iuLexx. only, with the meaning of 
vajra. 

(1) Scan bhiäsa ! On Mahâmudrâ sec Paftcakr. VI. 28, id. (ipp. ad 50 b. 
and Sar. Das p. 831 quoted below. 

(2) On this verse see the Appendix. 

(3) Metre : Sikharipï 

(4) o§tâ ? with idantâ*» cf. Sarvad. 14. e and comm. on Guhyâv. 11. tsupra. 

(5) Metre : Aryâ. 

(6) «çâj* Ms. 

(7) Metre : Vasantatilaka. 

(8) The present passage (St. 1-4) is also quoted in Maitreyanâtha*s comm. 
on the Caturniudrânvaya .... nirdeéa of which I discovei-ed a fragment ; 



-78] ^ART li. ' 33 

e-kfiras ta bhaven mâtâ va-kâras tu pitâ smrtab | \ Ua^ 

bindus latra bhaved yogah sa yogah paramâkçarali^ || j , 

c-kâras ta bhaved prajnâ vakârah Suratâdhipah | ! 

bindus cânâhataip tattvam taj-jâtâny^ aksarsini ca^ || 

yo vijânâli tattvajno dharmainudrâkçaradvayaip^ | » 

sa bhavct sai'vasattvanâm dhaimacakrapravartakah || i 

yo 'viditvâ pathen nityam akçaradvitayarp janah | 

sa bühyo Buddha-dharmânârn dhanivad^ bhogavarjitab || '^^ ^ ^ ) , 

ta[77]lhä I r 

nlspîdya kamale vajram bodhicitlam ca notsrjet | io 

trailokyaip tanmayam kartuni vaidyavâkyam na laùghayetH 
âkase sasisaipkasam vTram brahmâqçlagocaraiii | 
dhyâyâd dvayodaye bhatam advailapadadayakam • iti || 

tatha \ 
sukrsikçaranayogcna bhâvayet paramâksaraip | m 

adhârc cyutîm âpanno âdheyasya virâgatâ || 

pustake Arya-deva-i^^diììv bhâvanopadesah spa^tdkçai'e- 
noktati I ^ 

udyüne vijanc sravakâdifuktarïi safrahite paramärthasa- 
tyâlambanapûi^akam si;(î3/«.sfAa7iaK^ vajrasattvarû- ior 

pani âtmAnam ni^jj^dya prathamarapâdi-trividhaviçayam 
âsvadya tad anu sodhanadividhinâ sa[78]rvâhâram abhi- 
sa[rp]skvti-siddhinn adhyâtma-kun^am anusni{*tyâtmâkr- 
tim saniâdhisattvasya mukhe trisikhâgnim^ juhomlly 
ahaipkârarn utpâdyâlihyavaharati | tatah sukhena parinâ- 25 
mati rasâyanarn ca bhavati ' evarn kfiyavajram saiptar- 

now Camb. Univ. Library or. 149. fol. 2 a 3. Variants of this Ms. (C) ai'e . 
noted below. Same extract in Nâma-sarpg.-^îpp. ad. 55. 

(1) Sdbhuta];! C. 

(2) jûâtani C. 

(3) C. adds a thiixl stanza, again giving the mystic meaning of E-VA-M. 
Compara the Prakiût vei*se evam-kâi*o » at f . 62. above. 

(4) Prof. Poussin compares Paftcakr. Ill p. 31. s«^ 

(5) So C. ; A. unmetrically anthäniva (?) 

(6) Paûeaki*. I. 225. 



54 SUBIIÄglTA-SAMGIUHA. [Ff. 78- 

Uiv.^^ pyä yarn ksìrpcit^ svâbhaprajnârapena sarvâlarpkrtagâtrâ 

^^^ ^1*" '^^fnvati-tarangabnangâbhirâmâ atyantakrsa!madhyaroma- 
rajljjv-antaritavipulagambhlranâbhidesâ jaghana-ghana- 
nitamba-stabdhasrngâra-lalita-konialagati-sasmita-vadanâ 
5 saamyadj*styâ mahâsukhunurâganatayri 'nke vyava- 
sthitâ I tato " mahâsiddhim nîsnâdayâml"ti drçlhâharp- 
kârain u[79]tpâdyâlinganacuiiribanacû^ana-kucagi*ahana- 
'pulakatâ^ana - dasananakhadânainardana- sît,kâra-kokila- 
bhrnganâda-nâ^îsaiTicodanridikam krtvâ sûcî-kurpanidi- 

io karana-pramodanatayâ pracalitamuktâhâravaïaya-kataka- 
keyûranûpura-vajra-padma-saiTigharçanât prajnopâya-sa- 
mâpattyii skandhâdisvabhrivât sai*va-tathâgatâ[nri]rn mûr- 
dhânam ârabhya dvâsaptati-nâ^îsahasrânF nirjharadhâni- 
kâreiifrilikâlidra t vibhaya râga-virâga-rnadhyarâga-kra- 

15 mena tatah prajnaparamitâdi-svarapân nratyâtmavedyân 
karoti | evaip srl-Mahâsukhasamâdhim^ alSinyasya prâptot- 
karço yogi tatraiva ganaman^ale nigrahânugrahe[80]oa 
sattvân paripâcayet | evam punah punar bhûlakotim pi»a- 
visya punaii punar hy utthâya panca tathâgatarQpân 

20 panca kâmagunân fisvàdayatì yathâ na mfâyate manali [ { ] 

^'-^^"^ tato nirvikalpo mahâyocî svâtmanah sarvabhâva^vabhâva- 

pratipâdansiya loke garïutani visÒdllyìi pra[c]channe pi*a- 

dese sthitvâ 'bhyavaharati | tathâ ca mudrâbandho na 

mandalam na caityam na ca pustakavâcanam na kâya- 

25 klesam' na patakasthapaçânapratimâm pranamati na 
Srâvaka-Pratyekabuddhain na tilhinaksatramuhartaksilâ- 
peki^anaqi karoti | sarvam etad adhyâtmanaiva sampâ- 
dayati [ || ] 

(1) Sic Ms. ; yâ kâcit ? for svâbh» Poussin compares ibid. 1. 55. 

(2) kfsa Ma. 

(3) Cf. Jolly, Médecin p. 44. o. 

(4) Cf. Paficakr. II. 1, 

(5) Âab Ms. 



-82] PART II. 35 

vane bhikçâm bhramen nityam sâdhako dr^haniscayah | 
dadati bha[81]yasamtrastâ bhojanam daivyaman^itam || 
atikrarnet trivajrâtmâ nasam vajrâkçaraip bhavet | 
surîm närlm^ mahîiyakçlni asurim mânuçîm api || 
prâpya vidyâvratam kâryarn trivairaj[nânasevitaiii ' iti | 6 

evain laukikadhyânam apanlya manonijyam apahâya 
sadâpraruditamanâ' yoginibih saha ramamâno yathâ râja 
Indrahkûtis^ tadvat kalevâram pai'Tvartya vrajakâyo bhatvsl 
ntabparena suhântardhâyâçtagunaisvai^agunânvito bud- 
dhakçetrâd buddhakçetraip gacchati | io 

yathoktam Mülasütre \ 
sarvadevopabhogais tu sevyaraâuo yathâsukham | 
svâdhidaivatayogeiia svam atmânam prapüjayet* || 

Sarvadevamâgamat2iï\ire[S^] 'py uba | 
dvayendriya-samapa[t]tyii dhyeyo^ sa vidhir antare | 15 

harçacittarn muneh siddhau mahâsukham iti smr[ta]m || 

tathâ sevayan panca kâmagunân pancajnânâi'tbT raginah 
sadeti | 
evam buddho bhavecchigram rnahâjnânodadhipi*abhuh j 

yah punai* asaktito va svarucyâ^ va vidyâvratam na «o 
carati tena jnânamudrâsamâpattyîV bhâvanîyaip | tad ava-- ^' 
târyate ' parvatâdi-mano['Jnukale dese yakçinîkinl^arâdTni 
bhaktasarâvanimittaip sâdhayet | athottarasadhakâd va 

(l) rîm Ms. 

(t) Final syllable indistinct. 

(3) The following (corrupt) passage from the Dohahosa-pafythd (Cale. 
Ms. 24. 5) shows the reputation of I. as a hedonist : yadä Indrabhüti- 
pâdena ... hhäne pänena pancakämopabhoge suratahrida. Cf. Paû- 
cakr. m. tip. 1. 7T. 

(4) See Poussin's Bouddhisme p. 155. n. 6. 

(5) dhyâ yâ Ms. Perhaps jyâyân [V. P.]. 

(6) »rûcyâ Ms. Possibly for asvarucyâ. 

(7) Possibly so called in contradistinction to the practices enjoined 
above, these being apparently designated karmamudr^ (Sar. Ch. Das, 
Tib. Diet. p. 831, col. 1 tin) ; cf. 90 infra, med, and Paùcakp. p. 34 supra cit. 



\ \, 



A^ 



v 



56 StlBllASlTA-SAMlGRAItA. [Ff. 82t 

mahrisa[t]tre va bhakta-sarâvamâtram nispâdya pratha- 
mam tâvad sâdhakcnsinâdisrimsârikadu^kham anusmrtya 
nit*vanasukhakâûk§ayâ sarvasangaparî[83]tyriginâ bhavi- 
tavyam ' antaso râjyaisvaryc 'pi duhkha'sarpjninâ bhavîta- 

5 vyam j dvUîyam tilamâtre^v api vastusu parigrahabuddhim 
tyajet | ffUyam parainârlhasatyain saiiidhâya kâyajlvila- 
nirapek^cna bhavilavyaip | catiirtlimn yathoktaifi Samä- 
dhirOjastïivc ' 

tasmâttarhi kumâra bodhisattvcna mahâsaltvena imam 

to samâJhim âkânkçalâ ksipram^ cânultarâm âamyaksam- 
bodhim abhisamboddhukâmena kâyajrvitânadhyavasitena 
bhavitavyam | tathâ laukikâstasiddhayas ca na prâi'thayi- 
tavyâlj vikçepatvâd vaivartikatvâc ca || 
talhâ coktarn (iiilnjasiddhan^ 

i!^ prayogridï[m]s ca taUvena^ varjayet lattvavit sadâ | 
vaji*asattvasyâhamkâram^ muktvâ nänya[84]tra kârayct || 
prayogo 'pi na budhyeta suddhatattva\7avaslhilai|i | 
nairâtmyapadayogena yâvat tat pratyavek§yatc || 
nihsvabhâvapadasthasya divyopâyânvitasya^ ca I 

ao sidhyatc nirvicârena yat kimcit kalpanodilam" || 
bhâvanâyoga-sâmailhyât svayam evopati§thatc | 
tat saryam k^anamâtrena yat kimci[t] siddhilaksanam^ j iti 

(1) ^khaip Ms. ^ 

(2) ^prapanca Ms. 

(3) Quoted above, 59. The present passage = T. Rg. 46. 23. a 2 See 
below note 8. 

(4) Probably yatnèna : see Tib. 

(5) Ms. (unmetrically) tvarn tadiûpamkkrûram, where drü must be 
corrupted from ha and mkkû for fikä. Our coiTcction though it gives a 
line metrically rare (Hopkins, Great Epic p. 452) is substantially certain 
in view of the Tib. : rdo-rje sems-dpai iia-rgyal-ûid 

(6) »yä pratasya Ms ; but Tib. Idan-pa * provided with '. 

(7) ocod«Ms. Tib. hhyuh. 

(8) The Tibetan version of these four stanzas runs thus : 
sbyor-ba-la sogs hbad-pa yis | de-ûid-rig-par rtag-tu spaf) | 
rdo-rjes sems dpai fia-rgyal Aid | spafis-nas gzhan-du mi byao || 



-86] PAUT II. 57 

ato bâhyâiïgànâm apanîya* hrdgatajnânamadrayâ saha 
samâpattyâ ^slghrataram inahävajrapadam niçpâdayâiniti' 
sâhasam avalSmbya ' ekâkinâ gurQpadesato dhyâtavyaip | 
ato yatnena kusalavighâtahetavah parihartavyâh vik§e- 
popasamâya Dhusukracavy^im 5i[85]cared ' anena kramena • 
* bhu ' iti bhuktvâ ' ' su ' iti suptvâ ' kra ' iti t kratim t 
gatvâ tanmâtram eva smarati ' unmattavratena va carità- ^^^ \ U 
vyam I 

yathoktam Guhyasiddliau ' 
unmattarQpam âsthâya inaunîbhQtvâ samâhitah | lo ^ i /^ / 

svâdhidaivatayogena pai7ateta- pisâcavat || 
bhaiksiaparyatanârthaya na pâti;a[in] samgrahed^ vrati | 
bhuktojjnitaip tu sarngrhya rathyâka'^pàramalAilliam || 
tatraiva paryateta bhikçâm yatairiânam tu bhakçayet | ^ 
bhaksavitvîl tu^ tat tasinims trptas tatraiva tat tyajet II 15 

kauptnam tu tato dhâryam sphutitam jarjarlkrtam |>- - f ' 
digainbaro 'thavâ bbûtvâ paryateta^ yathecchayâ || 

Sarvara liasy a-ianire 'py uktam 
^e tu^ nairâtmyasambhûtâ advayajfiânasarnbhavâh | 1. 

Ì9tu[86]ni$ta-yinirmukta na kiineit pranamanti te 1| 20 

dag-pa-de-ûid-la gnas-pas | sbyor-ba rnams kyan mi bya ste | 
dam thsig dag ni fiams par hgyur | ûams pas yid ni sdug-bsiial Iithob i| 
bdag-med rnal-hbyor Idan-pa yi | ji srid de la stogs gyur-pas | 
dnos-med go lipliaiVla gnas nas | tJiabs bzafi dag dai'i idan-i)a yi || 
rtog-las gaft zhig hbyujVba-rnams | ma brtag-par ni hbyuiVbar hgyur | 
bsgom byai sbyor-bai stobs-kyis ni | dnos grub-mtlisan liid gaii ci 'an-run j] 

(1) Cf. Paficakr. p. 34, 11. 45-47, 76. 

(2) parghatet Ms. 

(3) grab is not found elsewhere as a simple verb of V^ conj. ; but the 
form can hardly be due to the copyist. 

(4) Ms. tta. 

(5) Ms. «ted. 

(6) Kanj. Kg. 8. 207. b. 1. (verse 3 of the tantra). 
yaft dag bdag med las byuù zhifi | gftis med ye ses las by un ba | 
sdug daa mi sdug rnam spa/is pa | ci la *ai) phyag ni mi thsal to | 

(7) tta Ms. 



58 SUBHÂÇITA-SAMGRAHA. [Ff. 86- 

T(^- ityâdi vistarah 

/c'^.v^'^ l maunarn hi sîghram eva tattvam uddTpayati^ ' ato yat- 
I natas tad vihitavyai|i | 

yathoktai)! Mahâmâyottara-tantre \ ,> 
5 - c §aninâsato 'vasyam iinûKîbhâyaprasangatah | 
1 jlv..-^ dipyate 'sau mahâyogî yoginïbhir upâsitab || 

antaso bhikçâyâ alâbhc 'pi yoginâ saumanasyam eva 
kartavyam tattvabhavanfi ca | 

yad uktam Duddhakûpalatantrc \ 
10 yo* hi tyakte yogi bhavet tattvaparâyaiiah * sa ta na hi 
sûnyatâbhâvam dadâtityâdi vistarah ' 
nirvikalpo yadà vîralj sthitim hitvâ tu laukiklm | 
àcarc[t] sarvakâryâni buddhâh pasyanti^ tam sadâ || 
bâiavad vicared yu[87]ktyâ sarvata[s] chinnasamsayah | 
15 nirâbhâso^ yadâ yogi tadâ varcanti saippadah || 
Q aseçapâpayuktanârn mohâvarana-susthitâ[h] | 

^ unmaltavratayogena ^anmâsâmoghasiddhayab || 

sarvabuddhân svayam pasyet sarvakâmaih prapûryate | 
na k§Ino na ca hânitvarn svecchâyur jâyate vapuh || 
20 ^ gainbhïrapadam nityam gacchams tiçthan nisan^akah^ | 
prabhâsvaravij flâna kausalyâd 

yoginâni lak§ane sadâ | 
anenaiva hi yogena cittaratnam dr^hlbhavet | 
adhiçthânam ca kurvanti buddhâ bodhipi*atiçthitâh | 



i 



(1) Ex conj. ; cf. dipyate below, udlpay' Ms. Prof. Poussin contrasta 
the teaching of Mhvagga IV. I. § 13. vihü'' for vidhätavyar^ f 

(2) yd Ms. 

(3) Comparo the sQtra ap. Sikçâs. 201. u; buddhd bhagavantah .... 
mama sak^inah. 

(4) Fi*ec from false semblance ; cf. Laùkâv. I. 48. quoted below. Typical 
âbhâsàs are the doctrines of the Sravaka-and Pratyeka-buddha- yanas 
and of absolute heretics (tirtliikas) ibid. 55. s- 

(5) Sic Ms. Read nisannakah given by Wilson (not in B.'j as adj «» 
ni§anna. 

(6}'cf. Paùcakr. v. letal. 



-89] PART II. 59 

evam t bhanîvîstas^ t tu bhâvayed bhâvatatparah || 
yâvan na khidyate cittam samâhîtamanâh sudhih | 
syaîihas tu [88] paryatet pascâd yathärucitacestitah || 
bhävayan vipulâm bodhim l§ad unmîlitek§ana[h] | 
hasan jalpan kvacit tiçthan kvacit kuryfit pravartanam | 5 
bhävanäsaktacittas^ tu yathä khedo na jäyate || 
evam samâdhiyuktasya nirvikalpasya mantrina[h] | 
kâlâvacmim parîtyajya sidhyate 'nuttaram padain ' iti 

evaip inrdumadhyâdhimâtra-bhedena vayasânurUpena 1 . 
pakçâd va mâsâd va yâvat çanmâsâd va 'bhyasyamânasya 10 ] 
mahâmudrâsiddhiniinittam upajâyate^ | 

tatredarp nimittarn ' / Vt > ' 

sûkçmarQpam laghusparsam vyâptisamprâptam eva ca |,^^/-' 

^prakäsam caiva sthaimm ca vasitvam kâmâvasânikam' 
iti I [89] ' i5 

punar api svapna-nimittam*^ âha svl-Culiyasamuja" 
mahâyogatantre | ^, ( ^ 

bodhijndnâgrasaniprâptain pasyate buddhasuprabham | 
buddhasambhogakâyain^ ca âtmânam laghu^pasyati || 
traidhâtukamahâsattvaih pûjyamânam ca pasyati | so 

buddhais ca bodhisattvais ca panca kâmagunai[r] dhru- 

[vam II 
pQjitain pasyate nityarp mahâjnânasamaprabham | 
vajrasattvamahâvidyam vajrasatlvamabâyasaiTi || 
svabimbam pasyate svapne guhyavajramahâsayah j 25 

prai^amanti niahâbuddhâ bodhisattvâs ca vajrinah | 
di*ak9yanti^ idrsân svapnân kâyavâkcittasiddhidân || 

(1) 9ÌC : lege bhüminivi^t^ ^ 

(2) oéakta Ms. 

(3) Cf. Paûcakr. VI. 28. 

(4) This line is unmeti ical in its present form : should we read vaéi ? 

(5) Prof. Poussin compares Wassil. Buddh. 213 (195). 

(6) ccUm^ Ms. 

(7) h§antidr Ms. 






+ 



40 SURHÂ^ITA-SAMGIUHA. [Ff. 89- 

sarvâlarnkârasamparnâ[rn] surakanyâm manoramâm | 
dârakaip darikâm pasyet sa siddhim adhi[90]gacchaii || 
dasa-diksarvabuddhrinâm'ksetram x pasyate dhruvaïn | 
dadAti di'stacittâtmâ d^armaganjafm] manoramâm | 
5 dharmacakragatam kâyani sarvasativaih parivvtam^ || 
pasyate yogâsaye dhyânavajrapratiçthita iti || 
punar apy adhyatma-nimi>/am âha [ j,k. 
prathamarp ^maricikâkâram dvitîyam dhûmrasamnibham| 
trtîyam kHiadVo/âkâram^ caturtham dîpam ujjvalam | 
10 pancamam tu sadâlokain nirabhragaganaprabham {| iti 
tasmât karmamiidrâ upfiyatrayabhedena mrdu-madhyâ- 
dhimritrat[ay]avagantavyâ ' t Y,^^\Te caitye prthakjanfiva- 
sthâyâtma \yl yaivarttikâ | ity aïnnâyah | evam kramena 
yathâ rücyä sâdara-nirantara-dirghakalabhyâse[91]na^ ma- 
io hâmudrâsiddhir iti 

na punai; jnânamâtrena ' tathâ câcâryâ-iS«Ai/ami7ra- 
pâdair apy uktam | 

^*}'athâgnir dârumadhyastho nottisthen manthanâd vinâ ] 
tathâbhyâsâd vinâ bodhir jâyate neha-janmani || . 

20 tathâ Kambalâmbara'\i^d\\iv apy uktam ' 

^ na dharmo dharma' — prâptyai bhavaty aparibhâvitah || 
kim u pitam f ehinaly ambu drçtâin'^ t sravanadarsanaih | 
vargenâtra^ kim uktena bhâvyate yadi kenacit | 

(1) For the prosody compare Çikshâs. Intr. p. XX. 

(2) Anapaestic hypernietron ut saepe. 

(3) Hakùkâ Ms. 

(4) This âmnâya seems to be quite corrupt. One might make a sloka 
by reading : sarve cai to prtliagjanâ anavasthâ vivarttikäfc. With the 
proposed reading vivarttikfiU compare Mhv. I. 80. 4. 

(5) Prof. Poussin, Bouddhisme, index, s. v. sadara». 

(6) Pancakr. III. 86. 

(7) samprä° ? for metre. 

(8) Perhaps dpstam sravapa-damsanaiU ? The mouth and ear cannot see 
a colour. 

(9) vargga nâ» Ms. 



^^ "ir' 



-95] PART II. 41 

visânam api drsyeta sasâsvayoh siroruhe | 
man^ako 'pi jatâbhâra-bhâsuro t tambha t dhasarah | 
suklayajfiopavîtas ca skandhfirpita-kamaiiclaluli || 
yathoktam Lankavatara-silive^ \ 

anuparvena bhamîkpamasâmâdhi-visayânu[92]gama- 
tayâ Hraidhâtukam'^ svacittarn 

mâyâdhimuktitah pratibhavayamânâ mâyopainasamâ- 
dhim pratilabhante^ svacittanirîîT)hâsâvatru*anamâtrena'^ 
prajnâpâramîtâvihârânuprâptâ atpâdâdikriyâyogarahi- 
tâl/ samâdhivajrabimbopamam tathâgatakâyanugatam^... lo 
bahibhijnâ^vasitâkrpâkarunopâyamanditam sarvabuddha- 
ksejtra-tlrlhyâyataiiotpannam'^ cittainanovijnânarahitam 
pârâ^^vrttyanusayaparvakam tathâgatakâyam Mahâniate /- 
bodhisattvâh pratilapsyante | lasmât tarhi iMahâmate bo- 
dhisaltvair niahâsattvaih tathâgatakâyîinugtfmapratihibhi- is 
bhib skandhadhâtvâyatana-citta-hetupratyaya-kriyâyogo- { fij. 
[95]tpâdasthîtibhaiigavikalpaprapancarahitair^^ bhavita- 
vyam^^ ili | 

Kambalâmbara-^îidaiv apy uktam Adhyâtmasâdhmic \ 
sthûlam sabdamayarn prâhuh saksmam cittamayam tathä| âo 
cintayâ rahitam yat tad yoginâm paramain padam || 
tathâ ca svl-llevajrc \ 

(1) Ed. BTSI. Fase. I. 48. 10 (B), collated with Cainb. Add. 915. f. 17 b. 
(C») and Add. 1607. 25 b (C^j. 

(2) *>manatayâ B. 

(3) okasvacittatayâ B adhiniu» B. C. 

(4) otam 8 B. 

(5) mâtrâvatàreoa B. C. 

(6) «tâprâptâ A. 

(7) tâthatânirmaiiânugatam added in B. C. 

(8) jAa B. C. 

(9) tithâ A. nopagamai?) svaci« B. C. 

(10) «dhrtânnaéayapo A vrtyânuérayânup» (v^tty® C*) B. C. 

(11) Sic B. C. ; tenu A. ; but above C* reads bodhisatvena corrected to 
•tvair. 

(12) bhavitavyam cittamatrânusâiibhiU Laôkâv. text. 



U.^e OT^-^V 






1*^ 






42 SUBHÂ^ITA-SAMGRAHA. [Ff. 95- 

ì ir{-käram advayam jnânam^ hell hetvâdîsQnyatâ | 
V ru-kârâpagatam vyOham ka iti na kvaci[t] sthitam || 
tathâ ca Saptasatili(l[yâ]m PrajMpârnmilâyûm \ 
\ yo /nupalambhah sai*vadharmânam sa prajnâpâramitâ || 
5 tathâ I 

. ^ äsrayasya paräv}'ttih sarvasaipkalpavarjitâ | 

o\ jnânarp lokl|ttaram caitad dharmakâyo mahâmuneh 1 
vajraip tad vajrasattvo *sau Buddho bodhir anuttarâ j 
sarvayogâ[94]tiyogânâm ayaip yogo niruttarah || 
10 e§a iTiukhyatamoyogas Tattvasamgrahaniécayc^ \ 
Mahûsamayaiatiye^ ca srîmad- Vajrâbhisekhare \\ 
Mahùmayâtisamayc svlmtad-Buddliasamagame \ 
Paramûdye mahâtantre srîmad- Vajramahûsukhe |l 
svi'Samûja - - tantre^ câyarn yogi niruttarah 
15 kathitas Cittavajrena sarvasiddhiprasâdhakah | 
ye *tratîtavipai7asâ bhavanti jinasQnavaf^ | 
te bhavanty acirâd cva trailokyaguravo jinâ ' iti {| 

èrl'Samvare 'py àha | 
sarvatah pânipâdâdyam sarvato 'k§isironfiukham^ | 
20 sai*vatah srutimsin loke sarvam âv|*tya tisfhati p 
7 e§a svâbhâvikah kâyah sQnyatâkarunâdvayah | 

napunsa[95]ka iti khyäto yuganaddha^ iti kvacit B 

(1) he iti (contra niotrum) Ms., to represent more fully the mystic word 
Arî Heiiika (name of a tantrik divinity). Similar explanation of Heruka 
in Abhidhanottaiottara Paris Ms./fol. 6 a [L. V P.]. 

(2) A Tattvasamgraha is referred to by Târanâlha p. 276. Gami). Add. 
1653 is perhaps a different work. 

(3) A book (or books) called Mahâsamaya is described by Wasslliev 
(Buddh. p. 176 [163]) and a Mahâs«- rite is referred to in the UâjataraiV 
ginï VII, 279, 523 (cf. Stein, ad locc). A Samaya is mentioned above, 

fol. 3. 14. 

With the title Buddhasamâgama the Sarvadevasamâgama (sup. 67) may 
be compared. 

(4) Cf. supra f . 67. The metre may be completed by reading »mahâtantre. 

(5) Ex conj. <>>iiro<» Ms. 

(6) Pancakr. § VI. 



-97J pAiiT 1!. 43 

nirâvaranadharmena skandhâdlnâm iha sthiteh | 
sarvaman^alam evcdam âdhârâdheyalakçanaip || 
, tasmâd evam kramena sa hi tattvayogî sakalasamâropa- 
^Tàvrttirupalvât ' tat-tadâropavyâvrttyâ pancâkârâbhi- 
sambodhisvabhâvah sakalamân^aleya-devatâtmaka iti tad- 5 r^.^^-' 
âtmako bhotvâ ekalolîbhâvena samastabhedâparâmarsâd^ 
à sarnsâram anabhilâpyânabhilâpyair bodhisattvaHathâga- ,^^^r^ 

tamantramudrâkoti[bhi]r avikalpo 'pi san dharmadesanâ- i' j^, ^ 
didvärena sarvasattvânâm sarvâsâm^ paripürayati | tadà- 1 
dhimâtrâdhiinâtrakramc sthito bha[96]vatl^ | nirvikalpa- lo 
sattvârthasampâdakatvât cintâmanir ivâkampya[h] sarva- 
samkalpavâyubhih < tathâ sthito^ sattvânâm ase§âsaprapQ- 
rakah || 

imam evârtham dyotayann âha svl-Guhyasamaja-ma" 
hâyogatantre | is 

sarva-tathâgatâ varnayanti | 
aha Vajra aho Vajra aho Vajrasya desanâ | 
yatra na kâyavâkcittam tatra rQpam prabhâvyate • iti || 

tathâ Cil Hastikamy]a'Stïtve \ 
na câtra tathatâ na tathâgato *sti | ' âo 

rQpam hi samdrsyati sarvaloke | 

Sântideva-pâd^ir apy uktam | 
^athâ gäru4ika[h] stambham sädhayitvä vinâsyati | Jl ^.. :i. (. u 

sa tasmirps cirana§te 'pi visâdïn upasâmayet l| ^"^ ' 

^cintâmanih kalpatarur yathe[97][c]châpariparanah | 20 

vineyapranidhânâbhyâm jina-bimbarp tathaikçate || 

(1) marsâd Ms. 

(2) satve Ms. 

(3) Ex conj. ; cf. infra ; saiTâpam Ms. 

(4) Sic Ms. : read bhavatïti ? 

(5) Sic : sthito 'pi ? 

(6) Bodhic. IX. 37. Correct p. VIII. n. 4 of my text of Siksâs., accor- 
dingly, gâro viçatattvavit Bcp. ad. loc. 

(7) ibid. 36. 



44 SUBIIÂ^ITA-SAMCIUIIA. [Ff. 97- 

evaqri ^ sarvatantresu iTiantratattvain idam parain I 
vlU^w abhyiihyam desitarn nâthair viueyâsânuvartibhih |i 

inantratattvam^ idam jiiatum aüKavyä ye tu tän prati | 
nirdistä candrasûryâdikramenotpattibhâvanâ ' iti || 
5 evam bhâvayamânasya nâpattir nâpattisthânani va | 
tathâ calia \ 
samkalpo bodhisattvânâm subham va yadi va 'subham | 
sarvam kalyânatâm eti tesâm vasyam yato manah || 
tasmât parahitam sarvam kriyatc yat krpâtmakaih | 
10 karma taddesaiiain sarvam sambuddhaih parikîrlyate 1| 
tathâ I 
mâtâ m sarvabuddhasya vibhoh ... kâmaya, naiva lipyate | 
sidhyate tasya buddhatvam nirvikalpasya dhlmatah || 
tathâ I 
Vi ânantaryakrtah sattvâ mahâpâpakrto *pi ye | 
prânâtipâtinali sattvâ mrsâvâdaratâs ca ye | 
vinmûtrâhârakrtyasthâ bhavyâs te khalu sâdhane || 

yathokta[ni] Karmàvaranapratipiasrabilln-sîïire^ I tadya- 

thâ 'nyatamo bhiksur abrahmacarya-purusavadha-^pârâji- 

^* 20 katvam âpannah ' paseât samvignamanâh saintapyamâna- 

hrdaya unmattaka iva vihârena vihârarn grâmena gra- 

mam rathyâdigato pi tatpâpain sarvajanasamaksaiii sam- 

*" \ .'.X ^ .. 

prakâsayan ' « musito 'smi musito 'srnîli » hâhâkâram 

muhur miihuli kurvan na tat-pâpadesanâbalenordhvam 

2^; anuvacams^ tat-karma tanakaroti sma 1 tasvâlabdham 

(1) Cf. Paficakr. 11. 25 (prose), 35. 

(2) Our Ms. reads prasuvi (for srabi) and the Tib. of K. Mdo XVI. 19. 
»pratisrabdi» (sic : Peer's osarana*» is wrong). I cannot lind tlic passage in 
the Tib. : but the Chinese (so Mr Wogihara tells me) has a similar inci- 
dent. 

(3) »yärajikatvayapo Ms. The abstract form is new (both to Sk. and 
Pali). 

(4) Ex conj. : Ms. kurvanna tapa ... nodvamanu yacantatk«. Possibly : 
balena udvaman ... yâvat ... tatk<». 



\ 



-101] FAUT Ih 45 

èva sam[99]taptacetasah salo ^nyatamenânabhijnâlabhinii^ 
bodhisattvena tathsi tathâ gambhîro dharmo desito yenâ- 
sau sarvena sarvam tat pâpam unmalya^ sarvadharma- 
nairâtmyaprativedhâd anutpattidharmakçântilâbhî bhûta 
iti sarvâpattivinodanah sarvakarmavisodhanas câyam 
gambhlradharmâdhimok^a ity evam boddhavyam | 
yathoktam TaUulgataguliyakosa-^ilive^ \ 
yah Kâsyapa pitâ syât pratyekabuddhas ca tam jîvitâd 
vyaparopayed idam agryam prânâtipâtânârn | idam ' h 
agi*yam adattâdânânâm yaduta ratnatraya-dravyâpahara- lo 
natâ I idam agryaip kâmamithyacârânâm yaduta mâtâ ca 
syâd arhantî ca tâm câdhyâpatyet J^ idam agryam mrsâ- 
vâdânârp yaduta Tathâgatasyathyâkliyânam | idam agry- 
am paisunyânâm yaduta Samghabhedal/ | idam agi*yarn 
pâru[100]§yânam yadutâryânam avasMndanâ | i[da]m 15 
agi7a[m] sambhinnapralâpânâm yaduta dharmakâmânâm 
viksepah | idam agryam abhidhyänäni yat samyaggatânâm 
samyakpratipanfiânâm lâbbâpaharanacittatâ | idam agry- 
am vyâpâdânrmi yadutânantaryopakram^nam | idam agry- 
am mithyâdr§tînam yadutâtyantagâliaiiadvstitâ | ime da- 20 
sükusaläh karmapathfd.i sarve mahâvadyâh | sacet Kâsyapa f . 
ekah sattvah kascid ebhir evam sâvadyair dasabhir akusa- 
laih karmapathaih samanvâgato bhavet ' sa ca tathâgata- 
sya hetupratyayasamyuktâm dharmadesanâm avataret ' 
nâtra kascid âtmâ va sa[iOIJ ttvo va jîvo va pudgalo va 25 
yah karoti pratisamvedayati iti hy'' akrtatâm^ anabhi- 

(1) Ms. 'nyatatmanâ'* cf. note 8 to fol. 37 supra, anyatamepa = quodam 
as in Pali. 

(2) Whitney quotes a similar form : saipslakspya. 

(3) This passage is quoted down to p. 46 1. 4 below in Siksâsamuccaya 
171. 13 sqq. Compare my edition, Add. notes, pp. 407-8 where the main 
variants are noted. 

(4) oghasyâvarnali Ci. 

(5) ity ahya Ms. 

(6) akptani Ci. 3v 



/■>T/r\>f. t^ 



46 SUBHÂSITA-SAMGRAnA. [Ff. 101- 

iAa^ ^ samsksiratâm asamklesatâm mâyâdharmatam prakvtipra- 

^<-^* bhasvaratam sarvadharmdnâm avataratv^ ddivisuddhdn 

^ • • • •> 

sarvadharmân abhisraddadhâti adhimuncate ' nâham tasya 
sattvasyäpäyagamanam vadami | ndsti klesânam râsTbha- 
vah I utpannabhagnavìlìna hi klesâh ' te tatpratyaya*- 
sâmagrlyogata utpadyante ' utpannamdtrâs ca nirudhyan- 
te I yas cittotpâdabhan^ah ' sa eva Bhagavan sarvaklesa- 
närp bhangah | ya evain adhimukto na tasya kadâcid 
apattir nâpattisthânam va *sthanam anavakaso yad a[102]- 
nâvaraçe | âpattis tiçthet | nedam sthânam vidyata iti | 
I acintyamanasânâm apy akartavyata na vidhîyate ye punar 
ajnâtatattvâh punyarahitäs te*^ hatah ' âha | 
evam ajnâtatattva yc srutamâtrâvalambinah | 
naiva kurvanti punyani hâtas te Buddhasasane || 
in anena kramenâéeçaviçayasevaya mahâmudrasiddhir 
bhavatUi Subhasita-samgrahadvarena guruvaktrato bod- 
dha^^am || iti Subhaçitasarngrahah samaptah {| 

Tho colophon of the original Ms. is reproduced by our copyist 
stating that that Ms. was copied by Vidyapatidatta at Vada-grama, 
' svaparärthahetoh \ A second colophon relates how the Ms. was 
copied (for me) in N. S. 1019 by the Vajrâcârya Kuveraratna, a 
worshipper of Vaj radevi. 

Cecil Bendall. 

(A suivre : Appendice et Index). 



(1) avalai'ahi Ms. 

(2) tte ta pratyeya Ms. 

(3) °tâb ste Ms. 



SUR QUELQUES DIALECTES EST-ALTAÏENS. 



On sait que les linguistes Finlandais qui se sont occupés 
d'une façon spéciale des dialectes agglomérants de TEu- 
rope et de l'Asie Septentrionales les divisent en quatre 
groupes qui, du reste, semblent reliés les uns aux autres 
par un lien de parenté réel, bien que fort éloigné. Le 
premier de ces groupes est celui des idiomes Ouest- 
Âltaïens ou Ougro-Finnois tels que le Suomi ou Finnois, 
le Lapon, l'Esthonien, le Magyar ou Hongrois etc. Ensuite 
viennent les langues Nord-Altaïennes ou Samoyèdes qui 
semblent se rapprocher d'une façon assez marquée des 
précédentes. Quant au groupe Sud-Altaïen, il comprend 
les dialectes Turks et Mongols, lesquels se parlent depuis 
la Grande Muraille jusque sur les rives de la mer Egée. 
Enfin, les langues Est-Altaïennes ou Tongouses-Mand- 
choues terminent la liste. 

En dehors de cette classification reste un certain nom- 
bre de parlers en vigueur dans la Sibérie Orientale ou sur 
les bords de la mer de Japon et du Pacifique et dont la 
parenté avec les précédents n'est point encore clairement 
établie. Nous les rangerons, provisoirement au moins, en 
trois sections qui sont les suivantes : 

1** La section lénisseo-Kourilienne comprenant à la fois 
des dialectes offrant des caractères incontestables de 



48 LE NUSÉON. 

flexion et d*autres qui n*occupent qu*un rang assez peu 
élevé au sein de l'agglomération. Celle-ci se partage elle- 
même en deux sous-sections bien tranchées, d'abord 
Vlénisseique comprenant un certain nombre de dialectes 
sibériens, tels que TAssane, TArine, le Kotte, TOstyak de 
Pumpokolsk ; en second lieu, la<livision Auto-Coréenne, 
à laquelle nous croyons pouvoir rattacher le Coréen pro- 
prement dit aussi bien que les dialectes Aïnos de l'Ile de 
Yésso, des Kouriles, du Sud de l'Ile de Tchoka ou Tarakaï, 
du midi de la péninsule Kamschadale. 

2** La section Youkahire ne comprenant qu'un seul 
idiome, à savoir celui des Youkahirs ou, comme ils s'ap- 
pellent eux-mêmes, Andon-Domni des rives de la mer 
Glaciale. Bien qu'il ait incontestablement fait quelques 
emprunts lexicographiques à des parlers Américains de 
la côte Nord-Ouest, peut-être une étude plus approfondie 
nous permettra-t-elle de le rattacher à la souche Est- 
Altaïenne. 

•V La section Kor y èque- Kamschadale comprenant outre 
les dialectes des Koryèques et des Tschouktchis nomades 
qui se ressemblent beaucoup entre ceux, ceux des indi- 
gènes de la péninsule Kamschadale et même du centre de 
l'ile de Tarakaï. L'époque prodigieusement reculée à 
laquelle remonte la séparation des Kamschadales et des 
Koi-yêques expliquerait les énormes différences lexicogra- 
phiques qui aujourd'hui se manifestent entre eux. 

i** Enfin, la section Loutcliouane-Japonaisc qui com- 
prend outre le Yamato aujourd'hui éteint et père du 
Japonais actuel, la langue moderne du Nippon aussi bien 
que celle de l'archipel Lou-Tchou. Les peuples parlant 
tous ces idiomes ont dû <juitter la Corée au plus tard vers 
les débuts de notre ère pour occuper les régions insu- 
laires où jadis s'était établie la race Aïno. 



sun QUELQUES DIALECTES EST-ALTAÏENS. 49 

Quoiqu'il en soit, c'est du groupe Est-Altaïen seul que 
nous entendons nous occuper aujourd'hui. Faisons reniar- 
quer que les peuples qui les parlent semblent avoir eu 
pour berceau, les plaines de la Sibérie Orientale, Leurs 
dialectes se répartissent en deux classes, la classe Ton- 
gouse plus archaïque de formes et celle des dialectes 
Mantchoux, qui souvent semblent éliminer assez volon- 
tiers les consonnes mediales ou finales. Inutile d'ajouter 
que dans toute la famille Est-Altaïenne, il n'y a que le 
Mantchou, qui, à la suite de la conquête de la Chine par 
les Tartares Orientaux se soit élevé au rang de langue 
littéraire. Examinons maintenant à quel groupe, il con- 
vient de rattacher plusieurs des patois en vigueur chez les 
Tribus de la Province Amourienne et soumises à la 
Russie. 

I** Mainègre. 

Se parle dans le bassin de l'Amour supérieur entre les 
123 et 151 degrés de long. E. ainsi qu'entre les 52 et 
53 i/2 degrés de Lat. N., depuis la rivière Oldoï à l'Ouest 
jusqu'à la rivière Niumane ou Bouréï à l'Orient. C'est 
cette dernière qui sépare les Manègres des Birars. Ajou- 
tons que le Manègre ne nous est connu que par les courts 
vocabulaires qu'a recueillis un explorateur Russe, (i) 
Us sullisent, croyons-nous, à établir qu'il fait partie 
plutôt du domaine ïongouse que du Mandchou. 

On en pourra juger par la liste suivante : 

Fkançais Manègre Tongouse Mandchou 

Un: Omun (dial. d'Okhostk), f/min; Êmu 

(dial. Lamoute), OEmin. 

(1) M. C. do Sabir, Le fleuve Amo«'«r (Paris 1861). 



so LE MUSÉON. 

Français Manègre Tongouse Mandchou 

Deux : Dzur (dial, de Yukoustk et Djuo 
d'Okhostk), Djur 

Trois: Ilan (dial.deYakoustk,J^/an; Ilan 

(dial. d'Okhostk), Ilan 

Quatre: Digin (dial. deYakoustk), Dt/- Duin 
gin ; (dial, de TÂngara 
Supérieure), Digin 

Six : Nugun (dial, de Yakoustk et de Ningun 
TAngara Supérieure) , 
Nyugun 

Sept: Nadang (dial, de Yakoustk), iVa- Nadan 
dan 

Jour : Inangi (dial. d'Okhostk), Inin ; Fandaclia 
(dial, de la Mangas- 
sceya), Ineiigi 

Feu : Togo (dial, de Yakoustk), Tua 
Togo 

Terre : Tur (dial, de la Mangas- Na, boichon 

sceya), Turu ; (dial. 
d'Okhostk), Tor 

Lac: LamiU (d'après Middendorff et iVamii «mer» 
Spatsky), I,am « mer » et (dial. San- 
dali), Namo, 
même sens 

Père : Ami (dial, de l'Angara supé- Ama 

ri eure) Ami 

Mère : Oui (dial, de l'Angara supé- Ené, enié. 

rieure), Oni 



sun QUELQUES DIALECTES EST-ALTAIENS. 51 

M. de Sabir a remarqué que bon nombre de termes, 
ceux spécialement qui concernent Téquitation se retrou- 
vent à peu près identiques en Mongol» en Mantchou, en 
Manègre. Cest visiblement au premier de ces idiomes 
qu'ils ont été empruntés. Cela ne saurait, d'ailleurs, 
nous surprendre. Le même rôle de civilisateurs que les 
Turks ont rempli vis à vis des Mongols, ces derniei*s 
Tont joué à leur tour par rapport aux populations Est- 
Âltaîennes. C'est ce que prouveront, d'une manière suffi- 
sante, croyons-nous, les exemples suivants : 

Français Mongol Manègre Mandchou 

Alezan (cheval) : Dserdé Dzerdé Dserdé. 

Amblier (cheval Djoro Dzirau Djorol. 

qui va l'amble) : 

Bride : Hadsar {kazar, Kadat H adata. 

en dial. Bou- 
ryète) 

Cheval : Satbour Taivor Saïbourou. 

Culeron : Houdarga Kodourga Koudarcha. 

Gris-pommelé Boural (dial. Burul Burutu. 

(cheval) : Boui7ète),frîi- 

rul 

Tigré (cheval) : Tsokhor Tchokur Tchokoro. 

Reste à se demander si les termes en question sont pas- 
sés directement du Mongol en Mandchou ou s'ils ne l'ont 
fait que par l'intermédiaire de quelqu'autre dialecte Est- 
Altaïen. Un exemple sans doute serait de nature à faire 



52 



LE NUSÉON. 



supposer que le Maiiègre a bien pu constituer Tagent de 
transmission. Mais que conclure, reconnaissons-le, d'un 
exemple isolé ? 



Français Monc.ol 

Feutre sous la selle Tohom 



Manfxue Mandchou 
Tolwmo Toliu 



Au reste, le Manègre offre un certain nombre de termes 
d'origine visiblement Mongole propres au Bouryète et qui 
ne paraissent pas de se retrouver en Mandchou. Ex. : 



Français 
Bleu: 

Boiteux : 



Mankgrb 
Sita 

Doliolon 



Mongol 



Bouryète 

(dial, delà Sé- 
lenga), Sârat. 

Dokotiiep « Boi- 
ter ». 



Canard : 


Nikitclian 


ISogoro 




Ciseaux : 


Kaïci 




Kaïschc. 


Coursier : 


Katar tclii 


llatartcln 




Couteau : 


Koto 




Kitogo, Slioty- 
ago. 


(Suivre : 


Altan 


Attan, « or» 


Attan, attcn ; 






prob, pris 


« or ». 






au Turk 




Egal : 


Adati 




A da ti, « sem- 
blable, pa- 
reil M. 



Foie 



Akin 



Ktgegn, itcge. 



SUR QUELQUES DIALECTES EST-ALTAÏENS. 



55 



Français Manègue Mongol Bouryète 

Gris de more Kuko-murin Kuko-morin 
(cheval) : 

Lac: Atnut Âmut. 



Mer 



Dalai 



Datai 



Natte (de che- Godykan 
veux) : 



A tac 



Daté, daleiy da^ 
taï. 

Gezege (Le z de 
cet idiome pa- 
rait représen- 
ter parfois un 
d du Manè- 
gre. 

Chikeng. 

ChotOyChutûngj 
chulong, 

Egcshe, igislii. 

Du reste, les dialectes Mongols ne sont pas, évidem- 
ment, les seuls auxquels le Manègre ait fait des emprunts. 
Bornons-nous à un seul exemple : On ne refusera pas, 
sans doute, de reconnaître le Chinois Maï-Maï, « mar- 
chand » dans le terme Màiman, lequel possède le même 
sens. 

IL Yak. 

Un missionnaire français (i) nous a donné un vocabu- 
laire recueilli par lui au sein d'une tribu de souche 

(1) Le Père Furet, Lettre à M. de Rosny sur Varchipel Japonais 
(Paris 1860). 

4 



Oreille : 


Sang 


Pie (cheval): 


Alar 


Pierre : 


Dzolo 


Sœur ainée : 


Aki 



54 LE MUSÉON. 



Est-Âltaîenne appelée Yak. C'est vraisemblablement elle 
qui habite les environs de la baie de Barracouta ou de 
l'Empereur Nicolas, par le 49** 1', 50" de Lat. N. et le 
157^ 58', 4(K' de Long. E. Il croit retrouver dans Tidiôme 
de cette population, celui des Sandans ou Santans dont 
l'existence a été signalée sur les rives de la Manche de 
Tartarie, en face Tile de Saghalien. Nous ne saurions 
partager, de tout point, l'opinion du R. P. Furet. Le 
Sandan, dont nous allons tout à l'heure dire un mot, sem- 
ble différer assez notablement du Yak. Ce der.iier appar- 
tient-il plutôt au sous-groupe Mandchou qu'au sous-groupe 
Tongouse ? C'est un point sur lequel la pénurie de docu- 
ment« ne permet guère de se prononcer avec certitude. 
En tout cas, il oflFre certaines particularités intéressantes. 
Les mots commençant dans les dialectes congénères par 
une voyelle sont sujets, chez lui, à recevoir une consonne 
prosthétique. Enfìn, il remplace volontiers, la chuintante 
du Tongouse par une gutturale. (Voy. plus loin l'exemple 
fourni par le mot Dalgouné, « Soleil »,) Faudrait-il voir 
là une preuve d'archaïsme ? Nous n'oserions le supposer. 
Donnons, en tout cas, ici, un petit vocabulaire comparé 
de cet idiome et d'autres dialectes de la même famille. 
Le Kara « Rouge » du Yak n'a rien à démêler avec le 
Kara, « Noir » du Turk et du Mongol. La dissemblance 
des couleurs est vraiment trop considérable. 

Par exemple, là où l'emprunt ne nous semble pas con- 
testable, c'est dans le nom signifiant (c Métal », à savoir 
Mougi en Yak. On ne saurait le séparer du Mognun, 
Mogmign, « Métal » en Boui^ète. Ce seront les tribus 
Mongoliques qui auront donné les premières leçons de 
métallurgie aux peuplades situées plus à l'Est. 

Notez encore le nom de « Métal blanc » donné à l'argent 



SUR QUELQUES DIALECTES EST-ALTAIENS. 



55 



par tous les peuples dont il vient d'être question. Com- 
parez p. ex. le Bagda-mougi « Album metallum » du Yak 
au Bagdarin mogun du Tongouse, au Saga mognun du 
Bouryète (même sens). Il faut rapprocher également le 
Ularin mogun litt. « Rubrum metallum » ou or des 
Tongouses du Kara-mougi des Yaks, dont il vient d'être 
question à l'instant. 



Français 


Yak 




ToNGOUSE Mandchou 


Bon : 


Youg 




Naga 


Blanc : 


Bagda d'où Bag- 
da-mougi ; « Ar- 
gent » litt. « Mé- 
tal blanc », par 
opposìt. à Kara- 
mougi^ « or », 
id est « Métal 


Bagdarin 




rouge ». 






Bouche : 


^Sf^a 




Amga Ana. 


Chien : 


Inkiné 




Ginakiny nena- 
kin 


Coutelas : 


Kataiio 




Koto 


Etoile : 


Sikka 




Osikta 


Fer: 


Sob 




Soutou 


Fils: 


Uda 




Uto 


Grand : 


Raké 




Agdyga 


Homme : 


Boyak 




Boya^ boyé 



S6 



LE MUSÉON. 



Français 
Mer: 



Yak 



Ramé 



ToNGOusE Mandchou 

Lam ((l*api*ès Namou. 
Middendorff 
et Spatsky) 

Eniéyémé. 



Mère: 


Mana 


Ané, ani 


Métal: 


Mougi 


Mogun, Mog- 
nun, « Métal, 
argent » 


Noir: 


Koungourré 


Kognori 


OEil: 


Kaxé 


Esa 


Pied : 


Argak 


Algan, k'helgan 


Pluie : 


Tida-tida 


Udun 


Poisson : 


Tolgo 


Oldro, oUo 


Soleil : 


Dalgouné 


Dilaga 


Tête: 


Killa 


Dil 


Vent : 


Taddouné 


Àditi, aedign 



Yasa. 



Si l*on prenait le parti de tenir les consonnes initiales 
du Yak, lesquels font défaut dans les autres dialectes de 
la même famille pour radicales, on en arriverait à le 
considérer comme bien plus primitif de formes que ces 
derniers. Une telle conclusion nous semble assez difficile 
à admettre. Tout, en effet, semble démontrer que la race 
Ëst-Altaïenne est originaire des plaines de la Sibérie 
Orientale. Ce n'est qu'à une époque difficile à détermi- 
ner, mais, sans doute, relativement récente, qu'elle a 



SUR QUELQUES DIALECTES EST-ALTAÏENS. 57 

enlevé aux tribus de souche Koryèke-Kamschadale, la 
possesion des régions littorales. 

Ajoutons que les affinités du Yak avec d^autres familles 
linguistiques sont, d*ailleurs, peu sensibles. La ressem- 
blance du terme Takka ; « Ciel » avec le Bouryète Tcgnere 
(même sens) et le Mongol Tengri pourrait bien être pure- 
ment fortuite. 

N'en serait-il pas de même pour Kazé, « OEil », com- 
paré au Turk Gœz? Gela semble d'autant plus probable, 
qu'après tout, ce mot se retrouve en Tongouse, en Mand- 
chou ou plutôt, qu'il ne diffère de son synonyme dans 
ces deux derniers dialectes, que par la présence d'un k 
initial prosthétique. En tout cas, l'on aurait affaire sim- 
plement à une affinité s'étendant à la famille Est-Âltaïque 
entière. 

Même observation à propos de Inkiné, « chien » qui 
trouve des analogues, non seulement dans les formes 
Tongouses déjà vues, a savoir Ginakin, nénakin^ mais 
encore dans bon nombre d'idiomes du Nord de l'Asie ; 
cf. Yourake (dial. Samoyède de la Russie d'Europe), 
Wucno, Wuençy « Chien » — Bourjète, Nokoï — Japo- 
nais, Inou, (même sens) et peut-être même Tarakaïen de 
la Baie de Jonquières Kan, m. s. Ne dirait-on pas que 
tous ces peuples ont reçu d'une même tribu primitive, et 
le nom et la connaissance du chien domestique ? 

III. Sandan. 

Cet idiome bien distinct évidemment du Yak avec 
lequel on avait cru le pouvoir identifier se parle sur 
la côte Nord-Ouest de la Mandchou rie, au Sud du fleuve 
Soungari ; il ne nous est guère connu que par un court 



58 



LE MUSÉON. 



vocabulaire qu'a publié Tautcur du Nippon (i). Il semble 
appartenir d'une façon plus spéciale au groupe Mandchou 
proprement dit, car nous y retrouvons la tendance déjà 
signalée plus haut, à éliminer les consonnes mediales 
ou finales ; à preuve : 



Français 


Sandan 


Mandchou 


TONGOUSE 


Un: 


Womoo 


Emu 


(dialecte d'Okhostk), 
Vmin. 


Deux : 


Sjuwoi 


Djuo 


(dialecte d'Okhostk), 
Djur. 


Six: 


Ningou 


Ningun 


(dial, de Yakoustk), 
Nyugun. 


Sept : 


Nata 


Nadan 


(dial, de Yakoustk), 
Nadan. 


Soleil : 


Ton 


Choûn 


(d 'après Middendorff) , 
Sygun et Dilœkâ. 


Lune : 


Bi 


Bia 


(d'après Middendorff), 
Bèga. 



Mer: Namo ' Namou (d'après Middendorff 

et Spatsky), Lami ; 
(dial.d'Unalginsk); 
Amoutj mer, lac. 

Lance: Ghita Guida (d'après Middendorff), 

Guida. 



(1) Siebold, Yeriianding over de afkomst der Japaners, dans les 
Verhandelingen van het Bataviaasch Genootschap, (Batavia, 1832). 



SUR QUELQUES DIALECTES EST-ALTAÏËNS, 59 

Quelques vocables du Sandan, mais d'une façon vrai- 
semblablement très exceptionnelle, rappeleraient plutôt 
le Tongouse que le Mandchou. Bornons-nous ici à un 
seul exemple : 

Français Sandan mandchou Tongouse 

Sabre : Houtou Loklio (d'après Middendorff 

et Gerstfeldt), Koto, 
« Couteau ». 

Une particularité du dialecte Sandan c'est la pluralité 
des expressions dont il se sert parfois pour rendre un 
seul et même nom de nombre. Ainsi « Quatre » sera 
aussi bien rendu par Werda que par Purii. On aura pour 
« Neuf», soit Horeï soit Fujin et pour « Trois », tantôt 
Tsappo et tantôt Irao. Peut-être convient-il de voir dans 
ce fait, la preuve d'emprunts faits à des idiomes de 
souche différente. Ainsi, tandis que Irao rappelle visible- 
ment le Mandchou Ilan « Trois », on pourrait être tenté 
de rapprocher Tsappo de TAïno (dial. Kamschadale), 
Tché lequel devient ré dans le dialecte de Tile de Yésso. 

O^ DE CUARENCEY. 



MOTS ÉTRUSQUES 

EXPLIQUÉS PAR LE TURC (i) 



PAR 

Le Baron Carra de Vaux. 



Isaac Taylor, dans ses Recherches étrusques (2), parues 
en 1874, avait réuni plusieurs bonnes remarques tendant 
à prouver que Tétrusque était une langue agglutinante et 
que son vocabulaire devait être classé à côté des vocabu- 
laires des idiomes touraniens. Malheureusement ces inté- 
ressantes indications se trouvaient noyées dans une quan- 
tité beaucoup plus grande d*interprétations incertaines, 
vagues ou tout-à-fait erronées, en sorte que la thèse prin- 
cipale du livre ne conquit pas, dans le monde savant, 
Testimc qui, à notre avis, lui était due. C'est ainsi que, 
sans parler de la syntaxe qui, dans les interprétations de 
textes étrusques proposées par Taylor, n'est rien moins 
que touranienne, la phonétique de plusieurs de ses éty- 

(1) La Direction du Musëon^ en accueillant cette étude, me fait observer 
que les rapprochements qui y sont proposés s'écartent du type admis par 
les gi*ammaii'iens, notamment par les Latinistes. Je le sais sans nul 
doute ; mais j'ai pensé qu'une méthode nouvelle pouvait être employée 
dans un domaine nouveau. 

(2) E(f*vscan researches by Isaac Taylor, vicar of Holy Trinity, 
London, Macmillan, 1874, I vol., 388 pages. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPLIQUÉS PAR LE TURC. 61 

mologies est lâche, la sémantique n'en est pas toujours 
très naturelle, et Thistoire de plusieurs vocables des plus 
connus subit de fâcheuses entorses : Taylor ne dit-il pas 
que les mots liammâl, porteui*, et verd, rose, sont des 
mots turcs? et ne croit-il pas possible de prouver que 
nefery personne, raSy tête, sont « originairement hongrois », 
bien qu'il lui semble « plus probable » que ces vocables 
ont été empruntés par le turc à l'arabe « ou au persan » ! 
(pages 151,261, 195). 

Mais de ce qu'une thèse a été mal défendue, il ne s'en- 
suit pas qu'elle soit fausse. On peut essayer aujourd'hui 
de refaire, morceau par morceau, avec prudence et 
patience, l'œuvre manquée de l'auteur anglais. Les cir- 
constances sont de nos jours plus favorables qu'elles 
n'étaient de son temps. On a dans le Corpus (i) des ins- 
criptions étrusques qui se publie en Allemagne un recueil 
de documents plus complet et plus correct que celui de 
Fabretti (2) ; les langues turques d'autre part ont été 
soumises a une analyse beaucoup plus pénétrante, et elles 
ont fait l'objet de travaux beaucoup plus étendus. Il y a 
donc lieu d espérer que ce genre de recherches aura 
maintenant un résultat meilleur. 

Nous donnons ici l'étymologie d'une quarantaine de 
mots, soit vocables indiqués comme étrusques par les 
historiens et grammairiens latins, soit vocables latins 
qui, n'ayant pas d'explication satisfaisante du côté aryen, 
peuvent être supposés d'origine étrusque. Dans cette 
recherche nous sommes tombés 4 ou 5 fois sur des 
racines qui semblent avoir été communes, dès une époque 

(1) Carolus Pauli Corpus inscriptionum eti*uscarum. Vol. I. Leipzig, 
Ambrosius Barth, 1893-1902. 

(2) Corpus inscriptionum italicarum, Turin, 1867. 



62 LE MUSÉON. 

extrêmement ancienne, aux groupes aryens et touraniens ; 
nous avons indiqué le problème soulevé par ces racines, 
bien que ce soit là une question tout-à-fait distincte du 
problème étrusque. (V. §§ 1, 13, 18, 18', 25, 27). 

Nous ne parlons pas dans cet article des noms de 
lieux, ni des noms mythologiques, sauf de cinq de ces 
derniers particulièrement clairs et intéressants. Dans des 
communications récemment faites, nous avons commencé 
à montrer comment la thèse que nous appliquons aujour- 
d'hui à Tétrusque, doit être étendue au monde pré- 
hellénique. C'est là seulement qu'elle devient tout-à-fait 
rigoureuse et qu'elle prend son complet développement (i). 

I. 
Termes relatifs a ia religion et au calendrier. 

Les termes de cette catégorie sont forts importants, vu 
ce que rapporte la tradition classique de l'influence 
qu'ont eue les Etrusques sur les Romains en matière 
liturgique. 

1. Putéal, [Templum], Le premier de ces termes est 
étrusque ; le second est ai^en, ayant des correspondants 
en Grec et en Sanscrit ; mais il donne pourtant lieu à 
une comparaison saisissante avec un terme touranien. 
Le puteal était l'autel élevé en plein air par exemple 
en un lieu où la foudre était tombée ; il marquait le site 
d'une théophanie, le locus religiosus. Le mot existe en 
T. or. boudalj lieu, place. L'idée d'étroitesse parait dans 
le mot latin comme dans la racine turque : L. putealy 

(1) Jo tiens à citer ici le nom d'un ami et collaborateur, M. Henry 
Demiau, qui a attiré mon attention sur le problème étrusque. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPUQUÉS PAR LE TURC. 65 

margelle, puteus, puits, cachot, trou. T. or. boudjâlç, coin, 
angle ; boulch, homme (inintelligence étroite. — Quant 
au mot tcmpluniy G. Té(jL€vo<;, enceinte sacrée, il est sugges- 
tif de le rapprocher de la racine turque tap-maqy ado- 
rer (i). (]ette comparaison, à laquelle sans doute le mot 
tabou doit être adjoint (T. or. tâboug\ adoration, servi- 
tude, hommage), nous fait remonter au-delà de Tage 
étrusque, jusqu'à la période préhistorique du langage. 
Nous trouverons tout à l'heure un autre exemple d'une 
comparaison analogue. 

2. Sacrum. Le mot a une etymologic intéressante, mais 
non décisive en aryen, tirée de Tidée de couteau servant 
au sacrifice ou de pierre sacrée (racines saxum, secare). 
Combien plus directe Tétymologie touranienne : ï. osm. 
sâklCy conservé, secret, mis en réserve ; sak-lâ-maq^ con- 
server, cacher, préserver. La racine est moins employée 
en turc oriental où elle existe pourtant : sâqinmaq^ se 
garder ; sâk-tchi, gardien. 

3. Solemnis. Il n'y a pas de bonne etymologic ai7enne ; 
Tancienne explication de Festus, adoptée par les moder- 
nes : « ce qui se fait tous les ans », au moyen du mot 
solus, 6Xo<; signifiant a tout » et de annus c< année », ne 
tient pas. Le turc est ici plus aisé et plus positif : T. or. 
chilân, repas publics, festins donnés par les sultans et 
les émirs ; chinlik, joie, prospérité ; T. osm. chènUky 
réjouissance publique, solennité. — Nous aurions un o 
latin correspondant au son ì du turc. 

4. Augur. Quoi de plus connu que la tradition qui 

(1) Je ne vois pas qu'il soit bien raisonnable de comparer le mot au 
sanscrit tapas, dévotion, ascétisme« dont la sémantique parait toute 
différente ; tapas donne en effet ridée de chaleur, de dcssication, d'où 
celle de macération ascétique. 



64 LE MUSÉON. 

montre les Etrusques comme des spécialistes dans l'art 
des augures, et comment se contenterait-on d'une etymo- 
logic ai^ennc telle que augur = goûteur d'oiseau (lat, 
avis, sanscr. ju§, yzùtù) (i) lorsque l'on a en touranien 
le mot même d'auj/ur, dans sa forme intacte ? T. or. 
augour, bénédiction, bonheur ; aug'our-maq, réussir, 
prospérer ; et la variante : audjour, temps, époque, 
accomplissement d'un présage, réalisation d'un songe, 
réponse. De plus outch-maqy voler ; outchour-maq, faire 
voler ; et oq, flèche, mots très vieux. II n'y a aucune 
vraisemblance qu'une racine aussi développée dans le 
turc ait été empruntée au latin (2). L'opinion contraire 
«'impose. L'augure est celui qui « fait voler » l'oiseau. 

5. Vätes. Inexpliqué en aryen ; c'est la transcription 
presque exacte du T. osm. eutuch, voix, accent, chant 
des oiseaux ; T. or. culncli-mek, chanter, réciter ensemble. 

6. Sinister, Dexter. Ces mots importants, dont le pre- 
mier surtout est dilïîcile à expliquer en ai^en, ont en 
turc une etymologic des plus intéressante : On sait que 
dans les âges primitifs l'idée de droite était souvent con- 
fondue avec celle d'orient et de midi, l'idée de gauche 
avec celle de ténèbres, de nord ou d'occident. Cette con- 
fusion est très générale dans l'humanité ; c'est ainsi qu'en 
arabe iémin désigne encore la droite et le sud ; en Chine 
sont associés l'orient et le printemps, l'occident et l'hi- 
ver (5). Or le Turc nous donne : T. osm. son, fin, dernier, 
T. osm. seniunmek, s'éteindre ; T. or. seunmek, s'étein- 
dre, et avec la dentale : T. or. ttm, nuit, obscurité. On a 

(1) Laurent et Fîaitmann, Vocabulaire étymologique de la langue 
grecque et de la langue latine, Paris. 1900 ; page 123. 

(2) V. (Jans Wambóry, Et, Wort. § 7, une famille ah, oh avec l'idée de 
chose haute ou qui s'élève. 

(3) V. de Gix)ot, les fêtes d'Emoui ; Ann. du Musée Guimet, 1886, p. 470. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPLIQUÉS PAR LE TURC. 65 

aussi : T. or. son-qoid, main gauche ; voilà pour sin-ister. 
Pour dexter, T. or. tog-maq, naitre, apparaître ; T. osm, 
dog* ou, orient ; T. op. tog'ru, droit, en face ; T. osm. 
dogWou, droit, direct, juste, honnête. 

7. Festum ; Fânum ; le second de ces mots, ayant en 
osque une forme fes-nnm, peut sans doute être joint au 
premier. Les etymologies qui tirent fanum de fari, par- 
ler, et festum de l'idée d'affermir, sont subtiles et douteu- 
ses. L'étymologie touranienne est au contraire claire et 
vivante : T. or. oucli-maq, accourir, se réunir dans un 
seul lieu ; T. os. uch-mek, s'assembler. — Le fes-num 
était le lieu de rassemblement. Le Turc étant affaibli à 
l'initiale, la plupart du temps, le son ou y représente v 
ou f. 

8. Saeculum. Les deux sens du mot, compte de temps 
et génération, sont explicables en turc : L'explication 
classique relie së-ctUum à së-men ; cela va pour l'idée de 
génération ; mais d'autre part on a en turc pour l'idée de 
temps : T. or. sâigâ-maq, compter ; T. or. et os. sâye, 
compte. L'idée est explicite dans la forme tchâg, temps, 
mesure, entier. Pour la génération : tcliougâl-maq, se 
multiplier ; tog-maq, naitre, etc. 

9. Idus ; calendae. Le mot idus, itus est donné comme 
Etrusque par Varron (V. Fabretti, index) ; il n'y a donc 
pas lieu d'admettre l'étymologie ai7enne par la racine 
aîBci), idh, briller, brûler ; on peut suspecter aussi l'étymo- 
logie de calendae par calare, appeler, les calendes étant, 
dit-on, le jour où l'on annonçait la nouvelle lune. Le turc 
fournit justement pour ces deux termes des etymologies 
d'une simplicité merveilleuse. Le caractère principal des 
Calendes était d'être comptées à rebours ; c'étaient les 
jours restant de la lune ; T. osm. et or. kâlânf cestant.: 



66 LE MUSÉON. 

Les Ides étaient les jours du mois ou de la lune : T. osm. 
et or. Ay, mois, lune. 11 y a un suffixe d qui doit être 
le relatif turc tche ; on trouve en eflTet en T. or. aytche- 
luq^ mensuel. 

10. Cercmonia. Il y a pour ce mot une etymologic 
classique : les présents à Cérès (i). Cette explication, pour 
être poétique, n*en est pas plus certaine, et Ton en a 
cherché d'autres. Le mot parait appartenir à la racine 
turque kour : T. or. kour-maq, orner, poser ; kour-michc, 
action d'orner une chose, de monter, de préparer ; kour- 
oumsâg\ offrande. Le mot serait donc d'origine étrusque. 

11. Sirena^ étrennes. Tout le monde connaît les tenta- 
tives d'explication de ce mot, que l'on rapproche soit du 
nom de Saturne, soit de la déesse Strenia ou de strenuus. 
Comme pour les mots précédents, le touranien fournit 
ici une etymologic très directe et très positive. Drouna, 
selon Hésychius, est un mot étrusque qui signiße « com- 
mencement, initium » ; avec la correspendance du d au 
tclij ce mot est le turc osm. et or. itclièri, itchérch, dans ; 
itcheri guirmeky entrer, littéralement aller dedans, in-irc (2). 
Le suffixe n est employé ici pour former le substantif. 

II. 
Cinq noms de divinités étrlsques. 

Les historiens ou grammairiens latins nous ont con- 
servé un petit nombre de noms de divinités étrusques. 
J'en cite ici seulement cinq qui ont en turc des explica- 

(1) V« aussi le cenis du chant des Salions et cerritus, possédé. 

(2) Nous aurons occasion de revenir sur ce mot qui donne lieu à des 
comparaisons fort curieuses, notamment enti*e le nom de St-r-enia et 
celui de la nymphe Eg-ér-ie. Toute une famille de mots se relie à cette 
racine si-r, tch-r, g-r, d-r. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPLIQUÉS PAR LE TURC. 67 

lions très frappantes. Nous ferons une plus vaste étude 
des noms mythologiques, après avoir étendu notre thèse 
au monde hellénique. 

12. Tagès. C'était un nain qui enseigna aux Etrusques 
la sagesse et les principes des arts. T. or. tchoutchâq, 
nain ; T. osm. djoudjeli^ nain. — Il y a ici correspondance 
du son a étrusque au son ou du turc (i). 

15. Summanus, Dieu des éclairs nocturnes. L'explica- 
tion latine par summus mûnium, le roi des Mânes (v. 
Fabretti, index), n'est évidemment pas à retenir. T. osm. 
et or. cliim-click, éclair; T. or. chim-in-meq, entrer en eflTer- 
vescence (2). — Correspondance du u étrusque à Tt tui'c. 

15. Bégoé, nymphe, auteur légendaire d'un des livres 
fulguraux des Etrusques. T. osm. et or. buge, magie, 
enchantement ; bugu-dje, magicien. — La racine de ce 
mot offre le même intérêt que celle du mot T. tâp-maq, 
adorer ; sa diffusion dans les races touraniennes et 
ai^ennes a dû avoir lieu dès une très haute antiquité, 
car il est bien vraisemblable que c'est la même racine 
qui paraît dans le grec i^àyoç, mot d'emprunt, et dans le 
nom des prêtres gaulois les Eubages. 

14. Aiser, dieux, esprits. Le mot parait être un pluriel, 
ainsi que l'a remarqué Taylor. Ce vocable, qui pourrait 
donner lieu à de longues dissertations, a en turc oriental 

(1) Nous donnerons d'autres rapprochements fort importants à propos 
de ce nom de Tagès, tel que celui du nom de la motte de terre, symbole 
de génération, avec le nom du nain, de l'enfant. Selon la légende étrusque 
Tagès sort d'uno motte de terre. En turc or. tchoutchâk est un nain et 
aussi le nom de trois buttes dans l'Amou Darya. 11 y a beaucoup à dire 
sur cet article. 

(1) Cf. en Italie les grottes du Mont Summanus, grottes remplies de 
vapeur chaude. Quand nous aurons développé toute notre thèse, nous 
rapprocherons aussi dece nom celui de Sémélée, dévorée parle feu de 
Jupiter, la foudre. 



68 LE MUSÉON. 

son équivalent direct ais, intelligence. La racine a le sens 
abstrait et le sens concret du latin spiritus : T. osm. et 
T. or. ès-meky souffler (le vent). Encore T. or. ous, intel- 
ligence. 

15. Tinia. Dieu en général, Tâme du monde. T. osm. 
iaììkrè ; T. or. tingra, Dieu. — Cette etymologic suppose 
que le r turc peut équivaloir à une semi-voyelle, hypo- 
thèse fort acceptable à priori, et que Taylor avait admise. 
Le k nasal du turc tankrè ne paraîtrait dans Tétrusque 
que comme simple nasale. Au reste, il est à croire que 
c'est la même racine qui se trouve dans le mot tin y esprit, 
Sipuffle, commun à tous les dialectes turcs (i). 

111. 

Noms communs. 
Noms d'animaux et antres. 

16. Acßa ou Außay chien, d'après des inscriptions 
accompagnées de figures. Le T. or. fournit les mots 
avtâ-maqy chasser, avlâmek, hurler, en parlant du chien 
et du chacal, dont la convenance est parfaite. 

17. Damnos, cheval, d'après Hésychius. Ce mot est 
assez bien expliqué dans Taylor. Par la correspondance 
du d au tch, nous tombons en turc sur la racine tchâp qui 
donne toute satisfaction : T. or. tcliâp-maq, se hâter, 
courir ; tcliâpân, courant ; ichâpâoul, courrier, postillon ; 
tcliâp-g'oun, cheval noir aux allures rapides (2). 

18. Fdulis, brebis, d'après Festus. Le mot est vraisem- 

(1) Wanibéi'y, ètym. Wort. § 189. 

{H) Cf. le § 172 de Varabcry : la famille tap avec l'idée de marcher, 
suivre une trace. 



MOTS ÉTRUSOUES- EXPLIQUÉS PAK LE TURC. 69 

blablement en connexion avec Taryen vitulus, veau, hodéi; 
taureau, que Ton donne comme origine au nom de V Italie. 
Ce serait encore un de ces mots aryens et touraniens tout 
ensemble dont la diffusion à travers ces deux grands 
groupes ethniques remonte à la plus haute antiquité. 
Nous trouvons en touranien T. or. outlâg\ pâturage, 
outbug\ endroit abondant en herbe, et ces termes tendent 
à prouver que le pâturage et le bétail étaient désignés 
par une même racine. Le turc explique donc ici l'origine 
d'Italia qui signitie, non pas bœuf, mais lieu de pâture. 
Il ne parait pas nécessaire, en conséquence, de recourir 
pour idulis à l'explication de Festus, disant que ce mot 
désignait une brebis sacrifiée à Jupiter aux Ides de chaque 
mois. 

18'. [Ovis], brebis, sanscr. et lith. avi, oU, mot ai7en 
dont l'histoire parait toute semblable à celle de idulis^ 
car on trouve en touranien la même racine désignant à 
la fois le bétail et le lieu de sa pâtui*e : T. or. m, bœuf 
ou vache ; T. osm. oveh, plaine. 

19. Arakos, épervier, d'après Hésychius. T. or. Ifarâg'ou^ 
épervîer, oiseau de proie ; karâg'ou, est apparemment 
pour kârâ koucli, oiseau noir, dénomination ordinaire 
des oiseaux de proie. — Ce rapprochement, déjà admis 
par Taylor, suppose du côté étrusque, la chute d'une 
initiale k, phénomène linguistique fort admissible, connu 
il est vrai surtout en sémitique. Cf. peut-être en ai^en 
des exemples tels que : alapa, soufflet ; grec xoXaçoç. — 
A ridée de l'oiseau de proie, arakos, se rattache la légende 
d'Argiis à la vue perçante. 

20. Capys, faucon, d'après Servius. — Taylor explique 
bien le mot par la racine touranienne kâp, indiquant 
l'idée de saisir, de ravir ; capys signifie c< le ravisseur ». 



70 LE MUSÉON. 

T. or. kâp-maq, prendre, saisir ; T. osm. kapedji^ qui 
enlève de force, qui rapine. 

21. Gnisy gins ou ginis, grue et oiseau en général, 
d*après Hésychius. Ce mot important a une bonne inter- 
prétation en turc. T. or. koun-maq, descendre dans un 
endroit, s*y poser ; koun-oucli-maq, descendre ensemble 
dans un endroit ; koun-che, koung-cliCy voisin. 1/oiseau, et 
surtout la grue, est donc la bète qui se pose en troupe en 
un endroit. En turc oriental, ce nom est particulièrement 
appliqué au corbeau : kouììk, corbeau ; il est probable en 
outre que le nom commun de Toiseau en turc, tant 
osmanli qu'oriental, koucliy se rattache à la même i*acine, 
par chute de la nasale. — Cette etymologic fait corres- 
pondre un son i étrusque à Vou turc. 

22. Arimi^ guenon, d'après Hésychius. — C'est la grim- 
peuse : T. or. iârmân^maq, grimper, s'accrocher. Le 
vocable est lié à ormân^ forêt, dont nous aurons occasion 
de reparler une autre fois. 

23. Caprttj chèvre ; mot latin qui serait d'origine 
étrusque d'après Hésychius. Cependant ce vocable est 
répandu dans les langues ai7ennes (i) ; c'est sans doute 
encore là un de ces mots qui ont été communs, dès 
une époque très ancienne aux deux groupes de langues 
aryen et touranien. Taylor signale le rapport avec le 
Lapon habrOy chèvre. En turc, nous avons un rapproche- 
ment pittoresque avec le mot kavour-maq, rôtir, fricasser 
(T. or.). Kârour-dâq est la viande rôtie dans la graisse, 
et ffâvour-mâdj est de la viande « boucanée ». Le vieux 
terme « boucaner » serait calqué sur le mot turc. 

24. Histrio. On sait que les histrions venaient à Rome 

(1) Laureni et Hartmann, p. 335. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPLIQUÉS PAR LE TURC. 71 

surtout d*Etrurie ; c'étaient des baladins, des danseurs : 
T. or. satchra-maqy sauter ; T. os. setclirâ-magy sauter. — 
Il y a métathèse de la voyelle et de la consonne initiales ; 
le h initial n'est pas rendu. 

25. Lucumo. Titre étrusque rendu en latin par princeps, 
prince. — Taylor donne une explication touranienne qui 
ne parait pas douteuse par le T. or. oti/ou^*, grand ; t. osm. 
ouloUy même sens. 

26. Cassis, casque, mot étrusque d'après Isidore. Il n'y 
a pas en effet d'étymologie aryenne, qui s'impose. En 
T. or. kâchkali est l'appareil qu'on attache au front du 
cheval au jour du combat. 

27. BalleuSy baudrier, mot étrusque d'après Varron. 
T. or. bâl'dâq, anneau auquel le ceinturon du sabre est 
attaché ; bâl-tchâq, garde du sabre. 

27'. [Sagittajy flèche. Taylor a quelques remarques inté- 
ressantes sur ce mot évidemment très ancien ; il signifie, 
à n'en pas douter, « la petite pierre », la pierrette que 
l'on mettait au bout de la flèche, de saxum, pierre. Le mot 
s'explique donc par l'aryen, et rien n'autorise à affirmer 
qu'il soit emprunté à l'étrusque ; mais il est curieux de 
noter encore ici une similitude d'expression entre l'aryen 
et le touranien ; on a en effet en T. or. sâg'-daq, carquois, 
et la racine sâtch-maq, répandre, disperser. 

28. Lan-istOy gladiateur, d'après Isidore. Taylor n'a 
pas saisi l'étymologie de ce mot, qui doit être celle-ci : 
T. or. ilâng, soldat équipé à la légère ; léger, rapide, 
leste ; le sens primitif parait être « nu » : T. or. iâling, 
nu ; T. osm, iâlin, nu. — Le turc, contraireipent à 
l'étrusque, répugne à commencer ses mots par la liquide ; 
il a recours à divers procédés pour éviter la liquide à 
l'initiale ; ici il y a préfîxatîon de la lettre t, par laquelle 
débutent beaucoup de mots turcs. 



72 LE MUSÉON. 

29. Gapos et Thensae. — Gapos est un chariot d'après 
Hésychius, et les Thensae étaient aussi les chariots sur 
lesquels les Etrusques traînaient leurs Dieux. On a ici en 
turc deux termes correspondants aux termes étrusques 
qui signifient, non pas le chariot, mais le bissac que Ton 
place sur la bète de somme ; par un jeu ingénieux de 
sémantique, le nom de la charge portée a été transmis 
à la charge traînée : T. or. kah, sacoche qu'on suspend 
aux flancs d'un mulet ; T. osm. tcliântali, besace, petit 
sac de voyage ; T. or. tclwuntni, petit bissac. 

50. Atrium ; mot d'origine étrusque d'après Varron, 
La dérivation du latin atcr, noir, ne satisfait qu'à demi, 
et l'indication de Varron doit être juste. Le T. or. et 
osm. donne la racine otour-maq, s'asseoir (i), qui peut con- 
venir : Vatrium, ce serait le lieu autour duquel on s'as- 
seoit, le lieu où l'on s'arrête, T. dotirmaq, s'arrêter. Au 
fond, c'est un des noms de la tente : T. or. otour, nomades 
habitant la tente. 

51. Ataison, vigne grimpante, d'après Hésychius. Taylor 
décompose ce mot en deux mots turcs : ot, plante, uzunij 
raisin, ot-uzum, vigne, rapprochement très saisissant. 

52. Mantissa, petite quantité de marchandises qu'on 
ajoute dans le plateau de la balance pour compléter le 
poids, d'après Festus. Les correspondances phonétiques 
déjà reconnues nous autorisent à identifier mawt... avec 
T. osm. et or. boundj-eh, tant, autant. Le mot boundjouq 
en turc osm. et or. désigne, d'ailleurs, des coquillages 
et autres petites marchandises. 

55. Burrus, xàvôapo;, d'après Hésychius ; la sémantique 
de ce mot, ainsi que le remarque Taylor, doit le rappro- 

(1) V. sur ce mot Vambéry, loc. cit, § 52. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPLIQUÉS PAR LE TURC. 73 

cher de l'idée d'anse ou de bec recourbé, car le grec 
xàvôapo;, signifie escarbot, insecte aux mandibules crochus 
et coupe à anses. Or la racine turque bourmaq signifie 
tordre, recourber, T. or. hour-olgoun, courbé en arrière ; 
bouroun, nez, bec. Les Italiotes appelaient Buris le man- 
che de la charrue primitive, d'après Festus. — Le T. 
osm. et or. bâr-dâq est une aiguière, un verre à anse. 

34. Burra, d'après Festus, signifiait chez les Italiotes 
une génisse au nez rose. T. or. bour-g'u, veau ; bour-dâg'^ 
gras, bien nourri. L'épithète de burrus était appliquée à 
l'intempérant, à l'ivrogne au nez rouge. 

54'. [Nepos] luxurieux, d'après Festus. Taylor remarque 
que le mot est conservé en albanais : ncpcs, un glouton. 
Le mot existe aussi en T. osm., mais il est difficile de 
douter qu'il y soit un emprunt arabe. La racine sémi- 
tique nfch a le sens d'appétit, de sensation, de chair, 
dans Thébreu biblique. Il est donc probable que l'étrusque 
nepos est un emprunt sémitique ; le mot proviendrait du 
phénicien ; le ncpes albanais est sans doute venu de l'arabe 
par l'intermédiaire du turc (i). 

IV. 

Six mots connus par les bilingues. 

Les très pauvres bilingues étrusco-Iatins que l'on pos- 
sède, donnent de six mots étrusques des traductions qui 
sont aisément explicables par le turc. 

(1) Je n'ai pas de préférence décidée pour l'étymologie des mots Antar, 
Antat, Andas, IMutis, Lud us ; j'espère avoir une autre occasion de 
parler de \usiL Usel, Caere, CamiHus, Falandum, Thesan; quant aux 
mots Favtssa, Ginis, Laena^ Populus, Subulo, je doute qu'ils soient 
proprement étrusques. 



74 LE MUSÉON. 

55. Klan^ fils. T. or et osm. oglân, fils, enfant. L'étrus- 
que n'a pas eu besoin de la voyelle du début. 

55'. Agalletora désigne, d'après Hésychius, les enfants 
chez les Etrusques. L'explication de ce mot donnée par 
Taylor, semble bonne : Le mot est double ; la première 
partie agal correspond à klan, la voyelle initiale repa- 
raissant ; la seconde partie etora correspond à une racine 
touranienne qui indique l'idée de jeunesse. T. or. touroun^ 
petit-fils et petite-fille ; tour-lâq, jeune homme imberbe ; 
tour-oum jeune chameau de deux ans, etc. 

56. Avil et nV, année. Ces vocables paraissent quelque- 
fois l'un à la suite de l'autre dans une même inscription, 
et le premier semble signifier âge, l'autre année. Le Turc 
ayant amolli Vr initial, ril doit correspondre au T. osm. 
et or. yil, année. 

57. Kahati, nom propre rendu en latin par c< violent ». 
T. or. kizAt-maq^ s'enflammer, s'irriter ; T. osm. qiz-gen, 
fâché, en colère. — Le h étrusque, selon cette explication, 
serait en phonétique voisin de la semi-voyelle /. Cf. encore 
T. or. kiyây violent. Une famille de mots de ce genre com- 
porte l'idée de bouillonnement, T. or. kiyân, torrent, etc. 

58. Kiarthiy basané « fuscus ». — T. or. et osm. kir^ 
saleté, ordure, crasse. 

59. Thapiriy noir. — Cf. T. or. tchâmour, boue, fange 
noire ; T. démîr, fer, le métal noir. Nous retrouverons 
cette racine. 

40. Vari, roux, roussi, « rufus ». — Le mot parait se 
rattacher à la racine T. or. our-tânmaq, être consumé, 
s'enflammer ; our-t, flamme, étincelle, cendre rouge. 
Pour ce mot les rapprochements seraient plus frappants 
du côté de l'ougro-finnois : finn, veri, sang ; hong, vörös, 
rouge. 



MOTS ÉTRUSQUES EXPLIQUÉS PAR LE TURC, 



73 



Phonétique des etymologies précédentes. 

En dehors des correspondances régulières de lettre à 
lettre, on a pour les consonnes les rapports suivants : 



Etiiiique. 




Turc Oriental. 


No« des paragraphei. 


d ou th initial 




^ (tch) 


11. 17, 29, 39 


t médian 




^(dj) 


32 


foiiv initial 




J^ (au) 


5. 7, 40 


foup médian 




^ (0) 


16,23 


Q 


^ 


ou ^ (tch, dj) 


12, 27' 


h médian 




^(i) 


37 


g initial (chuto du) 






19 


r init. ou méd. 




semi voyelle 


15,36 



Pour les voyelles on a, en dehors de la correspondance 
normale, certains phénomènes d'harmonisation suggérés 
par ce qui suit : 



a initial 


y (0) 


30.31 


a méd. 


-?(ou) 


12,32 


e méd. 


^W 


10, 12, 13 


iméd 


-?(ou) 


6, 18. 21 


ou méd. 


t{i) 


11 


méd. 


t(i) 


3,13 


initial (chute de) 




35 


1 initial (chute de) 




28 



THE 



MazdayasDìanCoÉssiODofMI 

BEING THE PAHLAVI TEXT' OF YASNA XHI (XH), AS 
FOR THE FIRST TIME CRITICALLY TRANSLATED 

BY 

L. H. HILLS 

D- D., Hon. M. A. professor of Zend philology in the University of Oxford. 



The Faith. 



Ì. I scorn the Demons. [It is (precisely) along with 
this, (that is to say, in accordance with this even that 
I proceed) ; that is to say, when Aharâylh is worshipped by 
ine, the Demons are scorned by me ; and afterward also* 
(that is to say, after my act of worship), I scorn* them as 
of outcast nature] ; and I praise* the Mazdayasnian (Faith) 

' The Text of which this is a translation appeared in transliteration as 
edited with all the Manuscripts collated in the Zeitschrift der Deutschen 
Morgenländischen Gesellschaft, Heft III, Oct. 1902. Translations into 
Parsi-Persian, Sanskrit and Qujai'ati, from Texts not collated and other- 
wise of an uncritical character, have alone preceded this. For a critical 
free rendering of the original Avesta, see the XXXI«* volume of the Sacred 
Books of the East, pp. 247 to 253, inclusive. 

The glosses are included within square brackets [ ], my explanations 
within parenthetical curves ( ). 

* Possibly meaning that the first words beginning with naismi should 
be regarded as belonging to the same section as the second term ^ 
beginning with fravarânç. 



THE MAZDA YASNIAN CONFESSION OF FAITH. 77 

of ZartQst, the demon-severed (saint), the one endowed 
with the Aûharmazd's Lore, [that is to say, 1 will pro- 
nounce the Lore which is Aûharmazd*s ; that is, ßyen 
among^ the wicked (or perhaps 'I interdict the wicked')], 

2, I praise the Âmesaspends^ ; I sacrifice to the Aine^ 
saspends, [that is to say, I praise them in (this) Yasna] ; 
(3) and I assign all welfare to ÂQharmazd the good, the 
one executing good measures^, that is to say, 1 put all 
things into the possession of ÂQharmazd (I acknowledge 
Him as Lord of all)], - 

((4) (into the possession) of the Holy One, ÂQharmazd, 
the radiant, the glorious, 

(5) to whom whatsoever thing is best is offered, by 
whom the Herd (was) created, whose is Âharâylh (asa or 
'arsa'), whose aie too the lights, and with whose light 
happiness (or 'glory', that is to say, *the glorious objects') 
are combinedS [some say (that is, some interpret the 
word xvârlh as) ' reward '"']. 

6. And Spendarmad, the good, 1 love personally (or *in 

» We should at once prefer * I interdict the wicked ' ; and I add this as 
an alternative ; see on Y. 49, 3 to which the text probably refers. But 
dên is in the gl. and Ncr. understood madcye pâpakarmiçâm. Madcye is 
of course possible, if indeed it 8ix)ils an idiom for once. 

* I have advanced elsewhere the doctrine that this^ (J(j) correspon- 
ding to Avesta 4 (M(^) should be regarded as expressing at times rS {^ )), 
holding,as I do, that .J (Jgj^) originated from the falling together of 

r + H'H^^) = fH^ originally. There is no Mg^ i» Pahlavi. It is a later 

combination of r + i afterwards used in the Avesta Alphabet for .jf (sh) 
in other occurences. But in ame.fa and Aia, it should be restored to *r5', 
see Zeitschrift D. M. 0. Apr. 1903, note. 

' iapîr patmân is practically a compositum. It possibly mistakes the 
-maidç (as I held & still think probable) for a form from mâ=* to measure*). 
For -maidç I would restore a vohû-maitç. 

* A citation from Y. 31, 7. 

' Referring to the two senses of the word xvârih, * glory ' and * comfort \ 



78 LE MUSÉON. 

reality'). She is} mine, [that is, may she be a guest in my 
body]. 

7. And I (would save by my) praise the Herd* from the 
thief and from the ruffian ; [that is to say, may it not 
(become) their possession]. 

8. (1 deprecate with praise to Aûharmazd all) injury 
and desolation^ from the Mazdayasnian village(s), [that is 
to say, they, (the hostile hordes) should not do it ; (that 
is, they should not bring these evils upon the villages)]. 

9. Forth (that is to say, 'freely') with (full) intention 
(or, more like the original, 'freely towards ('to meet') their 
intention') am I liberally offering to those who go* at 
their desire and (at their) desire remain"^ ; [and who will 
come spontaneously (or 'for what they need') to the Reli- 
gion, and who will take their stand upon the Religion, 
toward those I act with purposeful liberality]. 

10. Those who dwell upon this earth with cattle-pro- 
perty [(to these Aoharmazd) declares an indication (or 'a 
distinction' as follows ; see below)] ; 

(ii) and I offer up praise to Aharâyih (Arsa) [that is to 
say, thereupon I would offer up my person] ; and thus 
I will praise on, [that is to say, I offer a thing which is 
(a real) benefit]. 

12. Not from that (cause) [as it is not proper (or 

* An effective (almost an affecting) allusion to Y. XXXII, 2. 

* Literally * I would praise up the Heixl from the thieves '. The leading 
characteristic of the A vesta was faithful care of the Herds, which as the 
chief source of support, were regarded as sacred. 

' The works of Aeima as the * raid * the universal foe of settled indus- 
try ; see also Y. 29, 1. Ga^as at the place pp. 20, 410. 

* See SBK XXXI, 248 for alternative explanations of the original, 

5 The exact point and reason of this idea of * going at will, and abiding 
at will • I thought to be * settlement ' as opposed tho the nomadic life ; 
see SBR XXXI, p. 248. We must suggest some such pointed sense, as the 
gloss is here too pallid. 



TUE MAZDAYASNIAN CONFESSION OF FAITH. 70 

'righteous') to do (so)], shall I come upon the village of 
the Mazdayasnians with wasting and desolation^ 

(13) and not for the sake of profit, nor for life, nor on 
account of its disgrace^ would 1 stand apart from the 
Religion ; (that is to say, not for this would I deseit) the 
Religion, and not for (a supposable pi*omise of) a good 
offspring (that is to say, not for a prosperous family), nor 
for an abundant one (so greatly prized). 

14. 1 abjure (authority) away from^ the Demons the 
evil, bereft of good, bereft of (holy) lore, of the evil crea- 
tion (as they are) I abjure their authority^, [that is to say, 
they ought not to be maintained in authority^], 

(15) who are the most Druj-like of beings, the most 
stenchful, the most non^-existent (or the moist 'non- 
possessing* (sic)), the most opposed to good. [(The mea- 
ning) is that all the five 'alt's' (the three of the citations^, 
and the two 'alt's' (to follow), all these five 'alt's', (in 
English 'all these five third personals of the verb 'to 



1 Referrring (I) to Yasna XXXI, 18. 

« Possibly ' not on account of the disgrace of life * .... 

' So we must grammatically render * I abjure from the' .... but we 
must not forget that originally in the tirst translations 'mm' with 
* bara * were probably together applied to yemalelûnam * I abjure the 
Demons '. But Nër. was obliged to follow. 

^ We must recollect the fact that the Demons were largely still idcn- 
tifled with the D(a)çvas (that is to say, the 'Devas*) who were then ? and 
are now so obviously *in authority* among the Hindoos. Otherwise the 
expressions seem vapid. The Deva- worshippers disputed the conti'ol of 
the public with the Mazdayasnians, see the Gâ5as everywhere. 

5 * Non-existence ' is the rendering of the Parsi-pers. I had thought of a 
form from âhita ; hû + âhita (reading a short * i ') = ' well polluted ' ; 
but it would not look natural even in view of the word * dûi-hû-var^t '. 
The * non-existent * was a notorious epithet of the D(a)êvas, with Angra 
Mainyu at their head, in the later Parsism. The idea probably being that 
the Devas. as being the Gods of their opponents, had no existence, justes 
ultra Semites might say of the Gods of Greece, Jupiter, etc. 

^ See the three, 'min aîtâuV, *aîtîh* and 'loîtîh*. 



80 LE NLSÉON. 

be')* are, that is to say, 'they mean') 'existence and non- 
existence'. Also the existence of these is this that they are 
80 (of that kind) now. Their non-existence is this that 
later they are not (i. e. they will not be)]. 

16. Away* from the Demons, and from the friends of 
the Demons, away from the Demons' worshippers, away 
from the sorcerers, men and women, — away from every 
evil thing (do 1 abjure authority), 

17. apart with thought, apart with word, and apart 
with deed ; — that is to say, when there is a great work 
(or 'much agriculture' (sic)) which it is quite necessai^ to 
do ; — apart as to clear manifestation (that is to say, 
'thoroughly and clearly apart') from those do I declare 
the authority (to be), apart from those who are such 
wicked wounders (do 1 declare the authority to be) [for 
ever after (or 'for ever back (from them'), or 'for ever 
again'). 

18. Thus (was it), as it was said, and thus even Aohar- 
mazd held discussion with ZartQst^, [that is to say, it was 
(so positively) said by Him (Aûharmazd)] 

(19) in all the questions, in all the meetings, when 
Aûharmazd and ZartQst consulted togethei*^ [He (Aûhar- 
mazd) said this, that they should not keep the (D(a)öva-) 
Demons in authority^]. 

20. As he said, so even Zartûst deprecated the autho- 
rity of the (D(a)eva-) -Demons. 

21. In every question and in every conference, when 
Aûharmazd and Zartûst held conference together, this 

* See ait-, aïtîh. etc. 

* Ner. renders bara with pte = * apart ' here ; but, let it be noticed, 
that at the next strophe he defines more closely, or even alters the point, 
with his viçeiapa == * especial '. 

' Referring to Yasna 44. with its questions. 



THE MAZDAYASNIAN CONFESSION OF FAITH. 81 

was said by Him (ÂûhariTiazd) [that they should not keep 
the (D (a) Ç va-) -Demons in authority*]. 

22. So I also» who am a Mazda-worshipper, (a disciple) 
of ZartQst* will renounce the authority of the (D(a)çva-) 
-Demons, as he who was the holy Zartûst abjured (it) from 
them. 

23. Also my (religious) desire, (meaning *my religious 
faith') is that of the Watei*^ (which was sacred) ; my desire 
is that of the Plants. Also my desire is that of the Herds 
the beneficent, (the good-giving^). Also my desire is that 
of Aûharmazd who created the Herd and the Holy Man 
(the original typical orthodox citizen). 

24. Also my desire (i. e. religious conviction, or sim- 
ply 'creed') is that to which ZartQst (adhered). It is also 
that of Kai-Vistâsp (Gûstâsp), of Frasöstar, and Jâmâsp 
and also that of whatever one (meaning 'of each one') of 
the Holy Benefactors^, the open (i. e. the 'celebrated', op 
perhaps better *the public') workei*s (i. e. ^officials'), in 
that desire and of that lore am I, the desire and religious 
lore such as is said (above ; so, referring to the main body 
of the Confession). 

25. A Mazdayasnian I am, [that is to say, I am a good 

1 Tbis all looks as if the writers were in an actual state of controversy 
with Hindoos who were asserting at every point and before the public 
eye the supreme authority of the Devas. Was it written after the Parsis 
had come to Bombay ? (I mean of course this item). 

• That is to say, the present officiating priest, or the individual wors- 
hipper whom he represents at each time of reciting this declaration. 

3 That is to say : ** As the clean waters wei*e sacred, parts of the 
Creation of Aûharmazd (and as such recognised by His Religious Ci'eed), 
so I am allied to them in this ' ; and so meaning also of the Plants, Herds, 
etc. One would naturally say * my desire is that for the water, the 
plants, the herds ' ; but I think that the especial religious sanctity of 
these objects was held in view ; see below. 

* Possibly * the well-endowed *. 
» The SaoSyaùts. 



82: LE MUSÉON. 

man (meaning that he was a thoroughly punctilious 
church-member (so to speak) as well as an honest one)] ; 
and I revere^ the Mazdayasnian Faith (or Lore) of Zartûst ; 
[that is to say, I declare it among^ the evil (meaning the 
(heretics, the Aàemoys))]. 

26. 1 myselP (or '1 spontaneously'; praise^ it (the Holy 
Lore), and 1 express my veneration (toward it), [that is to 
say, I would make it current^, among the settlements]. 

27. I praise htimat (the good thought)^ with thought ; 



' We are always in doubt whether to read pranamam (so), or prava- 
mam (so). Nêr. 's prakâçayâmi does not decide. A causative form like this 
strangely reproduces the idea of • increasing ' elsewhere, at least gene- 
rally, with Nêr. 

* Notice that whereas 'andarg yemalelûnam' should naturally 

(and may possibly also here) mean : * I intei*dict the wicked ', (see Y. 49, 3) 
it seems here, at least according to Nër. to mean : ' I declare it among '. 
I cannot refrain, however, from emphasising an alternative : ' I interdict 
the wicked \ Nêr. has simply * I declare it ... in the world '. 

' We have here the most intelligent freedom (let us hope) and no 
uncontrolled error ; but how shall wo account for our naf^ formerly 
(nafiman\ (Sp) xvat, (xûd). The most respectful method would be to 
refer it to the ' â * as in âstûtas^a. But remorseless criticism would lead 
us to see some other connection. We remember that * ufya' was rende- 
red nafifä in Y 28, 3, and that this form naf^â arose from a mistake 
caused by the fact that in Pahlavi (the original Avcsta-Pahlavi) the 
characters which spell ufya aro the same as those wich spell naf ^ ; see 
Zeitschrift D. M. G. for Oct. 1898, and that ufya (= ' I will weave') by a 
beautiful simile expresses * praise * ; have we hero the connection ? Did 
âstûtasôam eaning * praise * suggest again the word ufyä== * I will praise'; 
and did this to a still later commentator become again a nafi == x^at 
(/ûd) by the same repeated mistake. Or again was thcro something 
in the original form of stùtasàa which suggested * self *. Also remember 
that M in Pahlavi may = x or à ; was then this â in the Avesta â stûtascâ 

mistaken for xO^h) with its following ' s * suggesting x(kh)ei- and x^^' ? 

I think that fravartasca is to be taken rather in the sense of * confes- 
sing * than in that of * propagating \ and * praise * would lead to 
* propagation *. I am now inclined to rofer it to * vart * = Indian vart 
(vft) rather than to * var \ It is difficult however to refer var(e)tö m 
Y. 45to*vart'orto' vris*. 

^ I think that the abstract is nearor the truth'of the original meaning 
just here ; but in general we should always prefer the concrete. 



THE MAZDAYASNIAN CONFESSION OF FAITH. 85 

and I praise hûxt (the good word) with speech, and I 
praise hûvarst (the good deed) with deed ; and I praise 
the good Religion of the Mazdayasnians which casts^ forth 
the joining (strife) and lowers (literally 'places on' the 
halbert, [(from that this even is clear that into a reli- 
gious school (an establishment for sacred regulations) of 
controversy it is not proper to persons to enter. And he 
who goes to a non-controversial religious school, to him 
it is proper to make a (separate) controvei*sial religious 
school (therewith)], 

(28) which is the /jetada5 Religion (that is to say, 
the relation-marriage Religion) ; (for) from it (the Reli- 
gion) it is clear that it is fully requisite to discharge (this) 
duty (relation-marriage), — the holy (Faith)*, which is of 



* Casting forth the joining (of * strife *) is, as I hold a very incorrect 
rendering for fra spay ao/ôrâm which I divide as fraspâya-aox^ram = 
* having no faltering utterance '. Ayôjcinïh S3ems to have been seen in 
-âyaoxôrâm and taken in the sense of * joining in battle * ; cp. hyat hëm 
8padâ anaooaûhâ jam(a)çte, Y. 44, 5; so Spiegel renders without hesitation. 
Or should we read the Pahlavi word âyûôe^neAnîh to yudc, yùdcyate ; so 

understanding the character. (O as a Pahlavi sign for ô(dh) would be 



\ 



unusual ; but an Avesta (O may have accidentally intruded. ' âyûzein ' 

to yûz ' to roll (as of the sea), would require a figurative understanding 
of it. A formation from hêna = ' a weapon ' does not seem probable, 
while a hënjein looks most natural for the form, but * suspense * and 
' strife ' haixlly harmonise. Other tentative suggestions might be âyan- 
jein ; cp. a new Persian yanjîdan = * to cut ', * to be angry '. Haija (so) « 
* battle ' needs a nasal to bring it. into line. The * lowered ' weapon was 
understood by Ner. here rather than the weapon * put in position ' for 
battle (unless indeed ' lowered ' equalled ' levelled ') ; cp. Y. 31, 18. ad IS 
sâzdûm (-5vem) sna5i^ä. I should fli'St suggest ' lowered weapon * (with 
Nêr.) to make the terms harmonise with the context ; but we should 
never forget that these ancient commentaries were often patched up 
masses of fragments sometimes, though where they are most in confusion 
as documents, they may very often contain single words which suggest 
important solutions. 
' Aharûvîn hardly applies to the ' relation-marriage ' ; see the original. 



84 LE MUSÉON. 

existing things (op 'beings') which have (ever) been, and 
(of those of which it can be said) *it becomes' (sic* ; that 
is to say, of those just coming into existence), the greatest, 
the superior, even the best [(the Religion) which is* 
Aûharmazd's and ZartQst's own]. 

29. To Aüharmazd do 1 assign all prosperity^ (as his 
gift to us) [that is to say, root and fruit, I would pul all 
into the possession of Aüharmazd (that is to say, *I would 
attribute all (good) results to Him, or, *! leave it all to 
Him')*J ; and this is His complete establishment^ (or *Law') 
of the Mazdayasnian Religion. 



^ This seems to be the only admissible explanation of yehvQnët-ân, 
* The — * it becomes ' — things ' ; similar odd forms occur elsewhere. 

* The imperative is not rendered. 

' It is often difficult to decide whether we shall read âzâdîh or âvâdîh. 
I understand the latter to put forward rather the idea of a * boneflt * 
given, while âzâdîh seems to me to express rather Ner. *s vibcQtim which 
originally means ' excellence * and later * wealth '. 

* So, more naturally than : ' I would possess all through Aüharmazd * s 
ownership (of it), or, * I leave it all to Him '. Nêr. *s instrumental is not to 
be pressed. 

5 Notice the somewhat curious error of astôvânïh = * Immoveability * 
tor the âstûiti.y of the original, which is the noun of stu = • to praise ' ; 
cp. stuti. Nêr follows, the Palil. text in this blunder, but he could not 
accept the * a' privative of the Pahlavi, and entei-ed into the region of 
' praise ' by rendering âstikatâ » ' orthodoxy '. 



PHÉNOMÈNES REMARQUABLES DE 
SANDHI '" 



Dans le sandhi de nos dialectes néerlandais, on voit se 
produire assez comniunément ce fait, que certaines con- 
ti) Je traduis ici, en le modifiant légèrement à lUntention des lecteurs 
de cette revue, un article néerlandais publié en 1903 dans VAlbum Kern, 

M. Vercoullie, professeur à TUniversité de Gand, écrit dans la Revtce de 
V Instruction Publique (T. XLVI, 6« livr. p. 409), à propos de mon article 
néerlandais, qu'il « n'a sa i*aison d'être que pour ses nombreux exemples »». 
•• J'ai pour ma part », dit-il, « signalé le phénomène dans ma West- 
vlaamsche Spraakleer(iS83} p. 16. » 

Pour que le lecteur puisse trancher lui-même la question soulevée par 
AI. V., je traduis le passage auquel il renvoie : 

« N. B. a) La règle (c-dd. la régie du sandhi énoncée plus haut) 
« reste applicable en ce qui concerne la seconde consonne, môme si la 
« première est syncopée : bloevinke (v = f ), ik la varen (v ^ f ), onzag 
« (2 = s), ml groovader (g = ch et v = f ). 

« b) Dans les composés où la seconde consonne est d ou h, on ne tient 
« pas toiyours compte de ce qui a été dit sous 2 et 3 (c.-â-d. de deux 
« règles générales du sandhi dialectal) ; tandis que g reste dans slaghuis, 
- il change en ch dans daghuur, et /"reste dans sterfhuis ; tandis que g 
neid restent dans toogdag^ ils changent en ch et t dans hoogdag et 
a leegdag. » 

Ck)mme on le verra, l'a) ne concerne pas le sujet traité dans mon 
article ; dans les quatre exemples fournis, la consonne syncopée, cause 
de reffet de sandhi, est parfaitement connue de ceux qui parlent le 
dialecte et elle est prononcée eu d*autres positions. 

Le b) comprend, dans une mémo règle purement empirique, deux phé- 
nomènes probablement de nature différente. Le premier {daghuur^ etc.) 

G 



86 LE MUSÉON. 

sonnes finales, surtout d ou t, d'une catégorie déterminée 
de mots se prononcent ou ne se prononcent pas, selon la 
nature du son qui les suit dans la phrase, mais que, là 
où elles disparaissent, leur influence n'en continue pas 
moins de se faire sentir sur la consonne initiale du mot 
suivant, au cas où cette consonne est une spirante sonore 
ou un d. Tandis que p. ex. la phrase néerlandaise ge gaat 
af, « vous descendez », se prononce à Louvain ge gûd af[\) 
et ge gaat, « vous allez », ge gûtj les mots ge gaat vollen, 
a vous allez tomber », s'y prononcent ge gû [aie, où nous 
savons que le changement du t; en f est dû à Finfluence 
de la dentale disparue de gûd (2) . 

Dans le cas ge gû fale, la dentale disparue à cette place 
reparait donc ailleurs ; ceux qui parlent le patois ont 

a étó touché parmi d'autres dans mon article (p. 89 et siiiv.), mais ne 
rentre pas dans Tobjet spécial que j'avais en vue : en effet, mon étude 
vise tout particulièrement les changements de sandhi produits par un 
son disparu dont rien dans le dialecte ni dans la langue littéraire ne 
révèle directement Texistence. Le second de ces phénomènes ne semble 
avoir rien de commun avec le sandhi ; au moins la pi^uve est-elle loin 
d'être faite. 

Mais, pour mieux informer le lecteur, rapprochons du passage cité 
celui où M. V. parle des variations de l'article Westflamand, vaiiations 
qui s'expliquent on réalité par le sandhi, comme on peut le voir dans les 
Leuvensche Bijdragen, T. I, p. 130 et suiv. T. II, p. 143 et suiv. : 

« L'article défini est : m. de, iém. de,n. t, plur deqm reste invariable. 

« L*article indéfini est : m. e ou ne, fém. en, n. e toujours avec e muet. 

« Devant une voyelle, une h et aussi devant &, d ou t, les formes 
« masc. en e prennent n ; — les formes fém. en e et le plur. de perdent e 
« devant une voyelle. - {Westolaamsche Spt^aakleer, p. 30). 

(1) e est Te muet français, aussi dans les diphtongues (ie = ië) ; Yé et 
Vê sont à peu près les équivalents des é et è français ; u se rappi-ocho de 
Tu allemand ; u est ce môme u sans Tarrondissement des lèvres ; ä = x î 
n est la nasale gutturale. Pour la détermination plus exacte de la pro- 
nonciation, V. Leuvensche Bijdragen, Tomes I et II. 

(2) Cp. les prononciations ge lot fale, néerl. ge loot vallen, » vous lais- 
sez tomber » et ze gon vale, néerl. ze gaan vallen, « ils vont tomber », 



PHÉNOMÈNES REMARQUABLES DE SANDHI. 87 

conscience qu'elle appartient au mot, et sa survivance dans 
le sandhi n'est pas extraordinaire. 

Mais il se présente dans nos parlers populaires des 
phénomènes de sandhi plus remarquables, dont Tintérét 
dépasse, en certains cas, le domaine de la linguistique 
germanique. Â tout le moins jettent-ils quelque clarté 
dans la question du digamma homérique. Les exemples 
que j'en donne sont fournis par les patois d'Alost et de 
Louvain où les faits ont été observés par M. Ph. Colinet 
et par moi (i). 

Dans le sandhi de ces patois, ceilains sons finaux que 
non seulement l'on ne prononce plus, mais dont ceux 
qui connaissent uniquement la langue populaire ont 
perdu tout souvenir, continuent eux aussi d'exercer leur 
influence tout entière comme s'ils vivaient encore dans 
la bouche du peuple. P. ex. devant une consonne, l'article 
indéfini féminin du louvaniste prend la forme en, l'article 
indéfini neutre la forme e : en vrà (eene vrouw)^ « une 
femme », e kind {een kind) y « un enfant ». E kind s'est pro- 
noncé jadis *en ^înd (devant voyelle, l'ancienne forme en du 
neutre s'est maintenue : en ues {een /mis), « une maison ») ; 
mais Vn a disparu en vertu du sandhi des syllabes atones 
qui veut que -en final perde Vn devant consonne (2). 
Pourquoi Vn a-t-elle persisté dans le féminin en vrà ? 
C'est l'ancienne forme féminine de l'indéfini qui nous 
fournit la réponse à cette question : Ve final de *ene [eene) 
a empêché le sandhi de s'appliquer et a préseiTé Vn de 
l'apocope. Plus tard cet e a disparu sans perdre pour cela 
son influence phonétique. 

(1) V. Leuvensche Bijdragen (U« année 1896 : Hh. Colinet. Het Dialect 
van AaUt: 2« année 1897 : L. Goemans, Het Dialect van Leuven), 

(2) V. Leuvensche Bijdragen^ II, p. 122. 



88 LE MUSÉON. 

De même aussi il arrive parfois que, dans la phrase 
parlée, la modification d'une consonne initiale trahisse 
Texistence antérieure d'une consonne finale dans le mot 
précédent. 

Les mots alostois mé {met), « avec », et ni (niet), « pas », 
ont perdu la dentale primitive. Pourtant, loi*sque la con- 
sonne initiale du mot qui les suit est une spirante sonoi*e 
ou un (/, elle s'assourdit comme si la dentale des ancien- 
nes formes *mét, *rw7, était encore articulée : on prononce 
mé had {met goud), « avec de For », ni fél {niet veel), a pas 
beaucoup », au lieu de mé gäd et ni vél (i). 

L'article indéfini masculin du louvaniste nous fournit 
un exemple instructif du phénomène qui nous occupe. 
La prononciation y hésite entre nen (eeny eeneti) et une 
forme avec faible e muet initial : enen (wem, enem devant 
un b initial ; ne, ene devant toute autre consonne). Devant 
enen, on prononce la spirante ou la dentale finale du mot 
précédent comme devant les autres voyelles, c.-à-d. que 
la sonore se maintient et que la sourde devient sonore ; 
devant nen la spirante et la dentale sont traitées tantôt 
comme devant enen, tantôt comme devant toute autre 
consonne, c.-à-d. qu'elles se présentent sous la forme 
sourde. Exemples : dû waz ene kie {daar was eenen keer), 
« il y avait une fois », dû waz ne kie, ou bien dû tvas ne 
kie comme ik was noh {ik was nog), « j'étais encore » ; ik 
frûg ene frail, {ik vraag eenen frank), « je demande un 
franc », ik vrûg ne..., ou bien ik früh ne... comme jî7 oh nie 
{ja ofneen), « oui ou non » ; ik shrev enem brtf {ik schreef 
eenen brief], « j'écrivis une lettre », ik shrev nem..., ou 
bien ik schréf nem... comme lA: shref nit {ik schreef niet), 

(l) V. Leuvensche Bijdragen, I, p. 198 et suiv. 



PHÉNOMÈNES REMARQUABLES DE SANDHl. 89 

a je n'écrivis pas » ; géd enen ont {gij hebt eencn liond)^ 
g'éd nen...^ ou bien g' et nen... comme g' et niks {gij hebt 
niets)^ a tu n'as rien ». 

On peut suivre aisément le processus du phénomène 
dans ces trois prononciations également louvanistes waz 
ene, waz ne, was ne (ij. 

Un effet de sandhi analogue est celui qui nous révèle 
Texistence antérieure de ïh initiale dont Tarticulation 
s*est perdue depuis longtemps dans les patois de Louvain 
et d'Alost. On le rencontre dans certains mots composés 
ou expressions assimilables aux composés. 

Le sandhi ordinaire de nos patois ne tient aucun compte 
de Vh initiale. Ainsi les mots néerl. deeer, « l'honneur », 
et de heereiiy a les messieurs », se prononcent à Louvain 
d'ier et d'iere. D'autre part, comme nous l'avons vu déjà, 
devant une voyelle initiale les spirantes finales sourdes 
Reviennent sonores, /*< r, A < j/, s < 2, et les sonores se 
maintiennent : le néerl. ons hart, « notre cœur» se prononce 
en louvaniste onz et. Cette règle ne s'applique pourtant pas 
dans les cas suivants : louv. dahlr {daghuur), « salaire », à 
côté de vé nen dag tre {voor eenen dag huren), « louer pour 
une journée »; om ter [ons Hecr), « notre Seigneur », à côté 
de onz iershap [ons heerschap), « notre seigneurie » ; uesûve 
[huishouden), « ménage », à côté de en uez ave [een huis 
houden), « tenir une maison »; ueslr [huishuur), « loyer », 



(1) V. Leuv. Bijdr, II, p. 117 et suiv. La forme ene est plus rare que 
en, Ü me semble que je prononce de préférence waz ne etc ; en tout cas, 
dans les liaisons avec 0/', oh (of), « ou » j'articule exclusivement ov w... 
ogn..,: eil vrâ og ne man {eene vrouw of een man) « une femme ou un 
homme » ; l'expression très usitée 7ie frah ene kuepman [een frank een 
koopman), « un franc marchand •• n'est jamais, que je sache, prononcée 
d'autre façon. — La plupart de ces faits se présentent aussi dans le 
patois d'Alost. 



90 LE MUSÉON. 

à côté de en nez ire. (een huis huren), a louer une maison »; 
vliesues {vleeschhuis) ^ a halle aux bouchers », Vliesùvers 
(Vleeschhouwers)y (nom de famille), à côté de vliez ave 
(vleesch houden)^ a tenir de la viande » ; enfin les mots 
qui en néerlandais se terminent par le suffixe -heid : 
woesoet {tvijsheid), a sagesse », etc. 

D*où pourrait venir cette exception aux lois ordinaires 
du sandhi sinon de Vh ancienne (l'esprit rude) dont, mal- 
gré sa disparition, Tinfluence phonétique subsiste dans 
certains cas (i) ? 

Un effet de sandhi plus intéressant encore est celui que 
produit sur la finale précédente le pronom-adverbe er 
(néerl. er), « en » « y » et qui rappelle l'ancienne dentale 
initiale de ce mot. On prononce p. ex. à Louvain : es er 
wüter [is er water), « y a-t-il de l'eau ? », was er ... [tvas 
er ...), (c y avait-il ... ? », dai er es {dai er is)^ « qu'il y eu 
a », wat er mé gedon (wat er mee gedaan), « qu'en faire ? », 
ge gut er [gij gaat er), « vous y allez », ge géft er {gij geeft 
er), « vous en donnez », etc. ik los er {ik los er), « j'en 
lâche », ik éf er {ik he fer), « j'en soulève », ik lah er me 
{ik lach er mee), « j'en ris », etc. 

Dans ces exemples et d'autres pareils la finale n'est 
jamais sonore devant er. Ailleurs on prononce indifférem- 
ment la sonore ou la sourde devant le même er ; ik géfer 
{ik geefer), « j'en donne », ik bins er van {ik blaas er van), 
(c j'en souffle », ik zfih er e stik van {ik zaag er cen sink van), 
« j'en scie un morceau », à côté de gèv er, blûz er, zûg er ; 

(l) V. Leuv. Bijdr. I. p. 59 et 192. M. Colinet y orthographie dah(*)ir 
(daghuur), ons{:)ier {ons Heer), etc. — Loi'sque la finale (levant Vh pn- 
mitive est atone, le phénomène ne se produit pas : louv. Braverzues 
(Brouwershuis), « maison des Brasseurs », au lieu de ^Braversues, alost. 
âmânehezoés {ottde-mannehenshuis), « hospice des vieillards •, au lieu de 
^amdnehesoés. 



PHÉNOMÈNES REMARQUABLES DE SANDHI. 91 

ik wés er [ik tuées er), « j'en montrai », ik blé fer (ik bleef 
er), « j'y restai », lA: zah er [ik zag er), « j'y vis », ik gaf 
er, « j'en donnai », à côte de tvéz er, bièv er, zag er y 
gov er. 

Dans tous ces cas, la règle générale du sandhi louva- 
nîste exigeait une finale sonore : on prononce en effet 
éi oe {is hij)y « est-il », tvaz oe {was hij), « était-il », 
dad es {dai is), « cela est », wad es er {wat is er), « qu'y 
a-t-il », gûd on {gaat aan = gaat weg), « allez vous en », 
Ui waz af {ik waseh af), «je relave », Ut év up {ik hefop), 
« je soulève », il lag u uet {ik laeli u uit), « je me moque 
de toi », etc. 

1^ forme encore existante de er, c.-à-d. der (i), expli- 
querait-elle ces anomalies ? 

Si le sandhi ancien correspond à l'actuel (2), la forme 
der n'explique pas les faits cités. En effet le d initial 
transforme invariablement la spirante finale du mot pré- 
cédent de sourde en sonore et maintient la sonore : ik blev 
der {ik bleef er), « j'y restai », ik gév der {ik geefer), «j'en 
donne », etc. Il parait donc que la sourde finale des pre- 
miers exemples doive s'expliquer par une autre forme 
que der et que, au moment où le pronom et l'adverbe, — 
dont les formes se sont confondues sans doute depuis des 
siècles, — ont produit le sandhi sourd sur les spirantes 

(1) A côté de ik géf er (gèo er) et tous les exemples qui suivent, on 
entend aussi souvent gèv der, etc. Après /, m, n finales on emploie 
indifféremment er ou der : ih bèi er ou der (ik hei ^, « j'y sonno », ik 
érneron der (ik heb er), « j*en ai » ih gon er ou der (ik ga er), « j'y vais » 
etc. 

(2) Il faut remarquer, dit M. Colinet (Leuv. Bijdr. 1. 185). que l'ortho- 
graphe néerlandaise du moyen-âge, tout en représentant le sandhi d'une 
manière incomplèto et inconséquente, rend pourtant vraisemblable 
rezistence très ancienne des règles de sandhi que nous appliquons encore 
aujourd'hui. » 



92 LE MUSÉON. 

finales, ils commençaient en dentale sourde ou aspirée. 
Nous retrouvons une pareille dentale, pour la particule 
dans Tancienne forme thar, pour le pronom dans le géni- 
tif pluriel de Fancien démonstratif ther. 

Il y a mieux : un phénomène analogue de sandhi se 
produit devant le pronom personnel enclitique du sujet 
et du régime : alost. en (hijy hem), « il, lui », louv. em 
(rarement en et alors uniquement comme sujet). Mais, 
ici, plus de forme contemporaine avec dentale, comme 
dans le cas er. La consonne initiale a totalement disparu, 
au moins dans nos patois, et la langue littéraire ne con- 
naît pas les formes dont il est question. 

Voici les faits tels qu'ils se présentent en louvaniste : 
le pronom emphatique régime ém {hem), « lui », est traité 
dans le sandhi comme tout autre mot à initiale voca- 
lique : ge gild ém ûle {gij gaat hém halen), « c'est lui que 
vous allez prendre », etc. Le pronom enclitique régime 
est^ au contraire, rarement traité de cette façon ; presque 
toujours il exerce sur la finale précédente l'influence 
d'une initiale sourde : ge gut em ûle « vous allez le pren- 
dre ». Pour ce qui regarde le pronom enclitique sujet, 
il exerce toujours dans le sandhi l'influence d'une initiale 
sourde : gût em (gaat hij), « va-t-il ? », à côté de gûd oe 
{gaat hij), « est-ce lui qui va ? » 

Réservant le cas plus compliqué du pronom encli- 
tique régime (i), nous pouvons conclure qu'il faut pour 
le pronom sujet comme pour le cas cr, remonter à 
une ancienne forme avec sourde ou aspirée initiale si 
Ton veut expliquer l'anomalie apparente du sandhi (â). 

(1) On trouvera dans les Leuv. Bijdr. I, p. 190-193 et II, p. 147-149 une 
discussion étendue de tous les points traités ici. 

(2) Peut-être ne faut-il pas remonter jusqu'à Taspirée primitive et 
trouve-t-on une forme plus récente du pronom enclitique qui explique 



PHÉNOMÈNES REMARQUABLES DE SANDHI. 95 

11 parait donc démontré que, dans les patois d'Âlost 
et de Louvain, ceilains sons finaux ou initiaux qui ont 
disparu totalement de la prononciation et même du sou- 
venir du peuple révèlent encore, fossiles phonétiques, 
leur existence antérieure par l'empreinte qu'ils ont laissée 
dans lesandhi (i). 

le phénomène de sandhi. Les grammairiens du moyen-néerlandais ne font 
pas mention d*une telle forme, du moins à ma connaissance ; mais un 
texte des archives de Louvain, au livre des ordonnances magi8ti*ales de 
Tannée 1453, nous fournit un exemple irrécusable d*un pronom enclitique 
régime ten. 

« Alsoe als Gheertken van Adelberge, beckere, die van doetslage 
« oppenbaer is ende van quaden en orribelen fay ten befaempt, dage^ 
- lycx comende, met gespannen böge, hier in der stady den goeden 
« lieden thucr afdreygen ende anders anxtinerende, op gisteren aen- 
• getast ende gevangen toert^ bij Henneken Poelman ende Woytken 
« Brabants, aldaer sij den selven, bij sender groeter toederstarke- 
« Hoheit, eersyTEN (= eer zij hem) behouden cotuten^ quetsen ende 
« vonden (toonden) alsoe dat hij daer af is gestorven. n (Texte publié 
par M. Edw. Van Even dans le Vaderlandsch Museum^ in, p. 24). Le ^de 
ce pronom régime est né vraisemblablement dans le sandhi après le suf- 
fixe 'd, t du verbe, où le d du ♦den antérieur devait s*assourdir. La 
fréquence de la prononciation avec souràe initiale dans cette position 
pouvait faire croire à l'existence d'une forme indépendante ten. Le pro- 
nom enclitique sujet aui'ait piis par analogie la forme du pronom régime 
ten et c'est au t que seraient dûs les effets de sandhi signalés plus haut. 
Les cas du pronom-adverbe er et du pronom personnel en, em, sont trop 
connexes pour qu'on n'essaie pas de les expliquer de la même façon. Un 
^ter pour der né dans le sandhi comme ten pour den après le suffixe -d, 
't du verbe est chose facile à concevoir. 

(1) Sous le titre de Note sur les sons disparaissants, M. l'abbé Rous- 
selot nous donne, dans la Revue des Patois Gallo-Romains (Patois de 
Cellefrouin, p. 207 et suiv.), le résultat remarquable d'une expérimenta- 
tion phonétique à propos du mot dp = « arbre » (dans un patois lorrain) 
et de la forme normale àp. A l'ouïe, il avait perçu une certaine différence 
onti*c les deux prononciations ; à l'aide de ses instruments, il découvrit 
la raison de la différence. Dans la forme normale âp les vibrations de Yd 
continuent jusqu'au début du p ; au contraire dans óp = « arbre »» il reste 
entre la fin de Va et l'explosion du p une ligne sans vibrations, qui 
indique la place de Vr originel et qui, selon M. R., équivaut, dans la pro- 



94 LE MU8É0N. 






A considérer ces faits, on ne peut s'empêcher de les 
mettre en rapport avec Tinfluence phonétique exercée 
par le digamma dans la langue homérique et de trouver 
fort sage et prudente l'hypothèse formulée à ce propos 
par M. Monro dans sa Grammar of the Homeric Dialect (i). 

(c On peut supposer, dit-il, que, dans les mots qui 
« commençaient primitivement par F, les effets ordinaires 
« d'une consonne initiale perdurèrent après la dispari- 
« tion du son lui-même ». Il cite les exemples français 
« le héros », « la hauteur », et conclut : « De même on 
« peut admettre que les faits de la métrique homérique 
« prouvent seulement que, en vertu d'une habitude ou 
« d'une règle, certains mots étaient traités comme s'ils 
« commençaient par F ». 

Les cas étudiés plus haut confirment singulièrement 
cette hypothèse. Ils nous permettent aussi d'écarter les 
objections que le savant grammairien oppose lui-même 
avec une entière bonne foi à sa théorie. Lorsque, par 
exemple, il doute de la légitimité de sa comparaison entre 
les cas du F et de l'A française et dit qu' « un usage tra- 
ct ditionnel de cette espèce se conserve beaucoup plus 
(( facilement à une époque de civilisation », nous pouvons 
le tranquilliser à ce sujet. Nos patois sont loin de servir à 
un usage littéraire quelconque et ne connaissent d'autre 
écriture que celle des dialectologues ! Us ne représentent 
point, tant s'en faut, ce que le savant helléniste appelle 
an age of education. 

Donciation, à un bruit à peine audible. L'éminent phonéticien conclut sa 
note en ces termes : « Ainsi les lettres vivent encore loi*sque nous les 
croyons mortes et leurs derniers moments nous échappent comme leurs 
premiers. • 
(1) Monro, op, cit. p. 378 et suiv. 



PUÉNOMÈNES REMARQUABLES DE SAfiDlII. 95 

Une seconde objection me parait tout aussi peu fondée : 
u II semble difficile de croire, dit M. Monro, que le F 
(c aurait gardé sa place dans la mémoire des poètes s'il 
(( n'avait été familier ou à Toreille comme un son vivant, 
« ou à l'œil comme une lettre dans le texte écrit ». Les 
faits que nous avons rapportés se chargent eux-mêmes de 
lever tous les doutes à cet égard. 

L'influence inégale du F s'explique aussi aisément, 
quand on considère que les trois formes dû waz ene kie^ 
... ivaz ne ..., et ... was ne ... sont prononcées indiflo- 
remment par les mêmes personnes dans la même ville. 

Pour ce qui regarde enfin le fait qu'une finale s'allonge 
parfois devant F initial, rien n'empêche, à mon avis, 
d'admettre que le F se serait transformé à la longue en 
une articulation facilement assimilable au son précédent ; 
peut-être le F s'est-il composé comme l'r dont il est parlé 
dans la note 1 de la page 95 (i). 

De même façon peut s'être produit l'allongement de 
certains sons ailleurs que devant F, entre autres dans les 
3 p. pi. des temps seconds en -v (= vt) : eyav ctTitovTEç, etc. (2). 

Léon Goemans. 



(1) • La chute des consonnes, dit M. Rousselot, n'est pas un phénomène 
aussi simple que le mot semble le dire. Ce n'est pas une chute à propre^ 
ment parler, c*est un amuissement progressif dont on ne peut suivre 
sûrement les étapes que là où il est en train de se produire. » Op. ciU 
p. 281. 

(2) Monro, op. cit., p. 345 et suiv. 



Bouddhisme. Notes et Bibliographie. 



Contributions to the study of the Siksäsamuccaya derived from 
Chinese sources (i). 

The present work is rendered into the Chinese by Fâ-hu and 
Zih-khan A. D. 1004 1058 (Nanjio's Cat. No, 1298). It is done so 
carelessly that we very often meet with mechanical juxtapositions 
of words and phrases corresponding with the original, giving no 
connected sense at all, which render this translation so far untrust- 
worthy. But large portions of the works cited by the author we find 
correctly translated into Chinese. Moreover in finding our way 
about the stock phrases or technical expressions and other termi- 
nology peculiar to Buddhism we Buddhists stand in a position of 
some advantage. 

The main object of the present paper is to illustrate certain 
selected passages from Chinese sources, leaving to others whose 
knowledge of Buddhist Sanskrit may be more extended than my 
own, the criticism of the work from the Indian side. 

At present, I must confess, I have no time to road through this 
treasury of Mahâyâna doctrine. My search is limited generally to 
those passages, which the editor noted as doubtful or obscure in 
their reading. In a few cases other portions are touched on when 
they came under ray notice. 

As to my use of the Chinese, I may explain that the latest 
Japanese edition of the Chinese Buddhist Tripitaka is divided into 
forty groups ; each group is designated, as it formerly was, by the 
successive characters of the « Sentence of Thousand (different) 

(1) Edited by Prof. C. Bendali. St-Petersbourg 1897-1902. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 97 

Characters ». Each group thus designated contains 9 to 15 fasciculi 
numbered by numerals. I denote each fasciculus by Roman figure 
in its order, discarding the original awkward numbering. As to the 
version of the Siksâsamuccaya Igive only number of leaf, for thß 
whole work is included in fase, olxxxy (i). 

Prof. BendaU's notes and remarks are enclosed in square brackets. 



9. 5. daüchkä^tham. « A small portion of tooth-wood » (24 b). 
read danta-J^. 

14. 8. aparanta-Jcoiim. (ace. to Add. Notes p. 396) « up to the 
end of the future n (XIV 92 b). cf. the expressions pUrvanta" 
paranta « the end (or limit) of the past and the future % and 
bhuia-koti « the limit of reality » occurring very often in 
Prajnâpâramitâ-text. 

16. 7. chandiko vatataram (?) Read bdhutaram. Similar ex- 
pression in Ast-P. p. 57. 18 et seq. [The MS. is broken, but 
bahu- is a decipherment quite as admissible as vata-]. 

18. 6. nantarä tisthati na visthivati. « He never loiters half 

way, nor gives up n. (CXLJV 67 b). Thus the MS.-reading 
visthihaii = vitisthate may be preserved, as suggested by the 
editor at p. 389. 

19. 8. asyaputre Hiriktataram premotpadycUe — tatha 'nyesu 

sattvesu, « Loving his son excessively but not other peo- 
ple » (XVI 9 b). We must supply 'na' after utpadyate. [I fully 
agree. The Tib. confirms this restitution]. 
19. 15. ätfHa-ksemanu['--]maitri. « Loving himself » (XVI 9 b). 

(1) I am very glad that the courtesy of Mr Wogihara has allowed 
me to peruse his paper previous to publication. I have compared the 
original Ms. with several of his suggestions, which in many instances 
turn out to be correct. Other suggestions agree with the Tibetan, which 
in the earlier part of my work I could only use sparingly. Mr Wogihara 
has also favoured me with notes of several misprinta, which are 
more frequent in the earlier sheets than elsewhere ; as at that time 
I had not become thoroughly used to all of the rather minute forms of 
the St-Petersburg type. These I shall duly note in the English translation 
of the work which I am at present preparing [C. B.]. 



d8 LE MUSÉON. 

This phrase is parallelled in the Chioese by liae 14. patra- 
premâougatâ maitrî « loving his soq ». We may fill the lacuna 
by 'gam\ 

23. 10. karnau nasa samparityajan. ^ Giving his ears and 
nose 9 (II 27 b). Read häsnm (or näsäm ca ?) [The Tib. sug- 
gests rather : nasa va\, 

23. 16. saniana. « Constant, contiouous » (II 28 b). samiana 
and samtati often mean continuity of mind or matter or of 
both during one's whole life, because both the mind and the 
matter is considered as a momentary thing from whose conti- 
nuation arises the phenomenon of life. [Ciompare Prof, dc 
la Vallée Poussin in J. As. Sept. 1902 pp. 275 285. and the 
editor's references at p. 391]. 

25. u. 'ira. « The intestines » (II 19 b). Read 'tUra. [So too 
the Tib. : The MS. itself, as I now notice, seems to have been 
corrected to the form 'ntra]. 

25. It. ^vyiitthita. « Later on he does not regret n (II 29 b). 

This seems to suggest vi -{-ud-\- sihä in sense of » sich ab- 
wenden von, aufgeben ». 

26. 6. bodhisattva-däna-pürvam pranidhâna. • Bodhisattva's 

vow formerly made to give » (II 23 a). Read pUrva-pr^, 

26. 12. vänukula. « Most pleasant » (27 b). This suggests some 
form varânukula. But « female singers of inner apartments » 
(II 24 ab) points to vadhu-kula or the like. 

28. 1. saà-gantrôpefan, « Furnished with six tusks » (28 a). 
Read sad-dant. In describing an excellent elephant this term 
is used very often. See Lalit. (ed. Lefmann) p. 55. 3. 

31. 8. sarvorsativa | jnänäharad bhavaniu, « All sentient 
beings may obtain the food of knowledge » (II 21 a). Read 
'Saitva jnanâhârâ bhavantu. 

31. 8. ahära-prajhntäpino. « Having understood the nature ot 
the food 9 (II 21 a). Docs prajMiacin as in the Ms not mean 
'understood^ ? Cf. a buddhist word krtävin « one who has fin- 
ished his work I) and caritävin in Ast P. pp. 176. lo, 299. s etc. 

31. 5. sarva-rasagra-jihvah. « Not attaching to all best tastes « 
(II 21 a). Doubtless -rasâgrâgrddhah. [Apparently correct]. 

31. 6. rasü'-nimittä^rahitärah, « Not sticking to every taste « 
(VII 84 b). Read ""mittâgf^ (compound). 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE« 99 

32. t. dhamta-Jcama'Spareopetah. « Realizing in their body 
many profound dharmas n (VII 85 a). Cf. Buddhist term 
Jcaya^âksï in M. Vuyt. 46. it. In this case sparéa means 
« perception, realization » not as in Childers. Prof, de la 
Vallée-Poussin proposes ' dharmakâya-'. [A word which can 
be read either ^kârna or "^käya is added in the margin of the 
Ms. to be inserted. The Tib. (25 b 6) seems to have read 
dharmasparâop^] . 

32. 7. alyantäkalpanordharmänah. « Extirpating all diseases 
let them no more break out » (II 22 a b) 

32. 17. sarvorsattvah érantaklânta, « AU sentient beings 

not be tired (and) wearied » (U 23 a). Read -sauva aér^. 

35. ^. rajo-ì^arana. « One who takes manure away n (IV 77 b k/ 
& VI 49 a) ; « a hireling « (IX 86 b). 

42. 5. antaéa eka ucchväsa-praeväso va. « Even while one 
exhalation or inhalation being intent on » (XXIX 20 a). May 
we read ucchvasah praé'' ? And ékâgri or the like seems to be 
wanting. 

45. 9. bhiksu-rajäna-ksobhane. « By heretical kings it is distres- 
sed » (XXIV 107 a). Can we not construe : 'bhiksurOjana 
ksobhane ? rajâna stands for räjanam ^= rajhäm and hsobhane 
is a sanskritizalion of original Prakritic khobhane. [See Intr. 
p. XIX]. 

45. 2. Between lines 10 and 1 1 we have in Chinese Siksäs® 
one stanza more : « The many excellent sïïtras (1) they do not 
hear and read (2). They following only their own views (3) 
(and) adhering to different views reject each other (4) » (31 a). 

48. 3. vinayec c' agame sthitan. « Scholars who stick to the 

three baskets of the lesser vehicle n (CIII 35 a). This is an 
enlarged rendering, but the sense agrees with the present 
text. « Tripitaka » often signifies « Hlnayana » (e. g. in 
Nägärjuna^s commentary on Paûcaviméatisahasrikâ Prajftâpâ- 
ramitä (CXC Vili 105 a)). I prefer the reading of A. : vinaye 
c' àgame (= Hînayâne) sthitan. 

49. 6-10. Ast — P. 416. 10 — 417. i. with a few omissions. 

56. 1. prafiharadharmata kartavya, « With every thing must 
he supply n (XVII 6 5 b). We are induced to read prafJcärchik^ 



iOO . LE MllSÉON. 

or * % ' in pratihära may be aa insertion to avoid hiatus in 
original prâkritic pratîâra. Cf. jalähari in Lalit. (ed by Lef- 
mann) 175. u = Siksäs^ 206. 9 note. For this explanation 
I am indebted to Prof. Leumann. 

56. 10-11. siaupïka antctéa ekadaéapi. « Whatever thing belon- 
ging to Buddha even a string » (XVII 66 a). We can read 
^ka ^ntaéa eka-daéa 'pi. [But a break in Sandhi in Skt. Mas. 
implies a comma, which docs vory well here]. 

57.6. udvaeyäpayitvä (uddhasy^ ace. to Add. Notes) 

diidäti. << He gives hardly (or reluctantly) » (XVII 66 a). If 
we can read udvaaäp^ instead of udvaeyäp^ then possibly this 
form is from tid -{- vaé with a cans, sign -äpaya like in Pâli. 
See next note. \^^y^ clear in the Ms.]. 

67. 8. udvasyamanas. « He longs for to get it » (XVII 66 a). 

I suppose this would be part. près, of cans. pass, ud -{- vaé. 
€8. 9. yänorbhütän pätrorbhütän va. Read pätra-bhütän apâr 
tra-bh' (34 b XXX 18 a). [So too the Tib.]. 

68. 15. pätra-bhntän patra-bh"^, — Read 'bhutän apätra-bhP 
^ (1. e). 

72. IO. [b]akna. Read phalena (CXXXIII 62 b). 

74. 11. paresäm samp . « Having seen the riches of other 

people » (CXXXIII 62 b). If wo read * paresäm sampadam 
drsivä mama syad .... phalam ägaiam ' this makes a Moka as 
in the Chinese. 

75. «• Read päsana-varsena rnukha-nii-^ [The Ms. has 

-varsair]. 

80. 11. kabhaUi. « Carrying on the back a heavy load » (XLI 

24 a) 

81. 4. mita-sihäne. « In a privy n (XXII 42 b). Read mldha- 

sfhane. [So Ms.]. 

82. 8. uktah. « They being pleased » (37 a). Read raktah [So Ms.]. 
86. 2. sarva-sattvändhakäresu bandhane kruddhah praveàayci. 

« Through anger fettering all sentient beings and putting 
them into the hell of darkness » (XI 69 b). This suggests the 
reading sarva-saitvän atidhaknresu bandhanena .... [^sattvän 
andha^ .... bandhane Ms.]. 
97r 1. nirayam samvadämi. Can we not preserve the original 
doubtful reading niraya-vosam vadami ? 



fiOUDDHISME. PfOTES ET BIBLIOGRAPHIE. iOl 

99. 18. ekorväcä. « One foh-lo [phonetic rendering] » (40 a), 
«at once » (XLV 21 b 30 b). The Chinese translators had 
doubtless ' eha-varam \ 

99. 15. Read ^sthita nânyahh^ (separate). 

101. 18, jhanavcyramayam esate. « He seeks for the diamond- 
knowledge n (IV 80 b VI 55 b). Probably : jMna (ace. sg.) 
vajramayam esate. 

102. 4. Read kscmardiéa" (compound). 

102. 5. Icsanti'dharma. « Armour of patience » (IX 60 b IV 80 b 
VI 65 b). Read ksanti-varma. [The Tib = * riding on the 
Tehicle of full salvation armed with the armour of patience \ 
This seems to imply a reading such as varmita, y and dh are 
often indistinguishable in our Ms]. 

102. 7. jnana-sagara-. jneya-s^ (1. supra Ç.). 

103. 2-8. Two Chinese versions (IV 81 a VI 55 b) run thus : 
« Sudhana will light a lamp of dharma (1) which has faith 
as a wick| mercy and compassion as fragrant oil, (2) remem- 
brance as a vessel, virtue as light (3) and he will destroy the 
darkness of the three banes. (4) « The reading would be 
better : èraddha-varii tri-mala-ttamo^paham maitri-snehq 

smrti'bMjanam drdham [Sraddhä is a purely Chinese 

variant^ as both our Ms. and the Tib. (dag-pa) show. But 
^paham is correct]. — I prefer the reading ^rcuiäAa according 
to the Chinese versions 1. From priority of the Ms (the first 
Chinese version was done in A. D. 317-420 and the third in 
A. D. 796-798). 2. From the fitness of the figure. Sraddha 
is one of the principal topics in the sütra, e. g. ii^iksâs^ 
pp. 2. 16 — 5. 6 a quotation from the same sütra fully deals 
with èraddhâ ; on the contrary I met with not yet a passage, 
which describes mex^ euddhixn such relation, samujjvälayi* 
syati seems to me originally to have been Prakritic samu 
jalayisyati. 

103. 5. Read bodhi-ahgam (compound). 

103. 8. Should we read : sattva-mocana-mati hitiéayah ? [Ms. 
«yâ]. 

104. 2. esa te sada viéesa pandUàh, « He searches earnestly 
for a wise maa v (IV 81 a VI 55 b IX 91 a). It seems to read : 

7 



iO^ Le muséon. 

esatè soda viéesa-panditam. [The Tib. supports our readiog, 

in which te is of course equivalent to a dativus ethicus]. '^ 
107. 7. \sthani. A misprint or misreading for ^hgäni, [which 

the Ms. has]. 
1 1 1 . 1Ô. cittern. The Chinese (XVI 50 b) has * mitrena \ 
118. 18. Resid adharma-kamaé. [So also Tib. (71 b s) ; but 

Ms. ^kâma]. 
115. it. Read sa-balam. [So also Tib.] 
125. 6. Read kheto. [So also Tib. : ' spittle ']. 

128. note 4. Judging from the context and according to the 
Chinese versions the word ^ luha ^ seems to have two meanings : 
p. 128. 16. lüham va pranitam va ■ either fine or rough » 
(43 b XVII 67 a) ; p. 129. 9, lo ; and 131. 4. luha * scanty , 
(43 b XVII 67 a). [The Tibetan seems also to have twa equi- 
valents like the Chinese, respectively. Compare now Prof* 
E. Müller JRAS. 1903, p. 608 as to Pâli evidence. It- now 
seems to me possible view of somewhat conflicting testimony 
that the word was a wide one, like English ' bad \ or ' poor ', 
which might refer to quantity, quality, or to both]. 

129. 14. àïlâyam. « On a stone » (XVII 67 a). This suits for 
^ an äranyaka-hhiksu. 

181. 1. yävanna. Probably : yâvat sa. [I do not accept this 
at all. The Ms. is quite clear, and yävan na == « until »]. — 
I meant * yâvat ' to have been used here in the sense of * at 
the time of ' as in the Chinese. 

132. 14. tri-koti-ksuddham. « Three kinds of purity » (XXXVl 
28 b 68 a 112 a) which are enumerated immediately after. 
Should We read tri-koti-éuddham ? [Yes : ksu® appears to be a 
misprint]. 

133. 4. nirvana'. Apparently Mahaparinirväna-sütra (Nanjio 
Nos. 113 et 116) is meant. 

135. 15. Read khalvrpaecad-hhaktiko (comp.) as in M. Vuytp. 
§ 49. 6. Hiouen Thsang rendered elsewhere : « eating after 
he had prohibited it », khalu in the sense of pratisedha. Cf. 
Buddhaghosa's explanation of this term quoted in Childers 
p. 310. [Compare Index II. p. 379]. 

136. 8. Read nirvrti according to XVI 11 a. But CXC 78 a has 
■ ' dislike, or disgust (of the world) ' = nirvid. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 105 

137. 7. tlvaraïh asamvrtorkâyàh. « 'With his religious robe 
covering his body » (XLIX 29 b). Read cîvaraih saiuvrl"» [This 
conjecture is substantially correct]. 

164. 3-7. This passage is rendered metrically by I-Tsing. 

172. %. parikarsanam, « First action, setting on to act » (LUI 
7 a) = preparing to commit. 

172. 3. gahanat(p4rsiïh. Here I add something in confirmation 
of the editor's remark. « View of extremity n (LUI 7 a). More 
correctly occurs often « view of sticking to extremity » = 
ania-gräha-drsU. Cf. M. Vuytp. § 104. 35 which reads wron- 
gly antar-grähordrsti. [See also Add. Notes, p. 408 and 
Introd. p. XIV]. 

174. note 1. The Chinese has also simply « four hundred ». 

176. note 4.-4. According to the Chinese (XXX 35 a) 11. 5, 6. 
iena Jct^eala-mUUna karma-vipäkena is in apposition to 1. 8. 
tenapränatipäta-vairama-cakrena. 

177. 6. näyakah. The Chinese (XXXIII renders this as a voca- 
tive. Compare the reading of CH in Add. Notes, p. 408. 

179. 3. bahU'Sukhätn, « Of many entrances » i. e. of many 
kinds (53 a) = bahu^mukhäm is preferable. 

180. 4. vUhapana'pratyupasthana-, « Absurd imagination ». 
(XVI 5 a), « simply deceive one's eye n (CLXXX 33 b). Cf. 
p. 236. 1, 2, 8. where it is rendered by « adornment » (XXV 
66 b). The sense would be * presentation, appearance' con: 
trary to entity. 

Now I see vithapana is rendered by Hiouen Thsang by ' collec* 
tion' in AsJ-P. (Cale. ed. 162', 314^), where in both places surely 
by mistake the editor reads vithay® instead of vithap®. 

(To he continued.) U. Wogihaba, Strasbourg. 



GENÈSE XV, 



V. 12. 



Au chapitre XV de la Genèse, on nous raconte qu'Abra- 
haui eut une vision. Au monient où le soleil va se cou- 
cher, il s'endort et une grande terreur le saisit : cumque 
sol occumberet, sopor irruil super AbrarUy et horror Magnus 
ET TENEBROsus invosU cum (v. 42). Et au V. 47, quand le 
soleil a disparu, il se produit une grande obscurité : cum 
ergo occubuisset soly fada est caligo tenebrosa. 

Les mots de horror magnus et tenebrosus rendent les 
mots hébreux de nbia n^TCn ïia'^A, qui veulent dire 
«( terreur, grande obscurité ». 

Le sens de chacun de ces termes n'a rien de douteux ; 
mais leur réunion présente une difficulté qu'on ne semble 
pas avoir résolue encore d'une façon satisfaisante. 

Qu'on remarque d'abord que les deux expressions ne 
sont liées ni par la conjonction, ni par l'état construit. 
Si elles étaient liées, d'ailleurs, on pourrait s'étonner 
que le rédacteur du texte ait songé à assembler des termes 
disparates, dont l'un indique un sentiment et l'autre, un 
phénomène physique. D'où viennent, au surplus, ces 
ténèbres quand le soleil est encore à l'horizon, alors 
suitout qu'on nous dit expressément plus loin qu'elles se 
sont produites au coucher du soleil ? 

De là, grand embarras des exégètes. 



GENÈSE XY, y. 12. 10Ö 

Quelques-uns, sans trop se mettre en peine, traduisent 
le texte mot-à-mot et n'y introduisent pas la conjonction. 
Tels sont Onkelos, Coccejus, Van Ess, Zunz. 

D'autres ne se font pas scrupule de l'y mettre ; par 
exemple, la version syriaque, Luther, la version hollan-* 
daise des États Généraux, Rosenmûller, de Wette, Segond. 

D'autres encore, lisant peut-être nsirn comme participe 
ou admettant un état construit, qui n'y est pas, parlent 
d'une terreur obscure. Au «po^oç <jxoTeivó«; des LXX corres- 
pondent le timor tenebrosus magnus de l'Itala et le horror 
magnìis tenebrosus de S' Jérôme. Ainsi encore la version 
samaritaine. De là aussi le horror tenebrosus et magnus de 
Munster ; la frayeur de grande obscurité de la version des 
théologiens de Louvain, le horror of great darkness de la 
version anglaise officielle de 1611, à laquelle, d'ailleurs, 
les reviseurs d'Oxford n'ont rien trouvé à redire (1885) (i). 

Comprenant que cette façon de traduire ne donne pas 
de sens intelligible, plusieurs exégètes ont plus ou moins 
paraphrasé. Gaben parle d'une terreur somlrre et grande^ 
ce qui transforme le qualificatif en épithète morale. 
Ostervald traduit par « une frayeur causée par une 
grande obscurité ». Michaelis se contente d'un à-peu-près : 
ce Quand le soleil fut près de se coucher, un profond som- 
meil l'envahit, plein d'horreur et dans lequel tout lui 
semblait comme une épaisse obscurité ». De même, la tra- 
duction française éditée à Paris en 1748 (d'après Galmet- 
Vence) dit qu'Abraham « tomba dans un horrible eflFroî, 
se trouvant comme enveloppé de ténèbres » (2). 

(1) La version arabe de la Polyglotte de Walton et celle d'Aboa Saïd 
donnent un état construit ; la version arabe romaine de 1671 destinée aux 
églises oiientales et colle d'Oxford de 1871 ont un participe. 

<2) Il vaut la peine de reproduire textuellement ce que dit Calmet, dans 
l'édition de 1724 de son Commentaire littéral, tome 1 ; Tabondance de ses 



^06 LE MUSÉON. 

D'autres sont allés plus loin encore et ont eu recoure à 
des rêveries ou bien ont tout simplement supprimé les 
ténèbres. 

L'exemple des interprétations fantastiques a été donné 
par le targoum du Pseudo-Jonathan, a Quand le soleil 
allait se coucher, un profond sommeil tomba sur Abram ; 
et, voyez, quatre royaumes s'élevèrent pour asservir ses 
enfants : la terreur, qui est Babel ; l'obscurité, qui est 
Madaï (Mèdie) ; la grandeur, qui est Javan (la Grèce) ; le 
déclin, qui est Pheras (la Perse) ». Et le targoum de 
Jérusalem, attachant de même un sens mystérieux à 
chaque mot, dit, à peu près comme l'autre targoum : 
« Terreur, c'est-à-dire Babel ; l'obscurité, c.-à-d. la 
Mèdie ; la grandeur, c.-à-d. la Grèce ; tomba, c.-à-d. 
Edom (Rome) (i) ». Et cet exemple ne pouvait manquer 
d'être suivi ; la Catena de Lipomannus sur la Genèse 
nous donne d'étranges commentaires de S^ Augustin, de 
Rupertus et de Lipomannus lui-même (2). C'est ici encore 
qu'il faut ranger les explications de Nicolas de Lyre ; le 
terror ex praevisione servitutis posterorum de Menoehius ; 
la futura in yEgypto persecutio de Duhamel ; la postrema et 
gravissima in A^gypto vexatio de Grotius ; leur source, 
à tous, doit être le commentaire de Raschi. 

explications prouve qu'aucune ne le satisfait : « Horror magnus et tene- 
brosus. // 5^ trouva comme dans les ténèbres et saisi d'un grand effroi ». 
On pourrait traduire Thébreu par l'horreur et les ténèbres. Abraham se 
trouva saisi de frayeur au milieu des ténèbres ; où. autrement, horror 
tenebrar um, une frayeur semblable à celle dont nous sommes frappés en 
voyant quelque chose d'extraordinaire au milieu d'une obscujîté pro- 
fonde. L'hébreu à la lettre tensor obscuritatis magnas cadens super 
eum. La terreur d'une grande obscurité tomba sur lui ». 

(1) Etheridge. The targums of Onkelos and Jonathan ben Uzziel on 
the Pentateuch, London, 1862, tome I, pp. 202 et 204 

(2) L'idée de Chrysostome a au moins le mérite d'êtœ ingénieuse ; il 
rapproche les ténèbi'es du Mont Sinaï, signe de la pi'ésence de Dieu: 
l'obscurité dont il est ici question pourrait bien en être l'analogue. 



GENÈSE XV, V. 42. 107 

Comme on le voit, c'est là une façon indirecte de se 
débarrasser des ténèbres. Plus directement Tuch et 
Delitzsch les ont supprimées. « Le soleil, dit Tuch (i), 
allait se coucher, par conséquent il faisait encore clair et, 
alors, la grande obscurité.... indique la présence de Dieu, 
qu'un mortel ne peut percevoir sans terreur ni frisson ». 
Delitzsch (2) ne fait pas non plus beaucoup de façons. 
« Une terreur, une grande obscurité descendit sur lui — 
obscurité surnaturelle, car elle ne tombe que sur Âbram 
et, cela, avant le coucher du soleil. Rendant invisible 
tout ce qui est terrestre, elle prépare Fapparition sur- 
naturelle de ce que nul œil mortel ne peut voir, de ce 
dont TeflFrayante majesté doit faire sur Abram une impres- 
sion profonde ». 

Sans s'en douter, ces deux exégètes nous ont montré 
la voie : il s'agit de supprimer les ténèbres du verset 12 
et le problème sera résolu. 

Cette suppression s'impose si l'on peut prouver que les 
mots de grande obscurité ne sont qu'une glose, qui se sera 
glissée dans le texte. 

Ce qui doit le faire croire, c'est, d'abord, la circon- 
stance que ces deux mots ne sont pas liés au précédent ; 
puis, le fait que le terme explicatif d'obscurité (niDtin) 
est un mot ordinaire, dont la racine se retrouve souvent 
ainsi que nombre d'autres dérivés et qui est restée en 
usage dans l'hébreu postbiblique. 

Aussi Gunkel, dans son remarquable commentaire sur 
la Genèse, p. 163, admet-il avec Olshausen que notre 
mot est une glose. Seulement il n'explique pas comment 
on a pu songer à expliquer un mot très clair par lui-même 

11) TucH, Kommentar über die Genesis, 1838, p. 325. 
(2) Delitzsch, Commentar über die Genesis, 1872, p. 314. 



108 LE MUSÉON. 

par un autre, très connu aussi, il est vrai, mais ayant un 
tout autre sens que celui auquel on Tattache comme 
équivalent. 

Toute difficulté dispai*ait si Ton admet que la glose a 
été mal placée quand ou Ta introduite dans le texte. 

Pour cela, il faut tout simplement trouver dans le con- 
texte un autre mot auquel rattacher la glose : ce mot 
doit être rare et, de plus, avoir le même sens que celui 
dont on se sert pour Texpliquer. Or, ce mot, on le trouve 
au V. 17 : c'est tivhs^ que, dans toute la Bible, on ne 
rencontre qu'ici et trois fois encore, mais dans un même 
chapitre (Ezéchiel, XII, v. 6, 7 et 12) et qui, d'ailleurs, 
n'existe plus dans l'hébreu postbiblique. 

Si l'on transporte donc les mots de grande obscurité du 
V. 12 au V. 17, tout devient clair et simple. Il n'y a plus 
de ténèbres avant le coucher du soleil et l'on fait dispa- 
raître ainsi la contradiction que présente le texte actuel 
des versets 12 et 17. D'autre part, nul ne s'étonnei*a de 
trouver, à côté du mot rare (HtDb^), une glose, qui se sera 
glissée dans le texte. 

Mais comment les mots ont-ils pu être si mal placés ? 
Si Ion suppose le texte primitif écrit sur deux colonnes, 
il se peut que le v. 12 se soit trouvé en regard du v. 17 ; 
que la glose ait été écrite entre les deux colonnes, ce 
n'est pas trop présumer de la légèreté d'un copiste que 
de l'accuser de l'avoir insérée dans le texte à droite 
quand il eût dû la mettre à gauche (i). 

Victor Chauvin. 



(1) Reinke, dans ses Beiträge zur Erklärioig des alten Testaments, 
tome VI, p. 200-201, donne des exemples de mots se glissant de la margfe 
dans le texte à une place qui ne leur convient pas. 



COMPTES RENDUS. 



Contes populaires d'Afrique^ par Rekb Babsubt, correspondant de 
rinstitut, Directeur de TËcole supérieure des lettres d'Alger, etc. 
— Librairie orientale et américaine E. Guilmoto, éditeur, 
successeur de J. Maisonneuve. Paris (1903) Pet. in-8. (2), XXII 
et 455 pages, 6 francs. (Tome XLVII des Littératures populaires 
de toutes les nations). 

Il n'est pas nécessaire de présenter M. Basset aux lecteurs du Mttséon ; 
ils le connaissent par les articles qui ont paru ici-môme et savent sans 
doute quelle prodigieuse activité il déploie depuis de longues années ; 
Tespace dont nous disposons ne nous permet pas de donner la longue 
enumeration de ses savants travaux relatifs à Tarabe, à l'éthiopien, au 
berbère, au folk-lore. 

Aujourd'hui il nous présente la collection la plus complète de contes 
africains que l'on ait encoi*e publiée ; elle en contient, en effet, 170 alors 
que le recueil de M. Seidel (^) n'en donne que 70. 

Son but a été de mettre à la disposition de tous une anthologie de ce 
que la littérature des contes populaires de l'Afrique a de plus caractéris- 
tique. Quoique M. Basset se soit de pi*opos délibéré abstenu de faire 
l'historique des contes, il nous donne cependant dans sa préface de pré- 
cieuses indications à ce sujet ; nous espérons qu'il ne résistera pas à la 
tentation de les compléter un jour ou l'autre avec cette maîtrise incon- 
testée, dont il noua a déjà donné tant de preuves. 

Ce qui doit surtout, nous semble-til, attirer l'attention, ce sont les 
contes des peuplades les moins civilisées de l'Afrique. Oràce aux compa- 
raisons que le beau travail de M. Basset nous permet de faire maintenant 
sans peine, il nous est possible d'étudier de plus près la question si inté- 
ressante de la mentalité des peuples primitifs. Avec M. Basset (p. XVI), 
on sera frappé du caractère bizarre et excentrique do leur mei*veilleux. 
Un autre caractère non moins frappant de leurs récits, c'est leur incohé- 
rence : il y a là, en général, des séries d'événements qui n'ont guère de 
lien entre eux et qui s'arrêtent brusquement sans qu'on sache trop pour- 
quoi. 

On sera peut-être tenté de contester cette observation en faisant 
remarquer que quelques contes, parfaitement proportionnés, nous pré- 

(1) A. SsipBL, Qeschiçhten und Lieder der AfHhaner. Berlin. 1896. 



110 LE MUSÉON. 

sentent le développement complet d*une idée parfois heureuse. Mais, en 
y regardant de plus près, on constate que ces contes bien faits sont 
connus aiileura ; ils auront donc été empruntés par les Africains à d'autres 
peuples. Prenons quelques exemples. 

Au n<* 104 (p. 266-268), on voit un jeune homme donner un objet que le 
dépositaire consomme ; ce qui l'autorise à demander une compensation. 11 
recommence en donnant Tobjet reçu comme dédommagement et, d'échange 
en échange, il arrive à la fortune, parce que toutes ses opérations sont do 
plus en plus avantageuses. Il est facile de constater que ce conte n'est 
qu'une autre forme de l'épisode développé dans les Märchen und 
Gedichte aus der Stadt Tripolis in Not^d Afrika de Stumme, p. 118-120, 
ou de rhistoii*e de l'homme à la fève de Caise, Contes oubliés des Mille et 
un^ nMiï5 (Feuilleton du Tell, 1892 1893, colonnes 123 et suiv., 28* feuil- 
leton et suiv.). 

Il en est de môme d'un autre récit qui a pour but d'expliquer pourquoi 
la femme est soumise à l'homme (N<» 100, p. 255-256). Dieu, pour éprouver 
l'homme et la femme, les prand à part, remet à chacun un couteau et 
leur enjoint de couper le cou à l'autre pendant son sommeil. L'homme ne 
peut s'y décider et jette le couteau dans la rivière; mais la femme va 
tuer son mari, quand Dieu l'en empêche et la condamne à la soumission. 
Ce conte se retrouve et bien mieux motivé dans la littérature juive. Salo- 
mon, voulant prouver qu'il a eu raison de dire que, sur mille, il a trouvé 
un homme, mais non une femme, (Ecclesiaste, VII, 29), promet à un 
homme honneur et richesses s'il tue sa femme ; tenté, l'homme essaie 
mais ne parvient pas à vaincre ses scrupules. Salomon promet ensuite à 
la femme de l'épouser si elle tue son mari ; mais il a bien soin de lui 
remetti*e une épée d'étain, de sorte que, malgré sa volonté, elle ne pai'- 
viènt pas à commettre le crime. (Jellinek, Bet ha-Midrasch, IV, p. 146- 
148 ; Wünsche, Mid. Ruth, p. 71-73). 

Nous ne connaissons pas la source de l'histoire du véridique et du 
menteur qui doivent, alternativement, se procurer leur commune nour- 
riture. La sincérité de l'un irrite tout le monde ; quant au menteur, on 
l'accable de présents parce qu'il promet de ressusciter les morts et que 
les héiitiers le supplient en secret de les laisser dans leur «épultui'e. 
Mais cette histoire accuse trop de spirituel scepticisme pour qu'on 
puisse admettre qu'elle ait été inventée par un peuple inculte du Niger, 
les Sarma ou Sabcnna (N« 66, p. 165-169). Quant â l'anecdote du vin 
qu'on prend d'abord pour du poison (N" 85, p. 207-208). nous n'oserions 
affirmer qu'elle a été empruntée (1) ; il n'est que trop naturel de croire 
que, partout, on a dû prendre pour un empoisonnement les effets du 
vin qu'on buvait pour la première fois. 

Victor Chauvin. 

* 
* * 

(1) Comparer l'histoire d'Icarios (Basset, p. XVy ou celle du roi Djemchid, 
qu'on retrouve sous deux formes un peu différentes. (Qazwini, édition de 
1305, U, p.' 28 et le^ Mille et u|ie nuits, édition Gauttier, VU, p. 185). 



COMPTES-RENDUS. Ill 

Fbancesco Scerbo. Il vecchio Testamento e la óritica odierna. 
Firenze, Tipografia di E. Arioni, 1902 ; IV-115 pp. Nuovo sag* 
gio di critica Biblica. Firenze, Libreria editrice Fiorentina, 
1903; IV-33pp. 

Dans le premier de ces opuscules, Tauteur examine les procédés 
de la critique biblique au point de vue do la méthode et de ses 
fondements logiques. Dans le second, il cberche à justifier à nouveau 
ses conclusions par Texamen des opinions émises au sujet de Is. 
LXIII, 9. Cet examen est précédé d'une page d'introduction, qui 
résume les vues de l'auteur au sujet de la critique biblique moderne. 
« La manie, dit l'auteur, qui porte la critique moderne à changer et 
à corriger le texte original de la Bible, ne se montre pas seulement 
dans les passages difficiles ou qui paraissent corrompus, mais sou- 
vent aussi dans d'autres qui ne présentent rien d'anormal ni d'in- 
intelligible, sauf quelque construction un peu nouvelle, ou quelque 
forme ou signification qu'on n'a pas trouvées ailleurs. Un tel 
critère, qui à première vue semble s'appuyer sur des faits positifs, 
est le plus souvent arbitraire et dangereux au plus haut degré, en 
tant que celui qui l'emploie fixe les limites et les lois d'une langue 
dont nous ignorons si souvent les caractères intimes, à cause de 
Timmense différence de nos habitudes de parler et du peu d'étendue 
des documents anciens qui sont parvenus jusqu'à nous. Lorsqu'on 
pense que, même dans la langue vivante, que nous avons pour ainsi 
dire sucée avec le lait maternel, il nous arrive parfois d'hésiter sur 
l'emploi ou le sens des mots, on devra se dire qu'il y a à la fois de 
l'audace, de la présomption et de la légèreté à se prononcer avec 
tant d'assurance sur la question de savoir si telle ou telle expres- 
sion biblique est correcte et conforme à l'usage. 

Ce qui n'offre pas un sens clair ou ce qui n'est pas conforme à 
nos idées, est déclaré interpolé ou mutilé, et il ne suffit pas aux 
critiques d'avertir le lecteur de telle ou telle anomalie ou incorrec- 
tion, ce qui jusqu'à un certain point serait légitime et supportable ; 
mais on change et on corrige tout simplement, comme s'il s'agis- 
sait de choses certaines. 

II semble que les nouveaux correcteurs du texte biblique ne 
font attention qu'aux difficultés, vraies et apparentes, du texte 



112 LE MUStoN. 

traditionnely et ne s'inqaiètent nullement des étrangetés et des 
contresens qui résultent de leurs corrections et de leurs change- 
ments irréfléchis, et qui souvent sont bien plus graves que les diffi- 
cultés quHls ont voulu écarter. C'est là le cas pour le passage 
dlsaie dont nous allons nous entretenir brièvement. 9 



MELANGES. 



Pessimisme Hlndon. 

On se rappelle le brillant Essai que Taine publia sur le Boud- 
dhisme et qui a été plusieurs fois réimprimé dans ses Nouveaux 
Essais de critique et cThistoire. M. H. Oldenberg s'en est récem- 
ment occupé dans une lecture faite au Congrès des Orientalistes de 
Paris (1897), lecture publiée depuis dans la Deutsche Bundschau 
et dans le recueil Aus Indien und Iran (1901). On peut dire, en 
un mot, le rare mérite et la faiblesse du mémoire de Taine : il est 
extraordinairemcnt systématique. Un exemple : Taine analyse le 
concept de la loi de Tacte, loi qui est la raison d'être de la trans- 
migration. Si nous passons, après la mort, dans une nouvelle 
existence, c'est pour y trouver la récompense ou la punition de 
nos œuvres : d'où il suit que nous sommes directement et seuls 
responsables de toutes nos souffrances. Fort bien, remarque 
le philosophe français, — qui a dit tant de bien de la clarté fran- 
çaise et tant de mal de la rigueur et de Timpuissance de Tesprit 
français, — fort bien, mais il s'ensuit que tout malheureux est un 
coupable ; que, par conséquence inévitable, la compassion pour la 
souffrance, l'effort pour soulager la souffrance, sont brisés dans 
Tœuf. D'où le caractère pessimiste et effroyablement douloureux 
de la société indienne : ce monde n'est pas un lieu d'épreuve, de 
purification, de purgatoire ; c'est, à la vérité, un enfer, un bagne 
dont il faut s'évader à tout prix. D'où le mépris des castes viles, 
peuplées d'homicides anciens et de débauches ; le mépris des 
infirmes et des malades, frappés pour leurs anciens forfaits 
dans les membres qui ont péché. — Lie malheur, c'est que cette 
théorie a du vrai : témoin les injures que la famille adresse aux 



m LE MUSÉOI<(. 

pauvres petites filles, mariées à cinq aos et veuTt» à aefi : 
« Quels péchés tu as dû commettre pour être veuve de si beane 
heure ! » ; mais cette théorie est encore plus fausse, et 11 n'est pas 
superflu de le dire, s'il serait trop long de rétablir. Les Hindous ont 
eu bien des idées et les ont fréquemment pousséesjusqu'àTabsurde. 
Par exemple, de cette mémo doctrine de Tacte, ils ont tiré une 
conséquence que Taine paraît avoir négligée, à savoir que nos 
actes actuels ne sont que la résultante de nos actes anciens, que 
notre vio actuelle n'est qu'un décalque d'une vie antérieure. On 
voit ce que devient, dans cette hypothèse, la liberté ; ce que 
devient la solidarité humaine : car tout être étant déterminé par 
son œuvre, — laquelle joue le rôle d'une providence « à la musul- 
mane n, — il est trop évident que les destinées sont, pour ainsi 
dire, « étanches », et que nous ne pouvons rien pour soulager et 
améliorer les autres hommes. Chose étrange, c'est dans l'ancien 
Bouddhisme que cette théorie s'est, davantage, développée ; et c'est 
dans le nouveau Bouddhisme qu'elle se heurte à la doctrine toute 
opposée, — très vieille aussi dans l'Inde et inséparable de la notion 
même du Bouddha, — j'entends la doctrine de l'intervention d'êtr(^s 
supérieurs, qui montrent le chemin du salut et « font des gués » 
(tîrthamkâra) pour passer vers l'autre rive. 

Quelle est cette autre rive, cet autre côté de l'océan des trans- 
migrations ? Personne n'en a parlé plus éloquemment que Taine 
dans le même Essai ; et le morceau est d'une facture si remar- 
quable, par tant de côtés il atteint à la réalité, qu'on ne peut 
résister au plaisir de le citer. Après avoir esquissé sobrement, — 
très exempt, en effet, du « plat bavardage » qu'il reproche aux 
Bouddhistes, — les stades successifs où les légendes et les théolo- 
gies rangent les innombrables cohortes des saints en route pour le 
nirvana, Taine ajoute : « Il y a une douceur extrême à contem- 
pler intérieurement ces hautes régions paisibles où n'atteignent 
point les agitations terrestres ; ces corps éthérés qui, de ciel en ciel, 
vont se purifiant et s'illuminant sans cesse ; ces bienheureux dont 
la pensée demeure, pendant des milliards de siècles, immobile et 
sereine, et qui, à mesure qu'ils montent, sentent tomber les bar- 
rières de leur être, pour s'effacer dans l'immensité vide, — comme 
des gouttes d'eau qui, pendant des myriades incalculables d'années, 



BlÊIJiNGES« lÌt> 

tour à tour congelées, fondues, salies, et toujours froisdées par les 
révolutions brutales de notre teue, finissent par s'élever en 
vapeurs, chatoyent magnifiquement sous le soleil qui les dore^ 
montent plus haut, se raréfient, n'apparaissent plus que comme un 
voile transparent et pâle, s'élèvent encore, et, arrivées dans les 
régions où le bruit n'atteint plus, où le changement cesse, où la 
matière finit, s'évanouissent insensiblement dans le vide de l'incom- 
mensurable azur. 9 

Telle est bien, en effet, exprimée dans une grandiloquente et 
saisissante imago, la destinée des saints bouddhiques ou pro- 
prement hindous, c'est-à-dire, védaatiques ; et comme, dans la 
météorologie indigène, « un nuage apparaît tout-à-coup dans l'azur 
où il n'y avait pas de nuage », la métaphore se complète : on 
mettra à l'origine, comme il est au terme, le néant absolu ; et on 
accentuera le caractère illusoire de cette évolution chatoyante et 
Taine. Tous les écrivains étrangers à l'Indianisme professionnel ont 
compris de la sorte les métaphysiques de l'Inde, le plus souvent 
sans y apporter la maîtrise et le parti pris de Taine, et je m'en 
voudrais de ne point citer ici les beaux et récents articles de 
M. A. Ghevrillon sur la Birmanie : « En pays Bouddhique » (i). — 
On a dit de M. Ghevrillon qu'il était le meilleur élève de la classe 
de Loti ; et on lui fait tort, car VInde sans les Anglais ÇiSi^ sans 
aucun doute, bien superficielle à côté des études birmanes de 
M. Ghevrillon. 

Lui aussi, comme beaucoup d'autres, décrit l'Ârhat, le saint 
bouddhique; et en homme qui a parcouru les Sacred Books : 
« Maître de soi, vainqueur du vouloir vivre, du principe qui 
l'assemble et lo fait renaître, affranchi de l'égoïsme comme de 
l'illusion, dédié à ce qui n'est pas lui, charitable, il monte vers 
l'état suprême où le quittent enfin tout sentiment d'individualité, 
toute idée, toute sensation particulière, toute conscience de quoi 
que ce soit n. — Et la métaphore dont Taine nous avait éblouis se 
présente naturellement à l'esprit, car la voyageur ajoute : « Gomme 
tin nuage qui se résorbe insensiblement dans l^'universel azur^ il 
s'évanouit alors de cet évanouissement qui ne laisse absolument 
rien subsister ». 

(1) Revue des Deux Mondes 1903. Septembre. 



ÌÌ6 Lf: MusÉoN. 

Ciomme beaucoup d'autres, il se demande les causes lointaines 
de cette disposition de pensée, de cette soif du néant, qui ferait 
douter de Tidentité de la raison humaine en Occident et sous 
les tropiques. Taine avait observé que Talternative qui effraya 
Pascal, « rhorrible alternative d'être éternellement malheureux ou 
éternellement anéanti i», ne se pose pas pour la conscience hindoue : 
D'où vient ce sentiment profond de la contradiction entre Texistence 
et le bonheur, cette persuasion absolue que tout est douleur ? 
« L'Européen a vite le sentiment de voyager à travers une nappe 
flottante et continue de tristesse, — étrangement mêlée à la cou- 
leur éclatante des costumes, à la splendeur des parures et des 
décors ; — tristesse sous la torpeur et le feu du ciel, au sein d'une 
nature disproportionnée à l'homme ; — tristesse de la caste... ; — 
tristesse des inéluctables traditions qui, d'avance, règlent le détail 
de la vie ; — tristesse, surtout, dos cultes absorbants et compli- 
qués, des noirs cultes démoniaques, des religions monstrueuses dont 
les molles cervelles imaginatives se sont véritablement frappées^ 
qui les mènent par l'obsession, font de l'Inde une possédée, la mono- 
mane hallucinée du rite ». — « Dans le triangle de cette vaste 
péninsule tout entière située dans la zone torride, où des races, 
séparées du reste de l'humanité, soumises à de si puissantes influ- 
ences physiques, se sont développées à part et comme en vase clos, 
le pessimisme est familier comme les famines, endémique comme 
le choléra ». Ne le dissimulons pas, il y a ici plus de littérature 
qu'il ne convient, et la haute qualité de cette littérature la rend 
plus dangereuse. D'autant que cette impression de « l'Européen 
qui voyage dans l'Inde » ne saurait être complètement trompeuse. 
A première vue, il attribue à l'influence déprimante du climat, à 
l'alimentation végétarienne, à la religion non contre-balancée par 
les soucis de la vie pratique, cette disposition pessimiste dont il 
voit partout la manifestation éloquente. « L'üindou, qui a dans les 
veines beaucoup plus de sang mongol, kolarien ou dravidien que 
de saug blanc, Tüindou aux cheveux noirs et mangeur de riz, affai- 
bli par le climat, ne peut avoir la santé intellectuelle de l'Indo- 
européen aux cheveux blonds, mangeur de viande, habitant les 
forêts de la Germanie ou les hauts plateaux de l'Asie a. Cesta 
peu près ce que dit M. H. Oldenberg dans le premier chapitre de^ 



/ 



\ 



MÉLANGES. ii7 

son beau livre « Die Literatur des aUen Indiens (1903) » ; et je le 
répète, Tiadactioa paraît assez solide. — Mais il faut, d'une part, 
mettre les choses au point, « réaliser » la nature exacte des faits ; 
de Tautre, chercher une explication plus comprehensive, plus flot- 
tante à la fois et plus précise ; qui dit sang holarien^ race infé^ 
rieure^ climat, végétarisme^ ne dit pas grand chose. 

« Mettre les choses au point », c'est-à-dire s'apercevoir que si 
THindon, védantiste, cherche à s'unir à Tètre absolu, bouddhiste, à 
s'effacer dans le nirvana, l'être absolu et le nirvana correspondent 
mal à notre idée du néant. Je ne parle pas des religions, les plus 
populaires, dans lesquels l'être absolu s'appelle Krsua, dieu per- 
sonnel, amant des âmes amoureuses, époux peu chaste mais très 
vivant du Crltagovinda, ce Cantique hindou ; — des religions qui 
ont pour éponyme Çiva, divinité farouche, austère, sensuelle avec 
cruauté, réalisant toute virilité pour s'unir à toute la féminité con- 
centrée en la personne de la fille do l'Himalaya ; — de celles qui 
adorent Râma, chaste et amoureux, maître charmant de Tulasî 
Dâsa, des âmes d'élection et des mystiques réformateurs (i) ; je ne 
parle pas de ces formes du Bouddhisme où le nirvana s'identifie 
avec la Sukhâvatî, la Terre pure, la Bienheureuse : les Purs y 
naissent dans le cœur des lotus, exempts de toutes les souillures 
des matrices animales ; purifiés avant que de naître, ils s'y nourris- 
sent, non pas d'aliments charnels, mais de la musique ravissante 
que font les louaoges du « Dieu à l'éclat infini » et l'harmonieuse 
théorie des sphères célestes ; et les rayons mêmes qui ont ouvert 
les lotus-matrices, échauffent les divins enfants du Dieu sauveur 
et récompense. — Je ne parle pas de ces grandioses théodicées et de 
toutes les consolations qu'elles versent « dans ce vase clos où les 
races s'étiolent sous le soleil, le choléra et la famine n ; j'observe 
que les traités professionnels du néant, (du Dieu un et tout, ou du 
nirvana insconscicnt) sont animés d'une singulière chaleur, d'une 
vie — non pas gaie, je l'accorde — mais presque joyeuse et dont 
le sérieux intellectuel et moral cache mal un enthousiasme ardent. 

(1) Je ne puis que renvoyer à Tarticle de M. Griersoii, J. R. A. S. 1903 
p. 447 ; et en général pour le Kpsnaisme et ses diverses formes au beau 
livre de M. Tabbé Roussel, actuellement professeur à Fribourg (Suisse) : 
« I^ cosmologie hindoue d'après le Bhâgavata » (Maisonneuve). 



118 LE MUSÉON. 

Point d'immobilité, mais un calme siogulier, béatifique plutôt que 
béat ; point de pessimisme : car le pessimisme est autre chose que 
la constatation de la souffrance, c'est la certitude que la soufrance 
est souveraine. £t si tous les systèmes religieux hindous ou occi- 
dentaux affirment que la vie est triste, nous ne saurions nous en 
étonner : Thomme n'aurait que faire de religion s'il était heureux. 
Et c'est sa gloire de conclure de l'existence du mal, absurde et 
injuste, à l'existence du bien : l'Hindou, plus que tout autre, croit 
si profondément à l'existence de ce bien qu'il prétend y parvenir 
dès cette terre : et j'avouerai que la recherche maladive, parce 
qu'exclusive, du surnaturel est, en effet, une cause très puissante 
d'affaiblissement intellectuel et moral. Le pessimisme hindou dif- 
fère du pessimisme propre à toutes les religions, non pas en nature, 
mais en intensité et en étendue. 

C'est là, dans ce fait que l'Hindou est d'esprit métaphysique et 
religieux, que nous reconnaîtrons avec M. Chevrillon le point de 
départ de ce relatif pessimisme et de cette vie mystique, débor« 
dante et volontiers sensuelle. Mais le soleil, la famine et le riz y 
sont-ils pour quelque chose ? Un examen attentif permet de déter- 
miner les causes prochaines : la multitude des moines ou men- 
diants ne peut vivre évidemment qu'à la faveur d'un climat parti- 
culier ; l'iüfluence de la race, pour être mystérieuse, ne doit pas 
être contestée ; et nous serons, en dernière analyse, ne connaissant 
pas le fond des choses, réduits à répéter les mêmes mots que nous 
disions à l'instant être trop incousistents. Mais nous reconnaîtrons, 
et ce sera un grand profit, l'influence extraordinaire des aristocra- 
ties religieuses, castes, sectes, clergés ; nous reconnaîtrons que le 
pessimisme découle, moins de l'horreur des renaissances, que d'une 
vue absorbante du bonheur immuable : ne l'oublions pas, le 
Bouddhisme enseigne que tout est douloureux parce que tout est 
fragile ; et il nie si peu l'existence du bonheur que la grande peine 
est d'être séparé de ce que l'on aime (priyaviyoga). Il s'est 
rencontré partout des mystiques dégoûtés de la vie parce qu'ils 
rêvaient un bonheur parfait ; des théoriciens habiles à pousser à 
l'extrémité les conséquences des principes une fois aperçus ; mais,« 
et par les nécessités de la vie économique, sociale, politique, etf 
par la résistance de doctrines opposées et de traditions religieuse« 



/ 



MÉLANGES. 119 

très stables, leur influence s'est trouvée limitée et énervée. Elle 
s'est exercée dans Tlnde presque sans contrepoids ; elle s'est 
doublée par la concentration dans les mêmes mains de Tautorité 
intellectuelle, religieuse et sociale ; elle s^est accrue par la force et 
la souplesse des doctrines qu'elle propageait : ces doctrines, diver- 
ses en leur aspect, se réduisent à une formule qui les embrasse 
toutes, et qui concilie ou plutôt subordonne les contradictions, les 
affirmations de la loi et celles de la raison, les aspirations sur- 
naturelles et les besoins, les faiblesses de la chair. Il y a, crûrent 
presque tous les philosophes, il y a pour Thomme deux vies : la 
vie naturelle que nous poursuivons d'existence en existence, heu- 
reux ou malheureux suivant nos actes ; la vie surnaturelle, par le 
retour à TÊtre suprême, vie qui sera la nôtre quand nous aurons 
déserté la première. — Donc il y a deux mondes : le premier a des 
dieux, des ciels, des enfers ; on connaît ses subdivisions ; on a 
déterminé la loi des ascensions et des chutes ; on emploie les 
sacrifices, l'aumône, la prière, la méditation pour s'y élever en 
évitant la souffrance qui règne dans les étages inférieurs. Ce 
inonde, disons-nous, a des dieux : toutes les écoles ne le placent 
pas sous k direction d'une Providence ou d'un Üieu unique : 
quelques-unes, et non des moindres, remplacent Dieu par la loi de 
l'acte. Le second est le monde du Brahman et du nirvana, ou, pour 
mieux dire, du moksa ou de la délivrance : nous ne pouvons le définir, 
nous l'appelons le monde de l'être, de la pensée et de la joie : 
mots impuissants, car c'est autre chose. L'important est d'y par- 
venir : le chemin est la méditation abstruse et sans aliments, à la 
condition toutefois de ne pas « faire la bête on prétendant faire 
l'ange » : car nous sommes dans le premier monde, et à manquer 
aux lois strictes qui nous régissent, lois générales (dharma) et lois 
professionelles (svadharmaj, nous nous précipiterons dans les 
cercles de souffrance. — On le voit : la religion à proprement par- 
ler, c'est-à-dire la théorie des devoirs, pénétrée de mystique, de 
telle sorte que ses dogmes n'ont qu'une valeur transitoire ; la mys- 
tique, sublime, mais étayée sur la religion considérée comme infé- 
rieure et comme nécessaire ; deux vérités ; la conviction que toute 
chose extérieure n'est qu'un vêtement fragile de l'être éternel, 
mais que l'emploi judicieux des choses est de nécessité de salut. 



iìtì LE MUSÉON. 

Dès le plus ancien temps, et à une époque où la croyance à la 
transmigration était en train, sinon de se former, du moins de se 
transformer dans les milieux aryens (i), les poètes védiques savaient 
que les dieux sont des noms de TEternel « Un dieu, Indra on 
Yisnu ?» ; et le monisme transcendant des Upanisads remplit 
toute la littérature postérieure jusqu^à nos jours. Il a pénétré, 
purifié et civilisé, les relijgions populaires ; il a rendu éternellement 
présent à la conscience hindoue le sentiment du néant des choses 
transitoires ; école de résignation et de noblesse, il serait école 
d'inactivité et dVgueil, si les théories systématiques pouvaient 
régner sans partage : leurs absurdités mêmes, qui les servent 
souvent, constituent en définitive une faiblesse ; et le sentiment 
de notre néant et de notre douleur, qui nous a exaltés dans 
Tattcnte et la possession de Tètre infini, nous contraint à subir les 
lois traditionnelles de la société et les lois immuables de la con- 
science. Le brahmane qui se sait identique au Brahman adorera 
Krsna et répétera les vieilles prières du Veda. L'hallucination du 
rite est combattue par la vue souveraine du néant des rites ; Tim- 
mobilité orgueilleuse de la méditation est troublée par le souci de 
satisfaire à toutes les forces, c'est-à-dire à toutes les autorités, do 
ce monde transitoire des transmigrations. 

Ne croyons pas que les Hindous n'ont fait que rêver métaphy- 
sique : leur vie morale ne se manifeste pas toute entière à 
l'étranger qui visite les temples et suit, infidèle, les pèlerinages 
célèbres. Et la multitude des stupas et des pagodes ne démontre 
pas que le peuple soit composé de monomanes hallucinés. M. Garbe 
a très bien dit (Beiträge zur Indischen Kulturgeschichte ^ 1903) 
que dans l'Inde a régné la plus absolue liberté de penser ; et les 
systèmes les plus audacieux ont eu de nombreux adeptes, parfai- 
tement rationalistes, prêts d'ailleurs à rendre aux dieux l'hommage 
qui leur est dû : « Tel le Dieu, telle l'offrande ». Les dieux de 
la main gauche doivent être adorés comme il convient. Il faut 
respecter le dharma, la loi ou justice, prendre soin de l'utile 
(artha), et ne pas négliger l'amour {Mma). A côté des sublimes 
envolées métaphysiques et favorisée par les excès mêmes et les 
défaillances du mysticisme, il y a une vieille sagesse très humaine, 

(1) Voir la belle étude du P. Boyer, Journal Asiatique 1902. 



MÉLANGES. 121 

très utilitaire, iDfiniment pratique : le lecteur des Jâtakas, des 
drames, de Tépopée en sera bientôt convaincu. — A décrire les 
Hindous comme une humanité foncièrement différente de Thuma- 
nité d'Occidenti carnivore et blonde, on développe un thème 
fécond en intéressantes et suggestives variations ; mais on se 
trompe, n'en doutons pas. 

En d'autres termes, et par la fluidité de la doctrine brahmanique 
et bouddhique, Tlnde échappe à la loi du progrès : la superstition 
n'est pas énervée et détruite par la religion, ou culte moral des 
grands dieux personnels ; la religion se concilie avec les vues 
négatives de la métaphysique ; la métaphysique, avec ses merveil- 
leuses constructions d'ontologie abstraite, voisine sans éprouver 
aucun dommage avec l'esprit sceptique ou positiviste des anciens 
Bouddhistes ou des ISâmkhyas. — Les trois périodes où Comte 
prétendit apercevoir le rythme de l'histoire intellectuelle se con- 
fondent dans le pays des Brahmanes. — D'où la survivance des 
formes les plus élémentaires du culte et de la pensée, la perma- 
nence des craintes superstitieuses, la prédominance des lois de 
pureté et des pratiques d'ascétisme : ni la croyance à un Dieu 
bon et souverain, ni la négation de toute puissance surnaturelle 
ne peuvent ébranler la première conviction ; car encore qu'il n'y 
ait pour le philosophe, et, en définitive, pour tout Hindou, ni 
communication de l'impureté, ni intervention des forces malfai- 
santes de la nature, tout arrive comme si ces forces agissaient. — 
Et pourquoi, le cas échéant, ne pas les employer à notre profit ? 
— De même pour les rapports de la religion et de la métaphysique, 
pour ceux do la métaphysique et de la science. L'oubli fonda- 
mental du principe de contradiction en faveur d'une foi qui admet 
toutes les croyances traditionnelles, toutes les affirmations de 
l'expérience, toutes les conclusions de la dialectique, sans jamais 
sacrifier les unes aux autres, faisant à toutes leur part, c'est, ce 
me semble, la note essentielle de l'esprit brahmanique, et, par 
contre coup, de la civilisation indienne. Ascétisme, pessimisme, 
sensualité, superstition, piété, abstraction souveraine et impassible, 
rhistorien constate, je ne dirai pas à la même époque, mais chez 
les mêmes hommes, la coexistence voulue et raisonnée de ces ten- 
dances opposées. L. V. P. 



CHRONIQUE. 



Publications de M. V. Chauvin. — Discoure sur l'Indianisme : MM. Geiger» 
Pischel, Speyer, Bendali et Pavolini. — Divers. 

(1) M. y. Chauvin a publié dans les Annales de V Académie 
royale d^ Archéologie de Belgique^ 3"" série, t. IV (1902) un curieux 
article sur le Jet des pierres au iMerinage de La Mecque. On con- 
naît, — encore que les renseignements des voyageurs, hardis et 
profanes pèlerins, ne soient pas exempts de contradictions, — les 
traits essentiels de cette pratique : tout pèlerin doit, à plusieurs 
reprises, et à des heures fixes, jeter sept pierres de poids déterminé 
contre trois monuments d'aspect brut, piliers, autels ou murs dont 
la présence sanctifie les trois Djemrés. Plusieurs problèmes se 
posent : quel sens attribuent les fidèles à cette pratique ? quelle 
est Torigine des piliers ? quelles modifications la loi de Mahomet 
a-t-elle apportées aux rites et à leur esprit ? Les solutions pro- 
posées, tant par la tradition pieuse que par la science moderne, 
sont nombreuses ; et la question se rattache, à notre avis, trop 
intimement au rôle des pierres dans les pratiques et spéculations 
cultuelles, pour pouvoir être définitivement vidéo. Mais c'est avec 
un vif intérêt qu'on suit l'analyse de notre distingué collaborateur, 
et avec une conviction croissante qu'on reconnaît avec lui le 
caractère juridique que le rite a, sinon revêtu dès l'origine, du 
moins reçu très anciennement dans la religion arabe. En jetant 
des pierres dans un terrain vague, on interdit pour l'année à tout 
venant de s'emparer de cette res nullius : ainsi font les pèlerinages 
actuels, parce que les anciens pèlerinages se réservaient, contre 
les tribus malveillantes et étrangères, la libre jouissance du terri* 
toire nécessaire aux adorations et aux campements. Les divers 



CHRONIQUE. 125 

détails de la cérémonie se peuvent ramener sans effort à cette 
conception centrale ; et le caractère religieux qu'affecte nécessai- 
rement toute institution juridique, s'est, — qui s'en étonnera ? — 
surchargé et amplifié dans une région aussi sainte, en des jours 
d'exaltation. 

Permettons-nous, en cette occasion, de signaler le chapitre 
consacré aux pierres par le P. Lagrange dans son livre récent sur 
les religions sémitiques. — Rien ne ressemble plus à la pratique 
décrite par M. Y. Chauvin que l'habitude indienne, ladakienne, 
tibétaine, etc., de jeter une pierre sur les amoncellements qui 
constituent le long des routes de primitifs stupas. Le problème, 
comme tous les problèmes, hélas ! va s'élargissant. On ne connaî- 
tra, on ne pénétrera l'ensemble qu'en étudiant les détails : ne rou- 
issons pas d'imprimer cette remarque trop justifiée. 

(2) Dans les Méntoires et Publications de la Société des Sciences^ 
des Arts et des Lettres du Hainaut (G"*" série, t. IV, 19Q2), 
M. Chauvin étudie la Légende égyptienne de Bonaparte, Cette 
légende, malheureusement, n'existe pas, ou existe très peu. Nous 
y avons cru, mais l'imagination égyptienne y a très peu cru. C'est 
étrange, car P les Orientaux n'ont pas dégénéré, et leur amour 
du merveilleux n'est pas plus combattu aujourd'hui, qu'il n'était 
jadis, par la raison critique, 2® le héros se prétait merveilleuse- 
ment à la légende, et il a tout fait pour séduire et « suggestionner » 
l'âme musulmane. Il est relativement facile d'étudier une légende 
définie ; il est plus difiicile de découvrir des fragments épars et 
contradictoires : leur nature est double, poésies officielles, pièces 
nationales ; celles-ci manquent de sympathie. £n résumé, dans 
ce mémoire, la matière est moins intéressante que la méthode. 

(3) M. Chauvin veut bien résumer pour le Muséon les curieuses 
observations qu'il a publiées sur iin problème biblique fort inté- 
ressant (Liège, 1903) : 

La promesse de longue vie faite aux enfants qui honorent leurs 
papents (Exode, XX, 12 ; Deutéronome, V, 16 ; Epître aux Ephé- 
siens, VI, 4) est répétée au Deutéronome XXII, 6-7 en faveur de 
ceux qui respectent les nids d'oiseaux ou (ibid. XXV, 13 et 
suiv.) qui n'emploient pas de faux poids. La récompense étant la 
même dans les trois cas, il faut trouver une raison commune. On 



m LE MUSÉON. 

ne peut donc dire, qae la loi relative aux enfants a été emprun- 
tée aux Egyptiens, puisque les deux autres n'ont pas cette origine ; 
et si, dans deux de ces lois, il s'agit du rapport d'enfants à parents, 
dans le 3* cas, celui des poids, ce rapport n'existe pas. 

On peut supposer que, les Hébreux attendant ici-bas la récom- 
pense ou le châtiment de leurs actions, toute loi devait primitive- 
ment se terminer par la formule « afin de vivre longuement * ? 
Lors de la rédaction définitive des Codes, on l'aura forcément 
maintenue dans les textes qui, répétés tous les jours, s'étaient 
gravés dans la mémoire de tous ; on l'aura omise dans ceux qu'on 
n'avait pas souvent l'occasion d'invoquer. 

(4) Avec le septième fiiscicule de la Bibliographie des ouvrages 
arabes.,,^ se termine la quatrième et dernière partie de la Biblio- 
graphie des Mille et une Nuits : elle comporte une table alphabé- 
tique. En félicitant l'auteur, le Journal Asiatique rappelle les 
nombreux encouragements dont les corps savants ont honoré son 
œuvre, depuis l'Académie des Inscriptions jusqu'à la Société Asia- 
tique allemande. C'est en dire l'extrême mérite et la haute impor- 
tance. 

Signalons plusieurs discours solennels relatifs à Tindianiame. 
Le premier est déjà ancien ; les autres sont de juillet-novembre 
1903. 

(1) M. Wilhelm Geiger a parlé on 1901 à ses collègues et aux 
étudiants d'Erlangen de la signification de Vantiquité indienne au 
point de vue de Vhisioire de la civilisation. Les traits habituels 
aux exposés d'ensemble se rencontrent au premier coup d'œil : 
Le sanscrit n'est pas la laugue-mère, mais la philologie sanscrite 
est la mère de la linguistique indo-européenne, ou, comme a dit 
Renan, « la pièce maîtresse de notre philologie ». — Goethe a 
admiré Çakuntalâ, mais peu d'esprits sont assez puissants, — ou 
patients, — pour comprendre que ^ dans le domaine de la science 
des littératures comparées, les lettres sanscrites ont une aussi 
grande importance que le sanscrit dans la grammaire n. (Je n'en 
suis pas persuadé). — La philosophie indienne est d'un intérêt 
capital : « A proprement parler, disait Taine, les Hindous sont 



CHRONIQUE. 125 

lös seuls qui, avec les Allemands, aient le génie métaphysique ; 
les Grecs, si subtils, sont timides et mesurés à côté d'eux ; et Ton 
peut dire, sans exagération, que c'est seulement sur les bords du 
Gange et de la Sprée que l'esprit humain s'est attaqué au fond et • 
à la substance des choses ». Quoi qu'il en dise, Taine exagère 
ici ; M. Geiger donne la note vraie et rapproche les écoles 
indiennes des écoles grecques de philosophie et de mathématique. 
— Reste la religion, — car le recteur d'Erlangen semble oublier 
l'archéologie, — et de quelle religion parler sinon du Boud- 
dhisme ? : « Il y a des enthousiastes qui prétendent attribuer au 
Bouddhisme une valeur pratique pour la vie religieuse de l'avenir, 
qui espèrent trouver dans le Bouddhisme une nouvelle religion 
universelle, le plus beau présent que l'humanité devra à l'Inde 
ancienne ! ». Ces enthousiastes ont tort : l'idéal bouddhique est 
quietismo, passivité, nil admirari. 

(2) £n prenant possession du siège que la mort de Weber lui 
avait préparé à l'Académie de Berlin, M. Fischöl a prononcé un 
discours très bref (Sitzungsberichte^ XXXIV, 709-712) ; et M. Diels 
lui a répondu plus sommairement encore. Sujet : les changements 
que la recherche de ces dernières années a apportés dans Vorien- 
tation de Vindianisme, Les liens qui rattachaient l'Inde à l'Occi- 
dent vont se relâchant : « l'activité du sanscritiste à l'Université 
demeurera nécessairement réduite ; mais son activité est sans 
limite dans l'Académie n, car l'indianisme pénètre de plus en plus 
profondément dans la connaissance de l'Inde, histoire politique, 
littéraire, linguistique, religieuse, artistique ; et on s'aperçoit que 
tout l'Orient et la Haute Asie, dans le passé comme dans le présent, 
ae rattachent à l'Inde. — M. Pischel parle de tout cela, briève- 
ment, nettement, solidement. On aime à lire cette phrase : « Il 
fallait savoir le védique, le sanscrit, le dialecte des inscriptions 
d^Açoka...., et maintenant il faut savoir le tibétain ». Et ceci, qui 
est très juste : ^ L'ancien Bouddhisme orthodoxe reprend son 
activité missionnaire. Pour l'Europe, il n'est pas à croire qu'il 
puisse y exercer quelque influence, comme des esprits échauffés 
se l'imaginent ; mais pour l'Inde même et les pays voisins, il serait 
imprudent de contester ses chances ». 

(3) En quittant Groningue, où il avait exercé le rectorat. 



126 LE MUSÉON. 

M. J. S. Speyer a prononcé un discours intitulé : Mos majorum ; 
en slnstallant à Ley de, — où il succède à M. Kern, — il a parlé 
des Brahmanes et de leur « signification s dans Thistoire du peuple 
indien. 

Le mos majorwn^ ou plutôt le respect du mos majorum^ c^est 
le trait commun de Tesprit latin et de Tesprit hindou : maitre de 
latin et de sanscrit, M. Speyer nous devait d'établir entre deux 
civilisations prodigieusement diversifiées un rapprochement qui 
ne fut pas d^ordro strictement linguistique. Et pour avoir, au pre- 
mier coup d'œil, je ne sais quelle séduction de paradoxe, ce dis- 
cours, très soigné, est d'une solidité qui en augmente Tagrément. 
— Bome fut très religieuse, linde aussi ; Lucrèce a pour Epicure 
un respect qui ressemble à celui des bouddhistes pour le prince 
Çakyamuni devenu Bouddha ; — et je ne sais si M. Speyer s'est 
souvenu de certaine page où Sir Alfred Lyall dit que nous retrou- 
vons dans rinde contemporaine Timage de TAntiquité. L'idée 
est très juste et féconde. — Sur les çraddhas, cérémonies en 
Thonneur des défunts, et ce qui regarde les rites funéraires, dont 
un autre Hollandais, M. Caland, est en train de renouveler notre 
connaissance, M. Speyer s'étend avec d'autant plus do raison que 
les rapprochements sont sûrs et qu'il sonde une des plus vieilles 
traditions de la race indo-européenne, ou plutôt de l'humanité. — 
On pourrait remarquer que l'Inde s'isole du monde antique civilisé 
par la croyance à la transmigration des âmes, ou du moins par la 
systématisation et la prédominance de cette croyance ; et aussi 
par l'absence des préoccupations d'ordre pratique et politique où 
Rome triompha, maîtresse de la vie active comme l'Inde demeure 
la victime de la vie mystique. Bouddba et les Tîrthamkârâs des 
Jainistes ont imaginé qu'il fallait respecter tout être vivant. Rome, 
j'entends la Rome de Cicéron, a inventé la Caritas humani generis. 
Le mos majorum no doit pas rester immobile. Les nouveaux venus 
deviendront à leur tour des ancêtres. 

Et c'est ce qui est très vrai dans l'Inde aussi : on l'apprend en 
étudiant avec M. J. Speyer le rôle, l'importance du Brahmane 
dans la civilisation de la grande péninsule et de ses annexes. 
Parlant devant un auditoire profane, le conférencier cite Molière : 
« Il y a fagots et fagots, dit Sganarelle n (et ces mots, en français 



CHRONIQUE!. Ì27 

et en italique, foot dans la page hollandaise une saillio curieuse 
à l'œil et à l'esprit) ; c'est-à-dire qu'il y a auditoire et auditoire, 
et les gens de Leyde étant et fort intelligents et fort instruits, le 
sanscritiste pourra, sans être long, n'être pas obscur. Je suis sûr 
qu'il a été suivi dans son exposé très méthodique et complet du 
caractère brahmanique. Le Brahmane a fait l'Inde comme les 
Sénateurs ont fait Rome ; il n'est pas un çramanaj un moine 
mendiant, mais le gardien du dharma, c'est-à-dire de la loi, c'est- 
à-dire du progrès ; il a civilisé les tribus sauvages ; il a policé 
leur dieux, comme leurs institutions juridiques. Aux adorateurs, 
— quasi-totémistes, — du porc, il apprend que le porc est Visnu ; 
aux rites payons, il prête une théologie éminemment souple, parce 
qu'il est sophiste à demi et parce qu'il est résistant dans sa fidé- 
lité à l'essentiel du dharma. A chacun son devoir, à chacun le 
respect qui lui est dû. — Et si la caste, œuvre du Brahmane, 
appanut comme oppressive et aristocratique dans le plus mauvais 
sens du mot, c'est une illusion : la caste est plutôt un patriciat 
qu'une aristocratie : elle a, par un contraire effet, la perméabilité 
des aristocraties. 

(4) M. G. Bendali, successeur de Gowell à Cambridge, n'a pas 
cru, comme M. Speyer, quo son « Inaugural lecture n, méritât 
l'honneur d'une luxueuse édition ; il l'envoie à ses amis sous la 
forme modeste d'un extrait de la « Cambridge Chronicle n dont 
les typographes paraissent assez négligents (i). 

L'orateur constate que ses compatriotes manquent de sympathie 
pour l'Inde et les choses indiennes ; et si quelque chose peut 
inspirer ce sentiment, peu répandu parmi les maîtres de l'Inde, 
c'est assurément le caractère vivant et progressif de l'indianisme. 
M. Bendali marque très nettement les récentes conquêtes et il 
insiste sur les découvertes archéologiques, linguistiques et histo- 
riques : dans ce triple domaine, il est, lui aussi, un découvreur ; 
et c'est pour cela sans doute que les généralités sont, sinon exclues 
de son discours, du moins traitées avec une rare précision et un 
grand souci de montrer leur intérêt hindou. Les Anglais sont trop 



(1) Réimprimé dans V « Indian Magazine » (Londres : Constable), Décem- 
bre 1903. 



128 LE MUSÉON. 

souvent en contact direct avec linde pour qu^une connaissance 
livresque et historique de la grande péninsule ne leur soit pas 
nécessaire : nous savons trop, par les études où les voyageurs et 
les résidents non indianistes nous livrent leurs impressions généra- 
lement superficielles, que la sympathie nait difficilement dans les 
felations au jour le jour, par Taspect tout extérieur des foules et 
des individus, par les fuyants aperçus de la vie indienne si retirée 
en elle-même. Llndien apparaît puéril, mou, rêveur, incapable 
de pensées saines et vraiment humaines. Tout change quand on 
rétudie dans les grandes manifestations de son génie très parti- 
culier, très difficile à pénétrer sinon à aimer. — Les compatriotes 
de M. Bendali ont, sans aucun doute, grand intérêt à tenir compte 
des leçons qu'il répète après son illustre prédécesseur. 

(6) La conférence de M. P. E. Pavolini, Di alcune caratteristi- 
ehe della letteratura indiana (Institut des Hautes Etudes de 
Florence, Annuaire 1903-4), est extrêmement aimable ; on peut la 
prendre, à Toccasion, pour modèle. 

L'auteur étudie tour à tour la fantaisie dévergondée des poèmes, 
la précision des algébristes, la manie des chiffres énormes, le laco- 
nisme des Bûtras, Tascétisme, la sensualité, la galanterie, la ri- 
chesse gnomique. Des exemples bien choisis, — la chute du Gange, 
le sûtra tarap (accentuation du comparatif), le nom des mètres do 
la prosodie savante (porteuse de couronne, jeu de tigre, la gra- 
cieuse, etc.), les préceptes acérés de misogynie, etc. — illustrent 
tour à tour les diverses et contradictoires caractéristiques du génie 
indien. Si tous les « scholars » parlaient de la littérature sanscrite 
avec autant de charme, Tlnde jouirait d'une plus grande faveur. 
Mais l'humanisme est de moins en moins à la mode parmi nos 
pandits. L. V. P. 



RAPPORTS 

ENTfiE LA 



Tbéorie Boiipe ie ia Goiaissance 

ET 

L'ENSEIGNEMENT DES AUTRES ÉCOLES 
PHILOSOPHIQUES DE L'INDE 

PAB 

Th. de Stcherbatskoï. 



D'après Topinion généralement admise, la logique 
bouddhique serait incontestablement issue de celle des 
Yaiçeçikas. A Tappui de cette opinion M. H. Jacobi a fait 
valoir toute une série de coïncidences, et sur des points 
essentiels, entre les deux systèmes, Vaiçeçika et bouddhi- 
que. Ces coïncidences témoigneraient d'emprunts faits 
par les bouddhistes aux Yaiçeçikas, et non pas d'emprunts 
faits par ces derniers aux bouddhistes, la logique des Vai- 
çeçikas étant la plus ancienne des deux (i). 

La plupart des questions, il est vrai, sur lesquelles la 
logique bouddhique coïncide avec celle des Vaiçeçikas, 
ne sont pas même indiquées dans les écrits de Kanada, 
fondateur de l'école des Vaiçeçikas. C'est dans le coni- 
ci) H. Jacobi, Die indische Logik, Nachrichten d. K. G. W. zu Göttin- 
gen, 1901, p. 460 et suiv. M. Kern croit aussi que la dialectique des 
bouddhistes est de source brahmanique. Cf. Manualy p. 124, 126. 

9 



i50 LE MUSÉOiN. 

mentaire de Praçastapâda, qui contient la doctrine de 
cette école, mais remaniée et modifiée, que se trouvent 
toutes les coïncidences frappantes entre les deux systèmes. 
Les bouddhistes auraient donc emprunté les principes de 
leur théorie à la doctrine des Vaiçeçikas, remaniée par 
Praçastapâda. Or c'est Dignâga, dont le système est par- 
venu jusqu*à nous dans le Nyäyabindu, manuel de logi- 
que de Dharmakïrti, qui est le fondateur de la logique 
bouddhique (i). Ce serait donc Dignaga qui aurait 
emprunté les éléments essentiels de son enseignement à 
Praçastapâda ou à l'un de ses successeurs (2). 

D'après la date qu*on lui assigne, Dignâga a dû vivre 
au VI* siècle de notre ère (3). La date de Praçastapâda 
n'est lixée, jusqu'à présent, par aucune donnée positive. 

Nous examinerons chacune des questions sur lesquelles 
on constate coïncidence entre les deux doctrines, celle 
des bouddhistes et celle des Yaiçeçikas, — et par consé- 
quent emprunt de la part des bouddhistes ; et nous pren- 
drons à tâche de démontrer que chacune de ces questions 
a été traitée d'abord par les bouddhistes. Ce n'est donc 
point, d'après nous, Dignâga qui a emprunté aux Vaiçe- 
çikas, c'est-à-dire à Praçastapâda, les éléments de sa 
doctrine ; mais bien plutôt ce dernier qui a modifié la 
doctrine traditionnelle de Kanada, conformément à celle 
de Dignâga. Il faudrait donc admettre que Praçastapâda 
est postérieur à Dignâga. 

La solution de ce problème présente un intérêt notable 
pour l'histoire de la philosophie et de la civilisation 

(1) Plusieura traitós de Dignâga sont conservés dans les écritures tibé- 
taines et chinoises. 

(2) Voir Jacobi loc. cit. 482 et suiv. 

(3) Voir divers articles de Pathak, Journal de Bombay, L. 



/ 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA COXISAISSANGE. 131 

indiennes, et cela en raison des considérations suivantes : 
Une période de dix siècles environ, pendant laquelle 
s'accomplit révolution parallèle du Bouddhisme et du 
Brahmanisme, aboutit à une époque de plein épanouisse- 
ment de la culture indienne, époque à laquelle le Boud- 
dhisme atteint à son parfait développement. A ce moment, 
brahmanes et bouddhistes entrent en lutte sur le terrain 
de la philosophie pour assurer le triomphe de leurs prin- 
cipes. Le point central de leur controverse, c'est la ques- 
tion de savoir s'il nous est permis d'affirmer l'existence 
de l'être universel, principe éternel de toute chose? Pou- 
vons-nous en pénétrer l'essence ? A celte question, à 
laquelle les bouddhistes opposent une dénégation for- 
melle, les brahmanes répondent affirmativement. 

Pour défendre le point de vue bouddhique, Dignâga et 
Dharmakïrti élaborent une théorie de la connaissance qui 
E^it corps avec un système de logique, transformant à cet 
^ffet des éléments tirés de la logique plus ancienne du 
Nyâya. La pensée maitresse de cette théorie, la voici, 
exprimée dans ces paroles de Dignâga : « Tout le domaine 
de notre savoir n'est point l'expression de l'être ou du 
non-étre réels : il est créé (institué) par la pensée, qui, 
en l'évoquant, distingue entre les catégories de l'essence 
et de l'inhérence (i). 

(1) V. la Nyäyavärtikatäiparyatlkä (= Tâtp,) 127. 2-4 : na hi Dignä-^ 
carnale kirn cid asti vastu yan näntariyaham sad hetur bhavaii : 
ycUhâha sarvo 'yam anumänänumeyabhävo buddhyärü4hena dhar- 
madharmibhävenay na hahihsattvam apeksata iti, 

« Selon Dignâga, il n'y a aucuno chose réelle indissolublement liée qui 
puisse être raison logique (moyen terme), puisqu'il dit : « la condition, \ 
<l*aprè8 laquelle un fait est la raison logique d'un autre fait, qui en est { 
la conséquence logique, {anumänänuY(ieyabhäva\ ne dépend point de ^ 
Tètre ou du non-étre extérieur, (cette liaison repose) sur la condition ) 
d'inhérence et de substance, instituée par notre pensée ». » N'est-ce pas ' 



152 LE MUSÉON. 

C'est ce que nous sommes convenus d'appeler <( la 
théorie critique de la connaissance » du Bouddhisme. Les 
adeptes de ce système nient la possibilité d'atteindre à la 
connaissance d'un être suprême, de Tàme, de tout prin- 
cipe de vie éternelle ; ils affirment la subjectivité de notre 
savoir, limité par Texpérience, et ne voient qu'un leurre 
dans toute science métaphysique (i). 

Les brahmanes se bornent d'abord à nier les théories 
bouddhiques ; mais, ces théories gagnant d'influence et se 
propageant autour d'eux, force leur est, pour faire face à 
leurs adversaires, de traiter toute une série de questions 
qu'ils avaient ignorées jusque là. Ils sont ainsi amenés à 
transiger sur certains points avec leurs principes et à 
réadapter en partie leurs systèmes en vue d'exigences 
nouvelles. Cette influence indirecte du Bouddhisme sur 
la transformation du Yedânta par Çamkarn a déjà été 
notée par Thislorien officiel du Yedânta (â). 

ici, exprimée en d'autrea termes, la pensée maitresse de ia pliilosophie 
de Kant, selon laquelle tout notre savoir est créé par notre raison même I 
o*est elle qui classe les matériaux, donnés par l'intuition, selon les caté- 
gories, qui sont des lois a priori constitutives de notre entendement. 
Les catégories de l'essence et de l'inhérence se trouvent dans le système 
de Kant et occupent même la piemière place dans la doctrine des néo- 
Kantiens. V. H. Kohen, Logik der reinen Erkenntniss, p. 179 et suiy. 

(1) Cette doctrine est en tout Topposé du panthéisme du Yedânta avec 
lequel M. Kern (Manual, p. 12G) la compare à tort : « adaptation of the 
scholastic Yedânta. » En outre, elle est antérieure à Çaipkara. La dialec- 
tique bouddhique doit ótre antérieure à Bâdamyaça lui-même, puisqu'il 
consacre une séiie de sûtras (II, 2, 28-32) à réfuter l'idéalisme bouddhique 
(vijnânavada) ({MX ne peut ótre antéileur à Nâgârjuna. Vanvlk?ikï bra- 
hmavidyä, dont le bouddhisme, d'après le P. Dahlman {Nirvana passim), 
ne serait que le bâtard, tandis que le Yedânta et le Sâihkhya en sont les 
âls légitimes, ne peut non plus avoir droit d'ancienneté sur le Bouddhisme, 
puisque la hrahmavidyä nous semit représentée par le Mahâbhârata et 
que ce dernier poëme contient en toutes lettres un renvoi aux sûtras de 
Bâdarâyaça {Gifa, 13. 4). 

(2) Deussen, Die Sûtra'a des Yedânta, p. YII. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 155 

L'œuvre principale de Kumärila (i) n'est presque, en 
son entier, qu'un traité de polémique contre les théories 
bouddhiques. Il en est de même des Naiyüyikas : leur 
docteur, Uddyotakara, consacre la majeure partie de ses 
écrits à combattre les mêmes théories. 

Entre tous les systèmes indiens de philosophie, celui 
des Vaiçeçikas se rapproche le plus de l'enseignement 
bouddhique ; aussi les contemporains donnent aux Yai- 
çeçikas le surnom de ce demi-bouddhistes » {ardliavainù' | 
fî&a). Non seulement ils subissent indirectement l'influence 
bouddhique, mais encore ils font aux bouddhistes des 
emprunts directs, autant que l'admet la différence de 
leur point de départ, qui, en contradiction flagrante avec 
la doctrine bouddhique, consiste en une conception \ 
réaliste de la genèse de notre savoir, conception égale- < 
ment admise par les Naiyâyikas. C'est par Praçastapâda 
qu'est effectuée la refonte dans le sens bouddhique des 
principes des Yaiçeçikas. C'est dans son commentaire (2) 
que nous constatons pour la première fois ces emprunts, 
qui reparaissent dans le système du Nyâya et Vaiçeçika 
uniflés. 

Ces écoles se sont spécialement appliquées à l'élabora- 
tion de la logique. Les autres écoles, dans leurs luttes 
polémiques, se servent des arguments fournis par la 
logique du Nyâya, et flnissent par l'adopter. En démon- 
trant que partout où Praçastapâda a innové, il n'a fait 
qu'emprunter aux bouddhistes, nous aurons démontré 
en même temps que toute l'évolution ultérieure de la 

(1) Mimätjfiaäclokavärtika, édité dans la Chofikhambâ S. S. avec le v/ 
commentante do Pânhasârathimiçra, traduit dans la Bibl. Indica par 
Gaagânâtha Jhârh avec des extraits de ce commentaire et de celui de 
Sucaiîtamiçra. 

{i) Prapa«top<idaôA4*ya (cité ci-dessous Prarîéwf.), VizyanagaramS.S, 



154 LE MtSÉON. 

théorie de la connaissance et de la logique des brahmanes 
s'est accomplie sous Tinfluence du Bouddhisme. 

Nous procéderons maintenant à l'examen de chacun 
de ces points en particulier. 

I. 

L'un des points principaux sur lesquels on constate 
l'accord entre Vaiceli kas et bouddhistes, c'est la coïnci- 
dence de leurs vues sur la nature du raisonnement (anu- 
mdna). 

M. Jacobi revendique pour Praçastapada, l'honneur 
d'avoir introduit dans la doctrine syllogistique l'idée de 
la « connexion indissoluble » {sâliacarya, concommittanz) 
et il distingue trois étapes dans l'évolution de celte idée. 
Sous sa forme primitive, on la trouve déjà chez Gotama, 
le fondateur de l'école des Naiyâyikas, et chez son com- 
mentateur Vâtsyâyana. Pour eux, le syllogisme n'est 
encore que le raisonnement par analogie. « Le moyen 
terme, dit Gotama, prouve ce qui doit être prouvé, d'après 
la ressemblance ou bien la dissemblance des exemples »(i). 
Kanada, fondateur de l'école des Vaiçesikas, poursuivant 
le même ordre d'idées, classe les rapports réels sur les- 
quels se fonde la connexion logique dont le syllogisme 
est l'expression. Il constate quatre classes de rapports : 
rapports de causalité, de (simple) liaison, de contradiction 
et d'inhérence (2). Praçastapâda enfin, renonçant à la 
tentative de classification de Kanada, introduit dans la 
théorie du syllogisme l'idée de la connexion indissoluble 
purement logique. 11 constate, sans se demander sur quoi 

(1) Cf. Nyayadarçana 1. 1. 34-35. 

(2) Cf. Yaiçesihadarçana, IX. 2. 1. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 155 

elle se fonde, qu'à la base de tout syllogisme il y a une 
notion de connexion entre deux faits ou deux idées (i). 
De ces données, ne peut-on pas conclure avec M. Jacobi 
que les bouddhistes ont emprunté aux Vaiçeçikas la notion 
de « connexion logique » à une époque intermédiaire 
entre celle de Kanada et celle de Praçastapâda, puisque, 
possédant déjà la notion de la connexion indissoluble, ils 
n'ont pas encore renoncé à la tentative de Kanada de 
classer les rapports réels dont la connexion logique n*est 
que l'expression ? Les bouddhistes ne reconnaissent que 
trois classes de rapports : rapports de causalité, d'iden- 
tité et de négation. Et à ce propos, M. Jacobi remarque 
que si les bouddhistes eussent eu connaissance de la 
notion plus générale de connexion purement logique, ils 
n'eussent point maintenu en son lieu et place les deux 
classes de rapports susmentionnées : rapports d'identité 
et de causalité (2). 

Nous croyons, au contraire, pouvoir démontrer que la 
notion de connexion indissoluble appartient en propre 
aux bouddhistes, et que Dignâga en fut le promoteur. 
Cette notion se rattache logiquement à l'idée fondamentale 
de sa philosophie. Les Vaiçe§ikas se l'assimilent d'une 
manière toute superficielle, puisque cette notion, ne 
s'adaptant point au point de départ de leur système, — 
conception réaliste de la genèse de notre savoir, — se 
trouve par là-méme dépouillée chez eux de toute valeur. 

Rappelons tout d'abord que la notion de connexion 
indissoluble présente la signification suivante : si l'expé- 
rience est la source de notre savoir, si celui-ci a pour 

(1) Praçast p. 205, 11-15. 

(2) H. Jacobi, loc. cit p. 483. Il paraîtrait que Temprunt a été fait (par 
Dignâga ?) à l'un des prédécesseurs de Praçastapâda. 



136 LE MtSÉON. 

base les phénomènes du monde extérieur et intérieur, 
phénonriènes dont les lois seront ensuite déduites par voie 
d*abstraction ; — alors il ne saurait y avoir de connexion 
indissoluble entre les faits et entre les idées, le champ de 
Texpcrience étant toujours limité. — Si, au contraire, 
tout notre savoir est purement subjectif, si c'est notre 
intelligence qui construit les phénomènes et établit leurs 
relations, c'est donc qu'elle procède d'après des lois 
universelles, d'après des idées a priori qui lui sont propres 
et qui constituent la base de toute connaissance : telles 
sont les idées d'identité, de causalité, de substance, d'in- 
hérence, etc. — et la connexion indissoluble devient par 
là-même possible. 

Dignâga se pose résolument à ce dernier point de vue, 
en disant : « Le domaine entier de notre savoir n'est 
point l'expression de l'être ou du non-être réels : il est 
créé (institué) par la pensée, qui, en l'évoquant, distingue 
entre les catégories de l'essence et de l'inhérence » (i). 
Et Dharmakirti s'y conforme, lorsque à son tour il dit : 
« La règle, d'après laquelle il existe une connexion indis- 
soluble (entre les objets ou les idées) ne provient point 
de l'observation positive ou négative, mais des lois de 
causalité et d'identité, qui ont une portée universelle » (2). 

Tout au contraire des bouddhistes, les Vaiçeçikas et les 
Naiyâyikas ont pour point de départ une conception réa- 
liste de la genèse de notre savoir : les phénomènes du 
monde extérieur et intérieur ont, selon ces écoles, une 
existence réelle, et notre savoir est le produit du contact 

(1) Voyez ci-dessus, p. | ^ 1 

(ï) Çrîdhara ad Praçast. p. 207, 8-9, häryakäranabhäväd va svabhä- 
vàd va niyämakäd / avinäbhävaniyamo ^darçanân na na darçanât jj. 
Cf. de la Vallée Poussin, Bouddhisme diaprés les sources brahmaniques» 
Muséon 1901. p. 56. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 157 

direct {samnikar^a) entre nos sens et les objets. Ce con- 
tact, — ou bien, ce qui revient au même, cette expé- 
rience, — étant nécessairement limité à un champ res- 
treint, notre intelligence ne peut arriver à la connaissance 
des lois universelles et immuables ; et, ceci acquis, il ne 
peut pas, à proprement parler, y avoir de connexion 
indissoluble. Aussi Uddyotakara réfute-t-il cette notion, 
ii*admettant même point que la loi de causalité ait une 
portée universelle (i). 

. Praçastapâda reproduit virtuellement la déQnition du 
raisonnement, telle que Ta donnée Dignâga, mais il 
ajoute qu^on arrive à la connaissance de la connexion 
indissoluble par Inobservation, en constatant les relations 
des phénomènes dans le temps et Tespace. Cette notion a 
donc pour lui une toute autre valeur que pour les boud- 
dhistes (2). 

A une époque postérieure les écoles unifiées des Naiyft- 
yikas et des Vaiçe§ikas adoptent le point de vue de Pra- 
çastapâda : elles admettent la connexion indissoluble 
[vyâptïjy mais, en lui donnant pour base Texpérience, 
elles en restreignent la portée. 

Il existe d'ailleurs des témoignages directs qui désignent 
Dignâga, comme ayant été le premier à introduire dans 
la logique la notion de connexion indissoluble. - 
Dignâga rejette renseignement logique de Vâtsyâyana. 
A son tour Uddyotakara réfute Dignâga, contre lequel il 
défend la manière de voir de Vâtsyâyana. Dans son com- 
mentaire, Uddyotakara, après avoir exposé la doctrine 
syllogistique de Gotama et de Vâtsyâyana, s'exprime en 
ces termes : (5) « Il y en a d'autres qui disent qu'on donne 

(1) Voir ci-dessous p. 138 n. 2. 

(2) Voir ci-dessous p. 140 et suiv. 

(3) Nyäyavärt., p. 56. 14 et suiv^ « apare tu bruvate : nantarìyakàr- 



138 LE MVSÉON. 

le nom de syllogisme à ce qui désigne un objet comme 
étant indissolublement lié (à d'autres objets, désignation 
faite par celui) qui en a la certitude. » liddyotakara 
soumet cette définition à un examen minutieux et il la 
rejette. A son gré, elle n'en est pas une : tout objet étant, 
d'après l'opinion des bouddhistes, indissolublement lié à 
d'autres objets, la connaissance d'un objet indissoluble- 
ment lié avec les autres ne signifie autre chose que con- 
naissance en général. On peut donc dire indifféremment 
<i objet » ou bien « objet indissolublement lié ». <c Aussi, 
continue Uddyotakai'a (i), (il y en a qui, pour échapper à 
cette objection,) s'expriment ainsi : le moyen ternte 
désigne la connexion indissoluble des idées {dlmrma). — 
Que signifie cette substitution ? De même que, dans l'ex- 
pression « objet indissolublement lié », le mot « objet » 
n'est point à sa place ; de môme ici le mot « idée ». 
L'exemple de la fumée, indice de la présence du feu, 
n'est point probant (2) ». — Donc, d'après lui, le rapport 
de causalité n'implique point de connexion indissoluble. 
Il résulte de ce passage qu'Uddyotakara attribue à 
« d'autres » Tiotroduction de la notion de la connexion 
indissoluble 4anâ la théorie du syllogisme. Qui entend-il 
par là ? Yacaspatimiçt*a (s) nous apprend que la plupart 
desobjecttons d'Uddyotakara sont dirigées contre Dignâga, 

thadarçanam tadvido 'numänam iti = mais d'autres disent : montrer 
un objet indissolublement lié par celui qui le sait — est syllogisme ». 

(1) Ibid , p. 57. 21 et suiv. : etena tâdpg avinlbhâvi dhaimopadarçanariv 
hetur iti pratyuktam. ko 'tideçârthab? yathâ nântarîyakârthadarçanes 
'rthagrahapam ayuktarh, tathâ dbarmagrahariam apîti . udâbarariaiii tii 
yathâ dhûmo 'gner ili . etac ca na saihbbavatïty anekadhâ varnitam. 

(2) A une autre place le môme auteur dit encore : (53. 13) « il peut y 
avoir de la fumée sans feu et du feu sans fumée », anagnir dhümc 
drçto 'dhumaç cägnir iti. 

(3) Tätp., p. 1. 15. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. .159 

quMI ne désigne point directraMait, QMrfbfinémMt à la 

coutume des polémistes indiens. Le même auteur cer- 
tifie (i), que, dans le passage cité plus haut, c'est bien la 
doctrine de Dignâga qu'Uddyotakara a en vue. A ce propos, 
Yâcaspatimiçi*a remarque (2), que la doctrine syllogistique 
de Dignâga est intimement liée à sa théorie de la con- 
naissance, laquelle admet pour base du raisonnement la 
faculté qu'a l'entendement même de créer ses propres 
objets, en distinguant en eux Tessence de l'inhérence ; — 
faculté qui ne va point à exprimer l'être ou le non-être 
réels. Ce sont ces idées, ou bien ces attributes {dharma), 
que notre entendement attribue aux objets inconnais- 
sables en soi, et qui se trouvent indissolublement reliés 
^ntre eux (5). 

A une autre place (4), traitant du raisonnement qui 
procède du fait ultérieur (effet) au fait antérieur (cause 
nécessaire), — raisonnement dont la fumée, indice du feu, 
est l'exemple classique, — Uddyotakara réfute à nouveau 
la doctrine de Dignâga et rejette la notion de connexion 
indissoluble. Lh dessus, Vâcaspatîmiçra (s), encore une 
fois, nous apprend que la définition du syllogisme par 
Dignâga est étroitement liée à la théorie bouddhique de 
la connaissance (bauddhasiddliânta) (e). Il résulte de ces 
témoignages que l'idée de connexion indissoluble con- 
sidérée comme base du raisonnement, n'a pu être 
empruntée par les bouddhistes aux Vaiçesikas. Elle a été 

(1) Ibid,. p 127. 12. 
{i) Ibid., p. 127. 2. 

(3) Cost pourquoi attribut (dharma) et idée (pralîti) sont des termes 
synonymes pour le bouddtiiste. 

(4) Nyàyavart, 52. 11-54. 3. 

(5) Tâtp., p. 120. 18-122. 2. 

(6) Ibid., p. 121. 18. 



140 LE MlîSÉON. 

introduite par Dignäga, parce qu'elle fait corps avec le 
reste de sa théorie. 

La classification du moyen terme d'après les notions 
d'identité, de causalité et de négation, n'est point, elle 
non plus, un emprunt aux Vaiçesikas de la part des 
bouddhistes. Nous avons sur ce point le témoignage direct 
de Sureçvara, qui nous apprend que Dharmakirti en est 
l'auteifr (i). 

Praçastapàda reproduit virtuellement la définition de 
Dignâga, lorsqu'il dit : « Un homme qui connaît par 
avance le lien indissoluble qui existe entre la fumée et 
le feu, voyant la fumée et se ressouvenant de ce lien, 
arrive à la connaissance du feu » (2). Et il continue : 
« Ainsi, si un phénomène est d'une manière quelconque 
lié à un autre phénomène dans le temps et l'espace, il 
nous est permis, nous trouvant en présence de l'un des 
deux, de conclure à l'existence de l'autre. Quoique 
Kanada ait précisé les cas dans lesquels on constate 
pareille liaison, son enumeration n'est donnée qu'à titre 
d'exemple et ne va pas à exclure toute autre possibilité 
de liaison, car il y en a d'autres encore » (5). Ce passage, 

(1) Cf. Pathak, J. B. R. A. S , t. XVIII, p. 92. II. 

(2) Praçast. 205. 10-1 3 : vidhis tu : y atra dhümas taträgnir^agnyabhäve 
ähum&pi na bhdvatîli, evarii prasiddhasamayasyasanidigdhadhüma' 
darcanät sähacäryänusmararpät tadanantaram agnyoAihyavasäyo 
bhavatiti = « Le jugement afflrmatif {vidhi), lo voici : là où la fuoQéo 
existe, il y a du feu ; en Tabsence du feu, la fumée, (elle) aussi, n'existe 
point. Ctiez [un homme] qui de cette manière a pris connaissance do 
[cette] connexion, après avoir vu une fumée dont il ne peut douter et 
8*étre ressouvenu de leur connexion, la certitude du feu immédiatement 
surgit » Dans ce passage les paroles prasiddhasamayasya, qui selon 
Çrîdhara. équivalent à prasiddhämnähhätasya purusasya, correspon- 
dent au iadvidas = näntarlyakavidas de Dignâ^ja cité Nyäyavärt. p. 5ö. 
15 ; voir ci-dessus p 137, n 3). —Comme toujours Pmçastapâda a masqué 
son emprunt en changeant les termes. 

(3) Praçast, 205. 13-15 : evam sarvatra decakäläviiiäbhüiam itarasya 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 141 

Çrîdhara (i) nous dit, en le commentant longuement, 
qu'il est dirigé contre les bouddhistes, lesquels entre- 
tenaient sur la connexion indissoluble une opinion très 
differente de celle des Vaiçeçikas et de celle que professait 
Praçastapâda. Pour le bouddhiste, la notion de connexion 
indissoluble est le résultat des idées a priori qui sont la 
loi de notre intelligence. Rappelons encore ici les paroles 
de Dignâga : « tout le domaine de notre savoir n'est point 
l'expression de l'être ou du non-être réels : il est créé 
(institué) par la pensée, qui, en l'évoquant, distingue 
entreies catégories de l'essence et de l'inhérence ». 

Ces lois, ou catégories, — car le problème est le même 
qui se posait devant Kant, — sont, d'après les boud- 
dhistes, au nombre de trois. Dharmakirti répète que ce 
n'est point l'expérience, positive ou négative, qui est à la 
source de la connaissance de la connexion indissoluble 
de nos idées, mais bien l'idée d'identité et celle de causa- 
lité (tûdùtmyay tadutpattï) (â). Voici donc la différence 
entre les deux conceptions : la première est la conception 
réaliste, d'après laquelle c'est l'expérience, positive ou 
négative, fournie par les faits réels, qui nous conduit à 
en tirer les conséquences : cette conception est celle des 
Vaîçeçikas et do Praçastapâda. Au contraire, d'après la 
seconde, conception idéaliste, ce sont les notions a priori 
qui sont a la base du raisonnement et de la connaissance 
et non pas rcxpérience du monde objectif. 

îinçam. Çâslre käryädigrahanah'i nidarçanrlriham kriarìiy nävadhä- 
y^arjLäriham. Kasmâd ? vyatirekadarçanat = Ainsi, ce qui est indissolu- 
blement lié dans lo temps et fespace est toujours (sarvatra) Tindice de 
L'autre. La mention de kärya, etc. dans le Castra a pour but de donner 
des exemples, mais non une aftirmation limitative. Pourquoi ? Parce qu'il 
est prouvé que [certains cas] s'écartent [des categories indiquées] '•. 

(1) Praçast., p. 206, 17 et suiv. 

(2) Voir ci-dessous, p. 143 n. 1. 



142 LE MUSÉOiN. 

Donc, pour Praçastapâda, partout où deux faits réels 
existent simultanément dans Tespaee, ou se succèdent 
dans le temps, il y a lieu de constater entre eux un lien 
de causalité, ou autre, la variété des relations ne pouvant 
être épuisée. Tandis que pour le bouddhiste Tijnânavâdin 
ou Togâcâra, tout notre savoir est phénomène interne. 
La nature est une « virtualité » de notre esprit. Notre 
savoir est une lumière qui s'allume à son propre foyer {i). 
La connexion des idées repose sur des modes de connexion 
qui sont rinventaire de notre intelligence. 

Il est donc acquis, à notre avis, que Tidée de connexion 
indissoluble ne peut avoir pour Praçastapâda la môme 
valeur qu'elle a pour le bouddhiste. Pour Praçastapâda, 
elle n'existe point, à proprement parler, puisque le champ 
de Texpérience étant toujours limité, il ne nous est per- 
mis, en aucun cas, d'affirmer l'universalité et la relation 
indissoluble de deux faits, l'exception étant toujours pos- 
sible. D'autre part, en admettant que notre intelligence 
procède d'après des lois a priori d'une portée universelle, 
nous pouvons affirmer que nos idées sont liées entre elles 
selon des principes qui n'admettent point d'exception. 
Par conséquent, tout raisonnement ou syllogisme ne 
présente qu'un cas particulier de l'application de ces lois : 
donc tout syllogisme exprime la connexion indissoluble 
des phénomènes objectivés. 

On voit que la difiTérence de point de vue entre les 
écoles Vaiçeçika et bouddhiste est la même que celle que 
présente, à plusieurs reprises, l'histoire de la philosophie 
occidentale. C'est la différence du point de vue idéaliste 
et du point de vue réaliste. De même que les idéalistes 
de l'Occident, les bouddhistes nient l'existence du monde 

(1) Sarvad. p. 16. 10 ; trad, dans Muséon, 1901, n. 79. 



THÉOIUE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 145 

objectif. Il y aurait de Tintérét à comparer le cours que 
suivent les idées dans les deux philosophies, indienne et 
européenne. On serait frappé de la ressemblance que 
présentent a travers un si grand espace de temps qui les 
sépare, et malgré la différence des milieux, les arguments 
de ces deux éternels adversaires, les empiristes et les 
idéalistes. 

Il n'y a donc point contradiction entre la notion de 
connexion indissoluble et celle des rapports auxquels elle 
seil; d'expression ; bien au contraire : ces notions se 
trouvent intimement liées et découlent Tune de l'autre. 
Les idées ou les objets que nous connaissons sont indis- 
solublement liés, ou bien parce qu'ils peuvent être déduits 
l'un de l'autre par voie d'analyse, ou bien parce qu'il y 
a entre eux rapport de causalité. Donc toute connexion 
indissoluble ne peut être fondée que sur l'une de ces 
deux lois — loi d'identité, loi de causalité [tûdûtmya, 
iadutpaUi). Chacune de nos notions fait corps avec l'en- 
semble de notre savoir, parce qu'elle est indissolublement 
liée, par raison d'identité ou de causalité, au reste de nos 
notions (i). 

Quant aux rapports réels, les bouddhistes les entendent 
d'une manière toute différente de celle des Vaiçesikas. 
Ceux-ci identifient les rapports réels avec la connexion 
logique, déclarant par cela môme connaissables les rap- 
ports réels des choses. A la différence des Vaiçesikas, les 
bouddhistes (nous entendons parler ici, comme partout 
ailleurs, de l'école des Yogâcâras) déclarent toute réa- 
lité inconnaissable, dans son essence comme dans ses 
rapports. Leur manière de voir s'accorde avec celle de 
Kant en ce que, tout en admettant l'existence de l'objet 

(1) Cf. N. b. t., p. 31. MO. 



144 LE MUSÉON. 

en soi (i), comme base réelle (substrat) de notre savoir, 
elle le déclai*e à tout jamais inaccessible à notre enten- 
dement (2). 

Le domaine du connaissable est limité au monde des 
idées (3), produit de notre activité mentale (4), et ce sont 
ces idées qui se trouvent indissolublement liées entre 
elles d'après des lois a priori, constitutives de notre 
entendement (5). Les bouddhistes, en subdivisant le syl- 
logisme d'après les notions d'identité, de causalité et de 
négation, établissent un classement qui a pour base le 
jugement afiîrmatif — analytique ou synthétique — et le 
jugement négatif (e). Quant au classement des rapports 

(1) vastu, paramärthasat = hsar,m. 

(2) k^anasya präpayiium açakyatvcU, N. b. /. 16. 3. 

(3) pratili, seul résultat auquel aboutissent les deux sources de notre 
savoir, ]V. b, t , 18, 5, 22, 3 10. 

(4) prapanaçakti.prâpahavyâpâra, N. b, f. 18. G-10. 

(5) Cf. Manuel de Logique, trad, russe, chap. IL § 4, de la connexion 
indissoluble. Elle est buddhyarû(jlha, niçcayarûdha {N, b. A 30. 19), donc 
complètement subjective. 

(6) Le svarlhânumana des bouddliistes joue le même rôle dans leur 
Ihóorie de la connaissance que le jugement chez Kant On peut donc 
représenter la classiflcation du jugement d'après Dharmakïi-ti dans le 
tableau suivant : 

P Jugement établissant la connexion entre le sujet et Tattribut. 

2\ subdivisé en Siffìvmaiì((vidhiìctnògdiiU(anupalabdhi=praluedha). 

3' L'afllrmatif subdivisé en analytique {svabhävänumäna) et causal 
(empirique) (kctryânumâna). 

Le tableau des idées a priori, correspondant à cette classi rtcat ion, 
serait le suivant : 

1« Substance-inhérence (dharmadhat^mibhâva). 



\ ótre {bhava, vidhi — vastu). 



non-ê(re {abhäva, anupalabdhi). 
) identité {tâdâlmyà). 
i causalité (tadutpalti). 
En comparant ce tableau avec celui de Kant, on est frappé d'y ren- 
contrer justement celles des catégories de Kant qui ont résisté à la critique 
ultérieure, et d*y constater l'absence de celles qui ont été rejetées par 
cette critique. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 145 

réels, il n*a jamais été admis par les bouddhistes, en ce 
sens que les choses en soi et leurs connexions réelles sont 
par eux déclarées à tout jamais inconnaissables. 

Entre la notion de la connexion indissoluble et la 
classißcation des idées, sur lesquelles elle se base, il 
n'existe aucune incompatibilité ; tout au contraire, Tune 
dérivant de l'autre, elles se complètent mutuellement. 
En outre, la classification des Yaiçeçikas offre fort peu de 
ressemblance avec la classification bouddhique, si ce n'est 
la seule distinction basée sur le rapport de causalité. 
Cela ne saurait suffire à motiver l'hypothèse d'un 
emprunt. 

Différente de la classification des Vaiçesikas, la classifi- 
cation bouddhique du syllogisme et des notions qui sont 
à sa base, a été établie indépendamment de la leur et ne 
doit rien à leur influence. 

II. 

La définition du terme le plus important de tout syllo- 
gisme, à savoir du moyen terme (lietu. Unga), est étroite- 
ment liée à la notion de connexion indissoluble. D'après 
Dignâga, le moyen terme doit satisfaire à trois conditions 
essentielles, qui en garantissent la validité. Dharmakirti 
ne fait que reprendre en ceci la doctrine du Maitre. Ces 
conditions, les voici : 

1. Le moyen terme est présent dans le sujet {pa^Oy ou 
« petit extrême ») du syllogisme. Exemple : il y a de la 
fumée sur la montagne. 

2. Le moyen terme est présent dans tous les cas sem- 
blables. Exemple : partout où il y a de la fumée, il y a 
du feu. 

10 



146 LE MISÉON. 

5. Le moyen terme est absent dans tous les cas dissem- 
blables. Exemple : la fumée est totalement absente dans 
tous les cas où il ne peut y avoir du feu, par ex. sur l'eau. 

Le moyen terme qui satisfait à ces trois conditions 
permet de conclure en toute certitude de la présence de la 
fumée à la présence du feu, cause nécessaire. Si le moyen 
terme ne satisfait point à une de ces conditions ou à deux 
simultanément, le moyen terme, d'après Dharmakirtî, 
est défectueux. 

En conséquence les bouddhistes établissent trois classes 
du moyen terme défectueux (i). 

Au début de son traité de logique, Praçastapâda place 
une pièce de vers qui contient l'énoncé de cette théorie 
du moyen terme (modifiée seulement quant à l'expression 
verbale) (2). Ces vers, il les attribue à Kâçyapa, c'est-à- 
dire à Kanada lui-même. 

Sur la foi de ce témoignage de Praçastapâda, peut-on 
conclure que la théorie des trois conditions a été élaborée 
d'abord par les Vaiçeçikas et que les bouddhistes la tien- 
nent d'eux ? Dans les maximes de Kanada, il n'est fait 
mention ni des « trois conditions » du moyen terme 
valide, ni des trois classes du moyen terme défectueux 
qui en dérivent (5). Il ne parait donc pas impossible que 
Praçastapâda ait attribué au fondateur de l'école Yaiçeçika 
une doctrine restée étrangère à ce dernier et qu'il tient 
lui-même d'une autre source. La coutume de rapporter 
à l'initiateur d'un système les innovations qu'on se voyait 

(1) V, Nyayàbindu, p. 111. 19 et suiv. 

(2) Praçast. p. 200. 19 et suiv. (traduits par M. Jacobi. p. 480) : yad 
anumeyena sambaddham prasiddham ca tadanvite \ tadabhäve ca 
nasty èva tal Ungarn anumäpakam // viparïiam alo yat syäd ehena 
dvitayena va / viniddhäsiddha^amdigdham alingarh Kàçyapo^bravit l\ 

(3) Voir plus bas, p. 149. 



THÉORIE BOUDDrrtOra B& Uk GÛKNAISSANCE. 147 

au cours du temps forcé d'y introduire, était fort répan- 
due dans rinde. 

En effet, nous savons, par un témoignage direct de 
Vâcaspatimiçra, que la doctrine des trois conditions du 
moyen terme a été introduite par Dignâga. Il y voyait 
le corollaire obligé de la notion fondamentale d'après 
laquelle il définit le raisonnement comme l'idée de la 
connexion indissoluble qui relie entre elles toutes nos 
notions. Uddyotakara mentionne la théorie des trois con- 
ditions du moyen terme, après avoir réfuté la théorie de 
la « connexion indissoluble » considérée comme l'essence 
même du raisonnement (i). Vâcaspatimiçra fait à ce pro- 
pos la remarque suivante : « Après avoir réfuté la défini- 
tion du syllogisme donnée par Dignâga, Uddyotakara 
s'applique à réfuter les paroles du même [auteur], dans 
lesquelles il formule les trois conditions du moyen terme, 
ces paroles n'ayant d'autre objet que de développer la 
définition du syllogisme donnée par Dignâga (2) ». 

Donc le témoignage formel de Vâcaspatimiçra attribue 
à Dignâga la théorie des trois conditions du moyen terme ; 
la portée de cette théorie n'est que de servir de dévelop- 
pement à ses vues sur la nature du syllogisme, considéré 
comme l'expression de la connexion indissoluble qui relie 
nos idées et leur donne une certitude toute subjective. 

(1) Nyäy avari., p. 58. E et suiv. 

(2) Täip , p. 127. 12 et suiv. tad anena Dignägasya laksanmh 
dü^ayitüä ^nyesäm laksanam düsitam, samprati Dignägasya wakìya- 
laksafjLaprapancärtham väkyam « aniimeye Uha iattulye •? ityädy 
tipanyasya düsayati. = « Donc, ótant par cela réfutée la définition de 
Dignâga, la définition des autres est réfutée ; maintenant, après avoir 
cité les paroles de Dignâga : « « dans lobjet de la conclusion et dans le cas 
qui lui est semblable, etc. * [paroles] dont [Dignâga] se sert pour déve- 
lopper sa propre définition — il [Uddyotakara] les réfute ». Les paroles 
citées renferment la formule des trois conditions. 



i48 LE MLSÉON. 

Il est encore digne de remarque qu^Uddyotakara atta- 
que la précision concise de la déHnition, par Dignâga, 
des trois conditions qui constituent le moyen terme (i). 
« Le moyen terme est présent dans le sujet de la conclu- 
sion (ou « petit extrême ») et dans les cas semblables, et 
il est (ibsent dans les cas dissemblables ». Ainsi formulée, 
la définition ne serait point parfaitement exacte. 11 ne 
suffit pas que le moyen terme soit présent dans le sujet 
de la conclusion, il faut encore qu'il y soit compris dans 
toute son étendue et non en partie seulement. De plus, le 
moyen terme ne se peut rencontrer que dans des cas sem- 
blables, mais il n*est point obligatoire de le rencontrer 
dans chacun de ces cas et il doit nécessairement être 
absent dans tous les cas dissemblables (2). Les nuances 
indiquées sont exprimées en sanscrit par Temploi de la 
pailicule cva ; sa fonction consiste à « accentuer » le mot, 
dont elle est immédiatement précédée. Ce mode de style 
est parfaitement en accord avec la théorie bouddhique 
sur la signification de la parole [apoha) (5). Adopté plus 
tard généralement dans la littérature, il est incontesta- 
blement de source bouddhique. 

Ainsi la manière même dont est formulée la théorie 
des trois conditions du moyen terme, témoigne de son 
origine bouddhique. 

IIL 

La classification bouddhique du moyen terme défec- 
tueux (4) coïncide en quelques points avec celle des Vaice- 
li) Nyäyavärt,, p. 58. 8 59. 15. 

(2) Nyäyäbindu, p. 104, 3 5. 

(3) Sur V Apoha voir la note A, en appendice. 

(4) Voir Appendice, Note B. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. H9 

^ikaSy ce qui a fait supposer que les bouddhistes, en cette 
ciix;onstance encore, ont subi Tinfluence de celte école. 
Mais s'il est démontré que la théorie des trois conditions 
du moyen terme est l'œuvre de Dignâga, on ne saurait 
douter que la classification qui en dérive, et qui établit 
trois classes du moyen terme défectueux, ne soit du 
même auteur, (c Si, dit Dharmakîrti, parmi les trois con- 
ditions du moyen terme, il y en a une qui soit douteuse 
ou fausse, ou bien si deux d'entre elles le sont simulta- 
nément, il en résultera un moyen terme défectueux, qui, 
selon les circonstances, sera faux, contraire ou dou- 
teux » (i). En traitant du moyen terme défectueux, Pra- 
çastapàda s'exprime dans le même sens, modifiant légè- 
rement les termes, procédé auquel il a recours plus d'une 
fois {%). 

Mais comment concilier cette classification, empruntée 
aux bouddhistes, avec les sQtras de Kai[iâda dont Praças- 
tapâda se dit le disciple ? Or Kanada n'admet que deux 
classes du moyen terme défectueux : le faux et le douteux. 
Pour établir cet accord, souhaitable mais difficile, Praças- 
tapâda va jusqu'à altérer le texte de Kanada. En réunis- 
sant deux de ses maximes en une seule, il parvient, sur 
l'autorité de ce texte modifié, à lui attribuer une division 
en trois classes. Fort artificiellement il interprète ces 
Irois classes comme équivalentes aux trois classes delà 
classification bouddhique (5). 

(1) Voir JV. b. 114. 10-) 15.1, evam trayätiäm rüpänäm ekaikasya 
<M,vayor va rüpayor asiddhau saììtdehe ca yathäyogam asiddhavirud- 
^hänaikäntikäs trayo hetväbhämh. 

(2) Voyez Praçasi. 200. 21-22 (le second çloka cité ci-dessus p. 23, n. 2) 
^t 204, 24-25 y ai tu yathoktät trirüpäl lingäd ekena dharmena dvä- 
^hyäm vä viparïtam tad anumeyasyädhigame Ungarn na bhavali.. 

(3) C'est M. Jacobi qui a constatò cette altération, pratiquée dans le 



150 LE MUSÉOn. 

Mais Praçastapâda ne se borne point à reproduire 
purement et simplement les trois classes des bouddhistes 
et à les attribuer à Kanada. Entrant dans le détail de cette 
classification, il soumet à un examen critique les vues 
de Dignâga et il leur oppose les siennes propres. Ces 
dernières, il prend soin de les attribuer à Kanada. 

C'est ce qui ressort des considérations suivantes. 

Parmi les subdivisions du moyen terme douteux, une 
place à part est réservée par Dignâga au moyeu terme 
« contraire et pourtant certain » (viruddhàvyabhicârin) (i). 
C'est le moyen antinomique, dont la certitude est con- 
traire à une autre certitude, toutes deux également ad mises. 
On donne pour exemple d'un raisonnement basé sur un 
moyen terme de cette catégorie, la thèse soutenue par 
l'école des Vaiçesikas, qui maintenait que les idées géné- 
rales (2) ont une existence réelle et universelle, indé- 
pendante des individus, a porteurs » de ces idées. « Les 

texte des sûtras. Déjà la nócessité de scinder le sûtra III, 1, 15 a óté clai- 
rement entrevue par Candrakânta Tarkâlaiiikara ~ voir son édition du 
Vaicesika Darçana (Calcutta 1887) : 1) aprasiddho ^napadcçah — défini- 
tion du moyen défectueux, et 2) asan samdigdhaç ca — mention des 
deux classes de ce moyen terme. Dans le texte altéré ces deux sûtras 
sont réunis en un seul qui, selon l'interprétation de Praçastapâda, con- 
tient la mention des quatre termes défectueux qu'il s'est cru lui-même 
obligé d'établii\ Môme Yanadhyavasila, introduit par lui, s'y trouverait 
sous-entendu (avaruddha, Praçasi. 309. 13). Il nous semble que l'auteur 
de cette altération ne peut être personne autre que Praçastai>âda. 
Le soin même qu'il prend à démontrer la concordance de sa classifica- 
tion avec celle de Kaçâda {PraçasL 204 21-26 et 239. 13), dont il a i*emanié 
le texte à cet effet, est significatif et trahit sa mauvaise foi. En usant de 
ce procédé, Praçastapâda introduit dans le texte de Kanada un troisième 
terme, Yaprasiddha ; et il l'interprète comme renfermant, non point 
Vasiddha, ce qui serait plausible, mais le viruddha en même temps que 
ïanadhyavasita. Cf. V. D. m, 2. 15, Praçast. 20-1. 24-25, 239. 13, et Çri- 
dhara. 205. 1-9. 

(1) Cf. N. b, L 84, 1 et suiv. 

(2) sämänyam. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONISAISSANCE. 151 

idées générales, disent les adeptes de celte école, ont une 
existence universelle, — conime l'espace, — puisqu'on 
les rencontre en tous les points de l'univers où se trouvent 
des individus porteurs de ces idées, de même que l'espace 
se retrouve partout où se rencontrent des objets soumis 
à ses lois ». D'autre part, le témoignage de nos sens nous 
apprend que nulle part dans l'espace on ne rencontre 
d'idées générales en dehors des individus, porteurs de 
ces idées ; donc les idées générales n'ont point d'existence 
universelle. — Dans son manuel de logique, DharmakTrti 
soumet cette thèse à un examen minutieux (i). En 
ce point, il se sépare de la doctrine du Maitre. Obéissant 
à des considérations d'un ordre supérieur, il se refuse à 
voir dans le moyen antinomique un moyen terme et 
conclut a son exclusion. 

En retraçant l'histoire des variations des logiciens sur 
le moyen terme antinomique, nous saisissons sur le vif 
l'influence qu'exerça sur l'enseignement logique des Vai- 
çeçikas et des Naiyâyikas la doctrine bouddhique. Le 
moyen terme antinomique est établi par Dignâga, qui le 
classe parmi les termes douteux. D'après Praçastapâda, 
le moyeu terme antinomique, que a d'autres » comptent 
parmi les moyens douteux, doit être exclu de cette classe. 
Selon les cas, tantôt il est une variété du moyen contraire, 
tantôt il doit être classé à part, comme moyen terme 
atmdhyavasita, c'est à dire « nul », ou moyen terme dont 
on ne peut tirer aucune conclusion, juste, fausse ou dou- 
teuse. 

Ce moyen « nul », Praçastapâda l'identifie avec un 
autre moyen terme défectueux, que Dignâga compte aussi 

(l) Voyez iV. b. 115. 9-19. Cf. N. b, t. 85. 81-88, 7, traduction russe, pp. 
168-172. 



Iä2 LE MUSÉOiN. 

parmi les moyens douteux, le terme dit « trop exclusif » 
[asâdhoraiia) (i). Si, des trois conditions qui constituent 
le moyen terme valide, deux sont incertaines (2) ; si la 
présence du moyen terme dans les cas semblables, et son 
absence dans les cas dissemblables, sont également sujet- 
tes au doute, et que seule sa présence dans le sujet de la 
conclusion (w petit extrême ») soit avérée, le moyen terme 
est « nul », selon Praçastapâda, car on n'en peut tirer 
aucune conclusion. Il est douteux, trop exclusif, selon 
Dignâga et Dharmakîrti, parce que les deux conditions 
auxquelles il devrait satisfaire sont sujettes au doute. 
Prenons la thèse suivante, soutenue par les Naiyâyikas et 
les Vaiçeçikas : « les corps vivants ont une âme, parce 
qu'ils sont doués de respiration et autres fonctions anima- 
les » (3). D'après Dharmakrrti, cette thèse est pareille à 
la suivante : « le son est éternel, parce qu'il résonne ». 
(( La respiration et autres fonctions animales », dans le 
premier cas, et « la résonance » dans le second, ne se 
retrouvent nulle part, excepté dans le sujet de la conclu- 

(1) Voyez Praçast. 239. 2 : nanv ayant asädhärana èva. Cf. Çrîdhara 
241. 13-242. 16. 

(2) Inexistantes, selon Praçast. 239-1 1 : asann eva. 

(3) Ce raisonnement est hcvalamjntirehin selon üddyotakara (125.5 et 
suiv.) et les Naiyâyikas inoii^ivnaü asädhäranäjiaikäntika d*api*ès les 
bouddhistes [N, b, f. 79 21 et les suiv.). Praçistapâda no mentionne ni le 
kevalanvayin, ni le hevalavyatirekin, les tenant évidemment, avec les 
bouddhistes, ix)ur des tei*mes fautifs. Çrîdhara, néanmoins, pense que le 
kevalânvayin et le kevalavyatirekin sont implicitement admis par 
Praçastapâda (203. 15-204. 22). Quant au second exemple, la N. h. t. (23. 
6-7) considèi'e la thèse comme un asädhärana, de môme que la premièi*e. 
C'est à Vasädhärana que Pi-açastapâda donne le nom (ïanadhyavasita 
(cf. Çrîdhara 244. 22). A la page 239. 14-22 Praçastapâda discute, à ce 
qu'il parait, sur un raisonnement qui aurait la forme suivante : çabda 
gunah çrâvavatvàt, ou bien çabda itarehhyo bhidyatc crävanatvät. fl 
s'oppose à ce que Ton regarde ce raisonnement comme douteux. Selon 
les modernes il est kevalavyatirekin. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 455 

sion, c'est à dire dans le corps vivant et dans le son. Ce 
moyen terme est « trop exclusif », trop étroit ; il est 
compté parmi les moyens douteux par Dharmakîrti, 
tandis que Praçastapâda le classe à part, comme moyen 
terme « nul » — anadhyavasita (i). C'est avec ce moyen 
(( nul » que Praçastapâda identifie dans certains cas le 
moyen terme antinomique de Dignâga, notamment dans 
les cas où, entre deux raisonnenfents contraires, il n'y a 
pas de choix, parce qu'ils sont invalidés l'un par l'autre 
et que le raisonnement devient nul par le fait (2). 

11 y a des cas pourtant où Praçastapâda se voit contraint 
de classer le moyen terme antinomique parmi les moyens 
contraires (3). Ce sont les cas qui, d'après Dignâga, con- 
stituent le domaine propre de ce terme, ceux qui ont 
trait aux questions métaphysiques (4). Au regard des 
Yogâcâras tout raisonnement métaphysique, c'est à dire 
tout raisonnement qui n'est point basé sur l'examen 

(1) M. Jucobi a remarqué que V anadhyavasita se retrouve chez les 
bouddhistes parmi les termes douteux, dans Vasädhärana (p. 483). Mais 
V anadhyavasita renferme non seulement Vasädhärana, mais encore 
une partie du viruddhavyabhicärin (Pr. 238. 23-239. 4; et Praçastapâda 
proteste contre l'opinion qui classe Vasädhärana parmi les termes dou- 
teux. Il prend soin d'observer que V anadhyavasita (= asädhäraria) 
doit ótre sous-entendu (avaruddha, 239. 13) »dans Vaprasiddha en com- 
pagnie du viruddha, mais non dans le sathdigdha, en compagnie des 
autres samd/gd/ias. Cette l'emarque est incontestablement dirigée contre 
les bouddhistes, qui classaient Vasädhärana parmi les sanidigdhas 
{r= anaihäntiha) Un adversaire do Praçastapâda. vraisemblablement 
bouddhiste, objecte là-dessus que Kapâda lui même, dans les sûtras, 2. 2. 
21-23. classait Vasädhärana parmi les termes douteux ; sur quoi Praças- 
tapâda propose une autre explication de ces sûtras (cf. Praçast. 259. 14- 
22 et Çrïdhara 245. 1-246. 13). 

(2) Voyez Praçast, 238. 22-239. 4, cf. Çrïdhara 241. 13-242. 16. 

(3) Praçast, 239. 4-10, cf. Çrïdhara 242. 16-244. 22. 

(4) Cf. .V. b, t. 85. 7-10 : ägamasya yo artho atïndriyah, pratyah^ä- 
numänäbhyäm avisayîkrtah. 



i54 LE MIISÉON. 

crilique des faits réels, est forcément douteux, les ques- 
tions métaphysiques formant un domaine fermé à notre 
entendement et où il nous est à tout jamais défendu de 
pénétrer. C*est même la la raison pour laquelle Dharma- 
kirti se croit tenu d^exclure le moyen terme antinomique 
de son système de logique, puisque le propre objet de la 
logique est, d'après lui, l'examen critique des faits 
réels (i). Pour Praçastapftda, au contraire, l'autorité du 
dogme l'emporte sur toute autre preuve. C'est pourquoi, 
lorsqu'un raisonnement se trouve réfuté par l'autorité du 
dogme (î), il range le moyen terme, sur lequel repose ce 
raisonnement, parmi les moyens « contraires ». Car, 
pour lui, « contraire au dogme » veut dire « contraire à 
la vérité » (s). Tandis que, pour le bouddhiste, tout 
dogme est sujet au doute en tant que dogme, ne pouvant 
être démontré. 

Plus tard, nous retrouvons dans la logique du Nyâya et 
du Yaiçeijika unifiés les deux dérivés du terme antinomi- 

(1) iV. b^ 115.9 : yaihävaslhitavastusihttisu,., cf. N. b. t. 85 17 et suiv. 
Notons que Topposition faite par Praçastapâda au tenne viruddhävya- 
bkicärin a pour point do départ le même motif que colle de Dhaimakirti. 
L*antinomiqu6 est une source de doute, dit Dignâga ; pas môme cela, 
riposte Dharmàkîrti, il faut Texclure parce qu*il est une impossibilité 
pure (N. b, 115. 8 : anumànamsaye asambhavât. Et Praçastapâda de 
faire choi-us : il est • nul », Possible, mais « nul - — autant vaut dire 
impossible. Le Nyâyavàrt (171. 5-7) est du môme avis. 

(2) àgamabàdhita, Praçast, 239. 9. 

(3) En ceci encoi*e Praçastapâda exprime une opinion qui rappelle le 
jugement prononcé par Dbarmakîrti sur l'hfavtghätakrt, que Dignâga 
admettait comme une variété distincte du terme contraire. Visfavighâ- 
takrt est très proche du viruddhävyabhicärin ; c'est un raisonnement 
contraire aux principes du raisonnant. Dharmakîrti n'admet pas que ce 
soit une vaiiété distincte, puisqu'elle ne se distingue pas du moyen con" 
traire ordinaire {N. b. 113. 17-114. 2). Un terme est contraire lorsqu'il 
est contraire aux principes admis par le raisonnant, telle est la définition 
de Qotama (I, 2, 6). 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 455 

que. Le moyen terme, dît « réfuté » [bùdliita), des moder- 
nes, n'est autre que le terme « contraire au dogme » 
(ägamabädhita = viruddha) de Praçastapâda ; et le terme 
dit « contrebalancé » (satpratipak^a) doit son origine au 
terme « nul » {anadliyavasità), notamment à la partie de 
ce terme qui faisait corps avec le terme antinomique. Le 
terme « trop exclusif », qu*y avait adjoint Praçastapâda, 
est reporté par les modernes à sa place primitive, d^où 
Praçastapâda l'avait tiré, c*est à dire parmi les moyens 
douteux (i). 

11 nous parait démontré que, dans cette question du 
moyen terme défectueux. Taction de Dignâga sur Praças- 
tapâda est incontestable. La classification de Praçastapâda 
s*écai1e de la classification de Dignâga en un point et 
Praçastapâda s'étend longuement sur les motifs qui l'ont 
déterminé à introduire ce changement. Nous constatons 
en cette occasion le procédé dont use Praçastapâda pour 
masquer son plagiat. Ayant attribué à Kaçâda une théorie 
étrangère à celui-ci, il s'épuise en efforts inutiles pour 
rattacher cette théorie à la doctrine authentique de 
Kanada (2). 

(1) Cos deux classes, les Naiyâyikas ont cherché à les rattacher aux 
deux classes qui se trouvent mentionnées dans les sûtras primitifs de 
Gotama : hälätlta et praharanasama ; à quoi ils ne réussissent que fort 
imparfaitement et d*uno manière toute artificielle. Voyez Jacobi, p. 4*5 
n, 2. Ils usent en cela du mémo pi'océdé. employé déjà par PraçastaiûLda, 
pour rattacher la théorie empruntée aux bouddhistes aux sûtras primitifs 
de l'école. On peut donc repi'ésenter l'histoire du terme antinomique par 
le schéma suivant : 

I Dignâga : mruddhävyabhicärin 

Il Praçastapâda : anadhyavasita viruddha 

m les modenies : satpratipaksa bàdhila 

(=^ praharanasama) (= kälättta) 
Voir, on appendice, la note B sur les diverses classifications du moyen 
terme défectueux. 

(2) C'est sans doute pour affirmer son originalité et prouver qu'il ne 



156 LE MUSÉON. 

IV. 

L'examen de la théorie bouddhique des thèses défec- 
tueuses et des exemples défectueux conduit au même 
résultat. Un raisonnement est fautif, d'après cette théorie, 
4** quand la thèse est insoutenable en elle-même, c'est-à- 
dire quand elle se trouve réfutée d'avance par. la preuve du 
contraire (i) ; 2** quand le moyen terme est défectueux (2) ; 
«V quand les exemples, qui servent à prouver la validité 
du moyen terme, ne sont point valables, c'est a dire quand 
ils sont mal choisis (5). 

Cette théorie, ainsi que l'énumération des trois sources 
du raisonnement fautif, nous la retrouvons chez Praças- 
tapâda (4). Même dans le détail, notamment dans le 
classement des subdivisions de la thèse défectueuse, 
l'affinité des deux théories saute aux yeux. 

D'autre part, ni les Naiyâyikas, ni les Vaiçesikas, à 
l'exception de Praçastapâda, ni plus tard les deux écoles 
réunies, n'admettent ni la thèse défectueuse, ni l'exemplo 
défectueux. 

Uddyotakara rejette toute classification de la thèse 

doit rien aux bouddhistes que Praçastapâda substitue aux termes boud • 
dliiques des termes qui lui sont propres. Comme le remarque Jacobi 
(p. 476), les notions de paksa, paksadharmatä, vyäpU, anvaya, vyati- 
reha^ ne lui sont pas étrangères ; mais il met tous ses soins à éviter de 
les nommer, parce que, ajouterons-nous, elles sont étrangères à Kaçâda. 
Le sädbya a pour lui, comme pour les bouddhistes, la même significa- 
tion que paksa (cf. Çrldhara, 203. 10, sadhycuïi pahsaparyâyah^ N. b, 
119. 13 : (paksah sädhyatvena Mah). Lo mruddhävyahhicärin, dont il 
traite à deux reprises (238. 23 et 239. C), il a soin de ne le point nommer. 

(1) N.b. 111. ôetsuiv. 

(2) Ihid, 111. 19etsuiv. 

(3) N b, t 116. 12 et suiv. 

(1) Praçast. : thèses défectueuses : 234. 3 et suiv. ; moyens défectueux 
238. 9 et suiv. ; exemples défectueux 247. 1 (= 116. 12 de N, b, t, et suiv.) 



Tll^:OIUR BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. Ì57 

défectueuse (i). Il affirme qufe toute faute dans le raison- 
nement provient nécessairenrttînt d'une défectuosité dans 
le moyen terme ; et que, si Ton admet Texistence de 
thèses défectueuses, rien n'empêche de rapporter l'insuffi- 
sance du moyen terme à l'insuffisance de la thèse : il n'y 
aurait donc point de moyen défectueux, il n'y aurait que 
des thèses défectueuses {2). 

Vâcaspatimiçra exprime la même opinion : si les thèses 
étaient justes ou fausses en elles-mêmes, il serait inutile 
d'avoir recours au moyen terme, ou raison logique, dans 
le raisonnement (5). 

Vâtsyâyana est d'avis que le sujet d'un raisonnement 

n'est jamais certain ou faux par avance ; il éveille le 

doute et ce doute est résolu par la raison logique ou 

moyen terme (4). La môme opinion, à une époque plus 

tardive, est soutenue par l'école du Nyâya et du Vaiçeçika 

lénifiés, laquelle maintient que la thèse renferme un 

cioute quant au résultat du raisonnement {sùdliya) (5). 

C^^onformément a cette théorie, l'énumération des thèses et 

des exemples défectueux a, plus tard, tout à fait disparu 

^ile la logique indienne : elle n'est maintenue que chez les 

^KDouddhistes et dans Praçastapâda. 

Quelle peut être la cause de cet accord entre Praçasta- 
;^âda et les bouddhistes ? Ici encore on a cru voir (e) un 
^^mprunt effectué par les bouddhistes, sinon à Praçasta- 



(1) Nyäyavärl. IIG 14-120. 2. 

(2) N, värt. 118. : hctcädidosänäm api paksadosatvaprasangät 

(3) Tâtp. 32. 2-3 : na hy ägamavat pral/jnävacanam niccäyakam 
^etuvacanädivaiyarlhyät, 

(4) N, bhäsya I. 1. 1 (p. 3 8-9) nänupalabdhe na nirrßte arthe nyäyah 
,jprai>artatc, kirn tarhi sarkçayite. 

(5) Tarkasanigraha, § 49. 

(6) H. Jacobi, p. 483. 



458 IS. MUSÉON. 

pâda lui-même, du moins à l*un de ses successeurs. Mais« 
en réalité, ici encore Praçastapâda emprunte une théorie 
X}ui appartient en propre au système bouddhique. Yâcas- 
patimiçra nous le dit clairement (i) : « Il n'y a que le 
bouddhiste qui connaisse des thèses et des exemples 
défectueux». Il résulte des paroles de cet auteur que 
Praçastapâda emprunte aux bouddhistes jusqu'à une par- 
tie de sa définition même de la thèse (2). Dans Ténuméra- 
tion des subdivisions de la thèse défectueuse, selon son 
ordinaire, il ne fait que modifier légèrement la classifica- 
tion bouddhiste (s). 

Donc ici, comme dans les cas que nous avons examinés 
précédemment, l'accord des deux théories est le résultat 
d'un emprunt de Praçastapâda à la théorie bouddhique. 

V. 

Sur un autre point encore un rapprochement s'impose 
entre la logique de Praçastapâda et celle des bouddhistes : 

(1) Tâtp. 239. 7 : helväbhäsadrstäntäbhäsau jhätau bhadantena. Il 
est (ligne de i*emarque quo Vâcaspatimiçra 8cmb!e ignorer que les Vaiçe- 
çikas eux-aussi, en la personne do Praçastapâda, admettaient les thèses 
et exemples défectueux 

(2) Cf. aniräkrtah (N. b. 110. 13) = avivodhl [Praçast. 233. 25). Ces 
quatre syllabes {[a]ïiirakr(ah) oonsti tuent la seconde moitió d'une kârikâ 
de Dignâga, cf. N. vàri, 119. 18 : utlarakärikärdho na vaktavyah et 
Tâtp. p. 184. 11 {bhadantena pranltam) et 186. 14-16 A cette dernière 
place, il faut lire selon toute probabilité Vasubandhu au lieu de Suban- 
dhu. Vâcaspatiraiçra aurait voulu dire par là que les quatre syllabes, 
ajoutées par Dignâga ( a)niräkvta) sont inutiles, ce qu*avaient reconnu 
les bouddhistes eu?c -mômes. 11 s'ensuivrait donc que Vasubandhu aurait 
donné de la thèse la définition suivante : pahso yah sädhayitum istai, 

(3) abhyupagaiasvaçâstravirodhm {Praçast. 230. 7) à la place de 
pralïtinirakrta (N, b 111. 10); ce dernier terme aussi semble être une 
substitution de Dhannakïrti pour le prasiddhiviruddha de Dignâga, cf. 
N, vârtika 117. 9 et suiv. 



TIIÉORIR BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. Ì59 

ù savoir la distinction entre le raisonnement << pour soi » 
et le raisonnement « pour autrui ». Cette distinction se 
retrouve dans toutes les écoles modernes ; mais elle est 
absente des traités anciens (Gotama, Kanada) comme de 
tous ceux qui se conforment à leur doctrine (Uddyotakara, 
Vâcaspatimiçra). Après ce que nous avons dit des rapports 
entre la logique de Digmlga et celle de Praçastapâda, on 
ne saurait douter qu'ici encore c'est Praçastapâda qui 
emprunte. Nous possédons d'ailleurs un témoignage direct 
de Dharmottara (i), qui nous apprend que la division du 
raisonnement <( a été établie par Dignâga » ; et il ajoute 
qu'elle repose sur la théorie de Dignâga concernant le 
rôle qui appartient à la parole dans notre savoir (a). Pra- 
çastapâda, comme toujours, modifie légèrement les termes 
pour masquer son emprunt (s). 

Presque tous les systèmes indiens de philosophie 
comptent au nombre des sources de notre savoir (pramûiia)^ 
« la parole » [çabda, àgama). On entend par là toute 
assertion faite par un homme digne de foi, ou bien ren- 
seignement d'un Maître, et surtout les « Écritures » (4). 
Les écoles qui admettent la révélation comme source de 
certitude en matière surnaturelle, y attachent une impor- 
tance particulière (0). 

Cette source de notre savoir, les bouddhistes ne l'ac- 
ci) N. b. t. p. 47, 1-2 : äcärya = Dignâga. 

(2) Ibid.^ 40. 12 : aupacârikaih vacanam anumânam ; cf. trad, russo, 
P. 242-243. 

(3) Praçast. 206. 8 : staniçcitârtham au lieu de svärtham, 

(4) VoiriV. D. 1, 1. 7-8. 

(5) Cf. Vedäntapäribhäsä (6d. Kauleçvarasimha, 360. 10-11, 366. 7-8) : 
^€itra laukikavâkyânâih mänäntarävagatärthänuvädakatvam, vede 
f'U väkyärlhasijäpürcahatayänanucädahatvam .... aia èva vedân- 
^ciDäkyänäm brahmani pramänam,,,, cf. Tarkasanigraha § 62 : 
"^aidikam (väkyam) îçvaroklatrât sarvam eva pramänam. 



i60 LE MUSÉON. 

ceptent point en tant que source indépendante. Comme 
nous en avons déjà fait la remarque, l'enseignement dog- 
matique, qui, en dehors de l'expérience, traite des ques- 
tions métaphysiques, est considéré par l'école critique 
des Yogucâras comme une source de doute et non de 
savoir. Par conséquent, ni la parole ayant force d'autorité 
d'un Maître, ni la parole révélée ne nous donnent aucune 
certitude, quand elles veulent étendre notre savoir au 
delà des faits positifs de l'expérience ; puisque c'est uni- 
quement l'examen critique des faits (subjectivement) réels 
qui nous apprend le vrai, le réel. 

S'il est pourtant juste de dire que nous apprenons 
souvent le vrai par l'intermédiaire de la parole, ce n'est 
point qu'elle soit une source indépendante de vérité, 
mais uniquement parce qu'elle exprime les vérités 
acquises. Ces vérités proviennent des deux sources de 
notre savoir : l'observation et le raisonnement {pratyaksaj 
anumäna). 

Ainsi, quand nous apprenons par l'intermédiaire de la 
parole, ou bien quand nous communiquons à un autre 
par la même voie, une vérité (reconnue telle d'après 
l'expérience), la parole, dans ces deux cas, devient une 
« conséquence » de ce qui est vrai en soi (en fait) (i). Et 
lorsque, entendant une parole vraie, nous apprenons un 
fait certain, c'est une conclusion que nous tirons. De 
même qu'en voyant la fumée nous concluons à la présence 
du feu, bien qu'invisible ; de même d'une parole vraie 
nous concluons au fait certain, qui en est cause. Ainsi 
donc toute parole est une conclusion causale, parce que 
la vérité, le fait certain qu'elle exprime, est une cause : 

(1) N. b. L, G4, 6-7 : bahyavastunäntarlyakam çabdam ...., bäht/är- 
thakäryäc chabdäl 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 161 

la parole vraie est une conséquence de cette cause, de ce 
fait réel (i). 

11 est donc acquis que la parole, en tant que nous y 
puisons une vérité, n'est que « conséquence », et non 
point source indépendante de notre savoir. C'est par pure 
métaphore que nous désignons le syllogisme comme 
source de certitude, puisque ce ne sont point les paroles, 
mais leur cause, — à savoir les faits réels qu'elles expri- 
ment, — qui sont la source du savoir. 

En vertu de cette considération, Dignâga, qui ne 
reconnaît que deux sources à notre savoir, a admis dans i ^ 
son système l'examen du « raisonnement pour autrui », 
ou « syllogisme », qui n'est que l'expression verbale du 
raisonnement. 

D'autre part, la théorie du « raisonnement pour 
autrui » est dépouillée de sa signification dans le système 
de Praçastapâda, parce que celui-ci reconnaît la parole 
empreinte d'autorité du Maître (castra, àgama) pour source 
de notre savoir ; il la tient même comme supérieure à 
toute autre ; en sorte que, s'il y a contradiction, toute 
autre preuve est invalidée par le témoignage direct du 
Maître, ou bien par celui du dogme accepté avant 
examen (2). 

Comme tant d'autres parmi les innovations introduites 
par Praçastapâda, la distinction des deux raisonnements 
« pour soi », « pour autrui », a fait fortune auprès des 
Naiyâyikas et des Vaiçeçikas. Les deux écoles unifiées l'ont 
acceptée et incorporée dans leur logique et, jusqu'à nos 
jours, elle est demeurée universellement admise par 

(1) V. JV. b, t,, 64. 8 : käryalingajam anumänaiiipramänam çabdanu 
Cf. le passage entier 63. 15-65. 5. 

(2) Voir ci-dessus, p. 159, n. 4. 

IL 



r 



ICâ LE MLSÉON. 

toutes les écoles de Tlnde. Ces écoles ont néanmoins, par 
pur esprit de conservation, gardé la parole au nombre 
des sources indépendantes de notre savoir, en sorte que 
la théorie bouddhique perd entre leurs mains sa signifi- 
cation et sa raison d'être (i). 

VI. 

Dans les pages qui précèdent nous croyons avoir établi 
que les points de contact entre Praçastapâda et Dignâga 
ne se peuvent expliquer qu'en admettant la priorité de 
Dignâga. Une circonstance vient à l'appui de cette suppo- 
sition. Dignâga est célèbre par la défmition qu'il a donnée 
de la ce perception par les sens » (praiyak^a) en tant que 
source de notre savoir. Il la définit comme générique- 
ment distincte de notre faculté d'imagination (2). Il sem- 
ble admettre que l'intuition (3) et l'imagination (4) doivent 
nécessairement concourir à la formation de chaque idée (5). 
C'est pourquoi l'intuition, quoique facteur indépendant, 
constitutif de notre savoir, ne peut néanmoins arriverà 
former une idée qu'avec le concours de l'imagination (e). 

(1) Il est vrai que Kaçâda ne compte pas, lui non plus, le çàbda pour 
un pramâna indépendant. Mais on no peut, sans forcer le sens, inter* 
prêter les sûtras IV, 2. 1-2, comme impliquant la théorie des deux anu- 
mànas, d'autant plus que l'argumentation de Praçastapâda rappelle Tai'- 
gumentation bouddhique : le çabda est un anumäna [häryänumäna), 
voyez p. 213. 11-15. Praçastapâda a aussi identifié le parärthänumäna 
avec lepancâvai/ava de Gotama, que celui-ci comptait parmi lespadär- 
thas et non parmi les pramänas, et cette identification a été adoptée par 
toutes les écoles postérieui-es. 

(2) halpanäpo4ha, 
(3j praiyak^a, 

(4) kalpanâ = utprek^ä cf. N. h, t, p. 20. 9. 

(5) V. Manuel de Logique, trad, russe, p. 119 et suiv. (notes 97-112). 

(6) vikalpena anugamyate, cf. N, h, t., 4. 5 et 14. 15. 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 165 

Toute perception dont nous prenons conscience, est le 
praduit d*une synthèse d*iinpressions momentanées, réu- 
nies en un seul faisceau (i) par notre faculté d'imagination. 
Donc la perception, en tant qu'elle est la source d'une 
idée (ou image représentative), n'est produite qu'avec le 
concours de l'imagination ; mais la perception par les 
sens est en elle-même une source génériquement distincte 
de l'imagination [i). — Définition rendue célèbre par les 
polémiques qu'elle a soulevées. 

Cette théorie de Dignâga ne fut adoptée en son entièreté 
par aucune des écoles philosophiques de l'Inde, mais elle 
ne resta point sans influence sur le développement ulté- 
rieur de la logique indienne. Nous y trouvons établie plus 
tard une distinction entre la perception « à laquelle a con- 
couru l'imagination (s) », et l'intuition pure (4). Praçasta- 
pada mentionne et combat la définition de la perception, 
donnée par Dignâga, mais sans en nommer l'auteur (5). 
Pourtant, nous savons, par le témoignage direct de 
Yâcaspatimiçra (e), que l'auteur de cette théorie si carac- 
téristique de la tendance critique de la philosophie boud- 
dhique, n'est autre que Dignâga. Ceci est une preuve 

(1) ksan^santäiia. — N, b. 1. 16 2-4. 

(?) Cf. la doctrine toute pareille de Kant sur la synthèse des perceptions 
qui concourent à la formation de l'image représentative. Compai'ez sur- 
tout ces paroles : « Il n*e8t venu jusqu'à présent à l'espiit d'aucun psycho- 
logue que rimagination est un facteur nécessaire de la perception n [Kr. 
d. r. K, A', note à la page 120) Kant n'aurait pu parler ainsi s'il avait 
eu connaissance du criticismo bouddhique. 

(3) savikalpakapratyak,fa 

(4) nirvikalpaka, 

(5) Cf. Praçastap. p. 187. 13 et suiv. ; de même Nyäyakandali, 190. 
5 et suiv. Çrîdhara mentionne la seconde partie de la définition bouddhi- 
que de la perception {abhräntam), donnée par Dharmakîrti, et qu'on ne 
trouve point dans Dignâga, cf. Nyäyavärt, p. 45. 5. 

(6) Cf. Tàip, p. 102. 1 et suiv. 



164 LE MUSÉON. 

incontestable que Praçastapâda a connu les écrits de 
DJgnâga» soit qu'il vienne après lui, soit qu'il ait été son 
contemporain. 

VII. 

Nous ferons encore remarquer que la doctrine de 
Gotama et de Kanada, fondateurs de l'école des Naiyâyi- 
kas et des Vaiçeçikas, est énoncée en une série de sQtras, 
d'aphorismes détachés, et non exposée systématique- 
ment. Pourtant, h une époque plus avancée, des écri- 
vains de l'école des Naiyâyikas renoncent à la forme tra- 
ditionnelle et exposent leurs théories dans des traités 
systématiques. Cette transformation n'est-elle pas due 
à rinfluence des écrivains bouddhistes ? Ainsi le traité de 
Dignâga, le Pramânasamuccaya est un exposé systéma- 
tique, qui ne suit point Tordre des sQtras de Gotama. Le 
traité de Praçastapâda est le premier de l'école des Yaiçe- 
çikas qui présente un exposé systématique [samgralia) des 
théories de l'auteur. A son exemple, Udayana-âcârya et 
tous les écrivains des Naiyâyikas et des Vaiçeçikas qui 
viennent après lui, adoptent la forme de l'exposé systé- 
matique, (rest à ce moment que s'accomplit la fusion des 
deux écoles. — Praçastapâda a subi en tant de points 
l'influence des théoriciens du Bouddhisme, qu'on ne 
saurait douter qu'il n'ait, encore une fois, imité leur 
exemple en adoptant la forme du traité systématique. 

De ce qui précède nous tirons la conclusion que c'est 
bien Dignâga qui est le créateur de la logique et de la 
théorie de la connaissance bouddhiques. Praçastapâda a 
subi son influence et modifié en conséquence la doctrine 
des Vaiçesikas. Les modifications introduites par Praças- 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 165 

tapâda, en conformité avec la théorie bouddhique, dans 
le système des Vaiçeçikas, se sont maintenues pour la 
plupart dans leur logique jusqu'à la fusion des deux 
écoles des Naiyâyikas et des Yaiçesikas. C'est ainsi que 
l'école des Naiyâyikas, dont les docteurs avaient autrefois 
combattu avec acharnement la doctrine bouddhique, se 
^it amenée à subir l'influence de cette même doctrine. 
Par l'intermédiaire du Nyàya et Vaiçeçîka unifiés, les 
bouddhistes influent indirectement la théorie de la con- 
naissance de toutes les écoles indiennes de philosophie. 



APPENDICE. 



Note sur l'apoha. 

Il est reconnu que les bouddhistes possèdent sur la 
signification de la parole une théorie qui leur est propre. 
En quoi consiste cette théorie ? C'est ce que jusqu'à pré- 
sent on n'est point parvenu à élucider. La signification 
de la parole, disent les bouddhistes, est toute de négation. 
Le mot ne désigne rien, si ce n'est une négation. Le mot 
« cruche », par exemple, dénote que l'objet en question 
n'est point « une toile », ni tel autre objet, n'est point 
une <c non-cruche ». Mais ce mot ne contient aucune 
affirmation positive, qualificative de l'objet « cruche ». 
C'estainsi que Athalye résume cette théorie (i). Qu'entend- 
on dire en affirmant que le mot, à proprement parler, 
ne signifie rien autre qu'une négation ? Nous croyons 
pouvoir proposer l'explication suivante : il est facile de 

(1) Tarkasarhgraha, p. 341. 



166 LE MUSÉbiN. 

reconnaître que le sens de chaque proposition change du 
tout au tout, selon que l'accent tombe sur tel ou tel 
membre de phrase. Prenons la proposition : « offre des 
rafraîchissements à Devadatta » (i). Si vous mettez Taccent 
sur ce rafraîchissement », c'est que vous voulez dire qu'on 
offre à Devadatta des rafraîchissements et iwn autre chose. 
Si vous accentuez a Devadatta », le sens change et vous 
aurez indiqué, qu'on offre des rafraîchissements à Deva- 
datta et no7i à tiTic autre personne. Ainsi, dans le premier 
cas, le mot « rafraîchissement » veut dire pas autre chose, 
et, dans le second cas, le mot « Devadatta », personne 
d'autre. Se conformant à cette loi, les écrivains boud- 
dhistes se servent de la particule eva pour indiquer le 
mot sur lequel tombe l'accent logique d'une proposition. 
Aussi c'est la coutume de ces écrivains d'indiquer ordi- 
nairement avec une Ipu^ble précision non seulement tout 
ce qui est affirmé par tel terme, mais encore tout ce qui 
est exclu par lui. De la sorte, on arrive à définir avec une 
parfaite clarté tout ce qu'on entend affirmer. Il serait 
donc plus juste de désigner cette théorie, dite du seiis 
négatif Ae la parole (apoha), comme théorie du sens relatif, 
ce qui serait parfaitement d'accord avec la théorie boud- 
dhique de la connaissance, théorie qui proclame la rela- 
tivité de notre savoir, le considérant, non comme la con- 
naissance de la chose en soi, mais uniquement comme la 
connaissance des relations que nous constatons ; — théorie 
parfaitement d'accord avec les vues de Kant, qui main- 
tient que tout notre savoir est purement relatif (2). Cette 
conception de la connaissance, les bouddhistes la trans- 
posent et l'appliquent à la parole qui en est l'expression^ 

(1) Voir Nyäyavärt, p, 59. 2, 115. 10, 133. 18. 

[2) Cf. K. d. r. y. A«, p. 4S et les suiv. 



TfiÉORlE BOUDDHIQUE DE ÎX GOiNNAlSSANCE. 1*67 

par opposition surtout à leurs adversaires, les théoriciens 
de la Mïmâriisâ. Le système de la Mlmaihsâ admet qu'en 
toute parole il existe une force propre, qui communique 
aux objets réels la forme sous laquelle nous les imagi- 
nons (i). 

B. 

Le moyen terne défectueux. 

L'histoire des classifications du moyen terme {litiga^ 
hetu) défectueux en général peut être représentée par le 
tableau suivant : 

I Gotama (A. D. 1, 2, 4-9 : 

i) savyabhicûra (alias sarhdigdha) 
2) viruddlia 

' (1) Dans la formule qui établit les trois conditions du moyen terme, 
nous retrouvons le mode d'expression particulier aux bouddhistes. Cette 
formule est de Dignâga, nous en avons la preuve dans les attaques 
d*Uddyotakara (cf. Nyayavart, 58. 21 et suiv.). Praçastapâda adopte 
cette théorie et jusqu'à la formule môme de Dignâga (200. 20 : nasty èva) 
Vâcaspatimiçra constate que la théorie AeVapoha a influencé la formule 
des trois conditions, v. Tätp. 129. 14 et suiv. Il semblerait que sur cette 
question il y eut divergence d'opinion entre Dignâga et Dharmakirti. Ce 
dernier soutint qu'on ne peut rapporter une seule particule eva (un seul 
avadhärana) à deux mots à la fois. La formule de Dignâga était : anu- 
meya Hha tattulye sadhhâvo (a) == anumeye sapahse ca sattvam eva, 
tandis que Dharmakirti s'exprime comme il suit : anumeye sattvam eva, 
sapaksa eva sattvam (N. b. 104 3-4). Vâcaspatimiçra conclut l'^explication 
de ce point par les paroles suivantes {Tätp, 129. 26-27) : tasmät samua^- 
yamänävadhäranäbhidhänam kirteh svätantryena tac fäyuktam iti 
hrtani vistarena = (textuellement) « c'est pourquoi (Dignâga a employé) 
une expression (renfermant) un accent collectif (sur deux mots) et par 
l'opinion indépendante de [Dharmajkîrti il est traité longuement que ceci 
est faux. » 

(a) iV. Ydrt. 58, 2-3. La formule complote indique la troisième condition : 
nAitild *satîty anumânam. 



168 LE MISÉON. 

3) prakaranasama 

4) sädhyasama 

5) kùlâtîla 

IL Kapâda {V. I), llï, 1, 15-17) : 

1) asan 

2) samdigdha 

III. Le même, selon le texte altéré par Praçastapâda : 

1) aprasiddha (= viruddha -f- anadhyava- 
sita, cf. Praçast. 259. 13 et Çrîdhara 
205. 2-3). 

2) asan (= asiddha, cf. Çrîdhara, 205. 3) 

3) samdigdha (alias savyabhicâra, anaikân' 
tika) 

IV. Dignâga, dont le système est reproduit dans le 
Nyayabindu 111. 19-115. 1 : 

1) asiddlia^ avec ses subdivisions (N. B. 
111.20-112. 13) 

2) virtiddfia incl. istavighâtakrt (jS. B. 113. 
12-114. 2) 

3) anaikântika (-= samdigdha A. B. 112. 
13-113. 13, inclus asâdhârana, N. B. 
114. 2-19, cf. N.B. t. 79. 21, et virtidrfAâ- 
vyabhicârin, N. B. 115. 1-19). 

Dharmakîrti reproduit cette classification avec élimina- 
tion du viruddfiavyabhicârin {N. B. 115. 1-19) et de ri^ta- 
vighâtakrt {N. B. 113. 17-114. 2). 

V. Praçastapâda (238. 9-239). 

1) asiddha^ayec des subdivisions empruntées 
à IV (238. 10-17), cf. Vasiddha de VI 

2) viruddha, renfermant une partie du 



THÉORIE BOUDDHIQUE DE LA CONNAAISSNCE. 169 

virtiddhavyabhicarin = bâdlnta = ? i^t^^- 
vighâtakrt (238. 17-20 et 259. 4-10). 
5) &'cim(/i9(//ia, exclusion faite de Vasâdhùrana 
(239. 10-13) et du virtiddhavyabhicarin 
(238. 23-239. 10, cf. Çrïdhara 241. 13- 
244. 22). 
4) anadhijavasita =- asodhûrana, inclus 
l'autre partie du viruddhùvyabhicârin 
(238. 23-239. 4 et 239. 10-13). 
VI. Nyâya-Vaiçeçika unifié : 

1) asiddha, qu'on identifie avec le sâdhya- 
sama de Gotania (I, 2, 8, déjà dans le 
Nyâyavârt. p. 177. 1), mais les subdi- 
visions en remontent à Vasiddha de 
Dignâga : 

a) âçrayùsiddha = anumeyâsiddha 
chez Praçastapâda (238. 16-17 cf. 
Çrïdhara 240. 15) = dharmyasiddha, 
N.B. 112. M. 

b) svarûpàsiddha = tadbhâvùsiddha 
chez Praçastapâda (238. 14-16 cf. 
Çrïdhara 240. 12) = samdigdhü- 
siddhah, N. B. 112. 8 

c) vyapyatvCisiddha, remonte proba- 
blement à la première variété de 
Vasiddha de Dignâga, dans lequel 
la première condition du moyen 
valide n'est pas avérée, et par con- 
séquent la vyâpti est asiddha ; cette 
variété elle-même a trois subdivi- 
sions chez Dharmakîrti [iV. B. 112. 



170 LE MISÉON. 

2-7), subdivisions que Praçastapada 
ne compte que pour deux (238. 12- 
i4), — distinction dont on a cessé 
de tenir compte plus tard. 
2) savyabbicära = sarhdigdha, dont les 
deux divisions sùdhûrana et asädharana 
remontent à Dignäga 
5) viruddha, séparé du bùdhita, auquel 
Praçastapâda l'avait réuni (239. 9). Le 
viruddlia de Gotama (I, 2, 6) est plutôt 
un budhitüy ou un i^tavigliâtakrt (voyez la 
note 5 p. 30) 
4) bùdhita = viruddha chez Praçast. (259. 
4-10) = viruddhâvyabhicârin de Dignâga 
(cf. Çrldhara 241. 13-242. 16 =? pra- 
karanasama de Gotama (I, 2, 7). 
Comme corollaire des 5 classes du moyen défectueux, 
les modernes {Tarkabhüsä^ Tarkakaumudîy Tarkâmrta, cf. 
Âthalye, Tarkasaifigraha, p. 295) établissent 5 conditions 
au lieu de 3 du terme valide ; les 4* et 5® conditions cor- 
respondent aux moyens bädhita et satpratipak^a. Il est 
évident, que cette addition doit son origine au désir de 
conserver entre le nombre des conditions et le nombre 
des moyens défectueux, le parallélisme qui a été intro- 
duit par les bouddhistes. 



M. Th. de Stchorbatskoï me conseille de signaler ici, en manière de 
post-scriptum, un passage du Pramänasamuccaya sur lequel j'avais 
attiré son attention. — L. V. P. 

Dignâga cite dans son Pramänasamuccaya (Tandjour, 
Mdo XCV, fol. 1-13 a) des textes empruntés au « Yaîçeçi- 
kasûtra ». 



THtomiC BOUDDHIQUE DE LA CONNAISSANCE. 171 

Bye-brag-pa-rnams-kyi indo-las . bdag daA dbaA-po 
dan yid dan | don-du phrad-pa-las gaA gi*ub-pa de gzhan 
yin-no zhes zer-ro. 

Spyi dan khyad-par-la bitos-pa dan | rdzas dan yon- 
tan daÄ las-la bltos-pa ni miion-suni-mo zhes sbyor-mi- 
bya ste. 

La première citation = V. D. III. I. 18 : ùtmen" 
driyârthasamnikar^d yan ni^padyaie tad anyat. Le texte 
tibétain comporte une variante : atma-indriya-manah 
(= yid) -artha ... ; mais il faut observer que les mots 
« yid dan » ne sont pas reproduits dans le commentaire 
(ibid. fol. 19 a 5), œuvre de Dignâga lui-même. Le com- 
mentaire indique des variantes : <c indriyärthasamnikar' 
^âd », « âtmamanahsarhnikar^ûd [\). — Il fournit la défi- 
nition suivante, qui rappelle les expressions de Praçasta- 
pâda*: bzhi-po phrad-pa-las skyes-pai çes-pa dan | gtan-la- 
hbebs-pa-las skyes-pa mthsuAs-pa ma yin te | gtan^la 
hbebs-pa ni brtag-pa sAon-du-hgro-ba yin-pai-phyir-la | 
mnonsum ni yul-la Ita-ba-tsam yin-paî-phyir-ro = catm}- 
tayasarhnikarsûd Htpannam jnùnarh viniçcayâc cotpannam 
osarne, viniçcayasya paru(sûpart*amgamatvùt pratyak^asya 
ca v^ayûtocanamutratvât, — Cf. Praç. 186. le, 187. i8. 

Le deuxième passage parait devoir être traduit : sûmù- 
nyaviçe^ùpek^arh dravyagumkarmâpek^am ca pratyak^am 
iti na prayoktavyam, — ce qui coïncide avec Praç. 
186. 16 somonyaviçe^adravyagunakarmaviçeçanùpekçûd 
âtmamanal^sarhnikarçût pratyak^am utpadyate. — Le com- 
mentaire justifie la sentence iti na prayoklavyam = 
« cette exégèse est mauvaise », dans les termes suivants : 
gan-gî-phyir dban-po dan yul-du phrad-pa-las skyes-pa 
ni » yasmûd indriyaviçayasamnikarsad utpannam. 



(1) gzhan-dag ni gtsobo yin-pai-phyir bdag daft yid-du phrad-pa ihsad- 
mao zhes zer-ro = apare pradhänatväd ätmamanahsamnikar^ah pra- 
mänam itù 



HISTOIRE DE KIIODADAD, 

FILS DE NAUROÜZ-CHÄH, ET DE SES FRÈRES, (i) 

THADUrr DU PEKSAN PAU M. AuG. BkIGTEUX. 



Les conteurs, les narrateurs, les chroniqueurs et les 
perroquets croqueurs de sucre au doux langage rapportent 
rhistoii*e suivante : 

(1) On sait que le conte de Khodàdàd, que donne la collection de âallaud, 
ne figure pas dans les manuscrits des Mille et une nuits. Traduit pai* 
Pétis de la Croix, il a été subrepticement introduit dans cette collection 
par Téditeur, à Tinsu de Galland et de Pétis. (V. Chauvin, Bibliographie 
des ouvrages arabes, t. VI, p 71). L'original, qui était resté inconnu jus- 
qu'à ce jour, a été signalé pour la première fois pài* la Bibliographie 
(p. 69 ) C'est cet original que M. Bricteux, chargé du cours de persan à 
l'Université de Liège et actuellement en mission scientifique en Perse, 
a bien voulu traduire pour le Muséon. 

Le manuscrit persan qui le contient appartient à la Bibliothèque de 
Berlin, qui l'a gracieusement mis à la disposition de M. Bricteux. (Cata- 
logue, tome IV, p. 988, n® 1031, Minutoli 8.) C'est une collection de contes, 
qui ne manque pas d'intérêt ; nous comptons en publier encore un et 
donner le résumé du reste. Le manuscrit a été achevé le 17 janvier 1830 ; 
il est donc très récent, mais reproduit certainement un original beaucoup 
plus ancien. En tout cas, on remarquera que le conte de Khodàdàd, tel 
qu'il le donne, est bien plus simple que la version de Pétis de la Croix. 

On y i*etrouve d'ailleurs plus d'un des éléments dont usent ou abusent 
les conteurs orientaux : l'arbre qui reverdit (Bibliog arabe, V, p. 51 et 
294) ; la conception merveilleuse (p. 43 et 294) ; la voix du sang (p. 13) ; le 
travestissement de la jeune fille (p. 96 et 295) ; la construction d'une hôtel- 
lerie afin d'attirer beaucoup de gens et d'obtenir ainsi des nouvelles d'une 
personne qui a disparu (p. 90 et 295) ; la guérison miraculeuse d'un mutilé 
(p. 139), etc. Victor Chauvin. 



HISTOIRE DE KtlODADAD ET DE SES FRÈRES. 175 

Dans les états du Machriq (i) il y avait une fois un 
roi du nom de Nauroùz, monarque puissant et absolu. 
Il avait cent femmes et aucune d'elles ne lui avait donné 
d'enfant. Le roi de Khazàn — c'était le nom de la ville — 
était nuit et jour tourmenté par la pensée d'avoir une 
postérité. « Qui donc sera mon successeur? » se disait-il. 
« Qui continuera ma dynastie? )>. Enfin, il se décida à 
ouvrir les portes de ses trésors et fit aux pauvres, aux 
derviches et aux indigents de grandes largesses. Et cette 
nuit même, le roi put goûter les douceurs du sommeil et 
eut un songe. Un être lumineux lui apparut et lui dit : 
<c O roi, tel est l'ordre de Dieu : il y a dans ton jardin un 
arbre desséché depuis trois ans. Or il vient de reverdir 
par la puissance divine et a produit cent et un fruits. 
Le matin, dès que tu seras levé, va chercher ces fruits, 
manges-en un toi-même et distribue les cent autres a tes 
femmes et, par la grâce de Dieu, leur sein sera fécondé. >> 

Rempli de joie par ce songe, le roi s'éveilla à l'instant, 
fit une ablution et deux prosternations, puis manda ses 
femmes à qui il ordonna de réciter également deux prières 
propitiatoires, et leur raconta sa vision. Il fit venir alors 
les jardiniers et leur parla en ces termes : « Vous savez 
qu'un tel arbre était desséché. Il a retrouvé sa fécondité et 
a donné cent et un fruits. Allez les cueillir, apportez-les 
moi, et que pas un seul ne se perde sans quoi je vous châ- 
tierai d'importance. Par contre, si vous vous acquittez bien 
de votre besogne, vous serez récompensés comme il sied. » 
Les jardiniers s'en furent donc et trouvèrent l'arbre 
comme le roi l'avait décrit. Ils s'en émerveillèrent gran- 
dement et adressèrent à Dieu des actions de grAces. Après 
quoi ils cueillirent les fruits, les mirent dans un plat el 

(1) = de l'Orient. 



ìli LE MUSÉON. 

rapportèrent au roi. Le monarque en mangea un, et ses 
épouses rimitèrent. Or ce jour et cette nuit même, par 
la vertu de ces fruits miraculeux ou plutôt par la puis- 
sance divine, le roi eut commerce avec ses femmes et 
toutes devinrent enceintes. 

Or Nauroûz avait une favorite du nom de Firoùzé (i) 
d*une beauté et d'une grâce nonpareilles. Aussi la préfé- 
rait-il a toutes les autres. Cette jeune femme refusa par 
pudeur d'avouer son état, et les autres femmes rappor- 
tèrent le fait a leur époux et maitre. 11 la fit venir et eut 
beau l'interroger, la charmante créature garda pudique- 
ment le silence. Le roi fut grandement désappointé, 
il fut bientôt accablé par le souci et la mélancolie, et 
voulut la mettre à mort. Par bonheur, il avait un vizir 
d'une grande sagesse qui, informé de ce funeste projet, 
se présenta devant son souverain, et lui dit après s'être 
incliné : « grand roi, la nouvelle que je viens d'ap- 
prendre ne laisse pas de m'étonner. » — <c Mais comment 
se fait-il, » répliqua le roi, « que toutes mes autres 
femmes sont enceintes, et que seule, elle ne me donne 
pas l'espoir d'une progéniture ? Est-ce que peut-être 
elle se refuserait à me donner un enfant ?» — « Sire », 
repartit le sage vizir, <c vous connaissez les ruses des 
femmes. 11 arrive d'ailleurs que, tant que l'enfant n'a 
pas atteint sou sixième mois, la mère elle-même ignore 
son état. Envoyez Firoùzé chez votre cousin, et quand les 
signes de la grossesse se manifesteront chez elle, qu'on 
la renvoie. Si elle reste stérile, agissez comme bon vous 
semblera. » — « Soit », aquiesça le roi. 

Il possédait une province très florissante du nom de 
Sâmra, et le dit cousin en était gouverneur. Le roi remit 

(1) Littéralement « Turquoise ». 



tllSTOIIlE DE KIIODADAD ET DE SES FKÊRES. 175 

Firoùzé avec une somine d'argent à un homme de con- 
fiance et l'envoya à la ville de Sâmra. Aussitôt arrivée, 
le gouverneur l'envoya au harem, la choya comme si c'eût 
été sa propre tante et la combla nuit et jour d'égai*ds. 
Bref, six mois se passèrent, la jeune femme constata 
qu'elle portait un être dans son sein, puis enfin, quand 
neuf mois, neuf jours, neuf heures et neuf minutes se 
furent écoulés, elle mit au monde un fils beau comme la 
lune du quatorze du mois (i). 

A cette nouvelle, l'émir de Sàmra entra dans une grande 
oie. 11 envoya sur l'heure à son royal cousin une lettre 
iont la teneur était la suivante : « Tel jour et à telle heure 
f)ieu T— il est grand ! — t'a gratifié d'un fils, mettant 
linsi Firoùzé au comble de ses vœux. » Après la lecture 
ie cette missive, le souverain répondit : « Dieu — il est 
n*and ! — m'a déjà donné quatre-vingt-dix-neuf fils. 
Sarde quelque temps encore celui-là avec sa mère. Quand 
e t'écrirai, tu me les enverras. » Cette marque de con- 
fiance remplit de satisfaction l'émir de Sàmra. Il fit con- 
Ber le nouveau-né aux nourrices, et, quand il fut en âge, 
il lui donna un précepteur. Ses études littéraires durèrent 
trois ans, et il fut vite au courant de toutes les sciences ; 
après quoi on lui fit enseigner le jeu de polo (2) et l'art 
de manier la lance avec toute la perfection indispensable 
dans l'art de la guerre. Quand Khodàdàd (3) — tel était le 
nom de cet enfant modèle — eut atteint l'âge de quatoi*ze 
ans, c'était un charmant adolescent à la barbe naissante, 

(1) La pleine lune. Un visage bien arrondi est pour les Persans Tidéal 
de la beauté. De là cette comparaison si fréquente. 

(2) En faveur en Perse depuis un temps immémorial. Il en est fait 
souvent mention dans le « Livre des Rois. » 

(3) Khodàdàd = littéralement : « Dieu Ta donné. » C'est l'inveisse de 
Dieudonné = « donné à Dieu. » 



176 LE MUSÉON. 

bien proportionné, d'une beauté parfaite, si bien que 
c'était merveille de le voir. 

Un jour, il alla trouver sa mère et lui dit : « Mère, ne 
sait-on donc pas qui est mon père ? ». Fîroûzé l'épondit : 
« Mon enfant, tu es le tils du roi de Khazân, qu'on appelle 
Nauroûz-Châh ». — « Et pourquoi donc nous a-t-il exilés 
dans cet endroit ? » Sa mère lui raconta son origine et son 
histoire. « L'émir », dit-elle, « est le cousin de ton 
père. » — « mère, je suis tourmenté du désir de voir 
mon père. Il faut que j'aille le trouver. » — « Patiente 
encore, mon enfant, jusqu'à ce que lui-même te mande à 
sa cour. » Bref, Khodâdad alla prendre un cheval à 
récurie, s'arma de pied en cap et sortit de la ville comme 
pour aller à la chasse ; monté sur un coursier aux sabots 
durs comme le diamant, il se dirigea vers la ville de 
Kha/än, se présenta au roi, s'inclina devant lui, le loua et 
lui rendit hommage. Quand les regards de Nauroûz tom- 
bèrent sur le jeune homme, l'amour paternel agit en lui 
a son insu. « D'où viens-tu, » dit-il, « ô jeune homme? » 
— Khodàdàd lui déclara qu'il ne connaissait pas son 
père. Quoi qu'il en soit, le roi le prit à son service, et 
Khodâdâd se distingua tellement qu'en peu de temps il 
devint le favori de Nauroûz. Le roi finit même par lui 
confier les clefs du trésor et en Ht son héritier présomptif. 
Quant aux quatre-vingt-dix-neuf autres fils, ils devinrent 
les subordonnés de KhodAdad, à qui les grands de la cour 
et les hauts dignitaires allaient chaque jour présenter leurs 
respects. 

(Le narrateur continue ainsi :) l^es fils du roi finirent 
par se dire : « Le roi notre père nous a fait le plaisir de 
prendre comme favori un étranger. Nous n'avons absolu- 
ment rien à dire. Il faut pourtant bien trouver un plan 



ttfSTOlBfi DE KHODADAD ET DE SES FRÈRES. i77 

pour renverser cet intrus. » Ils se cancertèrent donc et 
finirent par prendre la décision suivante : « Demain nous 
demanderons à Khodâdâd la permission d'aller a la chasse. 
Il nous l'accordera certainement, et nous cheminerons 
jusqu'à ce que nous arrivions dans un autre pays. Notre 
père sera sans nouvelles de nous. Le chagrin et la mélan- 
colie s'empareront de lui, et sa colère se tournera contre 
Khodâdâd qu'il fera périr. » Ils tombèrent d'accord à ce 
sujet. Le lendemain matin ils se présentèrent à Khodâdâd 
et lui demandèrent l'autorisation de partir pour la chasse. 
Ils l'obtinrent et étant ainsi arrivés à leurs fins, ils sor- 
tirent de la ville et se mirent en route. Quelques jours se 
passèrent. Le roi, informé de la disparition de ses fils, fit 
appeler Khodâdâd et lui demanda des nouvelles de ses 
enfants. « Sire », dit-il, « sache qu'ils m'ont demandé il 
y a trois jours la permission d'aller chasser. Ils sont partis 
et depuis lors je n'ai plus la moindre nouvelle de leur 
sort. » Inquiet du sort de ses fils, le roi tomba dans une 
humeur noire et s'emporta contre Khodâdâd : « Misérable, 
pourquoi te mêler d'une chose qui ne te regarde point ? 
Tu as exaspéré mes enfants, tu as outrepassé les bornes. 
Agir comme tu l'as fait, c'est risquer sa tête. Lève-toi, 
découvre mes fils et amène-les moi, sinon, je te coupe en 
morceaux pour que ton châtiment serve de leçon à 
l'humanité entière. » 

Le pauvre Khodâdâd, terrifié, se mit à trembler comme 
la feuille du saule. Il partit, revêtit ses armes, monta à 
cheval et sortit de la ville. Il chemina ainsi dix parasan- 
ges, le soleil se coucha, la nuit vint, il descendit de sa 
monture et après avoir laissé paître son cheval, il se cou- 
cha par terre pour dormir. A l'aurore, il se leva, monta 
à cheval, et voyagea de la sorte cinq jours. Il eut beau 

12 



i78 LE MtSÉoN. 

pai*courir le desert, il ne ti*ouva pas la moindre trace des 
fugitifs. Enfin, le sixième jour, il arriva à une oasis, dont 
les eaux courantes arrosaient des paiterres d*hyacinthes 
et de lys. Il y vit un kiosque dont le sommet atteignait la 
voûte des cieux, avec un portail dont l'ivoire resplendis- 
sait au soleil. Le château était flanqué d'un donjon dont 
la porte était ouverte. Une gracieuse damoiselle, placée à 
la fenêtre de l'appartement supérieur, explorait du regaitl 
l'horizon. Quand elle aperçut Khodàdàd, elle s'écria : « 
jouvenceau, comment as-tu pu volontairement t'aventurer 
dans cette terre de désolation ? (i) Qu'est-ce qui a pu 
t'amener dans cet endroit funeste ? Retourne vite sur tes 
pas, regagne ta patrie, car ici, c'est la mort que tu viens 
chercher. » — « Pourquoi ? » lui demanda Khodâdâd. « C'est 
le séjour d'un horrible div, dont cent mille hommes ne 
sauraient venir à bout. » — « ravissante créature, 
comment donc toi-même as-tu pu arriver dans un pareil 
endroit ?» — « Sache, ô jouvenceau, que je suis la fille 
du roi d'Egypte. On m'emmenait à Bagdad en qualité de 
fiancée, et en chemin ce div nous a assaillis, et a mis en 
pièces mon escorte. De mes hommes les uns ont été tués, 
et les autres ont été faits prisonniers. Il les a amenés dans 
cet affreux séjour, les a jetés dans un puits, chaque jour 
il rôtit un de ces malheureux et le dévore. Quant à moi, 
il m'a enfermée dans ce castel. Chaque jour il part en 
chasse, puis revient à la chute du jour et me met à la 
torture parce que je ne veux pas céder à son caprice. 
Voilà trois mois que je suis ici, humiliée, toute éperdue 
et accablée par le chagrin. A présent, toutefois, je ne 
pense plus à ma propre douleur, tant je m'afilige sur ton 
sort. » — a Dieu est généreux ! » reprit Khodâdâd. 

(1) Lo texte a gûristàn = littéralement « eimetièi^. » 



ItlStOIRË DE KHODADAD Et DE SES FUÈllES. 170 

« Mais, compatissante jeune fille, dis-moi, où est donc ce 
div ?» — « Il est parti pour pratiquer le brigandage et' 
revient de temps à autre. » — « Si jamais il arrive, » dit 
le brave Khodâdâd, « je vais, avec l'aide de Dieu, mettre 
un terme à ses forfaits, et je t'arracherai à cet abime de, 
désolation. » Comme ils étaient en train de converser 
ainsi, ils virent tout-à-coup s'élever sur la plaine un 
nuage de poussière où l'on distinguait la silhouette du 
div noir, noyé dans une armure d'acier. A cette vue, la 
damoiselle s'écria : « jeune homme, tu es perdu. Voilà 
ce div maudit en personne. » Mais dès qu'il Taperçut, 
Khodâdâd descendit de cheval et assujettit solidement les 
harnais, après quoi il remonta en selle. Quand le div 
maudit arriva et vit le prince : « Hé ! fils de chienne, » 
lui dit-il, « que fais-tu ici ? » Khodâdâd, le considé- 
rant attentivement, vit que c'était un nègre anthropo- 
phage que la jeune captive avait pris pour un démon. 
« Hé ! nègre de malheur, » dit-il, « parions que je vais 
t'arranger de telle façon qu'on en parlera dans les annales. ' 
Ta tète va rouler dans la poussière et le sang. » Puis il 
poussa son cri de guerre. Le géant, pareil à un démon, 
tout hors de lui, s'élança sur Khodâdâd et voulut lui 
asséner sur la tête un coup de massue. Khodâdâd le para. , 
Bientôt ils en vinrent aux mains et échangèrent de mul- 
tiples coups de lances, cependant que la damoiselle, au 
haut du donjon, étendait toute tremblante les mains vers 
le ciel, demandant au Tout-Puissant de secourir Khodâ- 
dâd. Le jeune preux, excité encore par la galanterie che- 
valeresque (i), tira son glaive et le brandit au dessus de 
sa tête ; profitant du moment où le nègre maudit levait 
le bras pour le frapper de sa massue, Khodâdâd l'atteignit 

(1) La fameuse Qheïret araire, dont Antar est le type achevé. 



18Û LÇ MUSÉON. 

au milieu du corps de telle façon qu'il le pourfendit 
comme un concombre mûr. 

Le ciel applaudit à cet exploit, et la damoiselle qui 
avait assisté au combat descendit du donjon, se jeta aux 
pieds de Khodâdàd et adressa à Dieu des actions de grâces. 
Mais Khodâdàd Tattira sur sa poitrine, leurs mains se 
joignirent, et laissant paître son cheval, Khodâdàd la 
suivit en haut du donjon. La jeune (ille redoubla d'éloges 
et lui parla en ces termes : w prince, ce misérable était 
capable de tenir tête à mille hommes. J*avais une escorte 
de trois cents soldats : ils sont tous morts pour me défen- 
dre ; j*ai bien su résister jusqu'à présent à ses tentatives 
criminelles, mais Dieu soit loué de ce qu'il t'a conduit 
vers moi. » Ils passèrent tous deux cette nuit dans le 
château. Le matin, ils se levèrent, le parcoururent en 
tous sens, et virent dans une chambre beaucoup de 
richesses que ce bandit au cœur sombre avait amassées 
dans ses rapines. Khodâdàd aperçut aussi un bâtiment 
dont la porte était verrouillée. Il prit une pierre, en frappa 
le verrou jusqu'à ce qu'il le brisa, et pénétra dans cette 
demeure où il n'aperçut rien d'intéressant, si ce n'est 
l'orifice d'un puits. Il l'examina attentivement et vit qu'on 
y avait placé une échelle. 

Il demanda à la jeune fille : (c ma chérie, qu'est-ce 
que cette échelle dans ce puits ?» — « jouvenceau, 
sache que cet ogre maudit, chaque fois qu'un être humain 
lui tombait dans les mains, l'apportait ici et le jetait dans 
ce gouffre. Je ne sais ce qui en advenait. » Khodâdàd tira 
son glaive, mit le pied sur l'échelle et la jeune fille eut 
beau le conjurer de ne pas descendre et le mettre en garde 
contre une catastrophe possible, il lui dit : « ma char- 
mante, ce que Dieu veut ne peut être écarté », et pro- 



HISTOIRE DE KHODADAD ET DE SES FUÈRES. 181 

nonçant les saintes paroles : « Au nom du Dieu clément 
et miséricordieux (i) », il descendit. Lorsqu'il arriva au 
fond du puits, il ferma d'abord les yeux, puis les ouvrant 
après un instant, il regarda autour de lui, et que vit-il ? 
Ses quatre-vingt-dix-neuf frères dans les liens, la tête 
appuyée sur les genoux, pleurant et se lamentant. Un 
centième captif se trouvait avec eux, et un dernier était 
mort. Khodâdâd, aussitôt qu'il aperçut ses frères, leur 
demanda : « mes très chers, que faites-vous donc dans 
ce puits ? Comment avez-vous été faits prisonniers et 
amenés dans ce séjour funeste de peine et de misère ? » 
A ces paroles, ils s'arrachèrent à leurs sombres médita- 
tions, levèrent la tête et lui répondirent : « Khodâdâd^ 
Tiens à notre secours. Le jour où nous avons pris congé 
de toi pour aller à la chasse, nous nous sommes aven- 
turés dans la campagne et cet affreux div noir nous a 
assaillis. Il nous a pris un à un, nous a lié les mains et 
nous a apportés dans ce puits. » Khodâdâd ajouta : « Et 
quelles sont ces deux personnes ? » L'homme étincelant 
[de pierreries] prit la parole : « Sache, ô jeune homme, 
que je suis un homme de haute naissance. J'étais parti 
d'Alep avec dix compagnons à destination de l'Egypte. En 
chemin, nous sommes tombés sur ce div horrible qui 
nous a ligottés et nous a amenés dans ce puits. Il a mangé 
jusqu'à présent huit d'entre nous, et il ne reste plus que 
celui-là. » — c< Mes chers amis, » reprit Khodâdâd, 
« soyez sans crainte, j'ai tué ce bandit. » Puis il les 
délivra de leurs liens et les amena hors du puits. Ils 
chargèrent leurs chevaux de tout l'or et de tous les tré- 
sors de ce misérable et se mirent en route. 

(1) •* Bismniâhi Yrabniâni 'rrabimi » correspondaut à notre signe de 
la croix. 



182 LE MUSÉON. 

Cette nuit-là, Khodâdâd dit à la jeune fille : « ma 
charmante, dans le cas où tu le désirerais, je te remettrais 
à cet homme richement paré, il irait dans la direction de 
TEuphrate et t'y conduirait. » — ce jeune preux, » dit- 
elle, « je ne veux pas te quitter, je suis ton humble 
servante et c'est à toi de disposer. » A ces paroles, 
Khodàdûd en fit sa femme (i) en présence de ses frères, et 
cette nuit-là, jusqu'à l'aurore, il lui manifesta sa passion. 
Quand le soleil se leva, ils se mirent en route. Ils chemi- 
nèrent ce jour-là jusqu'à ce qu'ils arrivassent à une oasis. 
Ils descendirent de cheval au bord d'une fontaine et 
dressèrent leur tente. Les frères de Khodâdâd s'assirent 
auprès de lui, lui rendirent hommage et le remercièrent ; 
mais lo jeune héros leur dit : « mes frères, sachez que 
le service que je vous ai rendu n'était pas une faveur, 
[mais un devoir tout naturel,] car nous sommes tous les 
fruits d'un même arbre, chose que vous ignorez. » Puis 
il leur raconta d'un bout à l'autre l'histoire de sa mère 
Firoùzé, et de son exil chez le gouverneur de Sâmra. 

Les frères de Khodâdâd affectèrent extérieurement une 
grande joie, mais dans leur for intérieur, ils étaient bien 
marris. Ils se levèrent, se rassemblèrent dans un endroit 
déterminé et échangèrent leurs réflexions : « Jusqu'à pi'é- 
sent notre père le prenait pour un étranger, et nous étions 
dans la même erreur. Voici que maintenant il va appren- 
dre que c'est son propre fils, l'enfant de Firoûzé. Il nous a 
sauvés, et a tué, sans l'aide de personne, un div si redou- 
table que, à quatre-vingt-dix-neuf, nous n'avions pu lui 
résister. Sans nul doute, le roi va lui donner son royaume, 
faire de lui son héritier présomptif, et nous, nous serons 
humiliés, avilis. Le meilleur parti que nous puissions 

(1) Par quelles formalités ? 



HISTOIRE DE KHODADAD ET DE SES FRÈRES. 183 

prendre, c'est de le mettre à mort cette nuit même ». 
Bref, ils s'arrêtèrent à ce dessein perfide. La nuit, 
Khodâdâd alla dormir dans la tente avec son idole bien- 
aimée. Les traîtres se levèrent d'un commun accord, 
pénétrèrent chez lui, s'en saisirent et se disposaient à le 
faire périr en lui coupant la tête, quant l'un d'eux inter« 
vint et dit : « Il est préférable de le frapper d'un mal tel 
qu'il soit réduit à l'impuissance et qu'on puisse le tuer 
sans qu'il résiste. » En fin de compte, ils lui coupèrent les 
pieds et les mains, s'emparèrent de tous ses habits et se 
dirigèrent vers la ville de Khazân. 

Quant à la bien-aimée de Khodàdâ.d, afiaissée à son 
chevet, elle sanglotait, se déchirait le visage, et, toute 
souillée du sang de son ami, elle s'arrachait les cheveux. 
L*hémorragie excessive avait fait tomber le malheureux 
€81 déÊtillance. Après quelque temps, il reprit ses sens et 
dit : « O ma fidèle compagne, je t'en prie, fais-moi sortir 
de ce désert et fais-moi parvenir dans une région habitée, 
de peur que ces barbares ne reviennent et ne me mettent 
à mort. » La jeune fille regarda autour d'elle et s'aperçut 
que le cheval de Khodàdàd était toujours là ; la selle avait 
tourné et était tombée sous le ventre. Elle paiTint à 
grand' peine à rattraper le cheval, au prix de mille efibrts 
elle y installa Khodâdâd et monta en croupe derrière lui. 
Ils s'avancèrent ainsi dans le désert et chevauchèrent jour 
et nuit sans s'attarder nulle part. Après trois fois vingt- 
quatre heures, Khodâdâd leva vers le ciel des regards 
suppliants : « soutien des infirmes, viens à mon aide. 
Aie pitié de ceux qui sont dans la détresse. » Il n'avait 
pas encore achevé sa prière qu'ils arrivèrent à un jardin (i). 
La jeune femme descendit de cheval, prit Khodâdâd sur 

(}) Miracle, 



184 LE MUSÉON. 

son sein et le porta dans le jardin où elio le déposa au 
pied d*un arbre, et laissa son cheval paître librement. 
Khodâdàd lui dit aloi*s : a soutien de ma vie, aie pitié 
de ma faiblesse. Peut-être qu'en prenant des informations 
lu découvriras un chirurgien. Amène-le à mon chevet et 
donne-lui ce cheval et ces objets en paiement de ses soins. » 
La jeune femme sortit du jardin et aperçut un village 
grand et florissant. Elle y dirigea ses pas, mais elle eut 
beau se renseigner auprès des habitants, elle ne put 
trouver de chirurgien. 

Mais laisse un instant la jeune fille, ô lecteur, et écoute 
quelques mots relatifs à Khodàdâd. 

Nous Tavons laissé gisant au pied d'un arbre. Les 
jardiniers l'aperçurent, s'approchèrent et le voyant dans 
cet état, ils s'apitoyèrent sur son malheur, et s'assirent à 
son chevet. Revenant à lui, le blessé ouvrit les yeux. Les 
jardiniers lui demandèrent : « jeune homme, qui es-tu ? 
Comment te trouves-tu dans cet état ? Qui donc t'a mal- 
traité de façon si cruelle ?» — « bonnes gens, » dit 
Khodâdàd, « ce sont mes propres frères qui m'ont mis 
dans cet état ; ma femme est allée à la ville pour me 
quérir un chirurgien. Il est possible que je guérisse, 
mais je crains bien de succomber à mes souffrances. » 
Les braves jardiniers, à ces paroles, eurent le cœur brûlé 
de douleur, et une pluie de hirmes tomba de leure yeux. 
w prince, » dirent-ils, « si tu veux bien nous permettre 
de nous retirer, nous te porterons là-bas, où nous reste- 
rons à tes ordres. Quand ton épouse reviendra, nous te 
l'amènerons. » — Khodâdàd répondit : « Faites comme 
vous l'entendez. » Les jardiniers s'en furent donc, amenè- 
rent un baudet, installèrent le blessé sur ce coursier à 
longues oreilles et le transportèrent chez eux. Ils amené- 



HISTOIRE DE KH0D4DAI> ET DE SES FRÈRES. 485 

rent ensuite à son chevet un chirurgien, à qui ils don- 
nèrent en paienient le cheval de Khodàdàd. Le chirurgien 
se mit donc à le panser. 

Quant à la fenime de Khodâdâd, à la tombée de la nuit, 
elle revint de la ville, et ne retrouvant pas son époux à 
Tendroit où elle Tavait laissé, elle exhala ses gémissements 
et ses lamentations. Elle eut beau parcourir le jardin, 
elle n^obtint aucune nouvelle de lui et se dit : « Que lui 
est-il donc arrivé? » Elle s*assit, toute en pleurs, puis se 
dirigea vers le désert et arriva bientôt à un édifice en 
ruines. Elle y passa la nuit. Le matin, à la pointe du jour, 
elle aperçut une grosse pierre, elle la souleva et un puits 
apparut à ses yeux : « Que pourrais-je faire de mieux, » 
s écria-t-elle, « que de me jeter dans ce puits, et d'y cher- 
cher la mort ? » Elle s'y précipita donc, et vit qu'on y 
avait placé deux jarres à vin. Elle en ôta les couvei*eles ; 
elles étaient toutes remplies de joyaux et d'or fauve. Elle 
aperçut aussi dans ce puits une caisse qu'elle ouvrit : elle 
renfermait un costume princier, qu'elle retira ; elle le 
revêtit, puis sortit du puits. Elle vit dans cet endroit une 
foule de gens occupés à faire des briques et à bâtir, et se 
renseigna auprès d'eux. Ces ouvriers voyant qu'ils avaient 
à faire à un jeune homme de bonne mine et de tournure 
distinguée, le saluèrent et lui dirent : « noble seigneur, 
sache que nous sommes venus du pays d'Abyssinie. Avec 
la permission du Grand Roi, nous avons pris possession 
de cette ville en ruines, nous sommes en train de la 
reconstruire. » Puis ils apportèrent à manger, et apai- 
sèrent leur faim, tandis que la jeune femme était plongée 
dans ses réflexions : « Je vais rester ici, » se dit-elle, 
« peut-être aurai-je des nouvelles de Khodàdàd, et pour- 
rai-je apprendre s'il est mort ou vivant. » Puis s'adres- 



18i 

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HISTOIRE DE KHODADAD ET DE SES FRÈRES. 187 

(le part et d'autre. Tout-à-coup de la maison des jardin iera 
un bruit de pleurs et de sanglots parvint à son ornile. 
La voix du sang, parlant en elle, la remplit d'émotion. 
Ule sortit donc de son palais et monta sur la terrasse de 
la maison des jaitliniers. Elle regarda partout et vit un 
jouvenceau beau comme la nuit du quatorze ; un duvet 
naissant encadrait encore son visage, et il avait les pieds 
L't les mains coupés, ce qui était évidemment la cause de 
ses gémissements. La princesse interrogea la femme du 
jardinier et finit par se demander si ce n'était pas là Kho- 
dâdàd. Elle prit des renseignements plus complets, et le 
cœur brûlant de chagrin et les yeux en pleurs, elle rentra 
chez elle, et se lamenta à son tour sur le triste soi*t de 
Khodâdâd. Son père arriva dans sa chambre et lui dit : 
« Pourquoi pleures-tu, mon enfant ?» — « Sache, ô mon 
père, » répondit-elle, <c qu'aujourd'hui, je suis montée 
sur le toit du palais. Un bruit de plaintes et de gémisse- 
ments sortant de la maison du jardinier est arrivé à mon 
oreille. Je suis descendue, j'y suis allée et j'y ai vu un 
Jeune homme beau comme la pleine lune, que j'ai trouvé 
ressembler à Khodddàd. Il a les pieds et les mains coupés, 
la peau et la chair dépecées. » L'émir de Sâmra dit : 
(c Mon enfant, veux-tu que j'aille le chercher et que je le 
fasse transporter chez moi. » — « Si tu agis ainsi, » dit 
la jeune fille, <c le Dieu puissant te récompensera large- 
ment. » Il alla donc chez le jardinier et vit le jeune homme 
dans ce triste état. Il le prit, l'amena chez lui avec le 
chirurgien, et l'ayant interrogé, il apprit que c'était bien 
Khodâdâd que le malheur avait ainsi accablé. Il lui enjoi- 
gnit de ne révéler à personne le secret de sa naissance, de 
peur que sa mère Firoûzé ne l'apprit et de chagrin n'atten- 
tât à ses jours. Il ordonna au chirurgien de le soigner 



188 LE MUSÉON. 

parfaitement, et la jeune fille resta nuit et jour auprès de 
Khodâdâd. Son père Témir lui dit : « Si tu as du penchant 
pour lui, et que tu veuilles lui prodiguer tes soins jusqu'à 
ce qu'il soit guéri, je vais te le donner pour époux. » — 
ce Tu es le maitre d'en disposer, dit-elle. Quant à moi, 
mon cœur est rempli pour lui d'un amour indicible. » 

L'émir maria donc sa fille à Khodâdâd et lui dit : ce 
mon fils, je t'ai donné ma fille pour qu'elle te comble de 
soins. » Khodâdâd ne répondit que par des pleurs. 

Or, une nuit d*entre les nuits du qadr (i), Khodâdâd 
dit à la jeune fille : « ma bien-aimée, que Dieu te 
récompense de ton dévouement pour moi. Sache que cette 
nuit est une nuit de qadr, où peuvent s'accomplir de 
grandes choses. Je suis accablé par l'infoiiune, mais le 
Créateur du monde est généreux et compatissant. Lève-toi, 
fais toi-même une ablution, puis prends mes pieds et mes 
mains qu'on m*a coupés et dont on a dépecé la chair et 
la peau. Mets-les à la place qu'ils doivent occuper et récite 
deux prières propitiatoires. Levons tous deux les yeux 
vers le ciel, exhalons nos plaintes et nos lamentations afin 
que Dieu, dans cette extrémité, manifeste sa puissance, 
soit en rappelant mon âme à lui, soit en me rendant, dans 
sa bonté, les membres qu'on m'a coupés. » Alors la jeune 
fille se leva les yeux remplis de larmes et fit une ablution^ 
puis elle lava et purifia les pieds et les mains de Khodâ- 
dâd. Tous deux se prosternèrent la face contre terre et 
pleurèrent et se lamentèrent en implorant le Seigneur 
jusqu'à rappel à la prière (2). Soudain les deux époux 

(1) Cette nuit, dont parle le Coran, sourates 97 et 44, est celle où le livre 
saint a été révélé en entier à Mahomet et où, notamment encore, les 
prières sont exaucées. Voir Bibliog. arabe, VIII, n« 19. 

(2) Pai' le muezzin. 



*h\in\ì VA' t)K SE^ FBÈRES. 



189 



ìiid vii apparaître en rêve le Fro- 
ide et le conserve, lui et sa des- 
■ ses mains ses blessures. Alors, 
il tut guéri. « Ne te lamente 
PjKiriiion, « la grâce divine est 
Ih / Ion père. Il te remettra le 
il ville de Khazân. » Ce songe 
jni(' lolle qu'à Tinstant il s'éveilla 
{ el Wwu portant, il se prosterna le 
%ivve el leinercia le Très-Haut. Puis il 
^iJ h prineesse. Quand elle vit que 
Mtiabli, et (jue le safran de ses joues avait 
bel iiie;HJial, elle aussi adressa à Dieu 
àces, eti l'essa du front les pieds et les 
^i>u\ et s'écria : << Est-ce bien toi, Kbodâdâd? 
^le veille, nu si je rêve ? » Le prince dit : 
irle de la lujuW divine, » et il raconta à la 
ision qui lui élait apparue, a Oui, ma ché- 
i-t-il, a je ne suis autre que Khodàdâd et ma 
l' iroùzé. Allons doiic, informe-la vite de Theu- 
I lient. » La piirursse bondit, transportée, et 
rd raconter le miracle à son père. L'émir, au 
Ü bonheur, la pressa sur son sein, puis ils allé- 
aver Firoûzé. Aux premières nouvelles, elle s'éva* 
»e bonheur ; puis, revenue à elle, elle alla revoir 
is, et se jetant a ses pieds, elle sanglotta de joie. 
jddùii lui facon la les actes perfides de ses frères.. 
;4iir n'**'* i.ii^iute la parole : « Il ne convient pas, » dit- 
15 ' »lus longtemps ici. Lève-toi, et nous 

)re et lui raconter tes aventures, afin 
es comme ils le méritent. » Et à l'in-^ 
IV de Sâmra se leva, et les préparatifs 



|96 LE MÜS^ÖPi. 

du voyage terminés, ils se mirent en route et se dirigèrent 
tous les trois vers la capitale de Kbazân. 

Après doux jours de marche, ils arrivèrent à ce village 
de Zàoûyé qu'avait construit la première femme de Kbo- 
dàdâd. Ils y reçurent Thospitalité, et quand la nuit, la 
jeune femme se pi*ésenta à eux, elle reconnut Khodàdâd 
et lui palla en ces termes : « jeune homme, j'éprouve 
dans mon cœur de l'inclination pour toi, je t'ai certaine- 
ment vu quelque part. Veuille me faire connaître ton 
origine. » — « Sache, » répondit le prince, « que je suis 
le fils du roi de Khazân. Je m'appelle Khodàdàd et de ces 
deux femmes, l'une est ma mère Firoùzé, et l'autre est 
mon épouse. » Puis il lui raconta en long et en large ses 
aventures, et la jeune femme, sûre maintenant que c'était 
Khodâdâd, lui dit : « Khodàdâd, apprends que je ne 
suis auti*e que ta femme. Après t'avoir poilé dans le jar- 
din, je suis allée h la ville en quête d'un chirurgien, et à 
mon retour, je ne t'ai plus retrouvé ; je me suis lamentée, 
et en désespoir de cause, je suis venue en cet endroit. » 
Puis elle lui narra la découverte du trésor et la construc- 
tion de cette hôtellerie, ce qui réjouit grandement le 
prince. Enßn son hôtesse se leva, alla se dépouiller de 
ses habits masculins, et, ayant revêtu le costume de son 
sexe, elle alla trouver Firoùzé et la fille de l'émir, et leur 
prodigua des démonstrations d'amitié. Enfin Khodâdâd 
l'envoya au gynécée où il alla l'y retrouver, l'embrassa et 
exposa à sa mère les liens qui l'unissaient a elle. Tout le 
monde ftit dans la joie. Le matin, ils se levèrent, et Kho- 
dâdâd partit, emmenant ses deux épouses, après avoir 
pris des chameaux pour porter le trésor. lis gagnèrent la 
ville de Khazâfi en compagnie de l'émir de Sâmra, et dès 
qu'ils furent descendus a la dernière étape, le gouverneur 



tìiStOlHE DE KHOtìADAl) Et DE SES FRÈUES, 491 

envoya à la capitale un courrier porteur d'une lettre rela- 
tant 1^ aventures de Khodâdâd. 

Arrivo à la ville, le courrier s'en fut au palais^ se pros- 
terna, baisa la missive et la remit au vizir. La lecture de 
cet heureux message réjouit grandement le roi. « Mais 
mon fils et mon favori de naguère ne font qu'un, » dit-il. 
Il se rappela donc que Firoûzé lui avait donné un ßls. Il 
convoqua tous les grands de TÊtat et les dignitaires de la 
cour, et tous montèrent à cheval pour aller au devant de 
Khodàdàd. Quand ils l'eurent amené à la ville, son père 
se présenta à lui. A sa vue, le prince descendit de sa mon- 
ture et baisa l'étrier du roi. Le monarque le serra sur sa 
poitrine et l'embrassa sur les deux yeux, a Mon enfant, » 
dit-il, « qu'es-tu donc devenu ? H y a bien longtemps que 
tu es parti a la recherche de tes frères ; eux sont revenus 
et te voilà seulement de retour, grâce à l'émir de Sâmra 
qui t'a ramené. Comment, tu étais mon (ils, et tu ne m'en 
as rien dit ! » Khodâdâd, après avoir rendu à son père 
tous les honneurs exigés par l'étiquette, répondit : « 
roi, si tu veux bien condescendre à m'écouter un instant, 
je parlerai. » — « Raconte, » dit le roi. Alors Khodâdâd 
s'agenouilla, comme il sied, au milieu du salon royal, et 
commença : « Apprends, ó grand roi, que je suis ton fils 
Khodâdâd, et que ma mère n'est autre que Firoûzé. » 
Puis il lui exposa d'un bout à l'autre ses aventures. Le 
roi s'en émerveilla, le prit d'abord sur son sein, puis, 
courroucé, ordonna qu'on mit à mort ses quatre-vingt- 
dix-neuf autres fils. Mais Khodâdâd se prosterna le front 
dans la poussière en signe de supplication. Le roi leur 
pardonna pour l'amour de lui. Puis il fit envoyer les 
femmes au harem et le tambour battit plusieurs joui*s en 
signe d'allégresse. Enfin il ôta sa couronne et la plaça sur 



192 It MUSÉON. 

la tête de Khodàdàd et Tinstalla sur le trône de la souve- 
raineté. On frappa la monnaie à son nom, il devint le 
maitre incontesté du royaume, et ses frères furent sous sa 
dépendance. Khodàdàd (it du jardinier charitable le gou- 
verneur de Zâoûyè. 

Morale : Celui qui fait le mal se prépare bien des 
larmes. 



Boaddlüsme. Notes et Bibliographie. 



A. FoüOHEB. Les bas-reliefs du stüpa de Sikri (Gandhâra)^ 
JoüBKAL Asiatique 1903, II, pp. 185-330 (avec IS planches 
donnant la vue d'ensemble du stïïpa et les 13 scènes qui ornent 
le pourtour). 

Les reliefs représentent la conversion du Yaksa (1), la prédiction 
de Dîpamkara (2), la visite dlndra (3), Tinvitation à la prédica- 
tion (4), la prédication aux dieux Trayastrimças (5), la méditation 
du Bouddha (6), la rencontre avec le coupeur d'herbes (7), lo 
Bodhisattva dans le ciel Tusita (8), la rencontre avec le Nâga (9), 
la première méditation du Bodhisattva (10), la donation d'Am- 
rapâlî (11), l'offrande du singe (12), TlUumination (13). 

L'ingéniosité et l'érudition du commentateur se révèlent dans 
l'emploi des méthodes délicates qui fournissent l'identification 
précise, et à mon avis certaine, de presque toutes les scènes. Ces 
méthodes lui sont bien personnelles et supposent des dons très spé- 
ciaux. D'ailleurs, et il faut insister là dessus, ceci n'est point affaire 
de curiosité pure : sans parler de la valeur immédiate des sculptures, 
historique ou dogmatique, — et celle-ci, comme il arrive, fut-elle 
hors de proportion avec l'effort, — l'étude des procédés de repré- 
sentation est hautement instructive. Ça et là, on serait tenté 
d'admirer l'adresse de M. Foucher aux dépens de l'intérêt que 
réclame le sujet qu'il traite : et les voies nécessairement détournées 
par lesquelles son enquête enveloppe tous les documents utiles à 
Tidentification sont quelquefois un peu longues, malgré le pitto- 
resque et la sobriété du détail ; mais les dernières pages justifient 
et au delà le plaisir qu'on a pris à suivre l'auteur : les idées géné- 
rales y sont dégagées avec une sorte d'éloquence. «... Tâchons à 

13 



194 LE MlîSÉON. 

présent de formuler aussi succiutemeat que possible les règles qui 
ont présidé à Tidontification.. Nous ne reviendrons pas sur les 
rapports d'influence réciproque que nous avons cru constater entre 
les témoignages écrits et les documents figurés (i) ; nous n^nsiste- 
rons même pas sur Taide considérable que nous ont plus particu- 
lièrement fournie les textes originaires, comme nos sculptures, de 
rinde du Nord : nous voulons seulement retenir qu'il ne peut y 
avoir en dehors d'eux d'explication un peu satisfaisante des 
bas-reliefs gréco-bouddhiques. C'est un fait depuis longtemps 
pressenti et proclamé que le fond de Tart du Gandhâra est essen- 
tiellement indien. On peut aller plus loin et soutenir que non 
seulement le choix des sujets, mais la façon même de les traiter 
se sent du milieu indigène où florissait l'école étrangère Le 

(i; « Ces rapports sont très étroits si Ton prend ensemble plusieurs 
textes, et au contraire très lâches si Ton on examine un en particulier. 
C'est une preuve, s'il en était besoin, que les sculpteurs — ou plutôt les 
premiers maîtres qui Axèrent dans ses grandes lignes le motif docilement 
reproduit depuis par leurs ólèves — travaillaient non d'après la lettre 
morte, mais d'api-ès une tradition orale et vivante : en ce sens leur art, 
bien que la plupart de ses procédés techniques soient d'origine étrangère, 
a un caractère véritablement populaire en même temps que reli^eux « 
(p. 208). Par contre, M. F. croit que les sculptures ont pu, dans cei-taines 
cas, réagir sur les textes et il signale le miracle des fleurs de notre bas- 
relief II. liCS cinq lotus ofl'erts à Dîpanikara vont « se disposer autour du 
nimbe n ; le nimbe, « notion occidentale - et qui est une des marques de 
l'influence hellénistique dans la sculpture du Gandhâra. Or le Divyâva« 
dânadit simplement (251.21) ^^m* panca padmâni,,. hsiptâni tant ca 
Bhagavatä,,. tathädhi.sthitäni yathä caka(icakramäträi,ii vitänam 
haddhvä v y avast hi tant gacchato 'nugacchanti tisthato ^nuti§thanti ; 
« les fleurs, traduit M F., aussitôt jetées, prennent la dimension d'une 
roue de char et forment un dais au-dessus de la tête de Dïpaûkara, mar- 
chant avec lui quand il marche et s'ar rotant quand il s'arrête » — Dans 
le Mahâvastu, les lotus ofl'erts à Dîpaihkara « s'étant enroulés autour du 
l'éseau de splendeur qui lui encordait le visage se tinrent (suspendus) v : 
täni pi prabhäjälaiii muhhamandalam aiiiipariväretvä asthäsu : 
c'est-à-dire que, dans le Divya, « la notion occidentale du nimbe, tant bien 
que mal exprimée en sanscrit par le Mahâvastu, cède le pas à la concept 
tion toute indienne du parasol d'honneur »». « Il est dilficile de ne pas 
croire que (l'auteur du Mahâvastu) décrit ce qu'il a vu de ses yeux sur 
quelque bas -relief, analogue à celui de Sikrì ». 



ttOUDDHISBIE. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 19^ 

mécanÌBme de nos identifications .. n'est en somme que Tenvers — 
ou plutôt l'endroit — du système de composition de l'artiste. 
A aborder par le dehors l'explication de son œuvre, nous ne pou* 
rions manquer de nous familiariser quelque peu avec les procédés 

subjectifs de son travail Le trait peut-être le plus indien de 

tous ceux que nous avons eu l'occasion de relever est l'existence, 
on peut dire sous chaque panneau, à côté du sujet apparent, d'un 
siget suggéré. On est tenté d'y voir l'application à l'art plastique du 
procédé en honneur dans la poétique sanscrite, où il est de règle 
que le sens impliqué (dhvani) se cache sous le sens exprimé et le 
surpasse en importance.... Un autre procédé... est l'emploi, pour 
distinguer entre elles les scènes, de sortes d'indices plus ou moins 
artificiels d'identification, en sanscrit des laksana :.... une aiguière 
de telle forme annonce en certains cas une donation, un piédestal 
en forme de lotus sigoitie une naissance céleste, tel siège marque 
que le Buddha est reçu chez des fidèles laïcs, tel autre qu'il séjourne 
dans un des sahghârâma de la communauté.... Les deux exemples 
les plus caractéristiques sont le Gandharva à la harpe (III) dont la 
seule présence, tout accessoire qu'elle soit, suffit à identifier 
aussitôt le lieu et l'occasion de la visite et le nom du visiteur du 
Buddha ; et le paysan à la charrue (X) qui révèle à première vue 
l'identité du Bodhisattva méditant et jusqu'à l'essence de l'arbre 

sous lequel ce dernier médite A Bodh-Guyâ, le laboureur 

dispense de représenter le Bodhisattva et le Gandharva permet de 
faire l'économie des figures du Buddha et d'Indra. Si invraisem- 
blable que cela puisse paraître, l'Inde a débuté, au moins sur la 
pierre, par une sorte de sculpture chiffrée, identifiable pour les 
initiés à l'aide d' « exposants t» dotés d'une valeur conventionnelle, 
et tenant en somme le milieu entre l'hiéroglyphe et Tœuvre d'art ». 
Je ne suivrai pasM. Foucher dans sa discussion avec M. Th. Bloch 
d'après lequel « les sculptures du Gandhâra qui montrent un carac- 
tère plus indien doivent être considérées comme plus primitives et 
par suite plus anciennes que les sculptures grecques hautement 
développées ». M. Foucher est d'un avis opposé : « Toute tendance 
d'apparence archaïsante dans un bas-relief ou une statue gréco- 
bouddhique serait ainsi à nos yeux, au lieu d'une preuve d'antiquité, 
une marque de décadence par « ré*indianisation » croissante du 



196 LE MtSÉON. 

motif ou du type », — et nous croyons bien qu'il a raison. Il établit 
le bilan des caraotères relevant de la tendance archaîsante, la 
couleur locale, la stylisation des figures, la taille disproportionnée 
des Bouddhas, etc. ; oppose à ces « traits dUndianisation « « les 
traces non moins visibles de Tinfluence hellénistique », la figure 
même du Bouddha, la petite moustache restée orthodoxe au Japon 
mais qui « n'a pas eu la même fortune auprès des glabres moines 
indiens... », et il conclut, — en rendant justice « à la sage et symé- 
trique ordonnance des compositions », « aux scrupule^ esthétiques 
qui ont présidé à la distribution des panneaux », à « la pureté de 
style des colonnettes corinthiennes qui les encadrent, — que « si Ton 
ne peut faire remonter Tensemble de la frise à la plus ancienne 
période de Técole du Gandbâra, on ne peut davantage la faire 
descendre jusqu'à la plus basse ». (i) 

A Tihetan-English-Bidionary with Sanskrit Synonyms^ by Saràt 
Chandra Das,.... revised and edited by Graham Sandberg and 
A. W. Hetde. Calcutta, Bengal Secretariat Book Depot, 1902, 
pages xxxiy-1353. 

Le savant Bengali qui a consacré plus de quinze ans à la compi- 
lation de ce dictionnaire est bien connu des indianistes et des 
géographes ; ses collaborateurs, dont le premier est « Chapelain 
au service indien de Sa Majesté » et le second missionnaire 
moravien, ont aussi fait leurs preuves. Le titre ne nous nomme pas 
tous les collaborateurs, car la tâche souvent difficile et particulière- 
ment méritoire d'identifier les mots tibétains et sanscrits a été 
confiée au Prof. Satiç Candra Vidyâbhû§ana, et MM. Grünwedel 
et Bendali, auxquels les épreuves ont été quelquefois transmises, 
ont eu Toccasion de mettre la science occidentale au service de 
Pérudition orientale. — £n effet, les « réviseurs », à certain point 

(1) Signalons une faute d'impression, p 213, 1. 9, lire le samâdhi. — 
La traduction adhimuktibala = force de la confiance (p. 303), n'est pas 
très sûre, adhimukti = adhimoksa = niçcite vastuni talhaivavadhâ" 
ranam (Abhidh k.v., Soc. As., fol. 243 b 6). 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 197 

de vue, sont animés d'un esprit oriental, et cela se voit de prime 
abord à leur étrange déclaration que « les traductions du Eandjour 
ont été over-explored ». Cette manière de voir est trop naturelle à 
des missionnaires en contact avec les populations actuelles de 
langue tibétaine pour que nous pensions à leur en faire un grief. 

Ce volumineux lexique représente un travail très considérable : 
non seulement on a tenu compte « des discussions et des recherches 
modernes sur le Bouddhisme (i) », non seulement le langage de 
r£st et du Centre n'a pas été négligé comme il Test dans Jäschke, 
ni celui de l'Ouest comme dans le Dictionnaire des Missionnaires 
Français, mais on a dépouillé un très grand nombre de lexiques et 
de livres de toute nature. — Que la Mahâvyutpatti n'ait pas été 
utilisée dans tous ses détails, que les notes de Foucaux sur les 
préfixes aient échappé à Térudition des auteurs, cela n'a pas 
d'importance tant le labeur a été grand dans presque toutes les 
directions. — Pour les références, les réviseurs avaient reçu le 
cons<?il de tenir compte des Textes tirés du Kandjour de Feer ; 
ils se refusèrent à le suivre {t) ; par contre ils se sont servi des 
travaux récents de MM. Grünwedel, Huth, Conrady. 

Comme il arrive, la première partie du livre est beaucoup plus 
développée que les suivantes. La lettre h occupe 122 pages, la 
lettre l 25 ; pour Jäschke, les proportions sont 83 et 15 : soit que 
les mots en h soient traités avec trop de prodigalité, soit que ceux 
en l aient été négligés. 

La méthode de Jäschke, qui se contente souvent de donner les 
formes verbales sous la racine, au grand ennui des débutants, a 

(1) Les éditeurs signalent notamment à ce point de vue leurs articles 
rkyen (pratyaya), rten-hbrel (prati tyasamutpâda), Ita-ba (darçana), rdul 
(rajas, apu), gyuiVdrufi (svastika) ; ils sont en effet fort intéressants... et 
éclectiques. Pour le svastika, par exemple, le lecteur peut choisir entre 
une explication de Cunningham (svastika = svasti = su ti, dont la graphie, 
dans Técri iure d'Açoka, ressemble au svastika) et celle par l'origine solaire. 

(2) N'ont-ils pas confondu les quelques textes lithographies publiés par 
Feer avec le volume V du Musée Guimet ? Le nom de Foucaux est ignoré, 
comme son édition du Lalitavistara. Mais la liste des sources est 
effrayante : le dictionnaire de Böhtlingk n'est pas aussi bien documenté ! 
On se demande quels seiTices a pu rendre l'édition du Visuddhimagga 
amorcée par la Buddhist Text Society. 



198 LE MUSÉON. 

été pratiquée avec une relative rigueur. Schmidt était plus géné- 
reux sous ce rapport et plus conséquent : par exemple^ on ne 
trouvera pas dans les lexiques de Jäschke et de Candra Das le mot 
bsgre-ba (= ordnen, zusammenstellen, etc. (Schmidt) = atidiç, 
Madh. vrlti, VI. 10 et passim), sinon sous le mot sgre-ha, Direz- 
vous que la dérivation est commune ? Sans doute, mais encore ne 
faudrait-il pas dissimuler lo verbo sous le 3^ de Tarticle sgre-ha. 
L'œil rencontre d'abord les significations V uncovered, 2* bare, 
naked, illustrées d'exemplos ; et cela est déroutant (i). Même 
remarque pour bud-pa^ objet d'une longue notice où ses rapports 
avec shtid'pa (allumer) sont ignorés, sbud-pa lui-même n'est pas 
donné comme verbe mais seulement dans le sens de « soufflet » (t). 
— Quant à rag-las-pa^ dans le sens de rag-lus (^adhîna, ^prati- 
baddha), il est omis. — La seule confusion grave que j'aperçoive 
est celle commise p. 457, hjig-tshogs-la lia ha = satkâyadrsti, 
c'est-à-dire à peu près le contraire du sens proposé par Candra 
Das et appuyé par les identifications de Satiç Candra. Mais si la 
confusion est grave, elle reste néanmoins excusable (Voir Muséon, 
N. S., I 234 n. Ij. 

* * 

— M. J. S. Speyer a publié dans le Journal Oriental do Vienne 
(XVI, pp. 103-130, 340-361) des observations critiques sur le texte 
du Divyâvadana, Le savant éditeur de l'Avàdânaçataka se trouve 
ici tout à fait chez lui et les fautes sont assez nombreuses dans le 
Divya pour que la besogne de correction soit nécessaire. Un 
examen attentif me persuade que M. Speyer n'a pas cédé aux 
séductions de Thypercritique, séductions qui furent si puissantes 
sur les zélés correcteurs du Buddhacarita. A noter que nous ne 
rencontrons pas ici des points d'interrogation stériles, mais des 
solutions précises. S'il était besoin de prendre la défense de 
Cowell et Neil, on observerait que ces savants se sont hâtés do 

(1) hjig-par-lta-ba = bharjadarçin (p. 457. a). Lisez hjigs-par, 

(2) hud'par-bya-hai gin = indhana (Madh. vptti). — Par contre 
hgugs'pa {= kars) est donné à sa place, en petits caractères ; mais hgug- 
pa fait défaut. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 199 

publier un texte très long, en très mauvais état dans les Mss., et 
quHls ont eu pour but principal de reodre accessible uae collection 
fort intéressante. Les conditions du travail se sont d'ailleurs depuis 
lors beaucoup améliorées : ceci n'est pas pour diminuer le mérite 
des présentes notes. M. Speyer connaît très bien le sanscrit et il 
fort ingénieux (i). 

Le deuxième fascicule de VAvadanaçataha vient de paraître 
dtos la BiUiotheca Buddhica (pp. 97-192). Il nous conduit jus- 
qu'au 35* récit. 

H. Oldenbebq. Le Bouddha^ sa vie^ sa doctrine et sa commu- 
nauté. — 4™* édition allemande, J. G. Gotta, 1903. — 2°»« édi- 
tion française, par A. Foucher, Alcan 1903. 

£n même temps que parait la quatrième édition allemande du 
Bouddha, paraît aussi la deuxième édition de la traduction fran- 
çaise de M. A. Foucher faite sur la troisième édition du texte 
original. M. Oldenberg est un homme heureux et qui mérite son 
bonheur. 

Dans la préface nouvelle, l'auteur expose que son œuvre s'est 
améliorée par l'emploi des publications de la P. T. S. (les réfé- 
rences dont maintenant plus commodes, car un très grand nom- 
bre, se rapportant aux Mss., étaient inutilisables), des études de 

(1) Page 104 en remontant 1. 8, lire nacjagâram. (?) — Notons la lecture 
nirmita proposée au lieu de nimitta (p. 1 17), et les remarques sur nir- 
mita = apparition magique. Cet emploi est connu par le Mahâvastu ; à ce 
que m'apprend M. C. Bendali, le Bodbisattvabhûmi parle longuement de 
la nairmanikï rddhi des Bodhisattvas, opposée à \dk pärinämikl (trem- 
blements de terre, etc.). La citation de Ratnâvadânamâlâ, 12 (Bouddha 
envoie un Bouddha magique dans les enfers pour sauver les damnés) est 
intéressante. M. Feer s'est trompé quand il traduit : - Bhagavat fait un 
signe »» (Annales Musée Guimet XVIII, 11), il faut entendre « Bhagavat 
développe une apparition magique ». — Il est regrettable que M. Speyer 
n'ait pas adopté un ordre plus strict : les corrections de même nature sont 
groui)ées à l'occasion du premier passage qui les provoque ; il faut donc 
les porter toutes sur le texte si on veut être sûr, à l'occasion, de profiter 
de toutes. Or elles sont nombreuses. 



200 LE MUSÉON. 

Deussen (Hist, de la philosophie), de Garbe (Sâmkhya et Boud- 
dhisme) et de Windisch (Mâra et Bouddha). M. Oldenberg remercie 
aussi M. Hochbaus « qui Ta guidé de ses avis, au point de vue 
médical, dans la description des états de contemplation extatique 
des Bouddhistes ». Il signale encore les services quHl s'est rendus 
à lui-même en utilisant les développements de son essai « La 
religion du Veda et le Bouddhisme » (Deutsche Rundschau, 1895), 
essai auquel correspondent les premiers chapitres de la « Literatur 
des alten Indiens ». 

La quatrième édition parait différer peu de la 3® (= 2* d. 
française (i). 

J'ai eu ailleurs Toccasion de discuter la théorie célèbre de 
M. Oldenberg sur le Nirvana (t) : d'après lui. Bouddha s'est refusé 
à répondre à la question : « Le Bouddha existe-t-il après la mort ? 
n'existe-t-îl pas après la mort ? n Qu'importe au point de vue pra- 
tique et la Bonne Loi a-t-elle pour but do satisfaire la curiosité 
des philosophes ? — Je ne pourrais que répéter ce que j'ai dit à ce 
sujet, en observant que l'auteur ne dissimule pas de quel côté 
penche la théorie philosophique. — Il y a dans les nouvelles 
éditions de très bonnes choses sur la notion prébouddhique et 
généralement indienne du Nirvana ; on peut encore signaler l'étude 
de M. Senart dans TAIbum Kern. — On aimerait à entendre 
M. Oldenberg parler de la notion, chère à M. Rhys Davids, du 
Nirvana sur terre. 

L'appendice (3) (pp. 377-389) constitue une monographie très 
étudiée des rapports du Sâmkhya et du Bouddhisme. Les récentes 
recherches de MM. Garbe, Jacobi, Senart et Dahlmann ont ébranlé 
le scepticisme que l'auteur professait « au sujet de la connexité des 
deux systèmes » ; mais « il ne peut se résoudre à reprendre pour 

il) L'auteur aurait du donner rindication des changements apportés, 
car tout ce qui vient de lui est précieux et il est pénible de faire un 
travail qui lui aurait été si commode. — Signalons p. 327, note, la mention 
utile de la lecture anupädtsesä nibbänadhätu et ibid. la sommaire 
réfutation d'une thèse de 0. Schrader : liber d. Stand der indischen Phi- 
losophie zur Zeit Mahâvïras und Buddhas, p. 79. 

(2) Voir Journal Asiatique, 1902, II, p. 245. 

(3) L'Appendice manque dans la 4°'* édition allemande. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 201 

son compte des théories d'aussi longue portée et aussi tranchantes 
que celles qui ont été exposées » par les partisans du Sâmkhya. — 
Si je Tcntends bien (pp. 57-59), il voit dans ce triple caractère, — 
négation de Tâtman universel, analyse du mécanisme phénoménal 
tant externe qu'interne, attribution de tous les faits d'ordre psy- 
chique à révolution mécanique de la nature, — la preuve d'un 
rapport intime du Bouddhisme et du Sâmkhya ; et il tient pour 
possible, peut-être pour vraisemblable, que le Bouddhisme soit 
Temprunteur. Mais M. Garbe a tort de réclamer pour le Sâmkhya 
préhistorique la forme achevée du darçana qui parait trop raflSnée, 
trop « vieillotte », notamment en considérant Tuniverselle douleur 
comme un jeu et une apparence, — ce qui est du Vedânta (4). La 
pensée du Père Dahlmann, dans son point de départ, est juste : il 
y a un ancien Sâmkhya et Tétude des Upanisads permettra de le 
reconstituer ; mais le P. Dahlmann va trop vite, et met trop du 
sien dans les théories. M. Jacobi a tort, non pas de rapprocher la 
formule du Pratllyasatnutpâda et la théorie evolutionniste du 
Sâmkhya (le systèmes des 24 tattvas)^ car ces conceptions sont 
« étroitement apparentées ; mais de conclure à la provenance 
Sâmkhya des matériaux utilisés par la Communauté : ses combi- 
naisons sont fragiles ; celle surtout par laquelle il croit retrouver 
dans Arâda Kâlâma le représentant d'un Sâmkhya exempt de la 
spéculation sur les gunas et l'introducteur, par ses relations avec 
le Bouddha, des données Sâmkhyas dans le Bouddhisme (d'après 
le Buddhacarita) : « C'est là une hardie gageure offerte à la tradi- 
tion : je crains que Jacobi ne l'ait pas gagnée {t), » 

M. Senart, enfin, a tort do supposer, [à vrai dire, il ne formule 
qu'une hypothèse,] une relation étroite entre la sàkkayadiithi^ 
hérésie capitale d'après les Bouddhistes, et le satkâryavada^ « doc- 
trine de l'éternelle réalité des produits », thèse essentielle du 
Sàrâkhya. Ce dernier terme, sous la forme prâcrite sakkayya 
aurait conduit par méprise au sakkâya des textes pâlis. La sak- 

(1) Les doctrines citées dans le Brahmajâla sont à tort regardées par 
M. Qarbe comme des témoignages du Sâmkhya 

(2) Les remarques sur les Vimoksas supérieui's, dont la pratique est 
attribuée à Arâda et à Rudraka, « arrangement artificiel », sont très 
plausibles. 



aOâ LE MUSÉON. 

iayaditü^i serait aux yeux des bouddhistes la doctrine des Sâm- 
khyas. — Ici, et bien que d'accord avec M. Oldenberg pour 
écarter la conjecture de M.Senart, je m'éloigne de lui dan&le détail. 
Je crois que le satkâryavad» est, non pas la doctrine de la réalité 
des produits, mais bien celle « de Texistence de Teffet dans la 
cause 9 : et les bouddhistes, comme le dit M. Oldenberg, sont ici 
d'accord avec leurs prétendus adversaires : ils attachent même tant 
de prix à cette thèse qu'il nient l'existence du moi pour la seule 
raison que, si le moi existait, il existerait toujours et immuable. Je 
ne crois pas qu'il faille entendre sàkkaya (satkäyq) =s « l'ensemble 
de ce qui est »), encore que « l'usage de Jcäya, « corps a, pour 
rendre l'idée d' « ensemble n soit complètement d'accord avec la 
terminologie bouddhique » (i) ; mais, bien plutôt, satMyadrsti = 
doctrine hérétique de l'existence du moi : « La confusion des cinq 
khandhas [ou éléments du moi] avec Vattä [ou moij est la sàkkaya- 
ditthi ti. Ceci est parfaitement exact. Mais cette explication détruit 
Tétymologie « collection de ce qui est ». — L'Abhidharmakoça 
cherche à déterminer le nom de l'opinion entretenue par les héré- 
tiques sur Brahmâ considéré comme existant de toute éternité, etc. : 
yasmät tarn brahmänam ätmatvenätmiyatvena na grhnäti^ atah 
satkäyadrstir na hhavati,,., kä tarhlyam drstir iti yeyam brah- 
mani V saüvadrstir nityadr.Hir ca. neyam drsiir mithyäjhänam 
etad iti = « puisqu'on ne tient pas Brahma pour le moi ou pour 
appartenant au moi, il n'y a point satkäyadrsii... », et plus claire- 
ment encore « anàtniany eväimeti viparìtà prajhä satkäyadrstir 
isyat^ .. yaiva hy ahamkärnsya samniçraylbhavaii saiva sat- 
käyadrstihj mahäbrahmani ca satkäyadrstir aliam ity aham- 
kärasya na samniçrayibhavati. (2) — W^ Rbys Davids (Psychology, 
p. 257, noto 2) tient pour Tétymologie svakâya (E. Müller, Pâli 

{1} Mamühärthah käyacäbdah dit Prajùàkaramati au sujet du mot 
Dha/rmahaya (Bodhicaryâv. p., 3. 18). 

(8Ì Cette équation sathâya = ätman est bien connue de Childers et de 
Bui^nouf, comme le rappelle M. Senart (Mélanges Harlez, p. 291); mais je 
ne vois pas qu'elle ne puisse se soutenir « comme traduction exacte et 
complota ••. « Elle impliquerait entre kàya et ätman dans la terminologie 
bouddhique une équivalence qu'il ne serait pas facile de justifier • — Nous 
savons du moins que ätmabhäva •= hâya. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGKAPIIIE. 205 

Grammar p. 19) ; voir aussi Çiksâsamuccaya p. 289, n. 4. Peur 
moi, la question reste obscure. 

Buddhism^ An illustrated quaterly review, — Vol. I, n®l, sep- 
tembre 1903 — Imprimé et publié par V « International Bud- 
dhist Society », Rangoon. 

James Forbes, le grand père de Montalembert, orientaliste dis- 
tingué, écrivait en 1810 des « Réflexions sur le caractère des Hin- 
dous et la nécessité de les convertir au Christianisme ». Telle n'est 
pas, assurément, la préoccupation de nos conteioporains. 

M. Paul Garus daos son Évangile du Bouddhay livre d'aîlleora 
estimable et que le Musée Guimet s^est empressé de traduire, tarar 
vaille, sous le couvert du Bouddhisme, au développement de « la 
religion cosmique de la vérité ». M. Pierre Loti, dans VInde (sans 
les Anglais)^ se convertit, ou peu s'en faut, au nirvânisme ; cette 
Rovue, enfin, qui représente un effort sérieux et groupe des esprits 
d'élite, notamment M'*'' Rhys Davids, et des érudits comme 
M. K. Ë. Neumann, exercera en Occident et en Orient une pro- 
pagande active en faveur de la Bonne Loi. 

Ce n*est pas une raison pour ne pas lui &ire bon accueU, car 
le premier cahier nous apporte mieux que des promesses : des vers 
de Sir Edwin Arnold, — les frères do la Robe Jaune, the brothers 
of the Yellow Bobe, en auront dégusté Tharmonie ; — un sermon 
prophétique, « La Foi de l'Avenir », qui est « Editorial « ; —quel- 
ques pages, ingénieuses et compactes, de M^^ Rhys Davids : « Mo- 
rale bouddhique » ; — des citations de Shakespeare dans lesquelles 
M. G. Lorenzo, professeur de minéralogie au Musée de Naples 
retrouve un écho de la parole du Bouddha ; — une courte notice 
de Taw Sein Ko, archéologue au service du Gouvernement à 
Rangoon, sur renseignement du pâli et les examens officiels ; — > 
un article anecdotique de M. M. Hla Oung, trésorier de la Société 
Bouddhique Internationale, sur les femmes birmanes, qui confirme 
tout le bien qu'on répète des mœurs de la Birmanie ; — « Animism 
or Agnosticism? » par Moung Po Me, c'est-à-dire, le Bouddhisme 
birman est-il rempli de superstitions primitives, est-il au contraire 



204 LE MUSÉON. 

un système de philosophie athée ? c'est surtout, dit Tautcur, une 
école de bonté, de santé intellectuelle et morale ; -- « In the shadow 
of Shwe Dagon », évocation puissante de la vie religieuse dans la 
cité de la Grande Pagode à la fin du carême bouddhique ; Tauteur^ 
— sans doute un moine, car il s'appelle Ananda Maitriya, accolant 
le nom du disciple aimé à celui du futur Bouddha ; mais probable- 
ment un Européen (i), — Tauteur a lu nos « bons livres n, il cite 
de Lichtenberg (?) cette remarque ■ Nous avons tort de dire n je 
pense », nous devons dire » il pense n, comme nous disons il 
pleut . — Et combien Rudyard Kipling a tort d'appeler les orien- 
taux des « sullen childlike people » / Cette foule, ■ si douce et 
si courtoise, si révérencieuse et si joyeuse », c'est la populace de 
Rangoon en un jour de fête : peut-on la comparer à la populace de 
Battersea Park ? peut-on comparer la prière extatique des Birmans 
aux « scies nationales anglaises ou françaices ? — Le même 
Ananda Maitriya parle ensuite du nirvana, oh ! avec beaucoup de 
tact et de philosophie. — Puis un fragment du Majjhima, n^ 63, 
traduit par K. E. Neumann, — et des notes nombreuses sur le 
monde bouddhique : la plus intéressante, qui Test vraiment à un 
haut degré, se rapporte à la décision récente par laquelle le Vice- 
Roi des Indes a reconnu un chef souverain de la religion bouddhi- 
que en Birmanie : c'est un fait important à bien des égards. 

Revenons à l'étude de W^ Rhys Davids. La remarque capitale 
vise le « Indriyabhävanäsuita n : la culture des facultés sensibles. 
Un jeune homme, interrogé par le Bouddha, explique que son 
maître, hérétique de marque, définit comme il suit la culture des 
sens : « Avec l'œil, ne pas voir de couleur ; avec l'oreille, ne point 
entendre de son 0. — « A ce compte, dit le Bouddha, Taveugle et 
le sourd ont des sens très « cultivés 00. — Je loue et remercie 
M^* R. D. d'avoir signalé ce sutta ; elle a raison de dire que « le 
chemin du novice bouddhique est frayé sur un sol résistant ; il doit 
s'y avancer d'une démarche sobre et sérieuse n. 

Sur le nirvana, Ananda Maitreya, disons-nous, se montre philo- 

(1) Je ne me trompais pas, car une notice de la secte nous apprend : 
« Such is the religious name of Mr. Macgregor, who has joined the Bud- 
dhist Order of monks and has founded this magazine » 



ËOUDDHISBlË. NOTES ET ËIBLIOGBAPHIÉ. ^5 

8opbe avisé ; mais, faute de connaître la doctrine des deux Térités, 
si £Etmilière pourtant aux scolastiques des darçanas^ faute de dis- 
tinguer les écoles, il s'efforce de noyer les contradictions dans une 
fantasmagorie de mots et damages. Par là, — je commence à croire 
qu'il est originaire de l'Orient, — il nous révèle un autre trait, 
caractéristique aussi, de la mentalité hindoue. Son nirvana, quoi- 
qu'il en dise, est inorthodoxe. Supposez l'espace sans borne et vide : 
de même que nous lui attribuerons les trois dimensions bien que 
toute limite et tout point de départ soient absents, de même nous 
pouvons concevoir la pensée en dehors de tout moi et de tout non- 
moi. Ce sera la « conscience absolue », quoi qu'en ait dit l'Upani^ 
sad. Tel est le nirvânadhatu. Le nin*âna existe, suprême réalité ; 
nous ne savons pas ce que c'est ; hâtons nous d'y arriver ! — 
L'auteur nous avait promis mieux et plus,« a clear mental concept » ; 
il nous paye en méthaphores géométriques, et il dément en propres 
termes, « in so many words r, sa déclaration du début : que le 
Néo-bouddhisme, pour faire des converti«, doit savoir ce qu'il 
pense du nirvana. — Nous sommes en vérité trop loin de Gautama 
et de l'ironie socratique ; trop loin aussi do la dialectique hindoue : 
les Miecchas ont tout gâté. 

M. Albert J. Edmunds a récemment publié une série d'opuscules 
et d'articles consacrés au Bouddhisme. Plusieurs mériteraient une 
notice plus longue que celle que nous pouvons en donner. 

(1) Bymns of the Faith (Dhammapada) being an ancient antho- 
logy preserved in the Short Collection of the Sacred Scriptures of 
the Buddhists, translated from Pâli, Chicago, Open Court, 1902. 
— Traduction fort élégante, rythmée, exacte, souvent hardie mais 
toujours ingénieuse. Cette hardiesse est, somme toute, de pure 
générosité ; et si elle risque de dénaturer la pensée du texte, si 
elle en trouble la « saveur » propre, l'auteur ne s'en émeut pas : 
■ Peut-être est-ce un vœu trop ambitieux que d'espérer naturaliser 
en anglais ce document sacré, comme la version du roi Jacques a 
naturalisé l'Ecriture Chrétienne : mais si j'échoue, un autre réus- 
sira a. Dans la mesure où je peux l'apprécier, la nouvelle version 
du Dhammapada est extrêmement bien venue, chantante et grave* 



â06 Le muséon. 

— Mais pourquoi « Hymns of the Faith i» ? ou bien les mots 
« Hymns » et « Faith » ne correspondent-ils pas à çraddha^ à 
gâtha ou geyya ? 

L'introduction, très claire quoique compacte, est suivie de la 
traduction, d'après Beai, de la préface chinoise du Dhammapada. 

— Les notes serrent le texte de près quand le souci de la « natu- 
ralisation n Ta fait, je ne dirai pas négliger, mais « transposer » ; 
elles fournissent de nombreuses références. — LUndex pâli est 
excellent. 

(2) Buddhist and Christian Gospels now first compared from the 
originals : being Gospel Parallels from Pâli Texts reprinted with 
additions. Philadelphie 1902. — Ceci n'est que la préface et la 
table des matières d'un ouvrage étendu : Tauteur en a déjà établi 
en partie les éléments dans divers articles de TOpen Court. 11 
écaite toutes les données du Bouddhisme sanscrit et chinois, 
comme aussi les apocryphes chrétiens. A première vue, sa méthode 
est aussi correcte qu'on peut le souhaiter : chacun sait combien 
est amusante et fallacieuse la chasse aux passages parallèles. — 
11 est à souhaiter que M. Edmunds puisse publier bientôt le livre 
qu'il nous promet : l'enquête no saurait ótre trop minutieuse. — 
Le VIP chapitre du Bouddhisme de M. £. Hardy, est, jusqu'à 
présent, ce qu'on a écrit de plus solide sur le sujet. Nous avons 
parlé jadis, ici même, des travaux de M. Aiken et de M. von 
Eisinga. 

Je ne vois pas pourquoi Vltivuttaka obt appelé le « Logia Book ». 
Recherche d'un parallélisme tout superficiel. Rien n'est moins 
« évangélique » que Tltivuttaka. 

(3) A Buddhist Genesis^ Monist, 1904, January. Traduction de 
Dîghanikâya, 27, d'après l'édition siamoise, — texte connu par 
les sommaires de Sp. Hardy (Manual, 63), de Beai (Four Lectures, 
p. 151-155), de Rbys Davids (Dialogues, p. 105) et de Rockhill 
(Life of the Buddha), d'après le Vinaya-vibhâga des Sarvâstivâ- 
dins (i). 

Le texte pâli correspond au Mahâvastu I, 338-348, pour l'ensem- 

(1) Voir Mahâvastu. 1 615, qui signale encore d'autres sources (Beai, 
Catena 109). 



ßOUbDIIISME. NOtES ET ItlBLlOGlIAPlliC!. ^YJ 

ble, mais les divergences de mots et de phrases sont, dit le traduc- 
teur, nombreuses. Deux seulement sont signalées : « D'où Torigine 
du rite, maintenant incompris, qui consiste à jeter, dans les 
cérémonies du mariage^ un bâton, une motte de terre n. Telle est 
la version du Mahâvastu, correcte. Le pâli porte : ^ C'est pourquoi, 
quand on exécute une meurtrière, quelques personnes jettent de 
la poussière, d'autres des cendres, etc » (i). — C'est toujours pour 
nous une grande joie de constater la supériorité des textes du 
Nord sur ceux de Ceylan. — La seconde divergence semble en 
défaveur du Mahâvastu, I 388. jg. « Les êtres tombent du monde 
des dieux Âbhasvaras et viennent ici-bas (icchatvam dgacchanti). 
Ils sont doués d'une lumière propre, ils vont dans l'espace ; ils 
S3 nou rissent de joie, ils sont fixés dans le bonheur (sukha- 
sthâyin), ils se meuvent comme il leur plait ». Le texte pâli ignore 
cette dernière qualité : et M. Edmunds soupçonne, fort ingénieuse- 
ment, qu'elle a été suggérée par la mauvaise lecture prâcrite 
icchatvam ägacchanti pour le pâli itihattvam. Ceci ne me parait { 
pas évident. Quelle que soit l'origine, discutée savamment par l' 
M. É. Senart, de la forme icchatva (Mhv. I, p. 417 : iccha d'un 
adjectif *Uthya de iitham)^}e ne vois pas comment elle pourrait 
fournir l'idée de « se mouvoir à son gré ». 11 faut noter que le 
Mhv., m, 447. g, présente la forme correcte, que nous lisons 
aussi Abhidh. k. v., Ms. do la Société Asiatique, fol. 823 b. 4 : 
peut-être s'agit il simplement ici, contrairement à l'avis de M. S., 
d'uno mauvaise graphie. — La phrase qui suit immédiatement 
dans le pâli et qui manque dans le Mhv. : « A cette époque régnait 
une obscurité universelle », est injustifiable : il n'y a ni soleil, ni 
lune ; mais les êtres sont doués d'une lumière propre. 

* 
* * 

Teitabo SüziTKi. — The first biiddhist council, avec une préface 
de M. A. J. Edmunds (Monist, 1904, Janvier, p. 253-283). 

Mémoire fort intéressant, d'après onze sources chinoises (notam- 
ment les Vinayas), sur les divers épisodes du premier concile ; 

(1) Monist, Janvier 1904, p. 212, note. 



20^ Le muséoN. 

mémoire écourté, mais qui promet une grande abondance d^infor- 
mations et satisfait déjà la curiosité sur bien des points. Comme 
le remarque M. Edmunds, instigateur et directeur do ce travail, 
il est du plus haut intérêt de connaître les traditions des sectes 
anciennes ; et si le lecteur se rappelle les recherches de Minayeff 
sur le premier concile (i) ; Tindigenco relative où nous nous trou- 
vions alors, n'ayant à peu près à notre disposition que la légende 
contenue dans le Vinaya pâli et les renseignements de Beai d'après 
les Dharmaguptas, il saluera avec reconnaissance la Revue, parfois 
moins bien inspirée, qui nous apporte le sommaire authentique 
des légendes propres aux Mahîçâsakas, aux Sarvâstivâdins, aux 
Mahâsâihgikas et à certains groupes au moins du Mabâyâna. On 
voit que les canons des diverses sectes sont très voisins les uns 
des autres, — on s'en doutait ; — ce qui est plus important, c'est 
Textrème variété, à peine soupçonnée par Minayeff, des détails 
relatifs aux principaux épisodes du concile, épisodes fort bien 
divisés et caractérisés par M. Suzuki, 1, üirconstances qui provo- 
quent la réunion ; 2, Exclusion d'Ânanda ; 3, Fautes d'Ânanda ; 
4, Convocation de Gavâmpati ; 5, Opérations du concile ; 6, Inci- 
dent de Purâna. Sans entrer dans le détail, — d'autant plus que 
l'autour développera sans doute ce si curieux exposé, — n^est-il 
pas curieux que les Sarvâstivâdins placent dans la bouche d'Ânanda 
des sutras que celui ci a entendu prêcher dans le palais des 
Mâgas ? Ânanda, prototype de Nâgârjuoa, c'est une révélation 
inattendue. — De même, les Sarvâstivâdins et les Mahâsâmghikas 
se rapprochent du Mabâyâna en parlant, à l'exclusion des autres 
sectes du Petit Véhicule, de la convocation inutile de Gavâm- 
pati, qui passe du ciel dans le nirvana on apprenant la mort du 
maitre. — L'omission des livres d'Abbidharma dans la tradition 
des Mahîçâsakas et des Mabâsâihghikas, la mention d'un Dharma- 
pitaka qui comprend tout ce qui n'est pas Vinaya, sont aussi à 
retenir. L. V. P. 






(1) Chapitra n des Recherches. — Beai, mémoira du Congrès de Vienne. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. ^9 






Some contributions to the study of the Siksäsamuccaya from the 
Chinese sources. (ContinuatioD.) 

184. My 15. abhiQirhârâhrtâd autsukyät. « He pushes forward 
strenuoasly « (XXIX 5 a). This is a loose renderiag. As to the 
word abhiairhara Hiouen thsang renders it often ^ causing to 
come out, calling forth', which would be most exact equiva- 
lent. 1-Tsing renders abhinirharati ' obtain *, as Prof. Gowell 
proposes for Divyävadaoa 48*^, 49*'. 

186. note i. Gould we not suppose an original realiog parasu- 
yo^ ; r and 1 being sometimes exchanged ? 

189. 5, 6. « Although he reads great many sïîtras (i), (if) he, 
presuming on his extensive learning transgress his vow (s), he 
cannot, through his extensive learning, be free (3) from the 
affliction of the hell arisen from the violation of the vow (4) » 
(XXXIII 8 b). The reading would be somethiog like : 
kiyad bahun dharmaparyayu* dhyeyä^ sïlain na raksota .srutena' 

mattah' 
na bâhuârutyena sa éakyu trâyitum duhsîla yena vrajamâoa 

durgatim. (cf. Add. Notes 189. 5 ; 189. 6.) 

190. 6. apramânâkâram. According to 54*^ and XXV 56^ read 
apramâdât' [and so the Tib., IIB b.]. 

190. note 2. Here Mahâyâna-books in general are meant in 
contrast to the Hînayâoa-pitaka. 

190. 17. satvâdhisth« According to 55» and XXV 56^ read 
tatvâdhisth (= tattvädhisth^). [and so the Tib.] 

1. Ace. pi. 2. ? For adhyeyât ? 3. So correctly in Samâdhirâja (Cal. ed.) 
p. 30«. 

14 



210 LÉ MiJSÉON. 

190, 5-191. t. The difference of 80 âkârâs in the three texts is 
as follows : 

Skt. text 54t>— 55a. XXV 56b— 57a. 

^ f^^ 6 

6 7 

7 5 

8 9 8 

9 8 9 
9 (free from name and marks) 




DDHISM 


IE. BÎOTES ET BIB 


UOGRAPHl 


68 




69 


69 




70 


70 




71 


71 




72 


72 




73 


73 




74 


74 




75 


75 


_ ^ 






m 



76—80 

Iq the prcseat text occurs twice (190. 6 & u) gauravâkâram 
apparently by mistake. 

191. 12. artha-gaty-anugamatâ. « Clearly understandiog the 
sense n (55^) seems to confirm the editor's correction. 

192, note 2. The Chinese had no addition, but the quoted Chi- 
nese text (XXV 65»>) agrees with the Tib. 

194. t. mamântike ceti pradusta-cittâ. « Though he would be 

abused yet he ought not to think of retribution » (XXXIII 9^). 

Apparently the Chinese translator had a different reading. 
197. 10. utkarsayitavyam. « Should be praised » (56^'^). Cf. 

ätmotkarsanä ' self-exaltation ' in the Bodhisattvabhumi and 

ukkamso in Childers. 
197. 13. samvega. « Disgust ».(36«'^, LXIX 28^). This is the 

usual equivalent of udvega. udvega (or saijivega) — dharma 

denotes the Hînâyana-doctrine emphasizing the quitting the 

world, contrary to the Mahâyânist teaching to remain in the 

world and attain to Buddhahood. 
199. 8. poso. « nourisher » (56*^). This is one of those 16 wrong 

views relating to the existence of individual. Enumeration of 

these 16 views often occurs in Prajiiâpâramitâ-toxt, e. g. 

Satas.-Prajnâp. (Cale, cd.) 1208—1214 with two omissions. 

The editor's note * a prakritic form ' I caunot understand. 
[* Prakritic ' denotes a quasi- Sanskit form affected by Prakrit ; 
in spite of the Chinese (and Tibetan gso-ba ' nourisher ' ) it seems 
to me that the world is probably a by-form of purusa ; cf. Pâli 
posa. — C. B.] purusa is another one of those 16 heretical views. 
See M. Vyutp. § 207 and Satas.-Prajiiâp. 1. c. 
201. note 3. According to the Chinese (XVil 66 b) and perhaps 

the Tibetan readings, the marginal addition should be taken 



ài 2 LE MIISÉON. 

iato the text and the MS. reading 'bhirâddhâ (note 4) must be 

preserved. Read nâvadhyâyisy® instead of nâvadhâyisy«». 
202. 16. samäh^. . . [na] vijahati. 57^ simply samâhitâvasthâm 

na vijahati. 
203. 5. Read asadbhûtân. 
204. 4. Read cakra-bhramî. 
207. 12. ûrjyamânasya. « Floating » (58*). The reading of B. 

(note 2) uhyam® would be right. 
210. 3. Bhagavatyam. This extract is taken from the Paiicav. 

— P. (Cambridge MS. Add. 1629, leaf 1)2«» 5 et seq.) 
9 8. mîltodî. The Chinese (LXI V G4^) equivalent agrees with 

the Tibetan. 
211. 13. àroni-ka{âhakam. « Pelvic bone » (LXIV 65^). * ktâ- 

hâsthîni ', Pancav.-P. 

213. 4. According to the cited text (II 15^) the reading would 
be : va I pe I evain sprastavyâ dharmâ. éabdâ gandhâ rasa would 
have been originally a marginal note referring to the word pe 
and then have been taken into the text by a scribe. 

214. 7. bodhisatväüäm. 59^^ reads with the MS. bodhisukhâoâin, 
but II 15*^ and VU 18^ reads bodhi-mukbânâm ; the latter 
would be right. 

214. 14. acirahita- Misprint for avir® 

220. 14. anuparigrahain. « Holding together » (CCLX 92^). 

221. 5. nacja-kalapa. « A bundle of reeds » (CCLX 92») This 
simile occurs several times in the Abhidharma- books denoting 
an union of mental and physical elements depending on each 
other. 

- See Abhidham. s. (J. P. T. S. 1884) VI. 8 ; Sam. N. II. 
114; Bodhicaryfiv. p., fol. 169» init. and § IX, 102. (L. V. P.) 
» sîisravain. « Furnished with the flowing out » (60»), The 

« flowing out n is an epithet of klesa, very often wrongly spelt 
fiâsrava. 
222. 8. 4. catvâro Vûpina upädana-skandhäh i. e. vedanä, sam- 
jna, saniskärah and vijfiäaa aro called simply näma, both 
catvâri mahabhûtâai (constituent elements) i. e. prthivî, ap, 
tejas and vâyu and ail constituted matters are called rïïpa. 
The sense would be : catvâro Vupina upâdâna-skandhâs tan nâ- 



BOUDDHISME. NpTES ET BIBLIOGRAPHIE. 215 

ma I rûpam catvâri ca mahâbhûtHoy upâdâya rûpam | rûpam 
tac ca Qâmaikadhf am abhisamksipya tan näma-rüpam. 
9 10. upaklei^âs. Vasubandhu cxplaiacd the upakleéa (accom- 
panying troubler) as applicable both to the principal troubler 
(râga, dvesa &c.), and to the accompanying troubler (âhrïkyâ- 
napatrâpya &c.), and in the former case because it accom- 
panies the mind, and in the latter case because it accompanies 
the principal troubler. 
230. note 2. The Chinese is the same as the Tib. 

232. note 1. In Pancav.-P. 127^ 12 occurs also prabhaûgura, 
which is rendered by Hiouen Thsang « quickly breaking 
down ». 

233. note 6. This extract is made from Nanjio 23 (43) not from 
the Ratnacûda. 

235. 4. âlambanam. This word denotes all conceivable objects 
either by the paùça-vijnâna or by the mano-vijnâna. The Chi- 
nese equivalent means ' what is to be climbed upon or rested 
on (by the sadvijMna) ^ Gf. Pali ärammanam. 

236. 15. poso. See my note on the same word at p. 199. s. 

237. 7. parakelika. la the Lalitavistara (Lefmanned.) 175. 20. 
read parakeraka with A in the note 4. « Like a thing borro- 
wed » (LVII 24^). As I learn from Prof. Leumann this is from 
paraka with a suffix era just as érâmanera from éramana. 

237. 8. Read pralopa-dharm^. 

240. note 7. Here ends chap. XIII also in tho Ch. version. 

243. 15. bhagavatyam. The Ch. Pancav.-P. (LXIV 6^) agrees 
well to the present passage, but the corresponding Skt. text 
(Cambridge MS. 17*) varies greatly. 

244. 3. ârâgayitukâmena. Hiouen Thsang renders it « if one 
wishes to be familiar with and near to » (LXIV 6^). 

246. 4. léâdhârâ. Chinese equivalent is << carrying shaft or shaft 
carrier ». In Haribhadra's commentary on Ast.-P. (M. S. Levi's 
MS. f. 82*^ 7) occurs also Isâdhâra, which would be correct 
form. 

247. i|. aûguli-sneha-mâtram. « It wets only one side of a fin- 
ger » (XV 67*). 

248. 6. upattaip. » Insensible » (63^). This is said in contrast 



214 LE MUSÉON. 

of upâttam « sensible » above line 3. Both from the Ch. and 
from the context it must be corrected to anupâttam. 

250. 14. prasâda. « pure matter » (64») Vasubandhu said « the 
pure matter, which is to be rested on by their (corresponding) 
vijùâna is called the five roots (paùcêndriya) of the eye etc. » 
(Abhidharmakosa = CCXXII 95^). These indriyâh are called 
paramârthoadriyâh corresponding to the five sensational ner- 
ves. The Tib. iiaii-ba should be understood here in the first 
sense * essentiality ' given by Jaschke. 

253. note 3. I cannot see the necessity of changing the MS. 
reading ®kain dvay® ; aupapattyaiiij^ika and dvaya-pratyaya 
refer to pratharaa-vijùâoa. 

256. 2. Read : rûpa-vedanâ-samjiiâ-samskâra-vijiianânâm. 

260. 4, 5. « There is neither being nor sorrow, therefore there 
is nobody to be saved (i) ; having thrown away the sorrow of 
(our) mind we obtain joyful great ecstasy (?) ». (XV 33^. XXI 
42^). The MS. reading satvo naiva would be right and the 
rest of the line : na duskha sakyu (or sakya) munina yasyâ- 
panìtum dukham. 

» 10. « The Well-gone (Sugata) spoke always : ye exercise 
the learning of the remembrance, that is meditating on the 
right remembering place of the body n (XV 34^). Preserving 
thé MS. reading except bhavanah which is to be changed to 
^näiu we can read : uktam co sugatena : « bhavayath^ imam 
kâyamgatâm bhävanam ». 

261. note i. In Buddhist literature ' savâsana ^ or more gene- 
rally ' savâsana ' means : ' furnished with the influence (or 
impress) of the habit (of the klesa) '. 

» 2. Read : sarve ti (for te) sünyä muneh (?) 
259. 10 —264. 2. The Chinese order of the quotations is much 
transposed, thus : 

1. 261. 4—262. 11. rendered prosaic with some omissions. 

2. 263. 9—264. 2. 

3. 263. 1— s. 

4. 262. 12—14. 

5. 259. 10—261. 3. 

Additional Notes p. 412. 23. must be deleted. 



BOUDDHISME. NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 215 

261. 15. Tho Ghineso quoted work renders the whole quotation 

(yad vadasi up to 262. ii) metrical. [Cf. 262. n. 2] 
263. 3-6. The Ch. (L 54*) agrees with the readiog of the Siksas. 
not with the Bodhic.-tîkâ. 
n 3. bodhisatvah âha. A danda between these two words 
should be deleted ; Nirârambha is the name of a Bodhisattva. 
263. 9. « The eye does not emulate colour (or matter), the 
esar does not emulate sound etc. the mind does not emulate 
dharma n (65^). The reading would be : caksïï rïïpesu na ra- 
nati I ârotram Sabdesu | yâvan mano dharmesu. 
• 10. Read : kathain caksli rup^ hi caksu rup^. 
» 11 n mano dharm^. 

U. WOGIHABA. 



COMPTES RENDUS. 



The Prabandhacintatnani, composed by Mebutünga, translated 
from the original sanskrit by C. H. Tawney. — Calcutta, 1899 
(Bibliotheca indica). 

Les légendes jaïnas flattent la curiosité. C'est la raison de leur 
succès. L^époque est déjà lointaine où Weber et M. Th. Aufrecht 
firent connaître les premières. Lintérèt qu'avaient suscité ces 
publications redoubla lorsque M. H. Jacobi édita ses Ausgewählte 
Erzählungen in Mâhârâshirî (Leipzig, 1886). Ce petit livre com- 
pact était, en effet, le premier recueil systématique de nouvelles 
jaïnas, extraites du commentaire de Devendra sur VUttaradhya- 
yanasUira, Dès lors, ce nouveau domaine de la philologie hindoue 
était ouvert aux recherches scientifiques. 11 fournit à MM. Leumann 
et Pavolini le sujet des belles études comparatives que Ton sait. 
En même temps, Tattention était agréablement attirée sur la reli- 
gion jaïna ; car, comme le disait Bühler, dont M. Tawney rappelle 
les paroles (p. yi), << the objects with which the Caritas and Pra- 
bandhas were composed, were to edify the Jain community, to 
convince them of the glory and power of the Jain religion, or, in 
cases where the subject is a purely secular one, to provide them 
with an agréable entertainment ». 

Les récits de Devendra rassemblés par M. Jacobi ne présentaient 
qu'une unité superficielle : celle d'être dus à un même auteur. Il 
en est autrement du PrahandhacintHmani. 11 s'agit ici d'un ouvrage 
composé de propos délibéré par Merutunga, un jaïna de marque, 
qui vivait au moyen âge, au commencement du XIV* siècle de 
l'ère chrétienne. Le texte était déjà connu par l'édition de Râma- 
candra Dînânâtha (Bombay, 1888). Mais, sous cette forme, il n'était 



C0M4>TES BENDUS. 2i7 

accessible qu'aux indianistes. M. Tawney Ta rendu presque popu- 
laire en une traduction exacte au point que les critiques les plus 
sévères y trouveront difficilement des taches, et si élégante qu'on 
en interrompt à regret la lecture. Nul mieux que lui d'ailleurs 
n'était indiqué pour cette tâche. Ses versions du Kafka Sarit 
Sagara (1880-87) et du Katha Koça (1895) l'y acheminaient en 
quelque sorte. Les folk4oristes et les historiens des religions, voire 
même les simples amateurs de légendes ne sauraient manquer de 
lui en être reconnaissants. 

Tout en exprimant sa « respectful admiration » (p. xix, note 2) 
pour l'édition de Dînânâtha, M. Tawney a surtout établi sa traduc- 
tion d'après trois manuscrits appartenant, l'un au Gouvernement 
de Bombay, et les deux autres à l'India Office. Grâce à ces docu- 
ments, il lui a été possible de retrouver en bien des endroits la 
leçon la plus vraisemblable et la plus rigoureuse. En outre, dans 
des notes copieuses, insérées au bas des pages et dans de riches 
corrigenda et addenda (p. 205-215), il a suggéré d'utiles et inté- 
ressantes comparaisons avec d'autres récits analogues à ceux 
qu'il traduisait. 

Trop souvent, les légendes ou nouvelles sont œuvre de pure 
imagination. Ce n'est pas tout à fait le cas de celles rapportées 
par Merutunga. ^ The Prabandhacintâmani belongs to a class of 
compositions, the existence of which does, to a certain extent, 
blunt the edge of the reproach frequently directed against Sanskrit 
literature, that, with the single exception of the Râjataraûgini, 
there is to be found in it no work meriting the title of history. « 
Ainsi débute la longue introduction (p. v-xx) que M. Tawney a 
jointe à son travail et qui mérite d'être étudiée avec soin. A la 
lumière des principaux écrits de Bühler sur les jaïnas et du livre 
de Miss Duff sur la Chronologie de l'Inde, il examine, en effet, la 
vsdeur des récits de Merutuûga au point de vue historique et en 
dégage les événements qui ont pu réellement s'accomplir. Il résulte 
de cette investigation que les quatre premiers chapitres du Fraban- 
dhcu^intâmani rappellent un certain nombre de realia. Il n'en est 
pas de même du chapitre V qui traite de sujets variés. « Many of 
the tales, dit M. Tawney (p. xix), belong to the great mass of 
edifying anecdote that seems to have been at the disposal of the 



218 LE MUSÉON. 

Jain community, consisting principally of old Indian legends, skil- 
fully adapted by Jain teachers for the moral improvement of the 
faithful. » 

Les légendes rapportées par Merutuùga se diviseraient donc en 
deux catégories : celles qui auraient pour point do départ un fait 
historique, et celles qui appartiendraient au folk-lore indigène. 
Cette double origine permet d'expliquer à peu près toutes les 
légendes jaïnas. Pas toutes cependant. Car, en plus d'une occasion, 
les maîtres jaïnas ont emprunté les récits brahmaniques et les ont 
refondus, pour ne pas dire travestis, en les adaptant à leui*s doc- 
trines. C'est ainsi que nous ont été conservés un Râmâyana jaïna 
et deux Mahâbhârata, Tun en 18 chants, l'autre en 25. 

L'intérêt général que présente le Frabandhacintànmni est plus 
considérable qu'on ne se le figurerait volontiers. La littérature 
sansciite est accoutumée au merveilleux ; elle vit de symboles et 
do métaphores. Sans doute, ces deux éléments ne font pas défaut 
dans l'œuvre de Merutunga. Ainsi, dans la légende de Vikramâdi- 
tya, sous prétexte de rêves, il est question de divinités qui appa- 
raissent ; par exemple^ p. 9, le Courage se manifeste sous l'aspect 
d'un certain « noble-looking man, of a celestial radiant form n. 
Ailleurs, p. 135, on lit cette phrase : « But the servant, perfumed 
with the sweet savour of the minister's pious aspirations, as a mean 

tree by the proximity of a sandal-wood tree, » Mais, en 

général, les légendes, telles que les rapporte Merutunga, sont plus 
humaines que les récits brahmaniques du même genre. Les épisodes 
se déroulent sur terre plus souvent qu'aux cieux et les acteurs qui 
les jouent ne dépassent pas trop notre envergure. C'est pourquoi 
ilse dégage de ces nouvelles un charme pénétrant et communicatif. 
Ce charme, dit M. Tawney (p. vi), elles le perdraient à demi si 
elles étaient analysées ou paraphrasées. Aussi a-t-il trouvé l'art de 
nous le rendre tout entier, grâce à son élégante et intégrale traduc- 
tion. 

A. GUÉBINOT. 



* 
* ♦ 



COÄIPTES HEINOUS 219 

E. LuNBTDE LAjONQUièBB,chef de bataillon d'iafanterie coloniale. 
Inventaire descriptif des monuments du Cambodge. Publications 
de l'École fraoçaise d'Extrême-Orient. Paris, Imprimerie natio- 
nale. E. Leroux, 1902. CV-430 p., gr. in•8^ 

L'Inde, qu'ont pénétrée tant d'invasions, ne s'est pas, de son 
côté, renfermée chez elle. On sait quelle propagation religieuse 
elle a répandu sur l'Asie. Son langage même a débordé par delà 
rUimâlaya : la découverte du manuscrit Dutreuil de Rbins, d'autres 
encore, celles notamment, si brillantes, dues aux récentes fouilles 
du D^ Stein, en ont démontré l'existence en plein Turkestan chinois 
aux premiers siècles de notre ère. D'autre part, vers cette même 
époque, il se propageait dans la direction du sud-est, aux îles de la 
Sonde, en Indo-Chine, toute une civilisation apportée de l'Inde, et 
dont le Cambodge, en ce qui le concerne, nous a gardé le souvenir 
historique par des monuments dont les plus anciens vestiges peu- 
vent remonter au 6' siècle de notre ère, dont l'art battait son plein 
vers le 10* : ils font l'objet du présent livre. 

L'ouvrage répond exactement à son titre : c'est à la fois une 
nomenclature et une description méthodique des anciens monu- 
ments répartis sur le territoire cambodgien, il faut entendre le 
Cambodge actuellement français. La description n'est pas détaillée 
au même degré pour tous. Là où l'auteur est en présence d'un mo- 
nument suffisamment connu, ce qui est le cas pour les plus consi- 
dérables, il passe plus rapidement sans répéter ses devanciers : son 
but était de compléter, et il Ta fait avec une exactitude conscien- 
cieuse qui rétablit la vérité sur nombre de points, et nous livre 
une importante moisson de résultats nouveaux. De ces derniers 
je signalerai la description du groupe très intéressant, et jusqu'à 
lui presque ignoré, des quinze monuments de Sambuor. 

Une introduction est consacrée à l'étude générale des monuments : 
disposition et orientation des temples, procédés de construction, 
décoration, etc. Sans y entrer dans les débats que suscite l'étude 
des comparaisons et la recherche des origines, tout en accordant 
d'autre part leur juste place aux réflexions et conjectures, l'auteur 
se tient généralement sur le terrain des faits. Il les expose de la 
façon la plus nette et la plus précise. Netteté et précision sont du 



220 LE MtSÉON. 

reste la marque de tout le livre. C'est plaisir de suivre ces pages 
où l'exposition demeure constamment limpide, appuyée d'ailleurs 
sur des plans de clarté parfaite, insérés dans le texte. L'ouvrage, 
il est vrai, ne contient pas de cartes : pour remplacement des monu- 
ments décrits par Ylnventaire^ dans son investigation en zig-zag 
du sud au nord, on devra recourir à V Atlas archéologique de 
rindo-Chine^ publié par le même auteur. 

Les restes archéologiques du Cambodge consistent principalement 
d'édifices religieux : ceux-ci remplissent donc surtout VInventaire. 
Quelles que soient les étapes que l'art ait parcourues de l'Inde à 
cette région, quelles que soient aussi les modifications particulières, 
dues aux influences locales, qu'il y ait pu, en dernier lieu, subir, 
on doit s'attendre à retrouver dans les édifices en question des 
traits communs avec les temples de la contrée qui implanta au pays 
ou ils furent construits sa religion et sa culture. Et, de fait, à l'état 
développé, pris daos sa substance, un temple cambodgien, tel que 
le montre l'auteur, avec son sanctuaire auquel s'ajoute un porche 
que précède à son tour une nef à colonnes, nous représente assez 
bien le temple hindou : le sanctuaire est le garbhagrha de l'Inde, 
lé porche équivaut à Tantarâla, la nef au mandapa. Certains procé- 
dés de construction semblent, aussi, communs aux deux pays. Les 
dômes des mandapas s'élèvent par encorbellement, comme les 
voûtes cambodgiennes. Les pieds-droits cambodgiens, ainsi que l'a 
constaté M. L. de L., ceux du moins construits en briques, sont 
triples : ils comprennent, en effet, le plein du mujr et deux pare- 
ments, l'un extérieur, l'autre intérieur, lesquels reçoivent les sculp- 
tures : on trouve dans les sanctuaires de l'Indo des pieds-droits 
doubles, où le mur extérieur reçoit seul les motifs d'ornemeutation. 
Je n'insiste pas sur ces derniers détails : je reviens, par contre, sur 
ce que je disais tout à l'heure de l'analogie, quant à la disposition 
d'ensemble, des temples cambodgiens et hindous. Elle me semble, 
en effet, indiquer la réponse à une question que pose l'auteur au 
sujet des dharmasabbâs. 

La dharmasabhâ nous est présentée, dans les écrits buddhiques, 
comme la salie de réunion où s'assemblaient les moines pour con- 
férer de matières religieuses : dans la dharmasabhâ le Buddha vint 
bien souvent s'asseoir sur le • siège ornementé de la Loi », iLy 



/ 



COMITES tiEKbtJS. ä2i 

iostraisait ses disciples, et des profanes même étaient admis à y 
entendre sa parole. A l'occasion d^une remarque faite par M. Barth 
sur Tinexistence au Cambodge de tout vestige de la dharmasabhâ, 
Tauteur ouvre la question de savoir si elle ne serait pas précisé- 
ment représentée par la nef des temples qu^il décrit. Je crois qu^à 
répondre par une affirmative générale on s'exposerait à l'erreur. 
La plupart des temples cambodgiens nous apparaissent brahmani- j 
ques. La nef n'est autre chose que le mandapa. C'est là que le 
peuple prenait place. On y faisait les actes du culte qui n'ont pas 
lieu dans le sanctuaire : lectures, danses, et le reste. Que dans des 
temples buddhiques construits sur le modèle des temples brahma- 
niques, ou dans ces derniers adaptés au buddhismo, la nef, en 
dehors de sa destination de local pour le peuple et pour certains 
actes du culte, ait pu servir encore de dharmasabhâ, je le veux 
bien : mais rien n'indique cet usage, et en tout cas il ne fut ni le 
seul, ni le principal, ni celui en vue duquel il semble qu'on l'ait 
érigée. 

Brahmanisme et culte, à degré inégal il est vrai, des trois divi- 
nités du groupe trimurti, buddhisme mahâyâniste s'implantèrent, 
avec l'immigration hindoue, au Cambodge. Le buddhisme du petit 
véhicule ne semble y avoir fait de progrès sérieux que plus tard, 
dans la dernière partie de notre moyen-âge, mais son progrès fut 
alors tel qu'il s'est entièrement substitué aux religions venues de 
l'Inde qui prospérèrent avant lui. Entre ces cultes se produisit-il 
jamais quelque conflit violent? Adoptant une opinion dont déjà, il 
y a une vingtaine d'années, Moura se faisait l'écho dans le Royaume 
du Cambodge j M. L. de L., tout en déclarant le fait peu conforme 
aux doctrines du buddhismo, met au compte de celui-ci certaines 
mutilations subies par les monuments brahmaniques : une réaction 
religieuse, pense-t-il, causa ce vandalisme. Le fait do mutilation 
intentionnelle est indiscutable. A Prah Theat Prah Srei, une 
figure de divinité est enlevée au ciseau (p. 150). Une autre, à 
Chöng Ang (p. 140). A Prah Khan, plus de deux cents (p. 243). 
A Prasat Pram, dans beaucoup de sculptures « les divinités brah- 
maniques ont été enlevées au ciseau, toute la partie décorative 
ayant été respectée » (p. 326). A Phnom Prah Bat, le personnage 
central d'un linteau décoratif « a été retouché et transformé en 



222 Le muséon. 

Buddha ; en outre, le côté droit du panneau a été profondément 
fouilléj pour enlever les images des divinités brahmaniques qui y 
étaient représentées, et on a sculpté à leur place des ornements en 
feuillages » (p. 125). Un peu partout, mutilation des statues brah- 
maniques. La volonté de détruire est manifeste : quelle fut la part 
du buddhismo dans tout cela ? 

Ce n^est pas, je pense, au buddhismo mahâyâniste qu'il serait 
juste d'attribuer une action violente contre les autres croyances 
hindoues. Lomahâyànisme,en effet, tendait bien plutôt de lui-même 
à se fondre dans leur masse ; et d'autre part, encore que les inscrip- 
tions nous le montrent plus favorisé parfois de telle haute protec- 
tion, il n'y apparaît pas que les cultes différents aient eu à se 
plaindre de quoi qui ressemblât à une persécution. Et s'il arrive 
aussi qu'elles nous parlent de liûga brisé par un général en révolte, 
Kamvau, rien ne nous dit que le buddhismo ait pris la moindre 
part à l'aventure. Le mahâyânisme me paraît donc ici hors de 
cause : eût-il à sa charge un fait tel que celui signalé plu« haut 
à Phnom Prah Bat. Car un monument d'abord destiné à une divi- 
nité hindoue pouvait fort bien être attribué au buddhismo, et même, 
pour affirmer le caractère de la destination nouvelle, certains motifs 
de décoration pouvaient être effacés et transformés, sans nulle 
révolution religieuse dans les sentiments de gens qui, honorant à 
la fois tel dieu et le Buddha, demeuraient libres de se porter davan- 
tage, suivant les circonstances, vers l'un, puis vers l'autre, sans 
pour cela rompre le moins du monde avec le premier. 

Il convient de distinguer, en effet, ce qui se peut justifier par 
une vue d'adaptation, comme dans le cas précité, ce qui ne semble 
relever que de la malveillance, comme dans le bris des statues ou 
le grattage visiblement inutile d'une sculpture. Que, pour en venir 
à lui, le buddhismo du petit véhicule ait adapté, cela va de soi. 
Mais à lui aussi j'hésiterais beaucoup à attribuer des dégradations 
sectaires. Ce n'est certes pas le soin qu'il s'est actuellement donné 
de recueillir et d'abriter les vieux restes des statues bramaniques 
qui peut nous faire soupçonner un pareil vandalisme, ni, pour 
nous contenter d'exemples pris dans l'ouvrage dont il s'agit, des 
indices d'une tolérance plus large encore tels que sont : le liiiga au 
pied de la statue du Buddha dans la pagode moderne de Yeai Pou 



COMPTES ÜENDUS. 2t25 

(p. 45), les deux autres conservés dans celle de Prasat Ampil 
Rolöm (p. 261), le linteau portant Timage de Çiva sur Nandin dans 
celle de Phnom Kong (p. 64), les divinités brahmaniques du chedei I 
de Prah Theat Prah Srei (p. 149), les statuettes brahmaniques 
mêlées aux buddhiques sur Tautel de la pagode de Chean Chum 
(p. 3). Et par ailleurs le buddhismo ne nous apparaît pas dans son 
histoire comme un destructeur sans merci des images du panthéon 
hindou. Si donc, étant donnée l'universalîté du désastre des statues 
bramaniques, il fallait à cet effet général une cause qui le fût 
également, c'est autre part que je voudrais la chercher. N'y au- 
rait-il pas lieu de songer à une secte dont le fanatisme est assez 
avéré, à ceux qui, notamment dans l'Inde, ont tant honoré Allah 
par le saccage au nom de son prophète ? Dans le cours du dix- 
septième siècle un prince musulman régna nombre d'années au 
Cambodge ; n'est-ce pas à son règne que revient la responsabilité 
de cette ruine ? Il est vrai que, dans ce cas, les statues buddhiques 
ne durent pas être épargnées : mais celles-ci avaient encore des 
fidèles pour les préserver ou tout au moins les rétablir : et s'il faut 
cependant des images mises en pièces, nous savons, l'auteur lui- 
même en cite des exemples, qu'il se trouve au Cambodge plus d'un 
buddha brisé. 

Je ne puis, par contre, que m'associer à l'opinion de M. L. de L. 
sur les causes qui ont produit l'inachèvement de tant de monu- 
ments, le plus grand nombre, assure-t-il, du Cambodge. Il y voit 
le résultat d'accidents indépendants de la volonté du fondateur : 
■ sa mort, son déplacement voulu ou ordonné, des guerres, etc. », 
non le fait d'une résolution arrêtée sous l'influence de certaines 
idées religieuses, telles que la crainte do la mort à bref délai 
après l'exécution définitive du monument. Je no sais rien, en effet, 
qui autorise une pareille hypothèse, et ne lui trouve dans les 
inscriptions aucun appui. D'autre part, b Cambodge avait reçu de 
l'Inde ses croyances, et l'Inde ne songeait pas à laisser de propos 
délibéré ses fondations religieuses incomplètes. Bien au contraire. 
Ceci est vrai, en particulier, des constructions : « qui veut posséder 
ces mondes que l'on gagne par les actes du culte et les œuvres 
pies, dit la Brhat Samhitâ, qu'il bâtisse un temple. » Erection 
d'un temple ne dit pas érection inachevée. Ce n'est pas non plus 



224 LR MUSÉON. 

par des monuments imparfaits quo les constructeurs de temples 
se fussent procurò cette gloire quUls songeaient, diaprés les inscrip- 
tions, à se donner par leur œuvre ; désir terrestre qui, pour Tin- 
diquer en passant, pou? ait se doubler d'une penséo religieuse, car 
«< tant dure sa gloire dans le monde, tant Thomme goûte la joie 
dans les cieux », dit une inscription d'Ajantâ. Nous savons aussi 
que Térectiou d'un temple faisait partie de ces œuvres méritoires, 
au nombre de sept, les samtâoas, dont Taccomplissement assurait 
le bonheur et dans le monde présent et dans la vie future : rien 
là saos doute qui no fût pour engager les fondateurs à terminer 
leur œuvre dans toute la mesure du possible. Car cette assurance, 
justement, de bonheur actuel, loin qu'ils eussent à redouter la 
mort, Tœuvro menée à terme, leur promettait au contraire la 
durée de la vie. Et de fait, là même où il s'agit d'édifices dont 
nous n'avons que des raisons d'admettre l'achèvement, les inscrip- 
tions nous montrent dans la croyance de l'Inde tout autre chose 
que la crainte de rencontrer la mort au bout de Tœuvre religieuse : 
c'est plus de force et une plus longue vie qu'au premier siècle (la 
date probable) avant notre ère, Patika, fils du ksatrapa Liaka, 
attendait pour ce prince et ses enfants, donc pour lui-même, de 
l'érection, avec un reliquaire, d'un monastère buddhique dont il 
serait, je peose, par trop gratuit de prétendre qu'il entendit en 
faire aux moiocs le don, sans l'achever ; c'est, sous les hyperboles 
de sa rhétorique, la plus longue des vies que, quelque quinze siècles 
plus tard, souhaitait au roi Mokala Tiuscription gravée en mémoire 
de l'inauguration par ce prince du temple qu'il avait bâti pour 
Çiva : souhait où Ton aurait tort de soupçonner une formule con- 
juratoire ; il n'est qu'une expression de la foi à l'efficacité des 
œuvres religieuses pour procurer les biens même d'ici-bas. 

liO volume contient, insérées dans le texte, bon nombre d'illus- 
trations dont il n'est que juste de reconnaître l'excellent choix. 
Un lapsus de plume n'a-t-il pas échappé à l'auteur dans la dési- 
gnation des membres des deux personnages représentés au centre 
de la figure 105 V Le linteau décoratif qu'elle reproduit est du 
reste fort intéressant. Sur ce linteau est sculpté, ainsi que le fait 
remarquer M. L. de L., le combat des deux singes Sugrîva et (je 
me conforme ici à la graphie de l'auteur) Bâlin : les deux adver- 



COMPTES RENDUS. ÌÌ& 

sairès ise font face ; à gauche, derrière Sugrîva, se trouve Râma 
qui vi^it de percer d'une flèche Bàlia ; à droite, derrière Bâliu %e 
tient debout un autre personnage. L'auteur ne le détermine pas : 
ne figurerait-il pas Laksmana? Celui-ci, en effet, accompagne 
son frère dans le récit du Râmâyaua. Le goût de Fart cambodgien 
pour la symétrie Taura mis comme pendant de Râma à la place 
qu'il occupe. Et peut-être aussi les oiseaux au vol mêlés par Par- 
tiste à la scène sont-ils la traduction en pierre de ce dire du même 
épisode qu'entre les mains du héros intervenant dans la lutte la 
corde d'arc eut une résonnance telle que ce fut grande panique 
parmi la gßnt ailée. 

J'ajoute que le jugement de l'auteur sur la figuration humaine 
chez les vieux artistes cambodgiens est des plus modérés, et fort 
exact, à mon avis. Dénuée de qualités, elle no l'est certainement 
pas : elle est loin, très loin d'être exempte de défauts, et passe 
trop souvent les limites du disgracieux. Il est à propos de le recon- 
naître, et de ne pas monter au dithyrambe là où l'œuvre en cause 
n'est pas plus que, par exemple, les Apsaras d'Ângkor. A louer 
trop, on déprécie. 

Quant au volume net et consciencieux qui fait l'objet de cette 
notice, il est de valeur à porter l'éloge. En avoir été l'instigatrice, 
et l'avoir publié, est pour l'Ecole française d'Extrême-Orient, de 
récente naissance et pourtant signalée déjà par de si utiles tra- 
vaux, un titre de plus à la gratitude de tout travailleur qu'inté- 
resse l'Inde chez elle et au-dehors. A. -M. Boyeb. 

* 
« * 

Eleusinia : de quelques problèmes relatifs aux mystères d^Ekusis 
par le comte Goblet d'Alviella, professeur à l'université de 
Bruxelles, membre du Sénat et de l'Académie royale de Belgi- 
que. -^8®, vn-151 pp. Paris, Leroux 1903 (Extrait des tomes 
XLVI et XLVII de la Revue de l'Histoire des Religions). 

« L'objet de cet opuscule », nous dit l'auteur lui-même, « n'est 
pas de faire œuvre d'érudition n ; ce sont seulement « quelques 
vues d'ensemble n sur « quelques problèmes relatifs aux mystères 
d'Eleusis 9. 



226 . LE MUSÉON. 

Le livre s'ouvre par le tableau d' « une initiation à Eleusis dans 
les premiers siècles de notre ère » (pages 1-28). Ce tableau est clair, 
complet, bien ordonné et très littéraire. M. d'Alviella y décrit la 
procession des naystes allant d^ Athènes à Eleusis, et nous montre 
vers le soir, « par dessus la sombre verdure des oliviers, les mar- 
bres neigeux du Parthenon, teints en rose par les derniers rayons 
de soleil, découpant leurs lignes harmonieuses sur le fond purpurin 
des montagnes de THymetto » (p. 11). Le « drame mystique » est 
conté avec le même souci de pittoresque. — Ce tableau n'a d'ail- 
leurs aucune prétention à Toriginalité, et n'est mis là, je pense, 
que pour rafraîchir les souvenirs du lecteur ; mais il est, en géné- 
ral, exact : M. d'Alviella a lu l'article ■ Eleusinia » de Lenormant 
et de M. Fattier dans le Dictionnaire de Saglio et le deuxième 
Mémoire de M. Foucart sur Eleusis (1). 

Les trois problèmes sur lesquels porte spécialement l'étude de 
M. d'Alviella sont les suivants : 

1) Quelle est l'origine des mystères et quelles sont les principales 

étapes de leur évolution ? 

2) Quels rapports ont-ils eus, au cours de leur histoire, « avec 

les grands systèmes de philosophie grecque n ? 

3) « Quelle a pu être leur action sur la formation de la liturgie 

chrétienne n ? 

Diaprés M. d'Alviella, le fond des mystères d'Eleusis est un 
ensemble de rites agricoles ^ dont on retrouve la trace dans le 
folk-lore de tous les peuples Indo-Européens » (p. 37). Pour tous 
ces peuples, chaque exploitation rurale « a son génie qui personni- 
fie l'ensemble des épis ou des plantes. Ce génie est conçu tantôt 
sous la forme d'un être humain, tantôt sous celle d'un animal », 
jument, génisse, porc, chèvre, coq ou serpent (p. 38-39). Demeter 
est l'un de ces génies agricoles ou de ces « mères du Blé ». A l'ori- 
gine, il y en avait « autant que de champs cultivés », mais, par 
suite de leur ressemblance, << l'Unification des Mères du Blé » se 

(1) M. d'Alviella l'appelle par inadvertance : Recherches sur V origine 
et la nature des my stieres cV Eleusis : c'est le titre du l" mémoire (Paris 
1895). Le 2^ est intitulé : Les Grands mystères d: Eleusis : Personnel, 
Cércmxmies (Paris 1900). 



COBf^T» a£NDlJS. 227 

fit en Grèce « au profit du géaie local qui s'appelait Détnaer » 
(p. 46-47). « Dans le culte de Demeter, c'est la forme anthropo- 
morphiqae qui a seule survécu » ; mais à voir la Déméter-jument de 
Phigalie, la Déméter-génisse de Corcyre, la Déméter-truie d'Eleu- 
sis, on reconnaît sans peine, sous ces différents attributs, d'ancien- 
nes « Mères du Blé » qui étaient des animaux (p. 42-46). Comme 
toute chose, ce génie de la moisson est destiné à périr : il faut le 
rajeunir, et l'obliger, — en sacrifiant l'être sous lequel il s'est 
incarné, — à rentrer dans la moisson prochaine : cette forme 
rajeunie, c'est la « fille du BU », c'est Kore (p. 39-40). Le renou- 
vellement du génie de la Moisson après la stérilité de l'hiver, s'est 
traduit dans la mythologie grecque par les aventures de Demeter 
et de sa fille, mais la légende se retrouve identique, — encore qu'un 
peu simplifiée, — chez les Potowotomies de l'Amérique septentrio- 
nale (p. 48-50) ; et les mystères d'Eleusis ont dû être à l'origine 
quelque chose comme « les medecine-danses n des Peaux Rouges 
(p. 32-34). Ces rites étaient d'abord la propriété de quelques famil- 
les (Eumolpides et Kéryces) : « la fertilité exceptionnelle de leurs 
campagnes dut exciter de plus en plus l'admiration et l'envie de 
leurs voisins » qui demandèrent à y être admis. Les sacra gentili- 
eia étaient transformés en Mystères (p. 54-59). Mais comment ces 
Mystères, qui étaient primitivement tout agricoles, nous apparais- 
sent-ils dès le VIP siècle (époque de l'hymne à Demeter) avec un 
tout autre but : celui d'assurer à leurs adeptes le bonheur dans la 
vie future ? (p. 60). Comment l'initiation est-elle devenue une 
régénération ? (p. 62-64). Comment les conceptions de l'eschatologie 
grecque, — encore si sombres dans la poésie homérique, — sont- 
elles devenues à Eleusis plus confiantes dans l'au-delà ? (p. 67-71). 
D'où vient cette connaissance si précise de la topographie infernale 
qui y est donnée aux initiés ? (p. 73-75) Expliquer ce changement 
par le symbolisme latent des rites agricoles, — le grain de blé 
devenant l'emblème de la vie humaine, — c'est déjà supposer le 
problème résolu. Mieux vaut ici, — sans toutefois admettre l'iden- 
• tité dlsis et de Demeter, — recourir à des influences égyptiennes, 
transportées en Grèce par les courtiers Phéniciens (p. 72-73, 77- 
78). Enfin, « la notion de pureté rituelle fut la brèche par laquelle 
l'idée morale pénétra dans l'Eschatologie des Mystères » (p. 78-83). 



228 LE MUSÉON. 

J'ai résumé la théorie de M. d'Alviella en essayant d'y apporter 
quelque clarté, car Texposé en est souvent confus, et Tenchaîne- 
ment des idées y échappe quelquefois. C'est du reste la partie la 
plus personnelle de Touvrage. M. d'Alviella semble très familier 
avec tous les maîtres du folk-lore : Frazer, Lang, Mannhardt, 
Robertson Smith, etc. Lui-même, folk-loriste distingué, avait déjà 
publié un travail sur ■ les Rites de la Moisson et les commence- 
ments do TAgriculture ». Il se trouvait donc bien préparé pour 
étudier à ce point do vue les mystères de Demeter. De fait, dans 
ces deux chapitres, les rapprochements piquants et inattendus, — 
trop inattendus parfois, — les éclaircissements ingénieux ne man- 
quent pas. C'est ainsi que pour rendre raison des xotiSsç àç éoriaç, 
dont jusqu'ici on ne s'expliquait la présence que très imparfaite- 
ment, — M. d'Alviella propose une hypothèse qui mérite, je crois, 
qu'on s'y arrête (p. G5-G7). Comme Auguste Mommsen (Feste der 
Stadt Athen, p. 274) il rattache ^ les enfants du foyer » au mythe 
de Démophoon, mais il explique le mythe par l'usage et y voit 
« une survivance de l'époque où les enfants des familles qui possé- 
daient en commun les mystères d'Eleusis étaient initiés à l'aide 
d'une sorte de baptême ou de régénération par le feu w (1). Ce serait 
la régénération par « ce passage à travers les éléments n dont parle 
Apulée. L'interprétation de M. d'Alviella a quelque chance d'être 
vraie. Je regrette seulement qu'après nous avoir promis d'expliquer 
l'origine des mystères^ il n'étudie à vrai dire que le culte primitif 
des « Mères du Blé n. Or elles sont légion, les Mères du Blé (toute 
exploitation agricole a la sienne, nous dit M. d'Alviella), mais il 
n'y a qu'une Demeter éleusinionne. Le difficile du problème, c'est 
d'expliquer comment ces rites agricoles, — communs à tous les 
peuples indo-européens, — sont devenus des mystères cschatolo- 
giques contenant une révélation de la vie future. Parlant, lui aussi, 
des « danses-méJecines pour le temps des semailles et des mois- 
sons », — M. Andrew Lang ajoute (Mythes, Cultes et Religions, 
trad, franc, p. 568) : « Pour diverses raisons^ certains de ces rites 

(1) Cf. Hymne à Démóter v. 232 sqq. D'après unB variante d'^yfirm(Fab. 
147) le roi d'Eleusis aurait surpris Deo plongeant son nourrisson dans le 
foyer embrasé ; et la déesse aurait puni de mort le profane indiscret. 
M d'Alviella y voit avec raison un souvenir de Tinitiation et de ses secrets. 



COMPTES RENDUS. 229 

locaux ont pris uae haute importance dans le développement de la 
civilisation grecque, les cérémonies éleusinicnnes par exemple. « 
Ce sont ces « diverses raisons » qu'il importerait do connaître, et 
c'est leur exposé qui constitue Vhistoire d'un culte. Le folk-lore 
cesse là où Thistoire commence. N'étudiant précisément que les 
formes communes des cultes primitifs dans Thumanité, le folk-lore 
est souvent inapte à expliquer les précisions particulières de tel ou 
tel rite et le développement propre d'un culte local. Dans un bril- 
lant article de la Bévue archéologique (1902, XLI, p. 276) où il 
essayait de prouver avec la plus ingénieuse virtuosité qu'Orphée 
était un renard divin, M. Salomon Reinach écrivait ces quelques 
lignes : » On perdrait son temps et sa peine à vouloir tirer de cette 
conception primitive d'un renard divin, les nombreux épisodes qui 
constituent la légende d'Orphée » ; ce sont là de très sages paroles. 
— Après avoir montré dans la Demeter d'Eleusis l'ancienne « Mere 
du Blé », la question de l'origine des mystères reste intacte. Il 
faut expliquer comment h. ces rites primitifs est venue s'ajouter 
une eschatologie qui est l'essence même des mystères éleusiniens. 
M. d'Alviella l'a très bien senti lui-même ; il a posé la question en 
termes très justes (p. 60), et après toute cette dépense d'érudi- 
tion folk-loriste, — il en revient lui aussi, — avec des réticences et 
une certaine timidité — à chercher une explication dans l'influence 
égyptienne, qu'il rend d'ailleurs moins vraisemblable que M. Fou- 
cart, en la croyant indirecte et subordonnée à celle de la Phénicie. 

M. d'Alviella aborde ensuite le problème de l'orphisme dans ses 
rapports avec les mystères, et, — reprenant la thèse de Lenormant 
et de tant d'autres, — il essaie de marquer l'influence de l'orphis- 
me sur le développement de la doctrine d'Eleusis. Après avoir 
sommairement esquissé « l'évolution mystique du culte de Diony- 
sos n et son introduction à Eleusis, — l'auteur en marque les con- 
séquences : c'est d'une part dans le culte des Grandes déesses « un 
accent plus passionné et plus tragique n, d'autre part ^ la théoso- 
phie dos Mystères précisée ou développée dans le sens des doctrines 
orphiques n (p. 84-88). Et, à ce propos, il rappelle ce qu'était 
l'orphisme, » méthode plutôt que doctrine », essai de ^ conciliation 
des traditions mythiques avec les exigences de la culture ambiante » 



250 LE MUSÉON. 

(p. 88-90) ; il rappelle le caractère panthéistique de la cosmogonie 
et de Teschatologie orphiques (p. 91-96) et il analyse les idées nou- . 
volles que Tappropriation par les Orphiques du Zagreus crétois, 
avait apportées dans leur conception de la vie (p. 97-99). Cet 
orphisme ainsi constitué s'infiltra à Eleusis dans les dernières 
années du V® siècle ou les premières du IV*. Sans bouleverser les 
cérémonies existantes, les Orphiques introduisirent leurs hymnes 
comme chants liturgiques et sans doute aussi leur morale (p. 100- 
107). Du jour où Torphisme «< s'implanta dans les mystères » et 
établit à Eleusis « son quartier général n, les ^ écoles dominantes » 
s'y succédèrent suivant les « diverses époques ». Après le pytha- 
gorisme et l'Académie, le stoïcisme devient la doctrine d'Eleusis 
et les mystères sont encore aux mains des Alexandrins et des néo- 
platoniciens, quand le sanctuaire des Grandes Déesses est saccagé 
par les Goths d'Alaric. 

On ne reprochera pas à M. d'Alviella de n'avoir pas fait la lu- 
mière dans un sujet très obscur (1) et de n'avoir pas établi un 
classement chronologique des poésies orphiques ; mais vouloir 
expliquer Eleusis par l'orphisme et Torphisme par l'évolution des 
cultes dionysiaques, ce n'est pas rendre plus clair le problème des 
mystères. D'ailleurs les pages où M. d'Alviella a étudié l'influence 
de Dionysos sur l'orphisme ne sembleront pas très nettes et ne le 
feront guère mieux comprendre. U y a plusieurs Dionysos très 
différents, et dont la fusion (purement verbale) ne s'est opérée qu'à 
l'époque du syncrétisme religieux. Le Sabazios thrace, le Zagreus 
crétois et le Dionysos d'Eleusis ne sont pas des dieux apparentés. 
Le Sabazios thrace est un dieu oriental, au culte orgiastique, qui 
fut d'abord très mal accueilli à Athènes et dont l'action semble 
avoir été nulle sur les Orphiques. C'est au Zagreus crétois que 
ceux-ci ont emprunté leurs symboles cosmogoniques. Quant à l'or- 
phisme lui-même, — pour autant que nous puissions le connaître — , 
il n'a pu avoir sur le développement des mystères l'influence pré- 
pondérante que lui attribue l'auteur. Les cérémonies des mystères 
étaient depuis longtemps fixées dans leurs moindres détails, quand 

(1) Le problème se trouvera méthodiquement exposé dans un mémoire 
de M. Foucart sur le culte de Dionysos en Attigue qui paraîtra eu juin 
1904 dans les Mémoires de TAcadémie des Insciiptions et Belles-Lettres. 



COMPTES BENDUS. 251 

Torphisme prit naissance ; et jusqu'à la ruine d'Eleusis elles se 
sont célébrées xaxà xà 7:dcTpia : Pour un changement dans le bor* 
nage sacré, les Eumolpides recouraient à Toracle de Delphes (1) ; 
ce n'est certes pas Torphisme, — sorte de franc-maçonnerie sans 
caractère officiel, — qui aurait pu modifier dans son fond l'organi« 
sation ou la doctrine des mystères. Mais il est infiniment probable, 
que, — les mystères représentant Tinstitution religieuse la plus 
vénérable et la plus respectée de la Grèce, — tous ceux qui vou- 
laient prendre la direction d'un grand mouvement moral, essayaient 
d'adapter leurs théories aux rites éleusiniens et en faisaient, dans 
leurs commentaires, l'exégèse symbolique. C'est dans ce sens, je 
crois, qu'il faut interpréter les quelques textes, cités par M. d'Al- 
viella, qui semblent faire allusion dans les mystères à un enseigne- 
ment orphique (2). Pour les mêmes raisons, on acceptera diffici* 
lement, avec M. d' Al viel la, que les Mystères d'Eleusis aient été 
comme une grande auberge philosophique où tous les systèmes 
antiques se seraient succédés jusqu'à la fin du paganisme. 

Dans la dernière partie de son livre, l'auteur reprend, en quel- 
ques pages rapides et un peu superficielles, la question des rapports 
du christianisme et des mystères. Je serai ici plus bref, parce que 
la personnalité de M. d'Alviella y est moindre. C'est une bonne 
adaptation de la X° « Lecture » (TEdwin Eatch (The influence of 
greek ideas and usages upon the christian Church — [The llibbert 
Lectures 1888] Londres 1890), adaptation d'ailleurs complétée 
ou rectifiée à l'aide d' Anrieh (3) et de JVobhermin (4) : Le gnos- 
ticismo représente la forme achevée du christianisme hellénisé ,* 
la plupart de ses rites, de ses symboles sont éleusiniens (p. 120- 
125). Le christianisme orthodoxe lui-même, surtout au IIP et 



(1) Cf. C. I. A IV«, p. 30, n« 104a. 

(2) Les xà àTroppTjTa contenant des préceptes moraux dont parle Platon 
(Phédon p. 62 B) représentent bien plutôt l'enseignement orphique que la 
doctrine des mystères ; quant à l'ipò; Xdyo; dont parle Hérodote à trois 
reprises (II, 48, 62, 81), il est égyptien et non éleusinien. 

(3) Das Antike Mysterien wesen in seinem Einfluss auf das Christentum. 
Göttingen 1894. 

(4) Religionsgeschichtliche Studien zur Frage der Beeinflussung des 
Urchristentums durch das antike Mysterienwesen. Bei'lin 1896. 



252 LE MUSÉON. 

IV" siècle, a subi très fortement rinflnence des mystères : la phra- 
séologie chrétienne a pris ses termes rituels à la langue des initiés, 
et inconsciemment les idées ont été empruntées avec les mots 
(p. 126-7). Le catéchuménat, Tarcane, Tinitiation à plusieurs 
degrés, — choses inconnues aux premières communautés chrétien- 
nes, — s^établissent dans TEglise par une imitation plus ou moins 
involontaire de la discipline éleusinienne (128-138). Le symbolisme 
des monuments figurés et des premiers « credos » chrétiens trahit 
la même influence (139-142) ; et jusque dans le rituel de la messe, 
le souvenir du drame mystique et de Tépoptie est indéniable (142* 
146). 

Toutes ces affirmations de M. d^Alviella ou plutôt celles des 
devanciers qu'il résume, pourraient être le point de départ de 
longues discussions. Plusieurs rapprochements forcés ou trop loin- 
tains ne supportent pas Texamen ; certains rites chrétiens ont une 
histoire encore trop mal connue pour pouvoir être utilement com- 
parés aux rites éleusiniens. C'est tout un livre qu'il faudrait écrire 
pour aborder la critique de ce dernier chapitre. Mais peut-être, 
quoi qu'en dise M. d'Alviella, « l'heure n'est-elle pas encore propice 
aux v^ues d'ensemble n sur ce sujet. Depuis 1890 où parut le travail 
d'Edwin Hatch, la question a été reprise périodiquement, mais 
presque toujours avec des intentions de polémique ou dans des 
œuvres de jeunesse : les livres de Wobermin et d* Anrieh que j'ai 
déjà cités, ceux de Cheetam (1) (que M. d'Alviella ne semble pas 
avoir connu) et de Battifol (2) n'échappent pas à l'un ou l'autre de 
ces reproches. Il faudrait savoir attendre : l'archéologie grecque 
chrétienne commence à peine ; les études de liturgie comparée 
sont à leurs débuts ; bien des textes de l'ancienne littérature chré- 
tienne attendent encore une édition critique et une bonne 
monographie. Grâce à M. Foucart et à M. Cumont nous connais- 

(1) The Mysteries pagan and christian, being the Hulsean Lectures for 
lSOG-7. Londres 1897. 

(2) Etudes d'histoire et de théologie positive. Paris 1902 : La discipline 
de l'Arcane. — Le dernier travail paru à ma connaissance sur les rapports 
du Christianisme et des Mystères est l'introduction écrite par J. B. Mayor 
à la belle édition du VII« livre des Stromaies par F. J. A. Hort; mais 
Tauteui' n'apporte sur ce point ni un fait ni un texte nouveau.. 



COMPTES RENDUS. 255 

sons déjà les mystères d'Eleusis et ceux de Mithra ; mais combien 
de mystères du paganisme finissant nous sont encore fermés ! — 
Un travail d'ensemble sur les rapports des mystères et du Christia- 
nisme reste donc encore à iaire, mais il ne semble pas possible dès 
maintenant ; et en tout cas, il ne pourrait être que le travail de 
toute une vie. 

Le livre de M. le comte Goblet d'Alviella ramène Tattention, — 
et parfois très heureusement, — sur « quelques problèmes relatifs 
aux mystères d'Eleusis « ; mais il s'en faut que ces problèmes y 
soient, — même provisoirement, — résolus. 

Paris, Janvier 1904. 

Maurice Masson. 



REVUE DES PÉRIODIQUES. 



Harvard Studies in Classical Philology. XIV (Greenough 
Memorial Volume). 

Outre une biographie de feu J. Brudstreet Greenough, professeur 
à Harvard College et décédé eu 1901, cette publication renferme 
des Observations on the fourth eclogue of Virgil^ by W. Wabdb 
FowLBB et une série d'études concernant Terence telles que The 
illustrated Terence Manuscripts by K. E. Weston, The Relation 
of the Scene-Headings to the Miniatures in Manuscripts of Terence 
by J. Calvin Watson. 

Ce dernier mémoire est très développé et accompagné de belles 
reproductions. L'auteur admet que les entêtes des scènes dérivent 
des miniatures et étaient primitivement distribuées comme celles- 
ci. Les entêtes remonteraient au second siècle et les miniatures au 
premier. Les mss. y seraient les meilleurs représentants du ms. 
utilisé par l'artiste. 

The American Joinmal of Philology (Whole n"" 95). 

V Further Notes on the Mostelhria of Plmitus by E. W. Fat. 

2^* The Modes of conditional Thought III by H. C. Nutting. 

Considérations sur la nature de Facte intellectuel qui lie les deux 
membres d'une proposition conditionnelle. La nature de cet acte 
détermine, en effet, le mode de la proposition. 

3° The Edilio Princeps of the Greek Aesop by G. G. Keidel. 

Description des principaux exemplaires de VEditio Princeps 
et particulièrement de celui de la bibliothèque du Congrès à 
Washington dont une page est reproduite. 



REVUE DES PÉRIODIQUES. 235^ 

4® On the Non-Existence ofyemi^ yehi yeiti,etc,y by L. H. MilIiS. 

M. Mills qui a soutenu jadis que la terminaison des génitifs 

avestiques en ahe n'était qu'une mauvaise lecture pour ahyaj le )0 

n'étant autre chose que le caractère pehlvi tO valant yâ (ou ya), 
étend maintenant sa théorie aux finales -yemi^ -yehi, yeiti des 
verbes en -ya. GeUes-ci devraient se lire yflmf , yahi^ yati^ comme, 
de fait, on les trouve aussi parfois écrites dans TAvesta. 

5® Vicà Pota by C. Hoeikg. 

Sénèquo mentionne dans le Ludas de morte Caesar is 9. 4 une 
divinité Vica Pota qui serait mère de Diespiter, D'après M. Hoeing, 
cette déesse devrait être identifiée avec Cybèle. 

6** A Medical Papyrus Fragment by E. J. Goodspbed. 

Dans sa livraison du 1 déc. 1903, la revue catholique de Beyrouth 
^UMachriq reproduit une conférence du P. L. Cheïkho sur l'his- 
toire, les mœurs, les idées et coutumes religieuses et surtout la 
littérature préislamiques des Arabes. A rencontre des préjugés 
assez répandus, à rencontre aussi de Tappellation (Tépoque de 
TignorancCj en usage chez les écrivains musulmans pour désigner 
les temps antérieurs à Mahomet, le conférencier établit que, même 
avant Tlslam, les diverses tribus de l'Arabie s'étaient élevées à un 
haut degré de culture. Quelques extraits bien choisis des poètes 
préislamiques lui ont fourni un de ses arguments les plus frappants. 
Il y a, dans cet aperçu historique, beaucoup à apprendre. En le 
constatant, nous n'étonnerons aucun de ceux qui connaissent la 
compétence exceptionnelle du P. Cheïkho en cette matière. 

— Dans la même Revue (an. 1904, n"^ 1-3 et 6), le même auteur 
a entrepris une description des manuscrits arabes de l'Université 
Saint- Joseph, en commençant par les manuscrits chrétiens. Les 
spécialistes y glaneront nombre d'indications intéressantes. Le 
premier u? décrit est un ms. de l'Ancien Testament, dont le 
contenu diffère notablement, en plusieurs endroits, du contenu du 
recueil canonique ; il ne saurait manquer d'attirer vivement l'at- 
tention de tous les biblistes. A remarquer aussi le n° 4, copie 



236 LE MUSÉON. 

partielle du Diatessaron de Tatieii, qui, en dle-méme, n'est pat 
antérieure au 14* siècle, mais dont Tautorité, par une série d'anté- 
cédents connus, remonte au moins jusqu'au 9* siècle. 

— Signalons encore, dans Al-Mcuihriq (an. 1904, livrais. 1-4) 
une étude minutieuse du P. Anastase sur les tribus arabes de 
Ehoza a dans l'Irak et notamment sur les clans dont elles sont for- 
mées et sur quelques parlicularités dialectales de leur langue 
actuelle ; de même (livr. 3 et 4), un bon compte rendu, par 
M. Alouf, des fouilles récentes des Allemands à Baalbeck ; enfin 
(liyr. 4-6), du P. L. Jalabert, un excellent bulletin des dernières 
découvertes archéologiques en Syrie. 



CHRONIQUE. 



Les Annales du Musée Guimet oot édité depuis un an de nom- 
breuses publications. 

Signalons d'abord une étude de M. Alexandre Mobet sur le 
Rituel du culte divin journalier en Egypte d'après le papyrus 3055 
do Berlin et les textes gravés sur les murs du temple do Séti P' à 
Abydos. Ce mémoiro est accompagné d^un index des mots égyptiens 
contenus dans le papyrus consulté et de diverses planches ainsi 
que d'un bon résumé des conclusions. 

M. Mobet donne, en outre, un mémoire sur le Caractère reli- 
gieux de la royauté pharaonique. La conclusion de cet ouvrage 
considérable est que : ^ Le pharaon se dislingue des autres rois 
prêtres en ce qu'il est lié aux dieux par la naissance autant que 
par la dignité sacerdotale. Il est dieu parce qu'il est prêtre ; mais 
il n'est prêtre qu'on tant que fils des dieux. » 

M. GÉDEON HüET, bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale 
vient de publier le second tome de sa traduction du livre de M. H. 
Kebn sur le Bouddhisme dans VInde. 

Ce volume, comme on sait, contient les chapitres relatifs au 
Sangha et à VHistoire ecclésiastique avec un appendice sur les 
sectes et un précieux index des termes techniques. 

Le tome trentième des Annales est édité avec des soins tout par- 
ticuliers. Il renferme une Histoire de Thaïs^ avec publication do 
textes grecs inédits par M. F. Naü, tandis que le reste du volume 
est consacré aux fouilles exécutées à Antiaoë en 1901-1902. 
M. Gayet donne le résultat de ses explorations dans les nécropoles 
avec de superbes photogravures représentant les momies et les. 
objets trouvés dans les tombes. Il a confié à M. Setmoüb db Ricci 



238 LE BfUSÉON. 

le soin de publier les nombi-euses inscriptions grecques et coptes 
exhumées dans ces fouilles. M. E. Guimet s^est chargé des Sym- 
boles asiatiques et M. E. Bonnet donne une notice sur les plantes 
tant sauvages que cultivées dont remploi a pu être constaté dans 
les tombes d'Antinoë. 

* 

M. RBvniLOUT, conservateur au Louvre, publie un Précis du 
droit égyptien comparé aux autres droits de Vantiquifé. 

* 

A propos de droit comparé, signalons le nouvel ouvrage de 
M« E. Lambbbt qui est le premier volume (900 p.) d'une Intro; 
duction à la fonction du droit civil comparé dans la 1* série (Régime 
successoral) des Etudes de droit commun législatif. 

♦ 

M. R. DvoBAK, professeur à TUniversité de Prague, vient de 
publier une étude sur Lao-tsï und seine Lehre (dans les Dar- 
Stellungen nichtchristlicher Religionsgeschichte). M. Parker l'a 
critiquée et analysée dans Le Muséon (1903, p. 135). Il s'efforce 
d'exposer systématiquement le système de Lao-t9Ï. L'homme doit 
par ses mortifications en revenir à la simplicité primitive et ainsi 
au Tao comme à la base de toute existence. Le principal mérite 
de Lao-tsï est dans la spéculation théologique. Ce philosophe s'est 
efforcé surtout de dégager la notion du Tao (existence suprême) 
du thiën (ciel). 

M. 0. Gbüppb a donné dernièrement le 3^ fascicule de sa 
Griechische Mythologie und Religionsgeschichte dans le Handbuch 
îTIwan Müller V. 2. Il y traite de l'histoire de la religion grecque. 

* Ht 

Tous ceux qui s'intéressent aux littératures persane et pehlvie 
ainsi qu'à Thistoire du mahométisme dans l'Inde seront reconnais- 
sants à M. Bbowne d'avoir achevé et publié le Catalogue of two 



CHROMIQUE. 239 

collections of Persian and Arabic Manuscripts preserved in the 
India Office Library^ que M. Denison Ross avait dû abandonner 
pour prendre la direction du Muhammadan Madrasa GoUego à 
Calcutta. Le catalogue est dressé avec grand soin et donne une 
description très rigoureuse de tous les manuscrits, accompagoéo 
de biographies et bibliographies et de deux index. D'autre part^ 
MM. C. H. Tawnby et F. W. Thomas ont dressé le catalogue de 
manuscrits sanscrits faisant partie de ces mêmes collections. 

A la W réunion générale de VEgypt Exploration Fundj le 
Dr B. P. Obenfell a rendu compte des fouilles opérées par lui et 
le Dr Hunt à Oxyrhynchus dans le cimetière de l'époque ptolé- 
raaïque. Parmi les textes mis au jour il y a : P une collection de 
paroles du Christ analogue aux Xóyta découverts en 1897. 

Une introduction à la nouvelle collection dit que « telles furent 
les paroles (Xoyot) de Jésus à St Thomas ». Un de ces textes qui se 
rencontrait aussi dans l'Evangile selon les Hébreux se traduit 
comme suit : « Que celui qui cherche, ne cosse de chercher jusqu'à 
ce qu'il ait trouvé et quand il trouvera, il s'étonnera et c'est dans 
i'étonnement qu'il atteindra au royaume (du Ciel) et, quand il 
atteindra le royaume, il aura repos » . 

D'autres textes ont encore rapport au royaume du ciel. Diverses 
particularités de ce nouveau document chrétien semblent do 
nature à éclairer d'un jour tout nouveau l'histoire des Xöyicc 
XpKrroD de 1897, qui seraient une collection de Xöy^ comme tels, 
indépendants des évangiles et que la tradition mettait en rapport 
avec St Thomas. 

2? Un fragment du troisième siècle provenant d'un évangile 
apocryphe parallèle dans sa forme aux Synoptiques, et contenant 
une partie du Sermon sur la montagne ainsi qu'une conversation 
entre le Christ et ses disciples, sur une question posée à Jésus 
dans l'Evangile selon les Egyptiens : « Quand le royaume du 
Christ sera-t-il réalisé ?» 

3^ Quelques fragments de la Genèse selon les Septante et de 
l'Epître aux Hébreux. 

4^ Un certain nombre de documents non-littérairos parmi les- 



240 LE MUSÉON. 

quels un contrat de Tan 137 ap. J.-C. au sujet de leçons de sté- 
nographie données à un jeuoe homme. 

5" Des fragments de classiques grecs : 90 vers d'un partheneion 
et d'une épinicie que M. Blass assigae à Piodare, Targumeut du 
Dionysalexandros de Gratinus ce qui permet de constater qu'il 
s'agissait de Paris et non d'Alexandre le grand. 

6"* Un nouvel epitatm des livres 37-40 et 48- Ö5 de Tite-Live, 
renfermant de nombreux détails nouveaux sur une période impor- 
tante de l'histoire romaine (160-187). 

— Il est à craindre, parait-il, que dici à une dizaine d'années 
on ait épuisé les portions du territoire égyptien se prêtant à des 
explorations en règle. 

— En Palestine, les fouilles se poursuivent avec un redouble* 
ment d'activité. 

M. Macalister a mis à découvert à Gézer toute l'aire d'un grand 
temple s'étendant sur une surface de 5000 mètres carrés. 

On y a trouvé des serpents de bronze dans un petit puits, ce qui 
d'après l'archéologue anglais se rapporterait au culte cananéen des 
serpents. De nombreuses jarres contenaient des squelettes d'en- 
fants et leurs os étaient aussi mêlés aux fondations. 

D'autre part V Orientalische Litieratur- Zeitung annonce la 
découverte de trois tablettes cunéiformes dans les fouilles autri- 
chiennes de Ta'anak. Leur contenu parait obscur. Parmi les objets 
estimés à Ta'anak on cite surtout deux statuettes d'Astarté d'un 
type encore inconnu en Palestine. 

Les Sémitisants seront heureux d'apprendre que le Rév. 6. A. 
Gooke publie A Text-hook of North-Semitic Inscriptions qui 
met à la portée du public toutes les inscriptions sémitiques sauf 
celles en caractères cunéiformes et celles du sud de l'Arabie. 

La philologie américaine vient de produire un important ouvrage 
intéressant tous ceux qui s'occupent des idiomes des Indiens de 
l'Amérique du Nord. Il s'agit du Natich Dictionnary do M. James 
Hammond Trumhully qui est une sérieuse contribution à l'étude 
de la bible indienne d'Eliot. 

M. F. DüBBBACH envoie à M. HomoUe, directeur de l'école 



ClIftONlQlîË. 244 

française d- Athèaes> un rapport sur le programme et les résultats 
actuels des fouilles systématiques de Délos. L^ancienne ville est 
suffisamment bien conservée pour qu'on puisse espérer y trouver 
une sorte de Pompei grec où l'on acquerra des notions plus certaines 
sur la distribution encore mal établie des maisons grecques. Do 
nombreuses insci iptions ont été découvertes dans une citerne rem- 
plie de décombres et tout fait croire que Ton en trouvera encore 
dans les mêmes conditions. 

— Dans la séance du 11 septembre 1903 de TAcadémie des 
Inscriptions, M. Maspero a exposé le résultat des fouilles entre- 
prises par Tlnstitut français d'archéologie orientale du Caire dans 
deux localités de la Moyenne-Egypte : Touna et Assiout, où d'in- 
téressantes tombes ornées de représentations de divinités en cou ì 
leurs brillantes ont été découvertes. On a trouvé à Assiout de 
nombreuses figurines représentant des porteuses d'oies, des mate- 
lots, des scribes, des bouchers, etc., et en outre une grande statue 
de la déesse Nokhiti. 

— Dans les Séances du 19 février et du 4 mars 1904, M. Hbuzey 
expose les résultats des fouilles du capitaine Cros à Tello en Chal- 
dée : découverte de la polychromie dans l'ancienne sculpture chal- 
déenne, bas-relief représentant la pèche miraculeuse d'Isdoubar, 
documents épigraphiques importants, vases en terre noire avec 
figures à la pointe formant parfois un décor géométrique très com- 
pliqué. 

* 

M. H. HïLQENFELD viout de donner une édition soignée de plu- 
sieurs poésies syriaques de Giwargis Warda d'Arbèle (Ausgewählte 
Gesänge des Giwargis Warda von Arbel). Le recueil contient les 
poèmes relatifs aux événements contemporains (12® siècle), ainsi 
que ceux qui concernent les saiuts de la Syrie et un hymne sur 
S' Jean Baptiste. Le texte syriaque est accompagné d'une traduc- 
tion allemande et d'une introduction sur la vie du poète, ses œuvres, 
les éditions et manuscrits qui les contiennent. 

— On vient de fonder à Jérusalem un Institut évangélique aile- 
tnand d'arclwologie palestinienne qui doit marcher sur les traces de 
Y Ecole biblique f établie depuis 13 ans au couvent dominicain de 
Saint-Etienne de Jérusalem. Le directeur en est M. le professeur 



^2 LE MUSÉON. 

Dalmaa qui durant Tcxercice 1903-1904, sora secondé par M. Io 
professeur Löiir de Breslau. 

— L^imprimerie catholique de Beyrouth à Foccasion de ses noces 
d'or vient de faire paraître un fascicule supplémentaire aux Echos 
d* Orient, où sont consignés d'intéressants détails sur la fondation, 
l'organisation et les progrès de cette belle institution avec l'énu- 
méralion des ouvrages dont elle a exécuté rimprossion. 

— La Maison F. Didot inaugure la publication d'une Patrologia 
OrientaliSj qui paraîtra sous la direction de MM. R. Gbaffin et 
F. Nau, professeurs à l'institut catholique de Paris. Jusqu'à pré- 
sent ont été édités comme 1"^ fascicule du tome I : Le Livre des 
mystères du ciel et delà terre, texte éthiopien publié et traduit par 
M. J. Pbebuchon avec le concours de M. J. Guidi, et comme 
1*' fascicule du tome II une Vie de Séoère par Zacharie le Scolas- 
tique, texte syriaque publié, traduit et annoté par M. A. Eügeneb. 

— D'autre part la maison Poussielgue entreprend une collection 
analogue sous le titre de Corpus Scriptorum Christianorum Orien- 
talium. A la tète de cette publication se trouvent MM. Chabot, 
GuiDT, Hyvbbnat, Gabba de Vaux, ayant respectivement à s'oc- 
cuper des parties syriaque, éthiopienne, copte et arabe. La colla- 
boration de nombreux spécialistes permettra do mener à bien cette 
entreprise et l'on tiendra pour règle que chaque texte soit accom- 
pagné d'une traduction latine qu'on pourra se procurer séparément. 

— L'ouvrage si important pour Thistoire de la pensée juive au 
Moyen-âge, le Kiläb aUamânât tval i * iiqâdât de Saadia vient 
d'être l'objet d'une étude de M. W. Engelkempbb {Die Eeligions- 
philosophische Lehre Saadia Goons über die heilige Schrift) dans 
les Beiträge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters IV. 4* 

Sur les religions sémitiques signalons un intéressant mémoire de 
M. S. J. CüBTiss : Ursemitische Religion im Volksleben des heu- 
tigen Orients, où il donne le résultat de son enquête longue et diffi- 
cile parmi les paysans actuels de la Syrie. L'ouvrage renferme un 
grand nombre de faits précieux avec malheureusement quelques 
théories contestables. 
. — M. FossET publie une étude sur La Magie c^syrienne (Biblio- 



CHRONIQUE. 245 

thèque de TEcole des Hautes Etudes, Sciences Religieuses, XV) qui 
est suivie d'une série de textes magiques transcrits, traduits et 
rigoureusement commentés et interprétés. Ces documents sont sur- 
tout des recueils d'exorcismes. 

Dans le même ordre d'idées, a paru dans ces derniers temps un 
livre de M. Victob Henbt sur La Magie dans l'Inde antique 
(Paris, Dujarric) où il s'appuie surtout sur VAtharva Veda et le 
Kauçika-Sutra pour exposer Téconomie des opérations des prêtres 
et sorciers hindous. 

♦ 

M. Oldenberg a trouvé un savant traducteur français pour sa 
« lieligion du Veda ■ dans la personne de M. le professeur Victor 
Henry. 

D'autre part, M. Oldenberg publie une Histoire de la littéra- 
ture indienne {Die Litteratur des alien Indien). 

— M. l'abbé Roussel vient d'éditer le second volume de sa 
traduction du Râmâyana (Le Râmâyana de Vâlmiki^ Aranya- 
kànda — Sundarakânda). 

-^ M Hermann Jacobi sous le titre de Mahabhärata. Inhalts- 
angäbe^ Index und Concordane der CalcuUaer und Bombayer 
Ausgaben vient de donner aux indianistes un précieux résumé des 
dix-huit livres du Mahâbhârata et un index général des noms 
propres du poème avec une notice généalogique et mythologique. 

— Vient de paraître le vol. 48 des Sacred Books of the East^i 
complétant la série. Il contient une traduction par M. G. Thibaut 
des VedäntorSütras avec lo commentaire de Râmânuja, 3® partie* 

— M. Cal AND public dans les Abhandlungen für die Kunde des 
Morgenlandes (XII. 1) une étude sur le sûtra rituel de Baudhâyana, 
suivie d'extraits et de remarques grammaticales, stylistique et 
lexicologiques. 

♦ 
* * 

M. Vseyolod Miller, directeur de l'Institut Lazarea à Moscou 
vient de publier, comme supplément au premier volume du Grun- 
driss der iranischen Philologie^ une étude sur la langue des Ossètes 
(Die Sprache der Osseten)^ idiome qui offre un intérêt particulier 



âii LE MUSÉON. 

puisque son évolution s'est produite d^uno manière très indépen- 
dante des autres dialectes iraniens. 

— M. JivANJi Jamshedji Modi, un dos Parsis qui s'occupe le 
plus activomènt de philologie iranienne, vient d'éditer avec un soin 
particulier les textes pehlvi, pâsend et persan du Jâmaspi avec tra- 
duction anglaise et goujaratie. ^attention avait été ramenée sur ce 
vieil écrit par les divers fléaux qui affligèrent THindoustan dans 
CCS dernicres années. On alléguait que ces maux avaient été prédits 
dans le Jamâspi. M. Jivanji Jamshedji Modi n'a pas trouvé trace 
dans ce texte de la prophétie en question. 

Le Général de Beglié, auteur d'une étude appréciée sur VHabi- 
tation byzantine^ publie un mémoire sur Le monument d'AngJcor 
Vat^ au Cambodje. Celui-ci serait non pas une pagode comme on 
Tadmet généralement, mais une résidence des rois Khmers. 

L'architecture en est hindoue. Cette étude est précédée d'une 
préface par M. G. Maspero. 

— Parmi les travaux toujours plus nombreux concernant les 
idiomes africains, signalons un Précis théorique et pratique de lan- 
gue malgache par M. Gustave Julien, administrateur des colonies 
avec une préface de M. Alfred Gbakdidieb. 

— Dom G. MoBiN publie dans les Anecdota Maredsolanea IIL 
3, le traité (ou homélies) de St. Jérôme sur quatorze psaumes. 
L'auteur, qui a découvert le texte, Ta édité avec commentaires et 
un appendice contenant les « expositiunculae in evangelium » 
d'Arnobe, d'après un manuscrit de Gand. 

* * 

La collection : Urkunder tell Stockholms Historia I publie 
une charte de Stockholm (ßtocTcholms Stads Privilegiebref. U23- 
1700 — 2^ fascicule). 

— A l'occasion du jubilé d' Adolphe Nobeex, ses compagnons 
d'études et ses élèves lui ont offert un splendide recueil {Nordiska 
Studier) de travaux concernant la philologie germanique. 



SUBHASITA-SAMGRAHA 

APPENDIX 



1. Notes on the Apabhramsa-verses 



Abbreviations for principal authorities. 

S. 8 = Ms. of the Subhâ?ita-samgraha. 

Dkp. = Dohakoéa-panjikâ ; modern copy of a unique original exist- 
ing in Nepal (see above p. 3 = torn. IV. p 377) ; with its Tibe- 
tan version. 

P. == Fischers Grammatik der Pi^akrit-sprachen (Grundriss I. 8) 
cited by sections (§). 

MA = PischePs Materialen zur Kenntnis des Apabhramsa. (Abh. der 
K. Ges. der Wiss. zu Göttingen ; Phil.- li. Kl. ; Neue Folge, 
Bd V, N» 4. Berlin 1902. 4«) 

Hem. = Hemacandra*s Grammatik der Prakritsprachen .. herausg. 
von R. Pischel. 

As these verses form the first specimens of the litera- 
ture, the Buddhist Prakrit, to which they belong, and as 
there is considerable uncertainty in the interpretation of 
many of them, it seemed that their full discussion would 
exceed the due limits of foot-notes. The uncertainty arises 
not only from the scribes of our Mss. who know nothing 
of Prakrit, but also from the very small extent of the 
Apabhramsa literature at present known. 

A special treatise on Prakrit metre and prosody seems 
to be a desideratum. 

16 



^46 LE MUSSON. 

Many of these verses are extracted from several collec- 
tions known as Dohâ-koéa (i), and their metre is accordingly 
the dohâ (dvipathâ). This metre consists of rhyming cou- 
plets, each line being thus arranged : 

6-|-^ + 3|6 + 4 + * syllabic instants (mâtrâ) 
For further details, at all events as to Hindi where it is 
still a well-known metre, see Grierson's Satsaiya ofBihari^ 
Introd. p. 15. 
1. Proposed text. 

guru-uvaesaha amia-rasu havahi na plafl jehi | 
jaha satthena marutthalihim tisie mariaü tehi || 

S. S. guru acsaha amia rasu dhavakari i[ia pibiaü jeoa | 

(fol. 7) bahu sathethe marûthelihi tisio mandhaiîlu (2) tepa || 

Dkp guru uvaeso amia rasa havabiip oa pîau jebi | 

50.6 bahu sacha (3) marutthalihim tisie marithaü tehi || 

Tib. 
(.Tanj. Rg. XL VI. 210. a. 4) 

blainai nian-fiag bdud-rtsii ro | gaA gis 6om-par mi hthuä ba | 
ji-ltar hgronpa mya-Aam gyi | thaA la skom gduAs âi-ba bzhin | 

The two Mss. were copied by the same scrìbe in Nepal and thus no im- 
poilance is to be attached to agreement in misreadings of the originals 
such as rû for ru. 

In this verse I adopt in the main tlie reading of the Dkp., agreeing as 
it does with its Tibetan version ; but aesaha if altered to aesahu (= ade- 
êclt) would make also good sense, havahi I propose to connect with the 
Jain Pkt havvam (P § 338). The reading of S. S. seems to iiave arisen from 
the commentator's connecting the form with i/dhav • run \ which suits 
the traditional meaning (' quickly ') of havvam well enough. Thè Tib. 
nont'par • to satiety ' does not agree. 

With pea« = pïtakab = pïtab, cf. MA. miuiü 442. g. 

I have changed bahu (vahu) to jaha for the sense and from the Tib. jï- 
Uar .. bzhin. Uste mariaü tehi for tair mriyate irsttäyärfi seems »n 
awkward phrase, but 1 see no way out of it. It will be noticed that the 
Comm. gives both yathä and bahu. 

(1) Several collections of this name are extant in the Tanjur. 

(2) Apparently partly erased. — (3) This syllable is preceded by a partly 
erased syllable looking like neh (dental n -f ch). 



SUBHÂÇITA-SAMGRAHA. ^47 

The meaning will thus be : 

« They who havo not speedily drunk the ambrosial taste from 
the guru's precept, die of thirst, like a caravan in a sandy waste ». 

The metre is dohä. The commentary of the Dkp. runs thus (f. 51) : 
gurüpadesam amrtarasani sa mahâvegena paridhâvitayâ yail? kâpu- 
ru?air na pïta)}i tena visva-sat[t]vru'tham bhagnam (1) | yathâ maru" 
êthalisu bahusamghâtam tpsitam pânîyaiahitatayâ tatra sârthavâbake- 
na kvacit saughasthânesu pânîyam dps^am | te na., kausîdayârpitâ iti 

Tibetan version of the above : bla-ma dam-pai gdams dag gi bdud rtsii 
ro mgyogs-pa chen-por soft sie mi hthu/i-ba | de ni thsogs-kyi sems-can- 
gyi don-las ûams-pa yin te | ji Itar mya-fiam-gyi thafi la thsoû-pa mah-po 
skoms-pas gduûs-pas-la chu sbasuas ' thsoû-dpoft-gj'i phyogscigtuchu 
sbasnas yoA -bas ées-pa bstanpa las brtson-hgrus dafi Idan-pa der soft 
ste hthuAs-bas hthso-o | bi'tsonhgrus med-pa-rnams ni »i-o | 

Proposed ^q i paçlhijjaï so i gunijjai 

sattbogame so vakkhânijjaï | 
t nâhim so ditthijo t tau na Iakkhaï 
ekkuvaragurupââ pekkhaï || 

" s. s. 80Ï patijjaï soï guçijjaï sathogame soï vakkhâpîaï | 

7-8 nâhiip so ditthijo tau na lakkhaî ekku paru guru pââ pekkhaï | 

Dkp. 80 vi pattijai (tyâdi) gacchapurâçie vakkhâpijjaï 

1617 çâhi 80 dithijjo tâu ça Iakkhaï ekkani vare;tyiidi) 

Tib. klog-pa de yin (zhes-pà-la sogs gsuûs te) bâtan bcos rfiijVba 
Rg. XLVI. la sogs hchad pa afl de yin-no | yaft de Ita bu yi ste(î)ba ni | 
198 b. an. mthson-par nus pa yod min te Von kyaii gcig-tu (zhes) | 

The greatest difficulty of this verse is to find the noun designated by 
the pronoun so. From the context of the Dkp. as well as from its com- 
mentary (see below). I think moksab must be meant. There are more- 
over considerable discrepancies of reading between our verse and the 
verse preserved in the Dkp. 

I cannot satisfactorily reconstruct the metre. It has the general appea- 
i*ance of Copâî. 

The meaning of the S.-S text seems to be : 

^ It (moksa V) is road, is taught, is explained in course of reading 

(1) Read te., bhagnäti (?), with Tib. Possibly : « they perish [as an exam- 
ple] for the benefit of all beings ». 



248 LE MUSÉON. 

the scripture. It cannot be got from (heretical) systems, nor from 
inference (V) ; yet may be discerned through attendance on one 
eminent teacher \ 

For so i = so' pi see MA 384. i 

My emendation paçthfjjai iovpati^ of the MS needs no apology, the let- 
ters \ and dh being similar in shape. 

gunijjai I suppose to be connected with the Jain Pkt gunäviya * unter- 
richten * (Jacobi, Ausg. Erz. 7. n) 

sa[t]thogame = eästra-avagame 

vakkhanijjaï corrected for rhyme. For the form vakkhän^ see P. 
§ 279. (not indexed). 

About the next words I feel no confidence. I have thought it best on the 
whole to try to construe our text as it stands, rather than to introduce 
the considerable corrections which the readings of the Dkp. and its Tib. 
version (see below) imply : 

tau = tâvat lakkhaï might be passive (cf. Dkp. comm.) for la- 

k§yate ; but for pekkhaï (preksate) one must suppose a change of nomi- 
native : « one sees it ». 

I now subjoin the whole passage in the Dkp. and its Tibetan version : 
Dkp. 16-17. so vi pattìjaìtyMì \ pâthasyadhyâyâdi yat kiipci[t] kriyate 
lokottara-saliajamayam asti (1), na kevalam lokottai*am | laukikam apy 
ô,haL \ saithaiZ) parane vaiikhanijjaï \ yat kiipci[c-] châstrapurâçâdi- 
vyâkhyân[arii] kriyate tat sarvam sahajasyaiva nanyasya | tadâha | 
natóo(3) t dilhijjo t tau na lahkhaï iti | evam sahajoktakramàt yàvat 
puruse (4) na lak^ltam tâvat tena mok§o na dpstab (5) • ycna kleéak§aya[ra] 
tatk?anât karoti | • katham dpsyata * ity alia j 

ehkam (6) vare tyâdl | etena ni§keval[e]na vara-pravara-gurupadâp[e]- 
kçitena laksyata (labhyate, Tib.) èva \{ 

Tib. klogpa de yin zhes-pa-la-sogs gsufts te | klog-pa dafl hdon-pacuò 
zafi ci bycd-pa thams-cad hjig-rtonlas hdas-pai Ihan cig-skyes ûo-bo-nid 
yin-no | hjig rten-lashdas-pa libali zhig ni ma yin te | hjig-rten-pai yaft | 
bstanbcos rriin-ha hchadpa an de yin no zhes gsufts te | gaft cuft zaû 
bstan-bcos nìift-ba-la so^s-pa hchad-pa (7) de thamscad Ihan cig-skyes 
-pa Aid yin te | gzhan ni ma yin no | yaù deltabu-yì ... ba ni | mthson 
-par niis pa yod min te zlies-pa ni | de Itar Ihan-cig-skyes-pa bstan-pai 
rim-pas ji-srìd-du skyesbu la ma mthson na de^rid du thar-ba mi hthob 
ste I gaù gi dus ùid-du lìon-moiis-pa zad-par byed-pa-o | de ji-ltar rtogs ho 

(1) yânti MS ; but Tib yin. — (2) gaccha MS ; but bstan-bcos = sastra, 
and ccha and ttli are commonly confused. — (3) näliiso MS ; see below. 
(4) parüpe MS ; but Tib. skyes-bu-la. — (5) "ksa .. §taip MS. 
(6) ekkarp MS. — (7) Xylogr. hcaû-ba. 



SUBUÂSITA-SAMGRAHA. 249 

na I 'on-kyaA gcig tu zhes bya ba la sogs gsuAs te | hdi ni bla-ma mchog- 
gì zhabs-la gus-pas riieddo | 

sattha-purâçe is thus fully established as a variant. 

My correction nâïso (na Idpso) is founded on the Tib. de Ita-bu ; unfor- 
tunately the Xylograph is faint hero. 

puru§e is a certain emendation in view of the Tib. 

The Tib. 'on kyaft implies words like api tu before ekkem. 

The Tib. words de y in * that may be * occurring after the equivalents 
of several of the forms in iijai« possibly imply that the Tibetan transla- 
tions had forms in »ejja (optatives). 

The last Tib. word rned-do implies labhyate rather than laksyate. 

3. Proposed text. 

karunam cha^di ju sunnahî laggu | 

nâiso pâvaï ultima maggu || 

ahavâ karunâ kevala bhâvaï | 

jammasahassahì mokkhu na psìvaì' (i) || 

sunçakaruna jaï jounu sakkaï (2) | 

naü bhavë ^laü nivvânahî thakkaï || 

Reading karupâ chaddi jo sunahim la — 

of S. s. so pâvaï uttima ma — || 

flf. 41-42 w havâ karuriâ kevala[42]bhâvai 

jamma-sahassahi mokkha i[ia pâvaï || 

suQriâkarucia jaï jouçu sakkaï 

pau bhava riau — vânem thakkaï || 
Ms. (3) of the karuçia urie viriu murnahim lamjo 

work quoted. nati sa dhâvaï uttima mâmjâ || 

ahavâ karuriâ kevali bhâvaï 

so samsara mâkkhe na yâvaï |! 

yâ dhupu bapi vi tpâdhaçiaf makkaï 

nati bhava naü nivâriehim thakkaï || 

(1) Various reading implied in new MS. ; where we may reconstruct 
the line perhaps thus : 

to samsâra[ha]mokkhaïïi na pâvaï 
to = tadâ mâkkhe for mokkhaiìi is due to a misreading of medial 0. 

(2) Various reading implied : yo pupu benni vi fpadapaf sakkaï. dh is 
misread for p (a similar form in older Nepalese M SS.), as in dhâvaï for 
pâvaï above. 

(3) Contained in a MS. received from Nepal since the publication of the 
text of the present work. This MS. is further described in the second 
portion of the present Appendix. 



250 LE MUSÉON. 

This last passage would be almost unusable, but for the Sanskrit com- 
ment which follows it : 

ayam arthaU | karuria iti ' karuçârabito yadi éûnyatâyâjp lagyaü j 
tadâ *sau yogî uttama mârgam na labhate | buddhatvamârga[in] na 
labhate iti yävat || athavä eünyatärahitä yadi karuçâ kevalî bhävyate | 
tadä saipsärasya raukti[r] na labhyate || y ab punar yogï bhâvadvayaip 
prajnopâyarâsidvaya[m] yojayitu[ip] éakyate | ekâkâra[ip] kartu[m] 
6akyat[e] | na tad bhavâ (read" vo) na nirväpam iti | bhavasaipsäran nir- 
väpam buddham iti (bhave saipsaran n» b" [sa gaechati] ; or bbavab sam- 
säro n<> Buddha iti, which Prof. de la Vallée Poussin would understand 
as a gloss on the preceding) || 

Though numerous verbal difficulties remain, the general sense becomes 
now clear. The verse embodies a favourite Mahâyâna-doctiîne alluded to 
in Kârikâs 21 and 23 of the Ôiksâsamuccaya and clearly stated, with refe- 
rences to several other authorities, by Prof, de la Vallée Poussin in his 
- Nouvelles recherches » (J. As., Nov. lî)03, p 412 [56], of note 1.). Neither 
philosophy (nihilism) nor ethics (mercy etc.) avail alone for full salvation, 
but the two must be joined. 

We may translate, accordingly : 

« He who is attached to the Void without Mercy attains not the 
highest Path ; if on the other hand Mercy alone be meditated on 
[without the doctrine of the Void], then one gains not salvation 
even in a thousand births. If Mercy and the Void can be viewed (i) 
[together], one stands as [sure] in [mundane] existence as in nir- 
vana ». 

Metre like Dodhaka ; four dactyls or their equivalent, with rhyme, laggu 
= lagnab, replaced so as to rhyme with maggu. chadcji = chardayitvâ = 
muktvä. See P § 594 and compare MA 422. 3. pai I have conjectured with 
some hesitation as a negative is i^equired and nati, the reading of the new 
MS., has a different meaning ; see below. 

jounu = dyotana. For joai = dyotate = paAyati see MA p. 72 ; for 
Apabhr. infinitives in -ana see P § 579 

thakkai = tis^hati, Hem. IV. 16, .370. 

The last four sentences of the commentary are not fully intelligible to 
me, and I suppose them to involve some misunderstandings of Prakrit 
forms : yojayitum being apparently not the proper equivalent of joana 
(if this reading was before the commentator ; I can make nothing of pa- 
4hana), and naü (ciaü) = iva being confused with na, just as in the Sk. 
comm. in MA. 423. 2. 

(1) Or, taking the reading of the new MS. : « he who can [behold ?] even 
the two stands., n 



SUBHÀÇITA-SAMGRAUA. 251 

4. puvva pemma sumaranti | 
putti milia jaï puna hanti || 

putti milia =putryäm militvä. For loc. in ï see P § 386 (=«= p. 269 ad fln.) ; 
»ià {îov oya) which 1 read instead of «»iâ (MS.), as we thus get a reverse 
Doha C Soratha ' : 6 + 4 + 1 | 6 + 4 + 3) ♦.) hanti preserves the Skt. 
form (usual form hanai) doubtless for the rhyme. 
I would propose as a rendering : 

« Men remember their old love, if they meet a girl and it smites 
them again ». 

5. Proposed text. 

cittekku saalablam bhava-nivvana jahi vipphuçlant' assu I 
tarn cintâmanirûam panamaha icchâhalam dei || 

s. s. ekkam bïaip saalarûam Lhavanivâça janiparipphu^antassa 
48 tam c» papavaha ichâ« 

Dkp citteka saaiabîam jasma visphuranti 
38. tam<> paçâmaha* 

Tib. sems nid gcig pu kun-gyi sa-bon te | 

T. Rg. 46. gafi las srid daû mya-fian hdas-pa rnams hphro-ba | 

206. b. l hdod-pai hbras-bu ster-bar byed-pa yi | 

yid bzhin nor hdi*ai sems-la phyag hthsal*lo | 
Though I have succeeded in finding this verse in the Dohakoéapanjikâ, 
very great difficulties remain. Neither version suggests rhymes. I have 
accoixiingly supposed the metre to have been Ärya. 

My restoration is mainly founded on the Tibetan ; for of the three texts, 
this alone seems to make sense as it stands. I construe it ; 

« Mind is one, the seed of all ; from which being and nirvana 
emanate. Venerate mind, which is like the ' thought-gem ' and 
gives the fruit of desire ». 

The Sanskrit of the commentary is not only corrupt, but unusually 
chaotic, owing to the omission of whole words (as well as inflexions) 
which the Sanskrit text used by the Tibetan translator must have con- 
tained. I have conjectured cittekku (cittaikyam) from the Dkp. 

jahi I place as a provisional reading ; as the only equivalent of yasmat 
(demanded by the Tib. gaû-ias) which will suit the metre. It seems to me, 
however, probable from the S. S. that a fonn jama was actually used ; 
but there is no authority for such a form. 

♦ Cf. Grierson : Sat Saiya, Introd. p. 18. 



25:2 LE MUSÉON. 

vipphurant* assa I feel to be unsatisfactory, as there seems to be no case 
of elision (1) in MA (cf. P § 173 fin.), and as tliere is no trace of a genitive 
corresponding to assa in the Tibetan or in the commentary. Still, the 
reading gives metre and follows closely the S. S. 

I now subjoin the commentary reconstructed as far as practicable from 
the Tibetan, and from its own Tibetan version : 

Comm. citteÄa saalabïam bhavanirväna- jasma (2) vi^huranti iti 
Dkp. 38. 2 evam ukte ni[r]vriri[e] 'prfipte (3) sati tadâ (4) katham cinta- 
neti cet | cittât (h)sahalam avidyâdiblja[m] hhavanirvänät- 
mahä[s] ca aAaktâ visphuranti bhavasthâyikâ(é]ca na bha- 
vantïti yâvat | tasmât | tam cintcimani rüairi patpämaha 
icchähala dei iti paramanirvâ^iasya viéese^ia sa (6)ctn^ä- 
manirùpam ' tasya praçiâm[o] (7) [bhavatu] | [tat] kuta[b] 
tcchaphalaììi dadàti [ | ] tena hetunà | icchà ca mahakarupa 
jagada[r]tbätmika tad(8)icchâphalam (9) yena pQritam anà- 
bhogataU (lO)sa (11) èva gurus tasyeti cintàmapis tathà. 

(1) I can make nothing of a participial genitive here. 

(2) bijjasma MS. gaù-las = yasmât. Possibly a form jama was used. As 
I find no trace of such a form in the authorities, I replace jahi as noted 
above. 

(3) evaip ukta nirvana prapte MS. The Tib. implies the reading nirvâ- 
nalaksaçe aprâpte and the phrase parama nirvâçalak^aciaip prâpti[5fc] 
forms the conclusion of the comm. on the preceding verse occurring in the 
MS. immediately above the words in question, a ciixîums tance which 
would account for the scribe's omission of «laksape. 

(4) kati cittadvenati cittât MS. ji Itar is the usual equivalent of katham 
and zhe na of iti cet. 

(5) I cannot coordinate the Skt. and Tib. of this sentence, as I do not 
understand what word the Tib. version supposes to be the nominative of 
visphuranti and bha vanti. Moreover the Tib. seems to suppose a reading 
sakalâvidyâdibïjât. The corrections proposed suppose a general nomina- 
tive like jantavab, which is supplied in the commentary on the preceding 
verse to a similar verb. The Tib. also seems to imply a reading bhavastha- 
paka®. 

(6) '^^apa sa. sa, if correct (it is not represented in the Tibetan) must 
refer, I suppose, to the guru. 

(7) opama — bhût (?rût) | kuta MS. tat supplied from Tib. de. 

(8) «dâchâ MS. which I have supposed to represent iccha ; the Tib. grub- 
pa, however, implies siddhi or the like. 

i9) layaoa MS. ; but see Tib. 

(10) Prof, de la Vallée Poussin compares Bcp. ad VIII. 1, and 107 ; Sum.- 
vil. 122, (cf. also Mhv. II. 358. 7, 360. 9) from which abhoga would seem to 
mean * bending the mind to a thing, contrivance *. This is confirmed by 
the Tib. dictionaries, which interpret the cori'esponding expression * for- 
med in mass, self-created, not contrived * (**). 

(1 1) saiva MS. 

(**) So .iäschke and Sar. Da«, the latter giving nirabhoga, anâ- 
bhogi as Skt equivalents. 



SUBUÄ^ITA-SAMGRAIIA . 255 

Tibetan sems nid gcig-pu kun gyi sabon te \ gan las srid dan 

version of tlie las srid dan mya-fian hdas pa mains hphro ba \ zhes 

above comm. gsuns te | de Iter goA-du bstan-pai myafian las hdas pai 

T. Rg. XL VI. mthsan nid ma thob na dei phyir ji Itar bsam zhe-na | sems 

206. b. 1. de-las ma-lus-pai ma-rig pai sa-bon-las byufi-ba hkhor-ba 

daû mya-ftan las hdas-pai mthsan riid dag-pai* mi nus-par 

snaft zhift hphro-o | de-dag kyaft srid-pai ûo-bo nid-du 

rnam-par bzhag-par nii nus-so | dei phyir | hdod paihbras 

bu ster bar byed-pa yi \ yid bzhin nor hdrai sems-la 

phyag hthsal-lo \ zhes gsufts te | mchog-gi mya-Aan las 

hdas-pai kliyad-par ni yid-bzliin-gyi nor-bu-o | de-la phyag 

hthsal-lo I de cii phyir zhe-na | hdod-pai hbras-bu ster bai 

phyir-ro | hdod-pa ni sfiiû rje chcn-pos hgro-bai don byed- 

pai bdag nid de (-do ?) | de ni Ihun gyis grub-pai hbras bu 

gai-gis ster ba-o | de nid bla-mai yid bzhin gyi nor bu Ita 

buon 

S. (fol. 48) candasujja ghasi gholia ghottaï | 

pâva-punna-tavem ta khane te [aJUai ï 

For this couplet I have neither commentary nor Tibetan version and 
can only offer some conjectures as to its interpretation. I suppose it to 
belong to some context referring to Rahu, the demon who devours sun 
and moon. 

ghasi ' devouring ' ; for the form see P § 594 

gholia * shaking ' = ghûrnitvâ (Hem. IV. II7) 

ghottai ' he gulps down ' (ibid, IV. 10, where Pischel compares several 
modem Indian forms.) 

papa^ MS. 

taveip = tapasa ; cf. tavu MA. 441. o. 

ta = tasmât ; MA Index s. v. ta. 

khape te a^tai is my conjecture for khapottaft^i of the MS. tta is a 
fi'equent error of our scribe for te. te is used for tân in MA. ; here of 
course for a skt. dual accusative. 

attai, if I am right in restoring it, is a Prakrit equivalent (Hem. IV. 
119) of kvath * boil, digest '. 

My reading makes but a poor rhyme, and I have not attempted to 
thoroughly reconstruct the metre. If however we read ghasia and to 'ttai 
(F § 175) we get a metrical scheme : 

7. aïso karana karaha vivarira | 

tern ajaräniara hoï sarira || 

There is no commentary or Tib. version. I do not see the connection of 
thought with the context, but the words appear to mean : 



2ä4 LE MUSÉON. 

« Make to yourselves (if you can) such a means, contrary [to 
all experience though it would be], as would ensure the body's 
being free from decay and death ». 

Metre : Dodhaka or the equivalent of four dactyls 

aïso =» idfk or idpsam : compare aïso so., at fol. 62 below and koi = 

kimapi, Pischel on MA 384, p. 20. 
karahu would be tho coiTcct form ace. to P § 509. 
vivarïra = viparita Hem. IV. 424. 
For tern one would rather expect jeip (= yena) 

9. jam kia niceala inapa raapa pavana ghariçi laï etthe | 
t so so ghâ jia najjhare t vutto mai paramatthe || 

Of this verse I can make little but the metre, which is doha. Pada 1 = 
yena kptam niHcalaip mano ratnam. With padas 1 and 2 compare st. 99 
below : niceala pavana<> 

najjhare, if correct, reminds one of ngjhara and Mai*, ojhara; Pischel 
on Hem. I. 98. 

9. fol. 49 kulisa-saroruha joem joïu 

nimmala-paramamahâsuha bohiu | 
khanem ânanda-bhea tahirp jànaha 
lakkha-Iakkhana-hîna pariânaha || 

Metre of first two lines equivalent to 4 dactyls, 
kuliéa-sar« poetical equiv. of padma-vajra (see tho main text), 
joem = yogena. joïu = dyotitarp i. e. dpftaip 
»suha bohiu = »sukharp bodhitarp. 

Neither the metre nor the general sense of the latter half is cleai* to me. 
The Sanskrit would be : 

ksanena ânandabhcdam tasmiâ jânîta, laksyalaksanahînam pa- 
rijânîta. 

10. Proposed text. 

ghora-amdhârem candamani jima ujjoa kareï | 
paramamahâsuha ekkukhanë duriâçesa hareî | 

s. s. 49. 3 ghora aradhârem 



^, «« -, 1. r. n » candamapi jima ujjoa kai^ei 
Dkp. 88. 7 ghora [Ucbm] reip f 

^_ ^ \ ekkukkhape duriasesa harei 

paramamahâsuha ) „^ehaktyanai duriâéeva harei 



SUBnÄ^ITA-SAMGRAHA. '255 

XLVl. 219 b fln mun nag chen-por zia éel-gyi | 

ji Itar gsal bar byed-pa bzhin | 
mchog tu bdeba skad cig-la | 
sdig pa ma lus pham byed-pao | 

Comm, iti I yathâ ghoi^ndhakâramadhye candrakântimapir uddyota- 
iiaip karoti yâdr-saLm] sarvacauraca]?(Jälädibhi haipratl 
(read 'lâdibhir hâritam?) tâdp'^ali paramamah'sukha eka- 
kça^ie samsâradu scari tâsésam barali 

zhes gsu^s te | hdi mun nag chen-poi nari -du zla-éel-gyl nor bu-i snaA- 
bas gsal-bar byed-pai dus-su rigs l'ian rkun ma-la sogs-pas gzhan-gyi nor 
rku-bar byed-pa bzhin-du | mchog-tu bde ba chen-poi mtlisan nid daA 
bral-bai skad cig-mai dus hkbor-bai sdig spy od thams cad nams-par 
byed-do 

. Metre ; Doha. If (with both MSS.) no crasis be made in 1. 1, the o of 
ghora must be scanned short. 

jima * as * ; usual Ap. form jîva (equivalent to Pali viya ? ; P s 336). 

<»suha perhaps agrees with some masculine noun like änandab in this 
and in the preceeding stanza. 

kareï and harei are of course causal in form. 

11. 

airi[u] saana pariharai ga[c]chanto naü bandhaï bhâra | 
aîso jol tsangat pa(;lihâsaï taïso langhaï para || 

In line 1 1 have added the syllable u, as it gives a form sanctioned by 
Hemac. (I. 73) as the equivalent of acarya^i. The addition also gives at 
all events the first pada of a dolia, though the metre of the rest and of 
the following line is not clear to me. Oacchanto is for gâchante of the 
MS. Thei-e may be a reference to the parable of the burden-bearer (Abhi- 
dh-k. apud Minaev, Recherches, p. 225 note ; de la Vallée Poussin, JRAS 
'01. 308). 

The Sanskrit would be : 

âcâryah svajanam pariharati ; gacchann iva badhnâti bhâram : 
îdi^o yogî..[?]...pratibbâ8ate, tâdrèo laûgbati pârain. 
lit. Proposed text. 

visaa ramanta na visaern lippaï | 

üala barai na pani cbippaï || 

s. s. 49.6 visaa ramanta pa visaern lippaï | 

uala haraî oa pâ^iî chippaï | 
Dkp 58.3 viçaya ramanta ça visaa vi lippai ti 

ûara haï ça pâi^ï sthippaï iti 



256 LE MUSÉON. 

Tib. Tauj. Rg. 46 yul-rnams bstan-pas yul-gyia na | 
212. a. 4 gos-par hgyur-ba ma yin te | . 

ji Itar chu-las ut-pala | 
blaAs kyaA chu-yi ma reg bzhin | 

tt Enjoying objects he is not defiled by any object ; one picks a 
lotus and does not touch the water ». 

Metre equivalent to 4 dactyls. 

Qala (for utpala) and pâQî are new forms ; the latter is an interesting 
reflex of the spoken language, being the ordinary Marathi of to-day. 

chippal is also new. Compare Magadhi chivai, Pali chupati and modem 
forms cited by Fischöl on Hem. IV. 182. 

I subjoin the commentary ; but it will be observed that the Tibetan 
presupposes a somewhat different recension of the text. 

yathâ pânîyamadhye (1) heoa (2) dr^yate na pânîyaip gphyate basta- 
sparââc ca ' evam (3)tathâ sati parijnâne, viçayâçâm krî^âip kai*oti pa- 
ncakâmâdino tair dosai[r] (4) na gphyate [i] punar (5jyathâ padmâpa[t]tre 
ialataraôga[ip] gphîtvâ tatpânïyena na (6) lipyate ' (7rt*tadospatrât ca 
padmapa[t]ti'âmbhovad iti vacanât | evam abhyâso yoginaé ca. 
Rg. XL VI. yul-rnams reg bzhin (sec above) zhes gsuAs te | ji Itar chu i 

212 a. 4 naA du gru la zhugs nas utpala bla As (8) kyafi chu las ma gos- 
pa bzhin-du | de kho na ni[dj-du âes-pai rtogs-pa yod na | hdod- 
pai yon-tan lAa-la loâs spyod kyafi non mofis pas gos-par mi 
hgyur-ro | de- Itar goms-pai rnal-hbyor ni | 

18. Proposed text. 

emaï jor mala saranto | 

visaa na bâhaï visaa ramanto | 

S. s. 49.7 evein joï mula suratto | 

visaa ça bahal visaa ramanto | 
Dkp 58 fln emaï joï mula suratto | 

visahi na bâhaï visaa ramatto | 
Tanj. Rg. lidi Itai'-bu y id bdag nid-kyi | 

XL VI. 212 a. 6 rtsa-bai rnal-hbyor skyabs hgro-ba | 

dug-gi sAags can dagla ni | 

dug-gis thsugs-par ga-la hgyur i 

(1) pâçïa MS., pâpïyain below. 

(2) Sic MS. for phenam or pheno ; Tib. utpala. 

(3) Tib. implies : °sparéac ca na lipyate... tattvaparijiiâne sati. 

(4) Sic MS. ; Tib. implies: pafica-kâma gupa bhoga-kleôena (or oâbhyâm) 

(5) For this clause (punar... vacanât) there is no equivalent in the Tib. 

(6) yai na MS. 

(7) Sic MS. tadâ utpalam ? 

(8) The first (compound) letter is indistinct. 



SUBHÂÇITA-SAMâRAltA . ^? 

Comm. ïdréena yoginä mülarri gurQpadeâa[i{i] saratâ (1) | abhyâsât 
saranto jânanto ■ tadvipary[ay]ei[ia bâdhito | (2)yat kiipcid yoginârp 
Yiçayâdirûpaip tat sarvam na jânato (3) ' tasya (4) bâbyakâ bhavanti > 
kiip jnânaip jneyaip jnâpakaip ca tatprabhavâd iti tasmâd sarva-visayânâr 
ramaçân na (5) bâdhya[n]te iti yâvat | tatbâ coktam | bâbyaip yat tat 
svabbâyavirahitaip (6) ' jnânarp ca bâbyârthavat âûnyam | yad yat (7) 
kalpitaip ca vidus tat (8) tad apy aéûnyam matam | 

ity evam pai'ibhâvya bhâvavibbavau (9) 

niécintya tattvaikadbîb | 
mâyânâtakanaikanipupo (10) 
yogîAvarab krîdati || iti. 
Tib.: 

zhes gsuAs te | bdi Ita-bui rualhbyor-pas rtsa-ba ste bla-ma dam-pai 
gdams dag rnam-pa thams-cad-kyis bsgoms na de yul-gyi nés pas mi 
gos-80 (11) I dei phyir yul-rnams-kyi drimas mi gos te (12) | pbyi roi gaû 
yin de med-do | âes pa phyi roi don Itar sfian mkbas-pa-rnams-kyis 
stoA brtags-pa | de yafi stofi-iiid-du mi hdod | 

bdi ni ées-na dfiospo d/)os-med pa | 
de nid med-pa de nid gcig-pu blo | 
sgyu-ma mkban dafi gar byed mkban-po ni | 
de bzhin rnal-hbyor dbaô phyug rol-par byed | 

ces gsufis-so II 

emaï presents a difficulty, as only a dactyl is required by the metre, 
whereas if we are to connect the form with evamâdi[ka]vcf. comm. 
idpeena and P § 149), would regularly result. 

(1) Ȏasarito MS. 

(2) Not rendered in the Tib. 

(3) jatte MS. 

(4) Sic MS. ; possibly for bâhyâ or bâhirakâ (cf. Çikçâ 332 n. 12). 

(5) pana MS. It is however not easy to see how anâramaçât can be got 
outof the Prakrit. 

(H) »rahât MS. ; Tib. merely : de med-do « that does not exist *. 

(7) yat yata MS. 

(8) vidurvaistat, which rather suggests a reading vidurais (Lexx. only 
as a separate word). Cf. Tib. mkbas-pa-rnams kyis. 

(9) ovai MS. 

(10) The metre (Sârdûlavikr«) requires something like »nalkarûpani«». 

(11) The Tib. thus appeara to have read viparyayepa (interpreted as 
meaning ' fault ', not * opposite *, * revei^e ') na bâdhito. 

(12) This clause (* Therefore he is not tainted by the defilement of sense- 
objects *) is not in the Sanskrit. 



^8 LE MUSÉON. 

bahaï must be equivalent to bâdhate (*- does not check *; though the 
commentary seems to take the phrase as equivalent to « is not hurt by.. •', 
as if it were bädhyate. 

The Tibetan must have had a quite different Prakrit text with visa 
(viça) for visaa : • Amongst such persons as possess charms against poi- 
son, how should one come, to harm through poison ? » 

In the commentary however we get the regular equivalent (yul) of 
vi^ya, with no further allusion to this strange rendering. 

II. pavana dharaï iriana ekku nafcannaif 

fkalâgiçi so helem pennaïf 

I cannot reconstruct this verse. 
15. fol. 50. Saraha bhanaï vivar[i]ra paattaha | 
canda su — ni gholia ghotfaha || 

The flrat line would be in Sanskrit : 

Saraho bhapati viparitam pravartata (cf. MA 424, 347). 

The lacuna (marked in the MS.) is probably to be completed by the syl- 
lable -jja : compare the similar phrase above stanza n"* S. 

But in the Dkp. 89.4 wo find tara vai sukka which is explained tara- 
gaçanâyakai^ candi*ab i^ukras ca. 

le. âa ka rukku'' 

I can make no sense of this very corrupt verse. 
17. Proposed text. 

visaa-gaenda-karem gahia maria jima pa^lihâi | 
jol kava^llara jima tima to nisari jâi || 

S. S. visaa gaande kareqi gahia maria jema padiha 

50.3 joi kava -ara tima ni sari jâï | 

Dkp visayagajendra kara gahia japi maria padihâsaï 

91.3 jovï kavadiâra jima tima hopi sari jôi | 

Tib. yul-gyi glafi-poi snas blafts nas | 

220. b. 3 ji Itar gsod-pa Itar snafi yaci | 

rnal-byor glafi-po-skyoft-ba bzhin | 

de tshe byuiVnas soiVba yin | zhes gsuAs te | 

Metre : Doha. 

For the form kavadì-kara see Dharmasaingraha LXX (p. 50). 
pa4ihäi = pratibhati 
. jima..tima ; cf. MA 376. «)» where some MSS. read »mva. 
çîsari ibid 439. 4). . 



StJBH A^l t A-SA MG tlAHA . 25^ 

Comm. tathâ visaya-gajendreçu cak^ur-âdiçu sarvavastuçu gfhîtvâ 
indriya-viçayail^ karena grahaiiam iva dantinâ tadâ mâraQam(I) 
iva vratina[ti] kuru tâvat pratibhâsate tâva[t] kasya i viçayinaé 
[sic] ca svabhâvam etatf tasyaiva (2) dpAyate na mârapam 
kriyate nârakâdiçu iiïyate idp^^am yogendrâpam ... (3) kava4î- 
kârâdyai[r] yadpsam pratibhâsate tâdféam iva tato ni^sari- 
taip (4) gacctiati sahajesu (5) lîyate na kava4îkarais (6) tasya 
bâdliyate lokasya (7) pratibliâsa eveti | evam bhaksyâbliaks[y]- 
esu na lipyata iti yâvat | 

Tib. de bzhin du yul-gyi glafi-po ni dfios-po tliams-cad de (-do î) | yul daû 
dbafi-po Ita bur mchu-yis biaûs-nas gsod-pa Ita-bur snaft yafi mi hchi ste | 
glafi-po daft rtse mkhas-pas-so I rftal-byor-gyi dbaft-phyug-gis phyir byuû 
gnas-su ligro zhes bya-'o | de Itar bza bya ma yin-pa de mi rig[s]-so zhes 
dgoäs-so II 

Tlie Tibetan commentary, as ali*eady noted, is shorter than the Skt. 

The meaning of the first line is clear : 

<< [An ordinary man] appears as if caught and slain by the trunk 
of the elephant of sonse-objects n . 
The Tib. renders the second line : 

« The Yogi just like a mahout (who knows the elephant's ways) 
may there and then get up and depart (unhurt) » 

There is no authority for this meaning of kavadîâra, and no emendation 
occurs to me : nor do I understand from the Skt. commentary (unusually 
confused here), which seems to give the proper sense (* mouthful ') to the 
word, what case (an instrum. the writer liad before him, or how he 
connects his interpretation with the simile in the previous line. 

18. Proposed text. 

S- 8. jaï visaamhi na nullanti faïtamut buddha fturnut 

kevu I 
seü rallia naü ankurahi taru-sampatti na jevu || 

(1) saranam MS. 

(2) tasmaiva MS. 

(3) Judging from the Tibclan, which however is not clear to me at this 
point, there would seem to be a lacuna here. Kavatl« MS. 

(4) ni^sa« MS. 

(5) sahabi« MS. s" lîyate not in Tib. 

(6) »ras MS. 

(7) MS apparently corrected to loke sya. From this point to the end the 
Tib. equivalent is wanting. 



^60 LE lÉUSÉoN. 

I have not found this verse in the Bhava-dohakona of Saraha (Tanjur. 
Rg. XLVIII. 4 sqq.) or elsewhere ; nor do I know what work is designated 
by ' Prabandha *. 

The metre is doha. 

In line 1 1 have corrected the na nuUali of the MS. to ça cullanti, q and n 
are commonly confused in the MS. As to the Pkt stem pulla-, see P § 244 
and Hem. IV. 143. nta and la are readily confused in a MS. like ours. The 
foim in -nti does occur occasionally in Apabhr. ; e. g. MA. n« 353. For the 
forms ai-tamu and tumu I can ofiTei* no defluite suggestion. The last is 
probably quite corrupt, as one short syllable (not two) is requhred here, 
kevu (= katham) for kemu of the MS. (cf. keva MA 343). 
seü I take to represent seka. 
çatt (= iva) ; see above stanza 3. 
jevu for jenu (in spite of kcmu above) of the MS. 

The meaning, so far as it is intelligible to me, is : 

' If men do not move among objects (of sense), how is Buddha 
... ? Even as a tree deprived of watering cannot flourish in its 
shoot n. 

19. fol. 61 bohicia-raa-bhûsia akkhohem sitthaû j 
pokkhara-bTa sahâva niadehë ditthaü {| 

Tanj. Rg. 47. f. 240. b. 4. 

byaf) chub sems daA ixiul gyis brgyan | 

mi bskyod*pa ni gos hgyur-bas | 

padmai sa-bon rafi-bzhin-la | 

dag-pa-gfiug-mai lus-la mthoA | 
The meaning seems to be : 

« Decked in enlightenment of heart (bodhicitta), [though] also 
in dust (rajas ; human nature and its passions) one is clad in peace ; 
the iiaturc of the lolus-sccd is seen (tested ?) in the inborn shape 
[of its flower] ». 

Bodhicitta will determine and direct the whole comiX)site human cha- 
racter towards ak^ohhya as surely as the puskaraiva of tlie lotus seed 
will make it bear no other flower but a lotus. Prof, de la Vallée Poussin 
would render raa (and rclul) * pollen ', omitting all refei'ence to the figu- 
rative sense of rajas in Buddli. and in Sâmkhya works. 

The metre consists of five dactyls or their equivalents. 

With the forms sitthaO, ditthati (ao in both cases in the MS.) compare 
MA. p. 75 (s. V. dittha). 

The Tib. seems to imply a reading sahâvë in apposition to dehë. pok- 
khara == puskara, Hem. II. 4. dehë for deherp of the MS. for metre and 
the Tib. locative. 



/ 



SUBHÄälTA-SAiyÖRAHA. 2l6Ì 

^O. bahi nikkalio tkaliof sunnâsunna-païUho | 

suQnâsunna-benni-niajjhem tabi ekku na dittho || 

Tib. phyi-rol hbyuii-ba-dag ni spyad-byas-nas | 

Tanj. 8toiVdafi-stoiVrain-dag/la hjug-par gyis | 

Rg. 47. stofi-daù-stoû-min-gius-kyis dbus-su ni | 

f. 241 a 2. kyeo rmofis-pa ci yafi ma-mthoiVûani | 

The metre lias a curious resemblance to the classical hexameter ; but 
if the reading of line 2 be correct, it would seem that the moixe of the 
first 3 feet are freely redistributed. 

nikkalio = niskarita (?), (P. § 302) : cf. Hindi nikalnâ. 

kalio a sec. manu in margin. The word is probably an eiToneous repe- 
tition of the last throe syllables of the preceding word. In view of the 
Tib. (= « from action ») it may represent something like kalato (kftat) 
or kariâ (kâryàt) 

païttho = praviç^a : MA, index. 

bënpi (in form a neut. pi. ; P § 430) seems to be here used for dvaya- ; cf. 
beoQi-rahia, st. !f I below. 

majjheip though interpreted in Tib. as if a loc, may be a genuine 
instr. form used locatively (cf. tena samayena etc.) 

tahi = tatra. 

Between the above verse and the next there occurs in the Tibetan the 
following stanza : 

Ihan-cig-skyes-pa skyes-bu yod | 
Nag-po-dag-gis yons-su ses | 
lun dtàfì [b]slan-bcos man-po bklag-pa dan [ 
nan kyan rmons pa ci yan mi ses-so | 

* The purusa is born at the same time (sahaja) [with the skan- 
dhas ?] ; [this] is fully perceived by Kanha (honorific plur). Reading 
and hearing also many agamas and ââstras, o fool, why dost thou 
know nothing ? ' 

1 1. aho [na] gamaï na ahem jâi | 

benni-rahia ëhu niccala thai | 

steft du mi rgyu og tu mi hgro zhin | 
gnis pa spatì s pas de ni brtan par gnas | 

« It goes not down, it moves not up, destitute of both (motions) 
it confltantly abides ». 

17 



^2 LE MUSÉON. 

metre equal to 4 dactyls, ut supra. 

aheip garaaï MS which I have coixected with the Tib. ; of. Ap. ahomu- 
hu = adhomukha 

gamai does not occur ; but the form seems not impossible in view of 
the Vedic gamanti, Hu. tbâi (P § 483) is analogous. 

Qher)i = Qrdhvena : usual Pkt uddha. 

jai = yäti. For beçipi as cpd-base see bepoi-majjhem above. 

For ehu the MS. has tasu, which I have connected to the Ap. neut. sing 
on the strength of the Tib. 

<f 9. Kanha bhanai niana kaha vi ça phattai | 

niccala pavana gharini gharë vaUai || 

Nag po na-re yid nl gafi du mi hphro zer | 
mi-gyo rluA ni khyun-bdag-mo ni khyun-du gnas l| 

Kauba says : « the mind in no wise swerves ». A motionless air 
dwells mistress in the house. 

• In the Tib. this verse precedes the last. 

Metre equivalent to 4 dactyls, as above. 

phaftai with same Tib. equiv. as (vip)phud (sphur) at st. 5. According to 
Whitney (* Roots * p. 197) sphat is ' no proper root * ; but here the rhyme 
implies it, and the meaning seems not to differ greatly from the sense 
(visaraça) assigned in the Dhatup. — See also KarpQra m.. Index, s. v. 

The form of this verse has become a commonplace of modem vemaca- 
lai* poetry, where poets frequently add their names to formulas of solenm 
asseveration. 

na re.. .zer possibly implies that the special dictum ends with line 1. 

Two verses here follow in the Tibetan : 

mchog-gi n-bo-dag ni phug zab mor | 

hgro-ba ma-Ius-pa ni chad-par hgyur | 

dri-ma med-par(pai ?)chu ni skams hgyur te | 

dus-kyis me ni rab-tu zhugs [hjgyur ba || 

Mighty mountains [turn] into deep cavities ; 
All things that live and move tend to decay, 
A pure river becomes dry 
Through time tire goes out (?). 

sa hdzin hdi ni sin-tu bziin dka ste | 

mnam dan mi-mnam-dag-la rgal mi nus | 

Nag-po na-re mthson dka rtogs dka ba | 

hdi ni gan-gis sems kyi bsam mi nus ] 



SUBHÂÇITA-SAMGRAHA. 265 

« This mountain [of mystic doctrine ?] is very hard to grasp ; 
it is impossible to surmount its inequalities. Kanha declares that it 
is hard to characterizo or examine ; it is unthinkable by anyone. • 

!t8. jo samveaï mapa raana ahara[h]a sahaja pharanta | 
so parijânaï dhammagal açna vi kirn una kahanta | 

Tib. : gafi gi yi ni rin chen ris nus pa | 

fti-ma re-re Ihan-cig skyes-pa bphro | 
de yis chos kyi raiVbzhin-dag ni ées | 
gzhan-la bstan du zin kyafi mi âes-so || 
« He who is conscious of mind as a jewel inborn [and] day by 

day increasing, perceives the ways of the Law ; how much more 

where he proclaims it to bis neighbour also ! » 

Metre : Doha 

saipveai «vetti, transferred as usual to Ck)nj. I. 
maça raana of. supra stanza 9. 

aharaha ; cf. P. § 383. 

sahaja is a technical term of later Buddhist litcratui*e, which has not 
been as yet explained. The Sahaja-siddhi is a short hymn by Santideva 
extant in Tibetan only. 

pharanta = spharat (of. Sik§âs. 213. i) The Tib. equivalent is the same 
as for pha4 (sphur) in st. 5 and of phattai (sphatati) in the last stanza. 

paraja .. u^a bhi ka" MS. 

The reading before the Tib. translator must have been diffèi-ent in 
line 2. Possibly it was : so jânaï dhamma-sahâva (-= «svabbâvau). His last 
line in thus rendered by M. de la Vallée Poussin : * mais cette science 
n'existe pas dans un autre, même quand on la lui enseigne '. 

tl. paha[mj vahante[na] nia-mana-bandhana kia jena | 

tihuana saaia viphâria puna samhâria lena |i 

Tib. lam hgro gùug mai yid ni bcifis nus pa 

khams gsum ma-lus spro-zhiû yafi der sdud 

« The man, who, as he goes along the path, has bound his own 
mind, has [thereby] developed the three worlds and again reduced 
them If. 

As the worlds are phenomenal and citta-vithapita (based on thought), 
the philosopher who commands his own mind is like the magician who 
can make a mango-tree sprout up and then withdraw it again. 

lean make nothing of the reading vahante. In favour of the proposed 
corrections in line 1 is the circumstance that a doha is formed by them. 
Line 2 was also a doha ; but I have not attempted to reconstruct it. 

MS. kio... •phario .. »hâiûo. 



^64 LE MUSÉON. 

•95. sahajem niccala jena kia samarasa nia manaräa | 

siddho so puna ta khane no jara-marana vi bhäa | 

Tib, gafi gis Ihan-skyes mi gyo brtan-nus-pa | 

gûug mai yid kyis rgyal-po ro mnam hgyur | 
dei skad-cig-la ni hgrub-[pa ?] hgyur te | 
rgas daf) hcbi bai lijigs-pa gafi yafi med | 

The metre is dohâ. 

The meaning of the first line is not clear to me. Sahajaip (reading of the 
Tib Ì) miglit give better sense. Tlie MS. has rasem (unmetrical), mana 
...khane. 

The Sanskrit would be : 

Sahajena (®je ?) niAcaIa(-tvam) yena krtam,[8a] samarasa-ùijama- 
no-râjah (^manaso räjä). 

ta == ved. tat. khape = ksape. 

bhäa (for Saurasenî bhâadi (P § 501) = bibheti) instead of bhâai, for the 
rhyme, 
vi = api. 

<te. niccala nivviappa niv[v]iära | 

uaa-attha fmanuf rahia su sâra | 

Tib. mi-gyorairtog skyon rnams med-pa ni | 

Aar nub spafis pa de ni siìift-po ste | 
viappa = vikalpa (MS. nicciappu) ; cf. Karp.-m. iii. 10\ viara = vikara 
(*evil thought ?). uaa-attha (Ms. athe, as often) = udaya-asta (Tib. ear- 
nub), mapu is possibly corrupted from beprii or the like ; compare st. 21 
for sense and wording, su -= sab. 

<f 7. aïso so nivvana bhanijjaî | 

jahî mana manasa kimpi na kijjai | 

Tib. hdi ni hdi ru mya-fian hdas par gsufts | 

des ni yid-kyis fia-rgyal ci-yaft mi byed-do | 

« A state like that, nay, that (state), is called nirvana in which 
mind does, nothing out of self-consciousness ». 

aïsa = ïdrAam Hem. IV. 403. 

so-=tad(P§423med.) 

jamhi MS. kijjai deponent (P § 550). 

I understand manasa as cquiv. to an abl., like anta^atiL yonieati not 
uncommon in Buddh. Skt. It seems to me possible that we may here find 
the explanation of the Apabhr. forms in -ahu which Pischel § 3(>5 ad fin. 
describes as of obscure origin. 

The above explanation was suggested by the Tibetan, the second line of 
which means : ' In which by mind selfconciousness at all is not per- 



SUBHAÇITA-SAMGBAnA. 265 

formed '. Aa-rgyal the regular equivalent of aharpkara (ha = aharp) is 
also very commonly used for mâna. Prof, de la Vallée Poussin proposes 
mapasâ mâçaip, as reproducing the Tib. 

Professor Pischel, however, to whom I submitted my explanation of 
the passage has favoured me with his opinion on it. Ho would read thus : 

« aiso so nivvâça bhanijjaï 
jahi ma(ià* mâçasà* kirn pi pa kijjaï || 

* In which the mind does not do anything pertaining to the mind ' ma- y^^ ^,^ 
nasani him apt. Also : * Wo der Geist nicht seine Tätigkeit ausübt ' 

* Wo der Geist nichts Geistiges tut \ i. e. where it is quite at rest. 

99. evam-kâro jem bujjhi tatet bujjhi asa-asesa | 

dhamma-karanda ho so tjjhàt re ni[a]-pahu teraüt 

vesa I 
ebam mam-pa gaA gis ées gyur-ba | 
des ni ma-lus lus-pa med-par ées | 
kye-o chos kyis za-ma-tog ces de la bya | 
gnug mai bdag-po cha-lugs de yin-no | 

The meaning of the beginning seems fairly clear : 
' no who knows the meaning of ' evam \ knows hence the whole 
non-existent [world] Lo ! This the » Gasket of the Law »... \ 

Of the rest of line 2 only some forms and no general sense are clear to me. 

Metre : Doha. 

evam is used in a mystic sense, as is witnessed by its transliteration 
(not translation) in the Tib. 

Saratchandra Das, Tib. Diet. s. v. p. 1351, says : « In Buddh. this is 
symbolical of e signifying (a) ihabs upaya (b) mdo sûtra ; and vaih = (a) 
ses-rab knowledge., (b) stiags^ Mantra or Tantra ». 
. Thus evarp would be a mystic equivalent of prajnopaya, which has 
figured so prominently in the whole of the present text. Compare the 
further interpretations of evam at f . 76. 

bujjhi for bujjhijjai, a shortening not hilherto met with ; unless we 
correct to bujjhe (ë for meti-e) for bujjhai. 

ate of course cannot stand : some form like etto (P § 426) must be repla- 
ced. 

dhanuna-karapda is also mystical ; cf. Jâschke s. v. za-ma (p. 485) ; but 
I cannot fully interpre.t it. 

ho is interpreted by the Tib. as an interjection (cp. Hem. II. 217). Of the 
syllable jjha I can make nothing. 

The correction pia is certain because (1) gfiug-mai has already thrice 
occurred as = nija ; (2) we thus get the last pada of a doha and (3) the 
sense seems to accord with the previous verses. 

eratl if genuine must be for ïdr«a ; but the Tib. equivalent, a plain 
demonstrative, suggests the correction ehaü ; cf. MA n« 362 p. 14 (where 
the Skt. version has ïdrsam) and p. 67 s. v. eha. 

♦ or -u for a in each case. 



266 LE MCSÊOff. 



II. Various readings from additional MS. -mat erial 

RECEIVED. 

During the printing of the present text I received from 
Nepal through the kindness of H. E. the Maharaja a tran- 
script of a unique MS. in his library entitled Prajnopâya- 
viniscaya-siddhi. This turned out to be an incomplete 
copy containing only about the last half (paricchedas 4 
and 5 with part of paricch. 5) of the book so named , 
cited in our anthology. This deficiency was, however more 
than compensated by the circumstance that the place of 
the missing first portion had been filled by a number of 
short tantrik texts, some of them quoted in the present 
compilation. 

I hope later to give a moi-e detailed acccount of the MS., 
when I have been able to compare it with the Tanjur ; 
and at present limit myself to a list of the variants etc. 
of passages occurring in our text. 

Ff. 39 AZ.JLdvayavivarana-Prajiiopäyaviniscayasiddhi, The whole of 
this work appears to be contained in the new MS. It has no chapter-divi- 
sions and ends (after the title) with the colophon : 

kptir iyam âcârya-Pathnavajiapâdânâm. Compare f. 39 (p. 31) n. 6. 

The passage quoted occurs in the fifth line fi'om the commencement of 
the work. 

fol. 40 (p. 31*).i5 (new MS. f. 6. b. 3) sadhanatptîyaé calvaip | mahâsâ- 

dliana-caturtham iti. 
The omission denoted by * yâvat * in the text consists of 

anotlier fourfold group, 
ibid. 16 atar [sic] eva &/iavâbhavalakçanâ prajnâ 
ibid. 32. i prajùei/apûAarawa-vidiiâ« 

II 4 upâya iti vyavasthitarâgadvayaip 

(*) i. e. Muséon N. S., tom. V. p. 7. Reference is made to the pagination 
of the tirage à part. 



SUBHASlTA-SAMGRAâA. ^7 

(f. 41.) 32. 9-11 The clause etau ... iti is both shortened and made clear by 
our MS., which has : etau dvau abhinnarüpau bhavatas tadä 
bhuktir muhtir bhavatitt (1. a. 3) 

In tlie following passage, the new MS. is not metrical. It 
reads : upanayaty abhlmaiäni yasmân nsLukevämtkülarii yat \ 
tadânukûlayogena saivopâyab prakîrtitat^ | 

14. **yor milana» 

15. ya7?î tad ucyate 

16, 17. The reading of the new MS. is specially instructive here as 
it not only substantially confirms the syllables added by me to 
fill the lacuna in my MS., but also decisively substantiates my 
conjecture at f. 58 (p. 43) note 3 that an infinitive ksaptum from 
ksi must exist. The reading is 

pi*ak^aptum capanetuni ca éak^te [sic] yatra naiva hi | 
^T9iksayäya yat (1) tyaktan dliaf matat[t]vaip tad ucyate [| 
ig. oâée^-jagatab 

As to the Prakrit verse (which does not occur here in the 
new MS. but near the end of tliis work, at 10. b. 7) see Appen- 
dix I, above (as to stanza 3). 

The MS. continues without break with the couplet : idam 
eva« (32. 27 ^oll.). 
33. 2 tatraiva = f . 9. b. 6 of the new MS., which reads prajnâliûgitaU 
f. 51 (p. 38) 1, 2 Tlds couplet is quoted in the MS. (10. b. 4), but not as- 
signed to Äryadeva. 
Coming to the Prajnopäyaviniscayasiddhi of Anaftgavajra the first 
extract (f. 1-5) is of course not to be found in the MS., as it occurs (see 
the reff, to the Tib. in f . 1 note 2) near the beginning of the book quoted. 
The second extract, however, (ff. 56-59) occurs in pariccheda 4, of which 
it forms stanzas 5 foil. (19 b. 7 of the new MS.), 
f. &0 (p. 41) «6. The letters conjecturally supplied are confirmed. 

27 ubhaye gräha samttyâd [sic]. This implies sanityagâd, 
which gives a more regular metre, though it should be observ- 
ed that yofts (note 4) is the more usual equivalent of pari-. 
« (p. 42) 1 et ha [sic] ... e tacca saintyajet. The first of these variants 
supports my conjecture ; but the second agrees less well with 
the Tibetan than the reading of our text does. 
3. ädydXiXAkalpatiämxxkio 

4, 6 This stanza occurs in the new MS., not here (cf. p. 42 note 1), but 
at the end of the extract in élokas, i. e. after the verse tasmat... 
padam 58 (p. 42). e» with the curiously corrupt variant : 

(1) MS. ye for yat, an error common with this copyist ; cf. f. 37 (p. 27) 

D.8. 



^68 LE MUSÉON. 



sûtra 8arvâniiata[sic]yathâ, in the fli'st Une. 
7. sattvânâm asti MS. Correct the misprint nastîti to nâst<> 
note 3. Two stanzas also added here in new MS. 
g. na yatra hh"" MS. 
10, 11. Wanting in new MS. as in Tib. (n. 4) 

12 (new MS., 23 a. 8) «kecit pariv6(?) sthitab. A stanza is added as in 
the Tib. 

14 vak§yâ for vandya. 

15 hliSLYanäeakter. 

(p. 43) 1 vipulânandasaipo/iogât tad-uru-sphotanâd<* . This agrees 
far better witli the Tib. tad-uru-sphotana == « the far-reaching 
thrill of that (plcasui'e) « 
5 sâdhakâviga/a'' 

7. The reading printed in the text is unmetrical. Read with the 
new MS. (24. a. 6) : âmrçye/</ia>.n sudhimân«. 

The lacuna is to be tilled by reading suvimalan ; for the new 
MS. has suvipulan. The Tib. however attests ""vimalan 
9 kçaptuip is attested by the new MS., (cf. supra note on 4 1 , 

32. le) and so is odina-sumahad«' 
40. sannàhaòaddhab 
(p. 44) 3 muAtam sarvair ... caryâyâ [sic]. 



^UBHÂÇltA-SAMGRAHA. 



âÔ9 



INDEX I. 

Works citcd. 

(Reference is made to the leaves of the MS., indicated by square brackets 
in the text and at the top of each page). 



Advayavîvarapa - prajiiopâyavi- 

niscayasiddhl (') by Padmava- 

jra 39-42 

Advayasiddhi by Kuddâli-p". . 69* 
Adhyâtmasâdhana by Kambalâm- 

bara. . 93 

Anuttarasandhi, i. e, Pancakra- 

ma ch. III. by Sâkyamitra. . 12 
Abhisambodhikrama (Paricakr. 

V. 2) 6 

Ekanayanirdeéa-gûtra. ... 35 
Karmâvarapa-pratiprasrabdhi-&u - 

tra P8 

Kinnaraiûja parippcchâ-sQtra . 35 
Oaçavratanirdc/^a : see Guhyasid- 

dhi 59 

Oao4avyQha-8ütra 14 

Ouhyasamâja (G® mahâyoga tan- 

tra) 55, 89, 96 

Guhyasiddlii by Padmavajra 59 60 

(Abhisambodhi-nirdeóo ; Guna- 

vrata-Ti«);83; 85. 
Quhyavalî by Daudî-pâda. . . 72 
Ohaçtâpâdîya Paflcakrama . . 71 
[Catubéataka] . . . 38 fin, note 
Cittaviéuddhiprakarapa, of Ârya- 

deva 51-54 

Jnânasiddhi (by Indrabhûti«) pra- 

thamatattvanirdena .... 60 
pâkinîvajrapaÂjara . . . 50, 51 
Tattvasarpgraha-niócaya. . . 94 
Devendraparippcchâ-tantra . . 76 



DohâkOHa . 48-50. 

— (kvl Kânhapâdair uktam) . 61 
Ni}.iprapanca-Mahâmudrâ : see 

Mahâmu» 30 

Paiicakrama (Nâgârjuna) : 6 : 42 

— (Sâkyamitra) : 12 ; 91 

Paficakivima (Ghantâpâdlyâ) . 71 

also called Paücakramopadeia 
Paramärtha ^omâtlyao ?) — ma- 

hâtanli*a 94 

Prajâtantia (sic ; Prajnât®) . . 43 
(Âr'ya) Projiiâpâramitâ. ... 15 

(also called BhagavatîMahâ- 

mudrâ, 16) 

° (saptasatikâ) 93 

Prdjnopâyaviniscayasiddhi (*) 
by Anafigavajra (Nûtanâ- 
nangavajra-pâ«) 1 ; 56 
' Prabandha ' (Prakrit work of 

Saraha) .... 
Buddliakapâlatantra 
Buddha samâgama . 
[- Bhagavatoktam »] 
[Madhyamakâvatâra] 
[Mahâguhyatattva-upadeéa] by 

Dâiùka 66 (and note) 

Mahâ-laksmisâdhana . • • . 5 
Mahâmâyâtisamaya (?). ... 94 
Mahâ-Mâyottara-tantra ... 86 
Mahâmudrâdvayayogabhâvanâ 15, 

30 
Mahâ-Samayatantra : v. Samaya. 



14 (n. 



74 
86 
94 
32 
3) 



(') New MS. See Appendix II. 

(») Tai^. Rg. XLVI. 33-39. See Appendix II. 



Id 



270 



LE MUSÉON. 



* Mûlasûtra ' 81 

[MQla-madhyamaka] 32 {' àâstre *) 
two passages 

Yamâiitaka-tantra 74 

Yuganaddhakrania of Pancakr. 42 

Laùkâvatâra 33 

Vigracchedikâ 55 

Vajradâka-tantra ...... 8 

Vajramahâsukha 94 

Vajrâbhisekhara 94 

Vyaktabhâvâvagatatattvasiddhi 62 
by Saraha 

SaipvaraO) 94 

Saptaéalika : v. Prajûâp« 



(Malìa, Samaya 91 

or Samaya (by Vajranâtha ?) cited 
(in the quotation) at 3. 
Samâja [-tantra] 67 fin ; 94 

Samâdiiirâja-sûtra 83 

Sarvadevasamâgama-tantra 67. 1. 

SI. fin 
Sarvadharmâpravpttinirdeî^ (*). 37 
Sarva-i'aliasyatantra .... 85 
Sahajasiddi (by Dombï-p«) . . 60 
Svâdhi^thâna-kmma (of Pancakra- 

ma) 6 

Hastikak^a-sûti-a (3j 96 

Hevajratantra 9 ; 93 



INDEX II. 
Authors. 

Works added in parontliescs fi-om the text ; additions in square brackets 
are made from other soui'ces. Keferences to leaves as in Index I. 



Anafigavajra-pâda [called Goraksa] 

(Pi'ajiìopayaviniscayasiddhi 1 ; 56 

Aiyadeva [Catu^'^ataka] 38 fin, note 

(Citta-visuddhiprakara(ia) 51-54 

* pustake ', 77 

Indrabhûti 7 ; 70 

— (Iiianasiddhi). . 60 

(Râjâ) Indrabhûti 81 

kânhapâda (Dohakosa). ... 61 

kambalâmbara-p'» ... 55 ; 91 

— (Adhyâtmasâdhana). 93 

Kuddalî-po (Advayas^;. ... 69* 

Kerali-po 66 

Gudarî-padmâcârya 70 



Goraksa : see Anai'igavajra 
Ghaptâpâda (Paùoa-krama) . . 71 
Candrakîrti [Madhy avatl . . 14 
Pombî-p» (Sahajasiddhi) ... 60 
Datidi-p« (Guhyâvalî) .... 72 
Därika-p° [Mahâguhyatattva- 

upadesa] 66 

Dharmapâda 70 

Nâgârjuna (Svâdhisthânakrama and 

Sambodhikramaof Paiicakrama. 

6; 17. [mula madhyamaka] 52. 

[Catubsataka] 28 ; 38 ; (Yuganad- 

dha-krama 42 

N ûtanânangavaj la (Prajôcpâya*») 

1;56 



0) Doubtless the same as the work (also in élokas) quoted at f. 8 a of 
my MS. of Prajuopayaviniscaya (see Appendix If.) as « Samvarakhya- 
tantra »». 

(«) This quotation not in Çiksâ-s. 

(3) Compare Çikshâs. p. 133, note. 



SUBlIÂ^ITA-SAMGRAnA. 



271 



. r fguhyasiddhi) . 50.1 
P^"''^^™((Advayavivarana«)39.2 

Cf. Târan. p. 275 sqq. 
Paramâéva (?) .... 70, n. 10 

Bhadrapâda 70, 71 

Mahâlaksmîp<> 54 

Râhulabhadi'a : see Saraha 
yaji*anâtha, author of Samaya 3 ; 
cf. 4 (p. 7) 11. 4 
Vilàtóavajrap« .... 66 fin, ; 70 
S'âkyaraitra p®. . . 12 ' Anuttara 



-sandhau '(i.e. Paficakr. ch. III) ; 
91. (ibid.) 
Sântideva [Bodhic« ; but see p. 23. 

11. 1] ; 28 sq. 96 
Samayavajra -p« .... 43 /în 
Sarahap*" (o^iUed Râbulabhadra ; 

Wassil. 200) 17. ^Skt) ; 27. (Skt). 

[Doliakosa] 7 (Pkt). 

(Vyaktabhâvânugatatattvasiddhau) 

62 (Skt). 

(Prabandha) (Skt) 74 



INDEX III 

Sanskrit words 

(including nomina propria not comprised in Index II) 

The references in this index point (1) to the leaves of the MS. (indicated 
in the text and on tlie headlines of the pages), which are printed in thick 
figures, and also (2) to the pages (and lines) of the tirage à part. Readers 
of Le Muséon should note that Musóon N. S. IV. 379-402 (Pai-t I of the 
text) corresponds to pp. 5-28 of the tirage ; and V. 7-46 (Part II) to pp. 31-70. 



akalpayan .. yogi 26, 20. 19 
atyantavirodhât 20, 17. 1 
adhidaivatab 7, 9. 14 
adliiçthâna 73, 54. 5 (cf. n. 6) 
adhyâtman 80, 58. 27 
adliyâtma-nimittara 90, 64. 7 
adhyâtmika (kos^ha) 36, 26. 5 
adliyâpatyet 99, 69. 12 
abhyâkhyûna (Tathâgatasya) 99, 

69.13 
Abhyupagatântadvaya-vâdin 33, 

24. 18 
anâbhogatab. See Sk. comm. on 

Pkt stanza 5 in App. I and note 9 

there 
a[r]thapratisaraQena 34, 25. ^ 
avaskandanâ 100, 69. 15 
avgnaptikam 36, 26, u 
asâdhyâb 32, 24, i 
ahetukado§aprasa/igât 21, 17. 10 



àgama 11, 12. 2 ; 13, 12. 23 

âdisântri 26, 20. 13 

ânantaryakrtah 93. 68. 15 

ânanlary opak ramala 100, 69. 19 

âryagarhyam 12, 12. 15 

âlayab 25, 20. 1 

idamtâtïta 75, 56. 10 

unmattavrata 86, 61. 7 ; 87, 62. n 

unmillya 99. 69. 3 

upasâdhanam 39, 31. 14 

evam (mystic meanings) 76, 57 n. 3 ; 
App. I note on st. 28 

kanthadhvanidipana 58, 42. 19 

karâkhyâ-mudi'a71, 52. n 

kar^âj jalarn 52, 39. 4 

karmamûdrâ 90, 64. u 

kalevaraOI, 59. 8 

kallab 8, 10. u 

kavadikâra Sk comm. on Pkt stan- 
za 17 in App. I 



272 



LE MUSÉON. 



kâyâbhyantarakostlia 36, 26. ^ 
kulioâyudhati 47, 35. ^ 
kesa-dvicandi'a 22, 18. 3 
kçaptum 58, 43. 9 (cf. Appendix II 

on41, 32. 1Ä, 17) 
kçuradliâi'içab 8, 10. 12 
gatistambha 53, 39. ^ 
•gandharvanagarâkâra 17, 15. « 
(sva)garuda 52, 39. « 
atyantagahanadrçtitâ 100, 69. «o 
gâra^ika 52, 39. % (cf. p. 67, n. 6) ; 

96, 67. 23 
guhyavajramahâéayab 89, 63. 25 
gotram bodhisattvasya 14, 13. u (<^^- 

Bodhisattva-bhûmi. I. Ch. i) 
grâhakatâ 23, 18. 4 
ghanasâi*a-vidhi 73, 53. 16 
(éâslra^cancur 13, 13. 2 
natu[ç]koti 17. 15. 10. i4 
(kesa-dvijcandra- 22, 18. n. 1 
cittamâtra 25, 19. 22 ; 20. g. 10 
cyuti 77, 57. 16 (cf. 53. n. 8) 
cliidi-ânveçaoadâruQâb 2, 6. 9 
jagannâtho gurub 5, 8. 5 
ja^îyase 16, 14. 22 
jarjurîkrtam 85, 61. ,6 
jnânacakra 22, 18. ^ 
jnânavajraprabhâvànaib 53, 39. 7 
jneyacakra 22, 18. e 
(Jhaukayanti 2, 6. g, 19 
tattvabhâvanâ (or »na) 54, 55, 57 ; 

41.1, 9; 42, 9 
tciyiiïab 8, 10. 7 
tûi-puin (adverbial use) 3, 7. 2 
trisikhâgni 78. n. e 
traidhâtukamahâsattva 89, 63. 20 
drçtisailab 27, 21. 7. 
dharmakâya 16, 14. 15 
dliarmadliâtu 53, 39. u ; 57, 42. 12 
dliarmapâda 70, 52. 2 
dharmamudiâ 72, 53. 4 ; 76, 57. 4 
dharmodaya 70, 52, 5 
dhâman 59, 43. u 



iiapunsaka Ç5, 66. 22 
nidhyaptiU 69*, 51. 12 
Nirâkrtân[ta]dvayavâdinaU 83, 24. 

16f 19 

nirâbhoga: see above, anâbhoga« 
nirâvarapadharmeça 95, 67. 1 
ni§ao4AkaU 87, 62. 2 
nibprapaûcatâ 31, 23. u ; 88, 28. 3 
nîtarthâ 30, 23. 4 

neyârtha, "»thatâ 25, 20. « ; 30, 23. 4. 
nairâtmyabodha 27, 21. ^ 
paûcâkârâbhi- sambodhisvabhâva 

96, 67. 4 
padmâcârya 72, 52, 1 
paradârâniçovaça 55, 41. 10 
paramârtha 29, 22. 12 ; 69* 51. le 
paramârthasat 17, 15. 5 
parasvaliarana 55, 41. 10 
parâga ' eclipse * 70, 51 u. j, 
paripâma 18, 15. 22 
paripanthinab 57. 42. 12 
parisphurati 64, 47. 7 
(gurob)pâdukâ 8, 10. 7 
pâradam ' mercu!7 ' 58, 43. n. 2 
pârâjikatva 98, 68. 19 
prçisyatha 35, 25. ig 
potopama 8, 10. 7 
prakptiprabhâsvaratâ 101, 70. 1 
prajnaptisiddhi 23, 18. 21 
pratiphalati 64. 47. 15 
pratyayâdhïna 28, 21. 24 
pra[dhü]pya 50, 37. e 
prapaûcabhâvanopadeéa 30, 23. s 

(cf. nibprapanca<> supra) 
prabhâsvara 66, 49. 5 ; 101, 70. 1 

(prakpti-pi*) 
pravacana 30, 31, 23. 3, 19 
bâhyakâb (?) Sk. comm. on Pkt. st. 

13 in Appendix I 
buddhatîrthikâb 43, 33. 19 
bodhicittavajra 16, 14. le 
bodhlvajra 39, 31. i» 
bhâjanaloka 24, 19. is 



SUBHÀÇITA-SAMGRAHA. 



273 



bhidui*adhara 74, 55. 9 (cf. not. 8) 
bhusukracaryâ 84 fin.-85 
bhûtakoti 80, 58. is 
maçipûraka-krama .71, 52. u ; 72, 

53.« 
mantratattva 97, 68. 1, 3 
mantravâda S4, 40. s 
mahâmudi*â 16, 14. u ; 74. 56. 3 (n. 1) ; 
»samâyoga 30, 23. 9 ; ^siddhi 102, 

70. ,5 
mahârâ^a-samâdhi 51, 37. a ; "^vagTi- 

nurâga 51, 37. 10 
maliâsukhasamâdlii 79, 58. le 
(8rï-)iDâi:)<jaleyâ 75, 56. 14 ; mâçda- 

leya-devatâb 95, 67. 5 
Mâdhyamikâb 17, 15. 10 
mudi-âkârâb 94, 47. 9 
mudrâlifigana 58, 42. 18 
maukharya 95, 48. 3 
yânatritaya 19. 14. 21 
yuganaddha 95, 66. 22 ; 42, 33. 7, 9 

C>naddhaka-) 
Yogâcâramata 17, 15. e 
rutaghoça 35. 26. 3 
raudrakarman 51. 38. 1 
lak^açaycd 99« 49. 5 
sa-Lakçmibhih 78, 51. 23 
lu^hita râgurative use) 22, ig. 10 
lolïbhâva 95, 67. s 
vajradliaratva 71, 52. 15 
vajradhaiî (n. of a bhömi) 70, 52. 4 
vajradhpk 54, 41. 3 
vajra-nârï-gana 75, 56. 13 
vajrapadâfikitâ47, 35. 23 
vajrasattva 4, 7. 13 (cf. n. 4) ; 9, 9. g 
vajrâcârya 7, 9. 15 
varamudrâdliigamanain 73, 54. 2 
•vai'sapâkarçapâ 53, 39. i^ 
vasya 53, .>9. 12 

vâsanâlu^hitaip cittam 22, 18. 10 
vikurvita54. 41. 5 
vijfiânamâtram 19 14. 25 
vidura see note on comm. (ad fin) 

Pkt stanza 13 in App. I 



Vilâsavajra 70, 52. 1 

vispandana 94, 47. n 

v[ih]ethayanti 3, 6. n 

yyanjanapratisarana 34, 25. 3 

^mbhu 73, 54. 4 

éikhin 20, 16. ig 

samvpti 29 init. ; 22. 5, 12 

(ruta)samketa-vyavahâra 37, 27. 5 

satkâyadpsti 25. 20. 4 ; 27, 21. 5 

satyadvitaya (vyavahâra or samvp- 
ti- and paramârtha) ; 17, 15. 2 ; 
28 fin 29 

Sadâprarudita 4-5 

sadâprarudltamanâ 81, 59. ^ 

sadâ-sat 1, 5 n. 4 ; 4, 7. 16 

sarpnâlianaddha 58, 43. 10. 

sanianantara- 37, 26. \^ 

Samantabhadrâbha 75, 56. 12 

samayasiksâ 44, 34. 12 

SaDQaéritântadvayavâdin 33, 24, is 

samâropa 31, 23. ig, 20 ; 32, 24. s 

samîranapreraça 23, 18. n 

sarvamapdalam 95, 67. o 

(tattvajfiânaip)savacanam 74, 55. « 

sahaja 94, 47. g, 10 ; 73, 54. 4 (cf. Ap- 
pendix I, note on st. 23 ; and Târ. 
p. 276) 

sâmagnyogatab 101,10.6 

sâmnâya 1,5. 13 

sâratara 59, 44. 9 

siddhayas (asta laukika-) 83, 60. 12 

Sugatapada 59. 44. 5 ; 95, 48. 10 

suratesvara 79. 56. 21 (suratâdhipa 
77) 

sQta (for sûtaka ' mercury ') 59, 42. 4. 
n. 1 

spanda, spandin.. 49, 35. 6« 7 

sphat sec note on Pkt stanza 22 

sphâra 49, 35. g ; 59, 43. 15 f'rin) 

sphuçita 85, 61. ic ; cf. sphotanâ 
' thrill ' 58, 43. 1 and Appendix 11, 
note ad loc. 

sphurat 44, 3^ 1 (cf. parisphur° abo- 
ve ; and visphur', comm. on Pkt 



274 



LE Mt$ÉO>\ 



to stanza 5, in App. I) 
svâtantryai]! sisyasya 11, 11. 03. j«. 
svâdhidaivatayogena 52, 38, 10; 81, 

59. 13; 86,61, u 
svâdhifthâna 77, 57. 20 (cf. 54. n. 6) ; 



svâdhi^itliânaprabhâsvarau 44, 33.« 
svestadaivatayogena 53, 40. 5 
8i'î Heruka (name of a tantrik divi- 
nity) 93, 66 n. 1 







INDEX IV 










Prakrit 


verses 




Consecutive 

no. in 
Appendix I 


FoUo Consecutive 
where no. in 
occuring Appendix I i 
in text 


Folio 

where 

occuring 

io text 


7 


48 


aiso karapa 


18 


74 


jaï visaaiphi 


27 


62 


aiso so nivvâpa 


8 


48 


jeni kia piccala 


3 


41* 


ahavâ karuçâ 


23 


61 


jo samveaï 


21 


61 


alio [na] gamaï 


26 


62 


piccala nivviappa 


16 


50 


âakarukka 


14 


49 


pavana dhai-aï 


11 


49 


airi[u] saaoa pariliaraï 


24 


61 


paha[ip] vahante[(ia] 


13 


49 


emaï joï 


4 


48 


puv[v] pemma 


28 


62 


evanikâix) jem bujjlii 


20 


61 


balli oikkalio 


22 


61 


känha bhaqai, mana 


19 


61 


bohicia-raa-bhùsia 


3 


41* 


jkaruoa una vipu 
jkaru(iai]ì chaddi 


17 
12 


50 
49 


visaa-gaenda-kai'eni 
visaa ramanta 


9a 


49 


kulisa-sarorulia joein 


15 


50 


Saraha bhaçaï, viva- 


9b 


49 


khanein ânanda-bhca 






rìta 


1 


7 


guru uvaesalia amia 


25 


62 


sahajem niccala jepa 


10 


49 


ghora amdhâreiii 


3 


41 


suçipa-karupa 


6 


48 


canda-su[jja] gliasi 


2 


7 


so i padhijjal 


5 


48 


cittekku saalabìan.i 









ERRATA 

pt I 

p. 383 (fol. 6) line 1 Read sani[6]ì^ayab (indication of folio 6 omitted). 
384 (8) » 11 m châyâin ca 

391 (21) note 4 • Candrakïrti. 

392 (22) line 3 » ke^a ... candraA^a-maksikadi 
396 (29) - 12 » paramârthas 

Pt II 

69 (99) note 3 Add l'eference to page (70) of tirage à part 

(♦) The asterik indicates cases where the reading adopted in the Appen- 
dix differ fi'om that of the main text. 



LES ORKilNES DU HIIHË D'ORPHËE. 



Plusieurs légendes, de sources sans doute foi*t diverses, 
se sont groupées autour du nom d'Orphée. Le récit de ses 
amours avec Eurydice et de sa descente aux enfers semble, 
aussi bien que certains contes du Siddi-Kûr (i), une para- 
phrase pure et simple du vers du poète : 

« Et l'avare Acheron ne lâche point sa proie ». 

Comment s'est formée cette légende ? En quels lieux et 
à quelle époque a-t-elle pris naissance ? C'est ce qu'il 
serait difficile de préciser. Ses origines, comme celles de 
la plupart des autres éléments du folklore, restent fort 
obscures. Un motif, toutefois, nous porterait à la croire 
fort ancienne. C'est qu'elle se retrouve sous une forme 
incontestablement plus archaïque jusque chez certaines 
tribus du Nouveau-Monde (2). 

En revanche, par ce que nous pourrions appeler son 
rôle social et politique, et, plus encore par son genre de 

(1) M. B. luelg, Kalmuekische Maehrchen ; Die Maerchen des Siddi- 
Kùr ; Iiitroduction (Leipzig, 18()6). 

(2) M. Karl Kiiortz, Maerchen und Sagen der Nordamerihanischeì% 
Indianer, pp. 254 et suiv (Leipsig 1871). — Le folklore dans les denx 
mondes, pp. 286 et suiv. du chap. VII du T. XXIII des Actes de la Société 
philologtqtie (Paris, 1894). 



276 LE MUSÉON. 

mort, le héros thrace offre une analogie frappante avec 
certains personnages des panthéons sémitique et surtout 
égyptien. 

Orphée, tout comme Osiris, ne constitue-t-il pas, en 
effet, un prince civilisateur par excellence ? Régnant, le 
premier sur la vallée du Nil, le second sur la région qu'ar- 
rose le Strymon, ils initient leurs peuples à la science 
agricole. 

L'époux d'Isis abolit les sacriflces humains dans ses 
états. Quant au fils du fleuve OEagre, il déshabitua les 
hommes de la pratique du cannibalisme. La tradition 
laisserait même supposer entre ces deux personnages 
mythiques, ce que Ton pourrait appeler des rapports de 
bon voisinage. Ne voyons-nous pas Osiris, fidèle à son 
rôle de missionnaire de la vie policée, pénétrer jusqu'en 
Thrace ? D'autre part, Orphée aurait, affirme la tradition, 
visité l'Egypte, il rapporta même de ce pays, la connais- 
sance des mystères de Bacchus, souvent identifié, comme 
l'on sait, avec le frère de Typhon. Si l'on doit à l'amant 
d'Eurydice, l'introduction d'un nouveau genre de vie 
dont la première condition était la pureté, il n'aurait fait 
qu'imiter sinon Osiris lui-même, du moins sa compagne. 
On sait que les dévots d'Isis devaient observer la sobriété, 
s'abstenir des plaisirs charnels et de l'usage de certaines 
viandes (i). 

Les personnages en question se distinguèrent d'ailleurs 
l'un comme l'autre, en qualité de musiciens di primo 
cartello. Osiris voulant arracher les nations voisines de 
l'Egypte, à la vie sauvage et leur apprendre à cultiver le 
sol, n'emploie d'autres armes que ses chants mélodieux. 

(1) Plutarque, De Iside et Osiride. 



LES ORIGINES DD MYTHE D ORPHÉE. 277 

Quant à rinfortuné poète thrace, quel artiste lui pourra 
jamais être comparé ? II adoucissait, nous le savons, tigres 
et lions, attirait à lui les fleuves par les doux sons de sa 
lyre. 

Ajoutons que ces monarques bienfaisants, tout comme 
le syrien Adonis et Atys de Phrygie, meurent de mort 
violente. Us avaient fait trop de bien aux hommes pour 
n*en être pas cruellement punis. Le dieu égyptien aurait 
été coupé en quatorze ou, suivant d*autres, en quarante 
morceaux (ne chicanons pas sur le nombre) par son frère 
dénaturé, Set ou Typhon, le méchant rousseau. De son 
côté, Orphée est mis en pièces par les ménades de Thrace 
appelées Bassarai ou ce Renards ». Si le chef d*Osiris est 
porté par les flots jusqu*à la ville de Byblos, celui du 
chantre de Thrace, jeté dans l'Hèbre, finit par arriver à 
Tile de Lesbos. 

Du reste, les deux personnages ne tardent pas à res- 
susciter d'une manière plus ou moins complète. Osiris 
revient si bien à la vie qu'il trouve moyen, après sa més- 
aventure, de rendre encore Isis, mère de deux enfants. 
En ce qui concerne Orphée, sa tête, pieusement recueillie 
et logée dans un temple élevé en son honneur, y rendra 
des oracles jusqu'à l'époque de la guerre de Troie. Cela 
prouve assez clairement, sans doute, qu'elle avait conser- 
vé, au moins, une parcelle de soufile vital. 

Terminons, en rappelant que les femmes de Byblos, 
aussi bien que celles de la Basse Egypte, déploraient, les 
unes le trépas d'Adonis, les secondes, celui d'Osiris par 
des lamentations funèbres. D'autre part, les bacchantes 
de Thrace, après avoir égorgé Orphée, reviennent enfin 
à de meilleurs sentiments et pleurent sa fin tragique. 

M, Salomon Reinach dans son savant mémoire sur ls( 



278 LE MISÉON. 

mopt d'Orphée (i) voit dans ces trois légendes (grecque, 
nilotique et syrienne) autant d'allusions à la pratique de 
l'omophagie religieuse qui, sans doute, exista à peu près 
partout, aux époques primitives. Elle consistait à mettre 
en pièces, dans un accès de fureur religieuse, certains 
animaux et peut-être même, à Torigine, des êtres humains 
pour se repaitre de leur chair crue et pantelante. Arnobe. 
fait allusion à ce rite barbare qui se célébrait encore, à 
son époque, dans les bacchanales. Un autre exemple en 
serait fourni par regorgement du chameau que signale 
S* Nil chez les Arabes contemporains. Le pauvre animal, 
déchiqueté tout vivant, devait être dévoré en entier dans 
le court intervalle qui s'écoulait entre l'apparition de 
rétoile du matin et le lever du soleil. 

M. Salomon Reinach ne semble pas croire d'ailleurs à 
un emprunt fait par une de ces légendes aux autres. 
Même, ce qu'il nous dit au sujet du nom des Bassarai in- 
diquerait le contraire. Tout en reconnaissant la parenté de 
ce vocable avec un terme analogue de la langue libyenne 
cité par Hésychius : ßaa-o-apia, xà aXwTtéxia ol Atßuot XiyouTt, 
a Les Libyens appellent Bassaria, les animaux de l'espèce 
du renard », il regarde le mot comme porté en Afrique 
par les colons grecs qui dans le cours du VIP siècle avant 
notre ère, allèrent fonder la ville de Cyrène. 

Le savant archéologue serait, somme toute, enclin à 
expliquer l'affinité si frappante qui se manifeste entre les 
mythes d'Orphée, d'Adonis, d'Osiris et d'Attys par cette 
seule considération qu'ils constituent chacun des réminis- 
cences de l'époque où l'omophagie se trouvait on pleine 
vigueur et il ne serait nullement nécessaire de recourir a 

(1) M. Salomon Reinach, La mort d'Orphée, pp. 242etsuiv. du N^de 
septembrc-octobixî 1902, de la Revue archéologique (Paris 1902). 



LES ORIGINES DU MYTHE d'oRPIIÉE. 279 

rhypotbèse d'emprunts ou d'une influence propagée au 
loin. 

Plus d'une réserve nous semblerait devoir être faite sur 
ce point. 

D'abord, est-il certain que ce soit une allusion aux 
cruelles pratiques dont il vient d'être question, qui se 
cache dans les légendes sus-indiquées et qui leur serve, en 
quelque sorte, de substratum ? La tradition nous enseigne 
bien que les béros égyptien, tbrace, syrien et pbrygien 
ont péri de mort violente. Nulle part, il ne nous est dit 
qu'ils aient été dévorés et il n'y a vraiment que dans les 
pièces telles qu Orphée aux enfers où l'on puisse se per- 
mettre d'ajouter quelque cbose à la mytbologie. 

En second lieu, l'importation bellénique du terme 
ßaaffotpta nous semble ce qu'il y a au monde de moins vrai- 
semblable, évidemment apparenté de très près à celui de 
ßa<7<7apai que portaient les ménades ennemies du poète-roi. 
BawapTi, ßaffffapai nous sont donnés par Hésycbius comme 
des mots non pas grecs, mais bien thraces d'origine. S'ex- 
plique-t-on dès lors que ce soient des Hellènes qui aient 
été les implanter en Afrique ? Et puis, le substantif en 
question reparait encore dans le vieil égyptien. Hérodote 
nous signale déjà les |3a<77àpia parmi les animaux sauvages 
de la vallée du Nil. Sans doute, il ne nous les décrit pas 
d'une façon plus détaillée, mais on a tout lieu de croire 
que ce sont les chacals qu'il désigne de la sorte. En effet, 
baschar, baschôr reparaît même en kopte, avec le sens de 
« chacal ». Nous dira-t-on que c'est le mot pris par eux 
au grec que les peuples de Libye auraient transmis aux 
sujets des Pharaons ? La chose semblera déjà malaisée à 
croire. (Comment les habitants de l'Egypte auraient-ils été 
chercher si loin le nom d'un animal fréquent dans leuv 



280 LE MUSÉOIS. 

propre pays ? L'origine chamitique de ces ternies comnrie 
Ta déjà fait ressortir M. Halévy, ne saurait donc, guères, 
être contestée. 

Mais, il y a plus : ils ont été retrouvés par le savant 
docteur Reinisch dans divers idiomes de la vallée du Nil, 
et sous une forme plus ai'cbaïque. Ainsi, Ton a wakâri 
ou wako en langue afar et wakari en saho, comme 
synonymes de chacal. Ici, il ne peut plus être question 
d'emprunts faits au grec. Le maintien dans ces idiomes de 
la gutturale forte, adoucie visiblement plus tard en chuin- 
tante ou en sifflante prouve bien son caractère primitif. 
Dès lors, plus de doute, ce semble. C'est aux langues du 
groupe nilotique que le terme en question a dû être pris 
par les Thraces. Et nous ne nous pensons pas trop témé- 
raires en concluant de son emprunt à celui du mythe lui- 
même. 

La légende orphique ne constitue, pour nous, que la 
version européenne du mythe osirien, et ainsi s'expliquent 
d'une façon vraiment rationnelle, toutes les coïncidences 
déjà citées et qu'à première vue, on aura quelque peine 
à attribuer au pur hasard. C'est, qu'en effet, elles se 
retrouvent jusque dans les moindres détails, et le symbo- 
lisme, de part et d'autre, reste bien au fond le même. 

Essayons de le faire ressortir. 

Si Osiris est toujours qualifié de brun par opposition 
au roux Typhon, cela ne tient pas uniquement, sans 
doute, comme le prétend Plutarque, à ce qu'il personnifie 
le Nil et l'élément aqueux qui noircit tout Ce qu'il touche. 
On ne saurait non plus expliquer cette épithète par la 
raison que, dans l'empire des Pharaons comme chez les 
Étrusques, les individus du sexe mâle sont généralement 
peints en rouge foncé tandis que le blanc ou le jaune se 



Itó ORIGINES t)U MYTHE d'oRPHÉË. ^i 

trouve réseiTC à leurs compagnes. S'il en était ainsi, en 
eflFet, ce n'est pas le juge de l'enfer égyptien seul, mais 
bien tous les dieux en général qui auraient droit à l'épi- 
thète de « brun ». 

La véritable raison de cette particularité, c'est qu'Osiris 
représentait, à la fois, le soleil de Printemps qui n'a pas 
encore toute sa force et l'astre du jour, dans sa course à 
travers l'hémisphère inférieur, alors qu'il n'éclaire plus 
nos contrées et va régner sur le sombre occident, sur le 
ténébreux empire des morts. 

D'autre part, que signifie le nom d'Orphée ? Le savant 
auteur du Mirage Oriental établit fort bien quül n'a rien 
à faire avec le sanskrit rblms^ « poète, chantre » et doit 
se rattacher à une racine op© ayant servi à former l'adjec- 
tif eJpçvo;, « sombre, ténébreux, obscur », vraisemblable- 
ment apparenté au subst. dp'favó<;, d'où le latin orphanus. 
Tous ces termes seraient-ils, par hasard, apparentés à 
l'Hébreu 'Arp, arph, obscurité, nuage sombre et noir ? 
Nous n'oserions l'affirmer. En tout cas l'emprunt d'un 
nom propre n'impliquerait pas à coup sûr l'emprunt du 
mythe lui-même aux Sémites. Un seul fait reste certain, 
c'est que le dieu égyptien comme le monarque thrace 
figurent, l'un aussi bien que l'autre, l'astre du jour, alors 
qu'il a cessé d'éclairer notre hémisphère. Voyons mainte- 
nant quels sont les adversaires sous les coups desquels 
ces pei'sonnages bienfaisants sont destinés à succomber. 

L'ennemi d'Osiris, c'est, nous l'avons déjà dit, le roux 
Typhon dans lequel on a déjà reconnu à la fois le désert 
aride qui tend toujours à empiéter sur le domaine d'Osi- 
ris, c'est-à-dire la terre d'Egjpte fécondée par le fleuve et 
le soleil caniculaire mettant fin à la saison printannière 
et détruisant la végétation. 



^^ LE MUSÉON. 

D'autre part, pourquoi ce nom de ßadaapai appliqué aux 
inénades qui mettent Orphée en pièces. 11 dérive visible- 
ment du thrace ßawapU, « renard », ainsi que nous l'ap- 
prend Hésychius et dont l'origine égyptienne semble bien 
établie. Il n'est guère douteux qu'il n'ait une signification 
symbolique. On l'a expliqué par l'hypothèse que les prê- 
tresses étaient vêtues de peaux de renard, mais alors il 
eût fallu, parait-il, qualifier la majorité des habitants de 
la Thrace de « renards », puisque leurs habits et surtout 
leurs coiffures se trouvaient souvent empruntées à la 
dépouille du même animal. 

Si l'épithète en question reste spécialement affectée aux 
Bacchantes, c'est visiblement en raison de la couleur fauve 
qu'affecte le pelage du carnassier en question. Elles sont 
les rousses de môme que Typhon est le dieu roux parce 
qu'elles personnifient comme lui les ardeurs du midi et 
de la canicule, par opposition à Orphée, soleil nocturne 
ou printanier. 

Nous voyons donc ici une présomption bien forte en 
faveur de l'origine égyptienne du mythe orphique. Pour 
les peuples établis dans les régions sub-tropicales, le 
printemps et parfois même l'hiver, qui, chez eux, n'est 
jamais bien rigoureux, constituent les saisons heui'euses 
par excellence. Au contraire, l'été, soumis à l'action d'un 
soleil dévorant marque, pour ainsi dire, la période de 
deuil de la nature, ainsi que la saison hivernale chez les 
races situées plus au nord. Cette distinction entre le soleil 
hostile et le soleil clément semble bien marquée dans le 
symbolisme des riverains du Nil. L'un a pour emblème des 
animaux cruels et redoutables, l'autre des êtres inoffen- 
sifs ou ne faisant la guerre qu'aux ennemis de l'homme. 
Voilà pourquoi par exemple les déesses Sekiiet, Tefnout, 



LES OlUGINES DU MYTHE d'oRPHÉE. ^3 

personnifications du soleil caniculaire, apparaissent coif- 
fées du disque solaire, mais avec des têtes de lionnes, 
tandis que Bast ou Bcset, image de Tastre printannier, por- 
tait un chef de chatte (i) ; pourquoi encore, la déesse Selk, 
fille de Tastrc du jour se montre tantôt coiffée du scorpion, 
tantôt avec une téle de femme, mais munie de la queue de 
ce reptile (2). Est-ce que les rayons solaires, lorsqu*ils sont 
dans toute leur force ne produisent pas une impression 
douloureuse assez comparable à la piqûre du scorpion ? 
On conçoit, dès lors, les sacrifices sanglants offerts au 
soleil estival, pour fléchir sa rigueur et le décider à se 
montrer moins ardent. Ceux-ci, de leur côté, sont figurés 
par le trépas ^es héros bienfaisants qui personnifient 
Tastre du jour pendant la saison printanière ou dans sa 
course à travers Thémisphère inférieur, pendant la nuit, 
c est-à-dire la portion la plus clémente du nycthémère. 

Les choses semblent se passer d*une façon différente 
chez les Âsciens, c'est-à-dire les habitants de la zone équi- 
noxiale. Dans cette région, le soleil darde ses rayons à 
pic à peu près d'un bout de Tannée à l'autre. Pas moyen 
de se jamais soustraire à sa chaleur, la distinction entre 
la saison d'été et celle d'hiver se trouvant ainsi réduite à 
son minimum. Le roi de notre système planétaire y 
devient, pour ainsi dire, un ennemi quotidien et les habi- 
tants de ces régions se montrent bien moins dévots à son 
égard. N'avons-nous pas vu p. ex. les Atlantes fixés au 
sud de l'Egypte offrir au soleil, en guise de sacrifices et 
de prières, un concert de malédictions? (3) Est-ce que 

(1) M. Paul Pierret, Le Panthéon Egyptien, chap. II, pp. 24 et 25 
(Paris 1881). 

j2) Ibid., ibid. cliap. I", p. 15 et suiv. — M. A. de Zoghreb, L'Egypte 
ancienne, chap. IV, p. 58 (Paris, 1890). 

(3) Pline, Histoire nattcrelle, liv. Y, chap. Vili, § 8, 



^4 LE MISÉON. 

chez les Nagos de la cote de Guinée, comme nous le faisait 
observer un missionnaire qui les a longtemps évangélisés, 
M. Tabbé Bouche, cet astre n'est pas rayé du rang des 
divinités ? Une telle omission semble d'autant plus frap- 
pante, qu'en définitive, ces noirs possèdent un panthéon 
déjà assez bien garni. 

Mais précisément les Thraces habitaient une région 
relativement froide et où l'hiver se fait parfois rudement 
sentir. On sait qu'aujourd'hui encore, le séjour à Constan- 
tinople n'est pas toujours plein de charmes pendant la 
mauvaise saison et combien les vents venant de la Mer 
Noire s'y font sentir désagréablement. Si donc la légende 
orphique avait pris naissance chez eux, ce n'auraient pas 
été les ménades au\ vêtements roux et personnifications 
de la chaleur caniculaire que l'on nous donnerait comme 
les ennemis du bienveillant monarque, mais bien des 
représentants de la période hivernale. S'il en est autre- 
ment, c'est, sans doute, que le mythe a été importé sur 
les rives du Bosphore de pays plus méridionaux, tels par 
exemple qu'est l'Egypte. Notons, d'ailleurs, qu'en quittant 
les lieux qui lui servirent de berceau, le personnage mythi- 
que a vu diminuer son importance religieuse, semblable à 
ces monarques détrônés et qui ne remplissent plus qu'un 
rôle honoraire en terre étrangère. Osiris constitue une 
des principales déités de la vallée du Nil. Son substitut 
Orphée n'apparaît, tout au plus, que comme un héros ou 
demi-dieu. Ainsi le puissant Melkartli de la Phénicie, 
l'hercule tyrien qui avait guidé les matelots de la côte 
syrienne sur tous les rivages méditerranéens, n'appai*ait 
plus en Grèce que comme une divinité tout-à-fait secon- 
daire sous le nom de Mélicertc. 

Répondons,. par avance, à certaines objections qui nous 



LÉS ORIGINES DU MYTHE d'oRPHÉE. !285 

pourraient être opposées. S'étonnera-t-on de cet emprunt 
par les Thraces aux dialectes ehamitiques du nom d*un 
animal aussi commun chez eux que le renard ? Est-ce que 
les termes français « dogue » et « hase », n'ont pas été 
pris le premier à Tanglais rfogf, « chien » et le second, 
à Tallemand hase, « lièvre » ? La transmission d'un idiome 
à Tautre s'expliquerait d'ailleurs assez facilement par le 
caractère sacré ou magique de l'animal en question. 

Maintenant, que la mythologie grecque ait beaucoup 
pris à celle de TEgypte, surtout en ce qui concerne les 
doctrines se rattachant à la vie future, cela ne semble 
guère contestable. N'y a-t-il pas longtemps déjà que l'on 
s'est plu à reconnaître les champs d'Am^ou ou d'Aa/oi/, 
litt. « champs des vignes » des riverains du Nil dans le 
'IlXuaiov ttêSiov des Hellènes. La finale lov est grecque, 
mais le s medial pourrait bien être euphonique, ainsi 
qu'il l'est à la fin d'un certain nombre de mots coptes, 
que cite lé dictionnaire de Peyron. Mentionnons p. ex. 
teb ou tebSy « doigt » — tclio ou tclios, « mur » — tôk 
ou tôlis^ « fixer, attacher » — kolp ou kolps, « voler, 
dérober ». Le même phénomène no semble pas avoir été 
inconnu même au vieil égyptien et l'on pourrait supposer 
l'existence d'une ancienne forme aarous, bien que les 
textes ne nous l'aient pas conservée. 

Une observation analogue peut être faite au sujet de 
RhadamantliCj le collègue d'Eaque et de Minos. Bailly, nous 
dit le dictionnaire de Planche, le faisait venir de Rliadanim, 
synonyme de « juge intègre » dans la langue du Nord. 
Malheureusement, l'auteur de l'Atlantide ne nous fait pas 
savoir où se parlait l'idiome en question ni comment le 
nom du magistrat infernal a pu passer de là en grec. 
Estimera-t-on bien téméraires ceux qui ont voulu y recon- 

19 



^6 LE MUSSON. 

naître Tégyptien ra en amenii, litt. « soleil de roccident, 
de rhémisphère inférieur » ; ici est Osiris, juge des moils ? 

Ajoutons, au reste, que si Ton se range h Topinion 
reprise par Fr. Lenormant relati venient à l'époque de la 
guerre de Troie, c'est-à-dire si on la reporte non pas au 
treizième, mais bien au dixième ou onzième siècle avant 
notre ère, l'apparition du mythe d'Orphée devra elle- 
même être rajeunie d'au moins deux cents ans. Ce ne sera 
donc pas au quinzième siècle, mais bien au treizième, 
tout au plus, qu'aurait vécu, tout au moins d'une vie 
légendaire, le fabuleux monarque thracc. A cette époque, 
certaines relations avaient déjà fort bien pu s'établir entre 
la terre de Metsraïm et celle de Cettim. 

Ne nous étonnons pas d'ailleurs de ces échanges de 
mythes et de légendes. Us ont été perpétuels au sein des 
diverses fractions de notre espèce et remontent, sans 
doute, à peu près aussi haut dans la nuit des temps que 
l'humanité elle-même. L'histoire d'Orphée continuera à 
rester pour nous une contrefaçon incontestable de celle 
d'Osiris. Ici encore, l'Europe dut emprunter à l'Egypte, 
plus anciennement policée. Tout en faisant leur part légi- 
time aux éléments indigènes dans le développement de 
la civilisation de nos régions, gardons-nous de tout mira- 
ge, fut-il exclusivement occidental. 

C^ DE Ghàreincëy. 



LA FABLE DES AMAZONES 

CHEZ 

LES INDIGÈNES DE L'AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE. 



Aux débuts mêmes de la découverte des Indes occi- 
dentales, Christophe Colomb entendit parler d'une île 
exclusivement peuplée d'Amazones. On lit dans son Jour- 
nalde bord{\), à la date du 13 janvier 1495, que depuis 
longtemps il était informé de leur existence ; qu'au moyen 
de quelques mots qu'il comprenait de la langue des Gran- 
des Antilles, il en avait appris d'autres et qu'il en savait 
bien davantage par les Indiens qu'il emmenait dans ses 
explorations (2). Le 15 février 1495, étant à la hauteur des 
Canaries, lors de son retour en Europe, il écrivait à propos 
de ces Amazones : les Cannibales^ [Caraïbes] « sont ceux 
qui ont commerce avec les femmes vivant seules dans l'ile 

(1) Giornale di bordo, édité dans Raccolta di documenti e studi pubbli- 
cati dalla R, Commissione Colombiana, pel quarto centenario dalla 
scoperta dell' America, part I. eonten. les Ecrits de Clir. Colomb, édités 
et commentés par Cesare de Lollis, 1. 1, Rome 1892, in fol. p. 96. 

(2) De la Isla de Mugeres sin hombres dixo aquel Yndio que era loda 

poblada de mugeres sin hombres Destas islas dize el Almirante que 

avia por muchas personas, dias avia, noticia Dize que entendia 

algunas palabras, y por ellas diz que sacó otras cosas, y que los Yndios 
que consigo traja, entendian mas. » (Giom. di bordo, p. 96). 



!â88 LE MUSÈON. 

de Matinîno (i), la première que Ton rencontre (2) en se 
rendant de l'Espagne aux Indes. Ces femmes n'ont aucune 
des occupations de leur sexe, mais armées d'arcs et de 
flèches, comme je l'ai dit de leurs maris [les Caraïbes], 
elles se protègent au moyen de lames de cuivre qu'elles 
possèdent en grande quantité (3). » 

Si l'on n'avait que ce document, le plus connu des 
éci'its de Chr. Colomb, à cause des nombreuses traduc- 
tions de l'espagnol en latin et en d'autres langues, qui 
ont été publiées depuis 1493 jusqu'à nos jours, on serait 
en droit de nier qu'il s'agisse, dans le passage reproduit 
plus haut, de la fable des Amazones, mais tout doute à 
cet égard doit être levé par les détails qu'ajoute le Journal 
de bord, à la date du 16 janvier 1493 : « I^es Indiens 
lui dirent que dans cette direction il trouverait l'ile de 
Matinino peuplée de femmes sans hommes ; ce que l'ami- 
ral désirait beaucoup [voir] pour emmener aux rois [catho- 
liques, Ferdinand et Isabelle] cinq ou six d'entre elles ; 
mais il doutait que ses guides sussent bien la route et il 
ne pouvait s'arrêter à cause du danger causé par l'eau qui 
entrait dans les caravelles. Toutefois il était sûr qu'il y 

(1) Eci'it ailleurs Mateunin, Matanino, Madanina^ Mathanino, Ma- 
thininOy Matrimino, Matrino et mémo Masemitro^ aujourd'hui la Marti- 
nique. 

(2) La Martinique est en effet, dans le groupe septentrional des Petites 
Antilles, le seul que connût alors Chr. Colomb, prima ex Hispania in 
Indiam trajicientibus. 

(3) Lettre de Chr. Colomb d L. de Santangel et à G. Sanchez^ texte 
espagnol dans la Raccolta citée plus haut (p. 287, n. r, Part. 1, 1. 1, p. 131 ; 
trad, en latin par Aliander de Cosco, ibid . p. 131. Quoique les vaiiantes 
n'aient pas d'importance pour le présent sujet, on peut conférer : Lettera 
in lingua spagnuola diretta da Cristoforo Colombo a Luis de Santan- 
gel^ riprodotta a facsimile, por (J. d'Adda. Milan, 1866, in-4 ; — The 
letter of Columbus on the Discovery of \meiHca^ a Facsimile of the 
Pictorial Edition, with a new and literal Translation, and a complete 
Reprint of the oldest four editions in latin, printed by order of the 
Trustees of the Lenox Library, New- York, 1892, in-8'», p. 50. 



LA FABLE DES AMAZONES. 289 

avait de ces femmes visitées en certains temps de Tannée 
par des hommes de Tile des Caribs [la Dominique], située 
à dix ou douze lieues, et que s*ii naissait des fils, ils 
étaient envoyés à Tile des hommes ; que si c'étaient des 
filles, elles les gardaient près d'elles (i). » 

Dans le cours de son second voyage, pendant que Ton 
faisait du pain dans la Guadeloupe, en avril 1496, 
Chr. Colomb envoya à la découverte quarante hommes 
qui revinrent le lendemain avec dix femmes et trois 
enfants ; l'une d'elles était la femme d'un cacique qui, 
poursuivie par un Canarien très agile, lui aurait échappé, 
si elle ne s'était retournée pour^l'assaillir ; elle le terrassa 
et allait l'étrangler lorsqu'il fut secouru par ses compa- 
gnons. c< Faite prisonnière, elle conta que toute cette île 
appartenait à des femmes et que c'étaient elles seules 
qui s'étaient opposées au débarquement, à l'exception de 
quatre hommes d'une autre île qui étaient là par hasard ; 
car en certains temps de l'année ils venaient s'amuser et 
cohabiter avec elles ; ce que faisaient également les fem- 
mes d'une autre île appelée Matrimino [la Martinique]. 
Elles racontaient à propos de celles-ci tout ce que les 
livres rapportent des Amazones » (2). En tout cas, elles 
ne l'étaient pas elles-mêmes, puisqu'elles apprenaient à 
leurs fils à tirer de l'arc. 

Le P. Bart, de las Casas, qui résume fort bien ces 
récits (5), ajoute : « Il faut savoir que, depuis, on n'a 

<1) Giornale di bordo, p. 100 dans le t. I, de la P» part, de la Raccolta. 

(2) Memoriale di Cr. Colombo pel secondo viaggio, p. 227-228 du 1. 1, 
de la l«"« part, de la Raccolta. 

(3) Il rapporte en effet que, dès le 13 janvier 1493, un indigène de Haïti, 
«mmené comme interprète, parla à Chr. Colomb « d'une ile nommée 
^Matinino, où il y avait beaucoup d'or et qui était exclusivement habitée 
par des femmes ; des hommes y allaient en certains temps de l'année ; s'il 
naissait des tilles, elles les gardaient avec elles, mais les garçons étaient 



290 LE MUSÉON. 

jamais constaté que des femmes vécussent seules en 
aucune partie des Indes [occidentales] ; aussi pensé-je ou 
que l'amiral ne comprit pas bien ou que le récit était 
fabuleux » (i). La sincérité du rapport de Chr. Colomb, qui 
n'est d'ailleurs pas une garantie de la réalité des faits, 
ne fut contestée ni par les interprètes qui revenaient de 
l'Espagne, ni par les trente prisonniers (2) échappés à la 
voracité des Caraïbes de la Guadeloupe. Ces indigènes la 
confirmèrent, au contraire, tant par signes que par paroles, 
dans ses parties essentielles, quoique plus amplement et 
en termes un peu diflFérents, d'où Ton peut induire que 
le passage précité de Las Casas n'est pas emprunté au 
témoignage suivant de P. Martyr, ecclésiastique Milanais 
au service de l'Espagne (3) : « Au nord apparut une 
grande ile appelée Madanina (4) par ses habitants, au dire 
de ceux qui avaient été emmenés en Espagne lors du 
premier voyage [de Chr. Colomb] et de ceux qui s'étaient 
soustraits aux Caimibales ; ils affirmaient qu'elle était 
uniquement habitée par des femmes, comme le bruit en 

envoyés à Tilo des hommes. Or il faut savoir „ (Historia de las 

Indias, composée de 1527 à 1561. L. I, ch. 25, p. 281 du 1. 1 de Tédit. de 
José M. Vigil. Mexico, 1877, in-4^). 

(1) Id. ibid. 

(2) Plusieurs d'entre eux étaient originaires de Burichena ou Borîquen 
(P. Martyr, De Orbe Novo, dec. I, L. II, ch. 1, 2) aujourd'hui Puerto-Rico, 
dont les insulaires avaient de grands rapports avec ceux de Haïti (Anto- 
nio de Herrera, Historia general de los hechos de los Castellanos en 
las islas y tierra firme del mar Oceano, Dec. I, L. VII, ch. 13, p. 196). 

(3) Il résidait à la cour comme chapelain de la reine Isabelle et précep- 
teur des pages ; il fut nommé conseiller royal pour les Indes en 1518 et, 
loi*s de la création du Conseil des Indes en 1524, il en devint secrétaire. 
( Un lettré italien à la cour d'Espagne (Ì448-Ì526) : Pierre Martyr d^An- 
ghera, par J. H. Mariéjol, Paris 1887, in-8«, p. 157, n. 3). 

(4) P. Martyr, De Orbe Novo, Dec. L L. II, ch. 2 ; — plus loin, Mathi- 
nino (Dec. I, t. I, L. IX, ch. 2) et Matinina (Dec. III, L. V, ch. 1) ; —iden- 
tique avec Matinino de Las Casas. — De là vient par corruption le nom 
actuel de la Mai*tinique. 



LA FABLE DES AMAZONES. 291 

était parvenu aux oreilles des nôtres lors du premier 
voyage. On croit que les Caraïbes vont vers elles en cer- 
tains temps de Tannée, tout comme l'Antiquité rapporte 
que les Thraces passaient vers les Amazones de Lesbos ; 
que de même, après avoir sevré les garçons, elles les 
envoient vers leurs pères en gardant les tilles. Ces femmes 
ont, dit-on, de grandes galeries souterraines où elles se 
réfugient, si Ton vient vers elles avant le temps fixé ; et 
si, en les poursuivant, on tente d'y pénétrer par force ou 
par stratagème, elles se défendent avec des flèches qu'elles 
lancent, croit-on, fort sûrement. Recevez la tradition 
comme on me la donne (i). Us ne purent aborder dans 
cette île à cause du vent du nord qui en venait (2). » 

L'étude des mœurs et des croyances des naturels de 
l'Espanola ou Haïti qui fut faite, à la demande de Chr. 
Colomb, par Fr. Roman Pane, ermite de l'ordre de Saint 
Jérôme, ne Ht que confirmer l'existence de la tradition 
chez les insulaires qui prétendaient même l'expliquer 
ainsi : Un des leurs, Guagugiona, vivant dans une grotte 
d'où sortirent la plupart des aborigènes de Haïti, en 
emmena toutes les femmes sous prétexte d'aller chercher 
au dehors une herbe pour se laver le corps ; elles aban- 
donnèrent leurs maris et même leurs enfants pour le 
suivre jusqu'à Matinino, où il les laissa en partant pour 
une autre contrée nommée Guanin, « de là vient que l'on 



(1) Colomb ne put donc vérifier les assertions des insulaires, et ceux-ci 
qui n'ótaient pas des Caraïbes et qui au contraire les fuyaient (Las Casas, 
Op. cit. L. I, ch. G7, 68, p. 280, 283 du t. I ; — P. Martyr, De Orbe Novo, 
Dec. I, I,. II, ch. 2), n'avaient pu constater de visu ce qui se passait à la 
Martinique ; ils ne faisaient que répéter une tradition courante sans avoir 
été à même de la contrôler. 

(2) Id. ibid, Dec. I, L. II, ch. 2, p. 83-84 du 1. 1 de Fédit. de D. Joachim 
Torres Asensio. Madrid, 1892, in-8«. 



292 LE MUSÉON. 

dit aujourd'hui qu'il n'y a plus que des femmes à Matî- 
nino » (i). — P. Martyr résume cette fable avec quelques 
variantes dans les faits et les noms : Vaguniona, le prin- 
cipal de ceux qui étaient enfermés dans la grotte des 
ancêtres, voulant aller à la recherche de Tun des siens 
qu'il avait envoyé à la pêche, sortit avec les femmes et 
les enfants à la mamelle, laissant les hommes seuls dans 
la grotte, puis il abandonna les femmes à Mathinino, 
emmenant plus loin les enfants qui furent métamorpho- 
sés en grenouilles (2)^ On demanda aux indigènes de qui 
ils tenaient ces inepties ; ils répondirent que c'était un 
héritage de leurs ancêtres ; qu'elles étaient de temps 
immémorial enchâssées dans des chants que, faute d'écrits 
pour les conserver, les fils des caciques seuls avaient le 
droit d'apprendre par cœur, et dont on faisait part au 
peuple dans des cérémonies religieuses (3). » 

Cette fable des Haïtiens parait avoir eu pour pendant 
une tradition qui localisait dans les parages du canal de 
Bahama une population d'Âmazones, sur laquelle on n'a 
d'ailleurs qu'une allusion conservée dans le passage sui- 
vant de Fr. Lopez de Goniara, chapelain et historiographe 
de Fernand Cortes : « La population de ces lies [les 
Lucayes] est plus blanche et mieux faite que celle de 
Cuba. C'est surtout le cas pour les femmes, si belles que 
beaucoup d'hommes de la terre ferme, notamment de la 
Floride, de Chicora [Géorgie et Carolines] et du Yucatan, 

(1) Escritura de Fray Roman (Pane) §§ 1-5, p. 282-286 du 1. 1 de His- 
torta del Almirante Don Cristobal Colon, escrita por Don Fernando 
Colon su hijo, Madrid 1892, in-18. — Cfr. la trad, franc, de cet écrit 
(p. 432-435), insérée par Brasseur de Bourbourg dans Relation des choses 
du Yucatan de Diego de Landa. Lyon 1864, gr. in-8*». 

(2) De Orbe Novo, Dec. I, L. IX, cli. 2, p. 193-1Ö4 du 1. 1. 

(3) Id. ibid.j p. 197. 



LA FABLC DES AMAZONES. 295 

allaient vivre avec elles Voilà, me semble-t-il, 

pourquoi Ton dit qu'il y avait, de ce côté, des Amazones 
et une fontaine (i) qui rajeunissait les vieilles gens » (â). 
Pour notre auteur, c'est un dit-on qu'il place nettement 
au rang des fables, en parlant des récits de Fr. de Orellana 
sur les Amazones de l'Amérique du Sud (3). Ses doutes à 
cet égard étaient partagés par ses contemporains Oviedo 
y Valdés et J. de Gastellanos ; ils paraissent même l'avoir 
été par la plupart des premiers explorateurs des bassins 
de rOrénoque et du Maranon. 

L'un d'eux était le gouverneur de Venezuela, Georges 
Fonfïiuth, de Spire en Allemagne, que les Espagnols 
nommaient Jorge d'Espira. Il allait à la recherche de 
l'Eldorado dont les richesses, quoique fort exagérées par 
les narrateurs, n'étaient pas un mythe, comme le prou- 
vent les trouvailles faites dans la Colombie. 11 s'avança 
jusqu'à la latitude de 1** au nord de l'équateur. Les Indiens 

(1) Localisée par P. Martyr (De Orbe Novo, Dec. II, L. Il, cli. 1, p. 314 
da 1. 1) dans l'ile de Boiuca ou Agnaneo, qu'il dit être située à 325 lieues 
au nord do Cuba ; par Oomara ( //w^orm de las Indias, p. 181 du 1. 1 de 
Historiadores primitivos de Indias, édit. de E. do Vedia, Madrid, 1863, 
gr. in-8'>), dans l'ile de Boiuca, qu'il distingue de Bimini ; par Juan de 
Gastellanos [Elegias de Varones iliistres de IndiaSy Madrid, 1847, gr. 
in-8°, p. 69), dans Tile de Bimini, qu'il qualifie do puissante et qu'il confon- 
dait probablement avec la péninsule Floridienne, comme le faisait B. de 
las Casas (Hist, de las Indias, L. III, ch. 20) ; par Oviedo y Valdés {His- 
toria general y natural de las Indias, édit. par José Amador do los 
Rios. Madrid, 1851-1855, in-40, t. I, p. 482\ dans une des iles de Bimini ; 
par Ant. de Herrera (Dec. I, L. IX, cli. 2, p. 245^ à Bimini qu'il distingue 
de la Floride. Tous ces passages sont repi*oduits et traduits dans notre 
mém. sur la Fontaine de Jouvence et le Jourdain [Le Muséon^ Louvain, 
t in, n« 3, 1881, p. 409, 415, 416, 417) ; ils méritaient d'être rappelés ici à 
cause do la proximité prétendue de cette fontaine et de la demeure des 
Amazones Lucayennes. 

(2) Y de alli creo que mano el decir comò por aquella parte habia Ama- 
zonas y una f uenle que remozaba los viejos. (Hist, de lus Indios, p. 178). 

(3) Voy. plus loin, p. 299. 



294 LE MUSÉON. 

de la rivière Papomane, affluent de la Meta, répétèrent ce 
que savaient déjà les Espagnols : qu'à huit journées plus 
loin vers le sud, il y avait « une nation d* Amazones ou 
femnnes sans mari ; que des hommes d'une autre nation 
allaient vers elles en certains temps de Tannée et que, 
après avoir eu des rapports avec elles, ils retournaient 
dans leur pays ; que ces femmes avaient beaucoup d'or 
et d'argent, mais qu'elles recevaient ces métaux des 
Choques. Les explorateurs, qui avaient d'autres visées, 
ne se soucièrent pas de les visiter » (i). Pendant sa longue 
et pénible expédition qui dura trois ans, de 1535 à 
1538 (a) ou cinq ans, de 1534 à 1539 (s), G. Formuth ne 
vit rien qui confirmât ces histoires, auxquelles proba- 
blement, comme on peut l'induire de sa conduite, il ne 
donnait aucune créance. 

Son second successeur, le Biscayen Juan Perez de 
Tolosa, faisant allusion aux récits sur les Amazones du 
Maranon et à la richesse du pays, ajoute « qu'il n'y donne 
pas foi à cause des grands mensonges des Indiens » (i). 
Ces paroles rapprochées de l'indifférence de G. Formuth 
dénotent assez que la légende circulant parmi les naturels 
n*avait pas été inventée ni importée par les Espagnols. 



(1) Gonzalo Fernandez de Oviedo y Valdés, Hist, gen. y natural, t. II, 
p. 310. 

(2) Id., ibid. t. Il, p. 302, 315 ; — Castellanos (Elegias, p. 211) dit que le 
départ eut lieu en 1536; — Lucas Fernandez do Plcdrahita {Historia 
general de las conquistas del Nuevo Reino de Granada, 1688 ; nouv. 
édit. Bogota, 1881, in-8«, L. III, cli. 4. p. 62) place le retour en 1537. 

(3) José de Oviedo y l^aiios, Histwna de la conquista y pohlaciôn de 
la provincia de Venezuela, édit par C. Fernandez Duro, Madrid, 18F5, 
in-8*', 1. 1, p. 131. 

(4) Description de son gouvernement, envoyée en 1546 à Charles Quint 
et publiée dans Tappend, à l'ouvrage précité d'Oviedo y Baftos, t. II, 
p. 235. 



LA FABLE DES AMAZONES. 295 

Quand ceux-ci témoignaient de visu ils se gardaient bien 
de donner pour des Amazones les femmes qui leur res- 
semblaient en quelques points non essentiels. En 1356, 
au temps où G. Formuth allait à la découverte de TEldo- 
rado, son voisin le gouverneur de Paria, Geronimo de 
Ortal, voulant avoir sa part des trésors supposés, partit 
avec 150 hommes pour la Meta, affluent de TOrénoque, 
dans le bassin de laquelle on croyait trouver les mines 
d'or ainsi que les temples et les palais à piller. Sur le 
trajet de 150 lieues ou plus, qu'il tit dans la direction du 
Sud, il rencontra en beaucoup d'endroits des bourgades 
où des femmes étaient caciques et exerçaient le pouvoir 
absolu quoiqu'elles fussent mariées. « Une d'elles notam- 
ment, Orocomay, qui se faisait obéir à plus de trente 
lieues à la ronde, était grande amie des Espagnols. Elle 
ne se servait que de femmes. Dans sa bourgade et son 
intimité, il n'y avait pas d'autres hommes que ceux 
qu'elle faisait appeler pour leur donner des ordres et les 
envoyer à la guerre (i). » 

Pendant l'exploration que Gonzalo Xîmenez, lieutenant 
de l'adelantado Pedro Hernandez de Lugo, fit de 1556 à 
1559 dans le bassin du Rio Grande [de la Magdelena], les 
Espagnols campés dans la vallée de Bogota « eurent 
notion d'une peuplade de femmes vivant seules, sans 
Indiens parmi elles ; c'est pourquoi on les nomma Ama- 
zones. Au dire de ceux qui donnèrent ces renseignements, 
elles se faisaient féconder par des esclaves achetés ; s'il 
naissait des garçons, elles les envoyaient aux pères ; si 
c'étaient des filles, elles les élevaient pour l'accroissement 

(1) Oviedo y Valdés, Op. cit., t. II. p. 246-247 ; cfr. t. III, p. 576. — Sur 
la carte qui est jointe au t. II, le territoire d'Orocomay est placé dans le 
delta de TOrenoque ou Huyapari. 



296 LE MUSÉON. 

de leur Etat. Les esclaves, dit-on, ne leur servaient que 
pour la copulation charnelle, après quoi elles les expul- 
saient ». On voulut vérifier ce récit, a mais à cause des 
hautes montagnes, on ne put aller jusqu'à elles, quoique 
Ton n'en fût qu'à trois ou quatre journées et que les 
renseignements sur elles fussent de plus en plus nom- 
breux. » (i) — « Ce que l'on put savoir des Indiens qui 
sont en relations avec elles, c'est que le territoire de ces 
femmes est peu étendu ; qu'elles sont les maîtresses et les 
hommes, des sujets et des esclaves achetés pour avoir 
commerce avec elles. La dame du pays s'appelait Jarativa. 
Elles étaient peu nombreuses et la contrée est une terre 
chaude. Ce sont elles qui combattent, bien que le licen- 
cié Gonzalo Ximenez ne le croie pas, parce que les Indiens 
content la chose de deux ou trois manières (2). » 

Faute d'avoir observé autant de réserve que G.Fornmth, 
G. de Ortal, J. Perez de Tolosa, — Francisco de Orellana 
s'attira les critiques des historiens les plus autorisés. Ce 
lieutenant de Gonzalo Pizarro, descendant un des afflu- 
ents du Maranon, crut entendre parler des Amazones et 
de leurs richesses, alors qu'il ne comprenait encore guèi'e 
la langue des riverains (janvier 1541). Un des chefs indi- 
gènes, Aparia, lui dit qu'elles se nommaient Coniaptiyara 
et qu'elles étaient beaucoup plus nombreuses que les 
explorateurs Espagnols (5). A cinq cents lieues plus bas, 
en aval du rio Negro, un captif Indien leur apprit qu'ils 
se trouvaient dans le pays des Amazones. Quelques joui*s 
après, le 7 juin 1541, ils descendirent sans opposition sur 
un rivage où il n'y avait que des femmes, mais le soir, 

(1) Oviedo y Valdés, Op. cit., t. II, p. 362. 

(2) Id. ibid., t. II, p. 405-40(5). 

(3) Herrera, Dec. VI, L. IX ; ch. 2, p. 192. 



ÌA FABLE DES AMAZONES. ^97 

au retour des hommes, il fallut combattre et se rembar- 
quer (i). Il n'y avait donc pas là de vraies Amazones (2). 
En se laissant aller au cours de leau, ils arrivèrent à la 
fin de juin dans une contrée située, à quatorze cents lieues 
de leur point de départ ; sur la rive gauche du fleuve, 
ils furent assaillis par les Indiens qui blessèrent cinq 
Espagnols, entre autres le P. Gaspar de Carvajal. Ce 
dominicain, qui écrivit une relation de voyage (3) dont 
Herrera donne des extraits, affirme que la vigoureuse 
résistance de ces Indiens venait de ce qu'ils étaient tribu- 
taires des Amazones. Lui et d'autres, ils virent dix à 
douze de ces femmes qui marchaient comme des capitai- 
nes devant ces Indiens, en combattant si courageusement 
que les hommes n'osaient tourner le dos, car elles assom- 
maient à coups de massues ceux qui fuyaient devant les 
Espagnols. Ces femmes semblaient être fort grandes, 
membrucs, avec de longs cheveux tressés et entortillés 
sur la tête. Elles allaient nues, ne couvrant que les par- 
ties secrètes, ayant dans les mains arcs et flèches. Après 
que les Espagnols eurent tué sept ou huit de celles qu'ils 
virent, les Indiens prirent la fuite. « Je rapporte, ajoute 
Herrera, ce que j'ai trouvé dans les relations de ce 
voyage, laissant à chacun la liberté d'en juger à sa guise, 
car ces femmes ne me paraissent tenir aux Amazones que 

(l) 1(1. ibid., cil. 4, p. 195. 
' (V.) Pedro Simon dit à pi*opos de ce combat que ce n*était pas un motif 
'suffisant pour donner au Marafton le nom do fleuve des Amazones « pues 
se han hallado otras muchas provincias en estas Indias, que han echo las 
mugores lo misrao. « (Nolicias historiales de las cojiquisias de Tierra 
Firme en las Indias occidentales, 1. 1, rééditó d'après l'édition de Cuenca 
1626, à Bogota, 18S2 pot. in-1, part. V\ not. VI, eh. 26, p. 291). 

(3) Bescuhrimiento del rio de las Amazonas segun la relacion, de 
Fr. Gaspar de Carvajal, con otros documentos references d Francisco 
de Orellana, avec introd. histor. par José Toribio Medina. Seville, 1894. 



^8 LE MUSÉON« 

par le nom que les Espagools voulurent leur donner. . 

Bien des gens pensèrent que Orellana 

n*aurait pas dû Timposer à ces guerrières ni affirmer que 
c'étaient des Amazones. Les viragos qui combattaient et 
tiraient de Tare n'étaient en effet pas une nouveauté dans 
les Indes : on en avait vu dans quelques-unes des lies- 
sous-le-vent, à Carthagène et dans son district, où elles 
se montrèrent aussi braves que des hommes (i). » 

A une centaine de lieues plus bas, Orellana qui avait 
<;omposé un vocabulaire, put interroger un captif Indien 
duquel il apprit u que la contrée était soumise à des fem- 
mes vivant à la manière des Amazones, qu'elles étaient 
fort riches, qu'elles possédaient beaucoup d'or et d'argent, 
que leurs cinq temples du soleil étaient revêtus d'or, que 
les maisons étaient de pierre ; et nombre de particulari- 
tés que je n'ose ni croire ni allirmer, dit le chroniqueur 
en chef des Indes, a cause qu'en ces matières les relations 
des Indiens ont toujours été peu certaines ; en outre, le 
capitaine Orellana avoua qu'il n'entendait pas ces Indiens : 
quelque copieux et précis qu'ait été son vocabulaire, il ne 
parait pas qu'en peu de jours tant de détails aient pu être 
communiqués parcel Indien. Que chacun croie donc ce 
qu'il lui plaira (2). » 

Etant retourné en Espagne, Orellana présenta au Con- 
seil des Indes une longue relation de son voyage, <c qui 
était mensongère comme on le constata depuis, dit 60- 

mara (5), Entre autres absurdités, il 

affirmait qu'il y avait sur ce fleuve des Amazones que lui 
et les siens combattirent. Peu importe qu'il y ait eu là 

(1) Herrera, Dec. VI, L. IX, cli. 4, p. 196. 

(2) 1(1. ibid., eh. 5, p. 197. 

(3) HisL de las Jndias, p. 210. 



LA FABLE DES AMAZONES. 299 

des femmes armées : il y en a bien à Paria (i) qui n'est pas 
loin ; c'est la coutume en beaucoup d'autres contrées des 
Indes. Je ne crois pas non plus qu*aucune de ces femmes 
se coupe ou se brûle la mamelle droite pour tirer de l'arç 
(elles peuvent très bien le faire en la conservant), ni 
qu'elles égorgent ou exilent leurs propres tils, ni qu'elles 
vivent sans mari, étant fort luxurieuses. D'autres que 
Orellana ont conté une semblable fable des Amazones 
aprós la découverte des Indes, mais jamais on n'a vu ni 
ne verra rien de tel sur le fleuve [Maranon]. Ce témoi- 
gnage fit que beaucoup de gens le nommèrent, par écrit 
ou autrement, rio de las Amazonas, et que d'autres se sont 
associés pour y aller ». C'est à quoi aussi doit avoir trait 
la défense faite à Orellana «d'enlever quelque femme, 
fille ou autre, des Indiens (2). » 

J. de Castellanos, qui avait pris part à diverses expédi- 
tions pour la recherche de l'Eldorado, notamment à celle 
de G. de Ortal (3), avait pu s'assurer personnellement de 
la fausseté des récits sur les Amazones ; aussi expédie-t-il 
en deux octaves ceux d'Orellana et de ses compagnons : 
ce Us voulurent, dit-il (4), prendre terre dans une bour- 
gade qui paraissait au-dessus du ravin, mais ils en furent 
empêchés par des guerriers qui accouraient avec une 
impétuosité sauvage, et par une virago indienne qui, 
bravement comme une chienne, défendait les siens. Us la 

(1) L'auteur fait probablement allusion à Orocomay, dont il a été 
question plus haut (p. 2i>5) et qui, d'après Oviedo y Valdés, habitait dans 
le bassin de rOrénoque, près de l'un de ses bras qui débouche dans le golfe 
de Paria. 

(2) Capitulacion que se tomo con Francisco Orellana, à Madrid 
13 février 1544, p. 106 du t. XXIII (1875 in-S«) de Coleccion de documentos 
inéditos del Archiva de Indicts. 

(3) Voy. plus haut, p. 295. 

(4) ElegiaSy p. 157. 



500 LE MUSÉON. 

qualifièrent d'Amazone pour indiquer combien vaillante 
était la personne. — Telle fut l'origine des fictions du 
capitaine Orellana : la voyant avec dards et macana (épée 
de bois), il nomma la rivière fleuve des Amazones, sans 
aut;*es motifs de croire si légèrement a cette fable. Il y 
a chez les païens et les chrétiens bien d'autres exemples 
de virilité féminine ». Il en cite lui-même, d'ailleurs 
sans autre garantie que la parole d'un captif indien em- 
mené par Philippe de Huten et Arteaga dans leur expé- 
dition vers l'Eldorado en 1545. Avant leur arrivée au 
Guaviare, affluent de l'Orénoque, le naturel leur conta 
qu'il y avait quelque part « des Slaniriguas, agiles 
tireuses d'arc, ayant la réputation de grandes guer- 
rières ». Très belles et entièrement nues, elles excluaient 
de leur société les laides, les contrefaites, les estropiées, 
i)'y admettant les hommes qu'a certaines époques, 
pendant lesquelles cessaient les guerres qu'elles leur 
faisaient. Les garçons étaient pour eux, les filles pour 
elles. Les aventuriers ne trouvèrent pas cette contrée 
dont la situation n'est pas précisée. J. de Castellanos 
prend ces récits pour des fables, malgré leur concor- 
dance avec ceux d'Orellana et leur confirmation par des 
hommes de mérite, notamment par Orteaga. Il ne s'opi- 
niàtrait donc pas dans son scepticisme et admettait qu'il 
pouvait y avoir des Amazones dans des contrées éloi- 
gnées (i). C'était dans le pays des Omaguas, à ce que 
suppose Antonio de Alcedo (2), auteur d'un dictionnaire 

(1) Id. ibid., p. 232-233. 
. (2) - Le nom do fleuve dos Amazones, dit-il, vient de femmes guerrièies 
qui combattirent et se défendirent contre les premiers découvreurs, 
notamment Oiellana. C'est une fable selon les uns, mais d'autres veulent 
qu*d y en ait eu eflfectivement et qu'il y en ait encore, en faisant sur elles 
les mêmes récits que sur celles du Thermodonte en Asie. Ce qu'il y a de 



LA FABLE DES AMAZONES. 50l 

géographique estimé. II regardait cette tribu comme la 
plus grande que Ton connût en Amérique, et il la plaçait 
dans le Venezuela, ajoutant qu'elle changeait de nom 
selon les contrées (i). D'après Cornelius Wytfliet, elle 
habitait sur la rive droite du Maranon moyen (a), mais 
J. de Oviedo y Banos avouait, en 1725, qu'on l'avait 
cherchée en vain et que jusque là on ignorait sa situa- 
tion (3). Ici comme partout ailleurs les Amazones d'Amé- 
rique s'évanouissent comme des fantômes dès qu'on veut 
les saisir. 

C'est ce qui ressort en outre du passage suivant du 
P. Ives d'Evreux qui tenait ses renseignements d'un 
Indien du bassin des Amazones. « C'est, dit-il, un bruit 
général et commun parmi tous les sauvages qu'il y en a, 

certain, c'est qu'il y eut des Indiennes qui aidaient leurs niaris à la guerre, 
comme c'est la coutume chez la plupart des barbares américains, et 
comme rexpérimentèrent (ionzalo Ximenez de Quesada [supra, p. 296) 
dans le royaume de Tunja, Sebastien Mcnaicazar en Popayân. Pedro de 
Valdivia en Chili, et d'autres conquista<loi\s en divers pays. Celles du 
Maraflon qui tinrent tòte à Orellana étaient de la tribu des Omaguas, qui 
possédaient les îles et les rives du lieuve. 1 es histoires qui décrivent le 
pays, le gouvernement et les coutumes de cco prélendur^s Amazones sont 
du délire et des l'ôveries de gens qui ont publié des nioivcilles pour accrédi- 
ter leurs voyages et leurs relations. » [Diccionario geogrdfico-historico 
de las Indias occidentales ó America. Madrid, 17S8, in-8, t. III, p 67). 
Aux explorateurs cités par Alcedo, on peut ajouter le capitaine de frégate 
.lose Solano qui parcourut les bassins de l'Orencquc et du rio Negro, de 
1754 à 1766, en qualité de commissaire de I'Kspagiie pour la délimitation 
du Venezuela et du Brésil, et qui dans sa relation inéilite énumère nombre 
do tiibus riveraines du Maraflon, où des femmes se battirent héroïque- 
ment à côté de leurs maris, mais chez lesquelles il n'y avait pas de tradi- 
tions sur des Amazones d^autrefois ou d'alors. (Ces. Fernandez Duro, dans 
son édit. de l'ouvr. précité d'Oviedo y Baflos, t. II, p. 388». 

(1) Alcedo, Op. cit., t. III, p 374. 

(2) Descripiionis Ptolemaicœ augmentum. Louvain, 1597, in-4<>. (Carte 
du Pérou, entre les pp. 126 et 127). 

(3) Op. cit. 1. 1, p. 190. 

20 



S02 LE MUSÉON. 

et qu*elles habitent une île assez grande, ceinte de ce 
grand fleuve de Maragnon, autrement des Amazones, qui a 
en son embouchure dans la mer cinquante lieues de large, 
et que ces Amazones furent jadis femmes et filles des 
Tapinambos, lesquels [lesquelles] se retirèrent à la per- 
suasion et soubs la conduite d'une d'entre elles, de la 
société et maistrise des Tapinambos ; et gagnans pays le 
long de ceste rivière, en fin apercevans une belle îsie, 
elles s'y retirèrent et admirent, en certaines saisons de 
Tannée, sçavoir des Acaious, les hommes des prochaines 
habitations pour avoir leur compagnie. Que si elles accou- 
chent d'un fils, c'est pour le père, et l'emmène avec luy 
après qu'il est competamment alaicté ; si c'est une fille, 
la mère la retient pour demeurer à tousiours avec elle. 
Voilà le bruict commun et général. — Un jour, pendant 
que les François estoient en ce voyage, je fus visité d'un 
grand Principal fort avant dans ceste rivière, lequel . . 
. . . . me dit qu'il estoit habitant des dernières 
terres de la nation des Tapinambos, et qu'il lui falleit 
près de deux lunes pour retourner de Maragnan en son 

village Je luy fis demander alors par 

mon truchement si sa demeure estoit fort esloignée des 
Amazones, il me dit qu'il falloit une lune, c'est-à-dire un 
mois pour y aller. Je luy fis répliquer s'il y avoit esté 
autrefois et les avoit veues ; il me fit responce qu'il ne 
les avoit point veues ni estoit entré en leurs terres, mais 
bien qu'il avoit rangé dans les canots de guerre l'isle où 

elles habitoient Ce mot d'Amazones 

leur est imposé par les Portugois et François, pour 
l'aprochement qu'elles ont avec les Amazones anciennes, 
à cause de la séparation des hommes, mais elles ne se 
coupent pas la mamelle droilte, ny ne suivent le courage 



lA Farle des ai^azones. 5Ö3 

de ces grandes guerrières, ains vivant comme les autres 
femmes sauvages, habiles et aptes néanmoins à tirer de 
l'arc, sont nues et se défendent comme elles peuvent de 
leurs ennemis (i). » 

Une trentaine d'années plus tard, le général Portugais 
Pedro Texeira (2) qui, remontant le Maranon depuis 
Para jusqu'à l'une de ses principales sources, pouvait 
mieux se renseigner que le P. Yves, n'obtint pourtant pas 
de notions plus positives. Un rapport anonyme sur cette 
exploration, commencée en J638 se réfère aux récits des 
Indiens de la tribu des Omaguas, qui occupaient une 
étendue de trente lieues le long du Maranon. Ils contèrent 
à un soldat de l'expédition familiarisé avec leur idiome 
« que dans la direction du Nord où ils allaient chaque 
année, il y avait des femmes avec lesquelles ils passaient 
deux mois ; qu'ils emmenaient chez eux les garçons nés 
de cette union et laissaient les filles à leurs mères ; 
que ces femmes de très haute stature n'avaient qu'une 
mamelle ; qu'elles se disaient être de la race des hommes 
barbus et qu'elles demandaient qu'on les menât vers 
elles. On donne communément à ces Indiennes le nom 
d'Amazones (5). » 



(1) Voyage dans le nord du Brésil^ fait durant les armées ißiS et 
Ì6i4, par le P. Yves crKvroux. publié par Ferdinand Denis, Leipzig et 
Paris. 1864, in-S«, p. 25-26. 

' (2) Qu'il ne faut pas confondre avec Pedro Toixoira qui voyagea en 
Orient vers 1600 et publia des Relaciones (Anvers, 1610, in-12 ; trad, en 
anglais par W.-F. Sinclair, pour la Socióté llakiuyt. Londres, 1901. in-S«*), 
contenant Tliistoire des rois de Perse et son itinói'aire de l'Inde à Tltalie 
jxar terre. 

(3J Yiaje del capitan Pedro Texeira aguas arriba del rio de las 
Amazonas i638-i639, publié avec introd. et comment, par M. Jimenez de 
la Espada, dans Boletin de la Sociedad geografica, p. 85-86 du tirage à 
part. Madrid, 1889, in-8*'. 



304 KÊ MlîSÉON. 

Lorsque le P. Cristoval de Acuna descendit, en 1640, 
le fleuve des Amazones, avec P. Texeira, il entendit 
tant de fois parler d'elles qu'il lui semblait impossible 
de nier leur existence. Et il ne s'en tenait pas aux sérieu- 
ses enquêtes faites par ordre de l'audience royale de Quito 
et d'où il résultait qu'une des contrées du bassin de ce 
fleuve était peuplée de femmes guerrières vivant seules 
des produits de leur culture et n'ayant qu'en certains 
temps des rapports avec des hommes d'une aiiti*e tribu. 
Il ne s'appuyait pas non plus sur les notions recueillies à 
Pasto dans la Nouvelle-Grenade de la bouche des Indiens 
et particulièrement d'une Indienne qui disait avoir vécu 
parmi ces femmes et dont les dires concordaient avec tout 
ce que l'on savait par d'autres. Il ne s'en l'apportait qu'à 
ce qu'il avait appris dans le dernier village des Tupinam- 
bas. A trente-six lieues plus bas est l'embouchure de la 
rivière des Cunuris (i), l'un des affluents septentrionaux 
du fleuve des Amazones ; dans les hautes montagnes où 
ce cours d'eau prend sa source, vivaient des viragos qui, 
de tout temps, avaient exclu les hommes de leur société, 
sauf à certaines époques de l'année où elles recevaient la 
visite des Guacaras leurs voisins méridionaux ; elles éle- 
vaient les filles nées de ces unions, mais on n'est pas 
certain de ce que devenaient les garçons. Selon un Indien 
qui, dans son enfance, était allé à un de ces rendez-vous, 
on les donnait à leurs pères l'année suivante ; mais, 
d'après la commune opinion, on leur ôtait la vie. « Le 
temps, ajoute notre auteur, découvrira si ce sont les 

(1) On voit pai' le contexte que cette rivière était située en aval du Rio 
Negro, du Rio de la Madera et de l'isla grande de los Tupinambas, mais 
en amont de l'Urixaraina, éloignée de plus do 360 lieues de la mer et où 
les marées se faisaient pourtant sentir. 



LA FABLE D£S AMAZONES. 505 

célèbres Amazones de l'histoire (i) ». Voilà la conclusion 
dubitative d'un écrivain qui avait commencé par affirmer 
si catégoriquement l'existence des Amazones ! Ici, de 
même que partout ailleurs, ce sont des indigènes qui 
disent en avoir vu, sans que des Européens pussent se 
porter garants de leur véracité. 

C'est donc avec raison que le franciscain I^aureano de 
la Cruz, qui descendit le cours du Maraiion en 1651 (après 
avoir résumé les récits des Omaguas sur une tribu de 
femmes guerrières vivant seules saufen certaines saisons, 
et les dires d'un soldat Portugais et d'autres qui locali- 
saient cette tribu féminine tout en haut de la rivière des 
Cunduris) (2), ajoute : « Tout cela et d'autres choses que 
nous ouïmes ne sont que des paroles et non des faits qui 
puissent être certifiés par des Indiens ou des Portugais 
qui naviguent d'ordinaire dans ces parages », et il était 
surpris de ce que le nom de la petite rivière des préten- 
dues Amazones eût supplanté celui de Gran Rio de San 
Francisco de el Quito (3). 

Ainsi, aucun explorateur ne peut se flatter d'avoir 
découvert de vraies Amazones dans le bassin du fleuve de 
ce nom, ni sur les rives de TOrénoque ou de ses affluents, 

(1) Nucvo descubrf'mienlo del gran r/*o de las Amazonas, por 
el P. Clirstoval de Acuùa, Madrid, 1(341. in-12, ch. 71 et 72. fol. 3() et 37; 
trad, en français par I>c Goiiiborviile, Paris, 1682; Anistei'dani 1725, 
2 vol. in-l2; en anglais par Clements R. Markham, dans Expeditions 
into the Valley of the /\?wa^o/?a5, 1539, 1540, 1639, fonnant t. XXIV de 
Works issued by the H akluyt Society. Londres. 1859, in-S«. 

(2) Comme Texplorateur franciscain la place à plus de trois cents lieues 
de la nier, cVst évidemment la môme que Cr. d'Acufta appelle rivière des 
Cunuris. 

(3) Nuevo descuhrimiento del rio de Maranon, llamado de las Ama- 
zonas, écrit à Madrid en 16J3, édité par Fr. Marcellino da Civezza, dans 
son Saggio di bibliografia geografica, storica, etnografica Sanfran- 
cescana. Prato 1899, gr. in-8% p. 299. 



506 LE MUSÉON. 

ni sur le versant oriental des Andes. On va voir que les 
recherches faites pour en trouver dans les parties du 
Mexique où Ton en signalait n'ont pas été plus fructueu- 
ses. Dans sa quatrième Décade adressée au Pape Léon \ 
qui mourut en 1521, (laquelle par conséquent doit avoir 
été écrite peu de temps après les événements) P. Mar- 
tyr disait en parlant de l'expédition de Juan de Grijalva 
en 1518 : « Près des côtes de cette Colluacane (i), il y a 
d'autres iles dans lesquelles des femmes habitent seules, 
sans relations avec les hommes. Certains croient qu'elles 
vivent à la manière des Amazones ; ceux qui pèsent les 
termes avec plus de critique pensent que ce sont des 
vierges ascétiques, vouées à la réclusion, comme les reli- 
gieuses chez nous, les vestales en beaucoup de lieux chez 
les Anciens, et les femmes consacrées à la Bonne Déesse. 
En certains temps de l'année des hommes passent vers 
elles, non pour cohabiter, mais par motif de piété, pour 
cultiver les champs et les jardins du produit desquels 
elles vivent. On parle pourtant d'autres îles où demeurent 
des femmes corrompues, privées d'une mamelle dès l'en- 
fance, afin qu'elles puissent plus facilement se livrer à 
l'exercice de l'arc ; des hommes vont cohabiter avec elles, 
mais elles ne gardent pas les enfants mâles. Je crois que 
c'est une fable (s). » 

Tout éloigné qu'il fût du théâtre des événements, le fin 
lettré Milanais avait vu juste, tandis que d'autres, placés 
près des lieux où étaient localisées ces communautés 
féminines, s'efforçaient d'y avoir accès. Quelles pouvaient 
bien être ces autres îles auxquelles il est fait allusion 

(1) Extant et in huius Coliuacanœ lateribus aliae sit«) insulae, in 
quibus solöß mulieres habitant sine virorum commercio (De Orbe Novo^ 
Dec. IV, L. IV, p. 20). 

(2) Ici, ibid., p. 20. 



lA FABLE DES AMAZONES. 507 

dans le précédent récit ? Elles différaient de Tilot dont 
notre auteur venait de parier, celui des Sacrifices, voisins 
de San-Juan-de-Uloa {i), etil n'est pas nécessaire de les 
chercher dans les mêmes parages : les côtes de la Col- 
luacaìw, — soit que Ton entendit par là la fédération des 
Guluas ou empire mexicain (2), soit qu il s'agît seulement 
des contrées où Ton parlait le nahua (3) — , ces côtes s'éten- 
daient aussi bien le long de l'Océan Pacifique qu'à l'ouest 
du golfe du Mexique ; or la Nueva Gaiicia que baigne le 
golfe de Californie et où la langue la plus répandue était 
le nahua, idiome des Aztecs (4), renferme précisément 
une ville que les premiers conquistadors nommaient tan- 
tôt Coluacan (5) ou Culuacan (g), tantôt Culiacan (7). Il 

(1) Le dernier mot de ce composé est, comme le radical de Colltcacana, 
une forme du nahua Culua ou Colhua que Toiibio Motolinia (Historia 
de los Indios de Nìieoa Espana, p. 4, 5, 10, 11, du t. I de Ja V^ Coleccion 
de documentos para la historia de Mexico, edit, par F. Garcia Icazbal- 
ceta, Mexico. 1858, in-8") emploie concurremment avec Acolhua pour 
désigner les premiers civilisateurs du Mexique et les habitants de Tezcuco, 
dont les rois eurent longtemps Thégémonie dans la fédération du haut 
Anahuac. Leur nom, parait-il, fut appliqué à Tensemble des peuples, même 
hétérogènes qui la composaient, et il lui resta même après que les 
Tenuchcs de Mexico se furent arrogé la suprématie. Le composé en 
question signifie donc San-Juan-des-Cw/wa«. 

(2) Toda esta Nueva Kspaûa que los Indios Ilamaban entonees Culhua^ 
por ser Culhuas los Mexicanos que la seftoreabau. (J. de Torquemada, 
Mon. ind. L. XIX, ch. 31, p. 383 du t. III). 

(3) Motolinia, Op. cit., p. 5, 11. 

(4) Cet idiome des Culuas et des Tenuchcs de Mexico était également 
celui d'une partie des populations de la Nueva Gaiicia (Matias de la 
Mota Padilla, Historia de la conquista de la provincia de la Ntceva 
Gaiicia, Mexico, 1870, in-1", p. 21,27), où sont situés Culiacan et les 
deux Cihuatlan dont il va être question. 

(5) L'interprète Garcia del Pilar emploie alternativement les noms de 
Coluacan et de Culuacan, à l'exclusion de Culiacan, (Voy. sa Kelat. 
dans le t. IL p. 259-2(51, de la 1^« Col. de doc. d'Icazbalceta^. 

(6) Dans la 3'' Relation anonyme sur l'expédition do Nuno de Guzman, 
Culuacan et Culiacan désignent la même localité, {V Col. de doc, 
d'Iciizbalceta, t. II, p. 452-456, 458. 459). — Oviedo y Valdés {Op, cit., t. III, 
p. 560, 561) n'emploie que la forme Culuacan. 

(7) Gonzalo Lopez dans sa Relat. sur I4 môme expédition écrit Culuacan 



308 LE MUSÉON. 

est donc passible qu'en parlant d'autres iles voisines de 
la Cölluacana on ait voulu désigner des îlots situés non 
loin de Culiacan dans TËtat actuel de Sinaloa. En tout cas, 
c'est certainement du côté de l'ouest que les compagnons 
de Cortes et de Nuno de Guzman cherchaient des Ama- 
zones. Pourquoi là plutôt qu'ailleurs ? D'abord parce 
qu'il y avait dans cette direction des localités nommées 
Cihuatlan, composé nahua de ciliuat (femme) et de la 
suffixe locative tlan, le tout signifiant : lieu où il y a des 
femmes (i) ; et probablement aussi parce que, en nahua, 
VOuest était appelé Ciliuatlampa (2) ou Vers le Côté des 
femmes. Chez les anciens Mexicains, en effet, les femmes 
mortes en couches ou à la guerre étaient canonisées, et 
l'on croyait qu'elles, allaient mener une vie de délices 
sans fin, dans la station du soleil couchant, en compagnie 
de Notre Seigneur (5) et de ses sœurs les Ciliuapipiltin 
[Nobles Dames ou divinités féminines] (4). » 

{Col. de doc. inèditos del Archiva de Indias, t. XIV, Madrid, 1870, in-8<*, 
p. 439, 450, 453, 460) ; une fois Culiacan (ibid., p. 453). 

(1) On écrit aussi Ciuat et Ciguat, avec la suffixe locative tan qui 
équivaut à tlan. 

(2) Bern, de Sahagiin, Hist. gén. des choses de la Nouvelle Espagne, 
L. VI, ch. 29; L. VII. eli. 5, 8, p. 435, 484, 486 de la trad, franc, par 
D. Jourdanet et H. Simeon. Paris, 1880. gr. in-8. — Ce nom est composé 
de Cihuatlan auquel on a ajouté le suffixe pa vers. 

(3) En nahua Topillzin un des surnoms de Quetzalcoati. « Por nuestro 
seùor se entendia por Quetzalcohuatl, y no por otro alguno. » (Bart, de 
las Casas, Apol. hist. eh. 122, à la fin du t. V, de Tédit. madrilène de son 
Hist, de las Indias, 1876, in-8«, p 450). — Voy. d'autres références dans 
notre méni. sur La contrefaçon du christianisme chez les Mexicains 
du moyen-âge (Le Muséon, t. XVII Louvain 18î^S. in-8«, p. 132). — Il faut 
toutefois remarquer que si cette tradition s'applique ici à Quetzalcoati, elle 
est difficile à concilier avec celle qui lui attribue 1 immortalité non dans 
la station du soleil couchant, mais dans la station du soleil levant, d'où 
il venait. Voy. les sources citées dans notre mém. sur La Tula primitive, 
berceau des Papas du Nouveau Monde {Le Muséon, 1891, p. 214-215). 

(4) Sahagun, Op. cit. L. I, ch. 10 ; L. VI, ch. 29 ; L. VII, eh. 5, 8, p. 20. 
433-437, 486-487 de la trad, franc. 



LA FABLE DES AMAZOISES. 500 

Bien que ce mythe, à lui seul, n*ait pas dû suffire à 
donner naissance à la fable des Amazones, il a pu suggé- 
rer ridée de localiser à l'ouest de la région isthmique les 
récits sur ce sujet qui étaient répandus, avant larrivée des 
Espagnols, chez les indigènes de plusieurs contrées des 
deux Amériques. Lorsque Gonzalo de Sandoval retourna 
à Mexico (1522) après avoir soumis les territoires de 
Zacatula, de Colima et de Ciuatlan, sur le littoral des 
Etats actuels de Michuacan et de Xalisco, « il dit avoir été 
informé que, à dix soleils ou journées de Colima, il y 
avait une riche ile d'Amazones. Bien qu'on ait cherché 
celles-ci on n'en découvrit jamais, et l'on jugea que ce 
rapport avait trait au nom àv Ciutlan (i), qui signifie 
lieu des femmes (2). » 

Oviedo y Valdés est un peu plus explicite au sujet de 
ces Amazones. Sans nommer Gonzalo de Sandoval, il le 
désigne sutlisamment sous le titre de : capitaine chargé 
par F. Cortes de réduire les Indiens de Zacatula et de 
Coliman. Entre autres notices contenues dans le rapport 
que fit celui-ci à son retour était « la relation des 
seigneurs de Ciguatan qui affirmaient expressément (afir- 
maban mucho) l'existence d'une ile entièrement peuplée 
de femmes sans un seul homme ; mais qu'en certains 
temps il venait des gens de la terre ferme, qui cohabi- 

(1) Sic, mais la traduction de ce nom donnée par Herrcra prouve suffi- 
samment qu'il faut lire CituUlan ou Cihuatlan, selon l'orthographe 
normale. Cette localité est située à 180 kilom. au nord de Colima. & 
680 kilom. à Tonest de Mexico, entre la vallée de Banderas au nord et 
Santiago, i)ort de Colima, au sud, d'après VAtïas du Ptoiémée de 1554; 
sous le 20" de L. N. selon Herrcra (Dec. V, L. VII, eh. 4, p. 100). — Sihuatan 
que les cartes modernes placent à peu près à la latitude de Colima, mais 
plus près de la mer, vers Puerto de Navidad, doit être une mauvaise 
leçon pour Cihuatlan. 

(2) Id. ibid., Dec. Ill, L. UI, ch. 17, p. 106. 



310 LK MUSÉON. 

taient avec elles et les laissaient enceintes. S'il naissait 
des tilles, elles les gardaient ; si c'était des garçons, elles 
les excluaient de leur sociélé. On disait que cette Ile était 
à dix lieues de cette province [de Ciguatan ou de Golima ?] 
et que beaucoup de gens y sont allés et l'ont vue, et 
qu'elle est très riche en perles et en or (i) ; mais aucun 
chrétien ne croit à l'existence de ces femmes ; elle n'est 
attestée, de la manière que l'on vient de rapporter, que 
par ces Indiens de Ciguatan (â). » 

Nuno Beltran de Guzman feignit pourtant de i^egarder 
ces rumeurs comme fondées et il les allégua comme 
moyens d'entraîner ses troupes à une expédition au nord 
de la Nouvelle Espagne. Ce premier président de l'au- 
dience de Mexico, qui avait été chargé de faire une 
enquête sur les agissements de F. Cortes, abusait de son 
autorité pour persécuter les amis de son justiciable absent 
et pour marcher sur ses brisées. Après avoir fait torturer 
et brûler vif le roi de Michuacan, partisan de Cortes, il 

(1) Co passage est emprunté presque mot p<jur mot à la 4" Relation de 
F. Cortes, dont voici les propres termes : « Asimismo me trujo relacion 
de los seiìores de la provincia de Ciguatan, que se afinnan mucho haber 
une isla toda poblada de mujeres sin varon ninguno. y que en ciertos 
tiempos. van de la tierra tlrme liombres con Jas cuales han aceso, y las 
que quedan preiiadas si paren mujeres las guai*dan y si liombres los eclian 
de sa compaftia, y que esta isla esta diez jornadas desta provincia, y que 
muchos dellos lian ido alla y la han visto : Diccnme asimismo que es muy 
rica dé perlas y oro. {Carta cuarta, datée de Temixtitan [Tenuchtitlan 
ou Mexico] le 15 octobre 1524, dans le t. I, p. 102 de Historiadores primù 
tivos de Indms, édit. par E. de Vedia). — A la différence d'Oviedo qui 
écrivait après d'infructcuses recherches, Cortes ne rejette pas à priori, 
comme fabuleux, ce récit qu il se proposait de contrôler pour en envoyer 
un ample récit à Charles Quint ; mais on ignore s*il eut occasion de le 
faire. 

(2) Pero d'cstas niugeres no dà fée algun Chripstiano, s<Uvo aquellos 
Indios de Ciguatan lo testitlcaban de la manera ya dicha [Hisi, gen, y 
nat, de Indias, t. III, p. 447). 



LA FABLE DES AMAZONKS. 511 

réunit ses officiers « et leur exposa qu'il était parti [de 
MexicoJ dans l'intention d aller découvrir au Nord certai- 
nes provinces. Celles-ci, comme il en avait été informé, 
étaient extrêmement peuplées de tribus si belliqueuses 
que les femmes maniaient 1 epée avec autant d*habileté 
que les hommes, aussi les quaiifiait-on d'Amazones (i) ». 
Mais ce n'était qu'un prétexte pour cacher son véritable 
but qui était de supplanter Cortes dans les territoires 
soumis par celui-ci ou dans les conquêtes à faire sur le 
littoral de la Mer du Sud [Océan Pacifique] et de la Mer 
de Cortes [golfe de Californie], conquêtes qu'il voulait 
joindre à son gouvernement de Panuco pour constituer 
avec le tout une Mayor Espana (2) [plus Grande Espagne], 
par opposition à la Nuova Espana. 

Voici comment il explique lui-même son dessein dans 
une lettre datée d'Omitlan (3) dans le Michuacan (7 juillet 
1550) et adressée à l'Empcreur-roi : « J'irai à la recherche 
de la province des Amazones, que l'on dit être située à dix 
journées d'ici, en mer selon les uns, sur un bras de mer 
selon d'autres. Riches et regardées comme des divinités 
par les habitants de la terre, elles sont plus blanches que 
les autres, portent des arcs, des flèches, des rondelles (4). 

(1) M. de la Mota Padilla, Op, cit., p. 25. 

(2) Id. ibid., p. 25-27, 83. 

'(3) T. XllI, p. 391, 393 de Col. de doc, imd. del Archivo de Indias ; — 
écrit Omistlan, ibid., p. 408 ; — Omitlan, Umitlan et Humitlan dans 
divers documents publiés par Ica/.balccta dans le t. II, de sa l""« Cot, 
p. 254, 278. 470 ; — Umitan, par Herrera, Dec. IV, L. VIII, ch. I. p. 151. 

(4) Ces femmes ai'mées. pourvues de grandes richesses et prises pour 
des divinités terrestres paraissent avoir eu pour prototypes \g^ Ciuapi- 
piltin de la mythologie mexicaine. Celles-ci en effet étaient, comme on 
Ta dit {supra, p. 308) des mortelles divinisées ; le visage, les bras et les 
jambes ^nutant dire toutes les parties visibles) de leurs images étiiient 
blanches. (A rapprocher, de ce qui aurait été rapporté à Pedro Texeira do 
la prótendue parenté des hommes barbus avec les Amazones du Maraùon 



312 LE MUSÉON. 

En certains temps de l'année, elles ont commerce avec le^ 
voisins, et les garçons qui naissent de ces relations sont, 
dit-on, mis à mort, mais Jcs filles conservées. 11 y a de 
nombreuses et grandes tribus à traverser pour arriver 
jusqu'à elles (i) ». Après avoir hiverne sur le littéral de 
Xalisco a Aztatlan (â) qu'il disait être situé à trois journées 
d'Omitlan, il écrivit de Chiametla, le 16 janvier 1551, 



{supra, p. 305) et de ce qui fut dit à Gonzalo Lopez de Torigine transmarine 
(p. 318) de celles de Cignatan) ; elles avaient dos oreilles en or. On donmiit 
à ces femnaes inimortalisóes la qualitication de vaillantes; les vieilles 
accoucheuses qui accompagnaient leur cadavre au lieu de sépulture 
étaient années de glaives et de boucliers pour le défendre contre les entre- 
prises de jeunes guerriers qui cherchaient à s'emparer du corps pour en 
faire des reliques et des talismans militaires. Les CitutpipiUin elles- 
mêmes qui jouissaient à perpétuité de toutes sortes de délices dans la 
station occidentale du soleil étaient en opp<jsition avec les guerriei's morts 
sur le cliamp de bataille, qui avaient leur demeure dans la station orien- 
tale du mÌQÌÌ. Ceux ci accompagnaient l'astre du jour depuis son lever 
jusqu'au zénith ; là ils étaient remplacés par les déesses armées qui sui- 
vaient le soleil jusqu'à sa station occidentale où elles étaient relevées par 
les habitants du Mictlan ou enfer. (Voy. supra^ les sources citées, p. 308, 
n. 3 et 4\ — Il y a là un mythe solaire que l'on ne se charge pas d'expliquer, 
mais on ne répugnerait pas à y voir le germe d'une ti adition américaine 
sur les Amazones, s'il ne lui manquait quelques-uns des traits les plus 
caractéristiques de celles-ci, comme la cohabitation temporaii*e, le par- 
tiige des enfants, l'expulsion ou la destruction des garçons, la privation 
d'une mamelle. En l'absence des éléments constitutifs de cette fable, le 
mythe ne peut en être regardé comme l'origine, mais tout au plus comme 
un des motifs de localiser un pays des Amazones dans l'Ouest du Mexique. 

(1) P. 392 du t. XIII, 1870. de la Col. de doc. inéd. dei Archivo de Indias. 

j2J Col. de doc. inéd. del Archico de Indias, t. XIII, p. 392, 408. — Son 
mostre de camp, Gonzalo Lope/, écrit Uslatlan, Astatlan, Haztatlan et 
Aztatlan (môme recueil, t. XIV, p. 434, 438, 439, 461). Cette localité qu'il 
dit être à quatoi-ze lieues de Chiamet la (p. 438). devait être située vers 22«10 
de lat. N., à l'embouchure du rio San Pedro. (Voy. ht carte orignale qui 
accompagne la prise de possession de la Nueva Tierra de Santa-Cruz) 
[Pointe méridionale de la péninsule de Californie] par F. Cortes en 1535 ; 
facsimile dans Narrative and critical History of Amei^ica^ par Justin 
Windsor, T. II. Londres 1886, gr. in-8^, p. 442. 



IX rABLÊ DES AMA/OXëS. 3l3 

quMi n*était pas loin des Amazones (i). 11 les fit d abord 
chercher dans rintérieur des terres, en donnant ordre à 
Pedro Alméndez Chirinos de s'avancer vers le Nord dans 
la direction de Lagos et de Zacatecas. Dans cette dernière 
4ocalité le cacique Xiconaque lui apprit que plus loin, 
<c chez les Guachichiles, pauvres et traîtres, il ne trouve- 
4*ait rien dans ce qu'il cherchait Chi- 
rinos constatant que ces paroles concordaient avec ce que 
les Indiens du gué de Nuestra-Senora avaient dit à Guz- 
man : qu'il n'y avait pas d'Amazones, le crut et s'euquit 
du tout pour détromper son chef (2) ». On ignore si Nuno 
de Guzman a laissé un rapport sur son expédition à la 
recherche des Amazones ; mais le chroniqueur Oviedo y 
Valdés, qui l'avait interrogé à cet égard, a consacré tout 
un chapitre de son Histoire générale à une visite de Nuno 
de Guzman dans une de leurs bourgades. Se reportant à 
ce qu'il avait dît du Ciguatan soumis par un lieutenant de 
Cortes (3), il remarque qu'on le donnait pour une Ile, 
tandis que celui de Nuno de Guzman était sur la terre 
ferme. Il en conclut que ce nom devait s'appliquer si une 
grande étendue 'de pays (i) ou plutôt, croyons-nous, à 
des localités bien différentes et fort éloignées l'une de 
l'autre. 

<c Ces troupes, dit-il, portant la guerre sur le littoral de 
l'autre mer [Océan Pacifique, par opposition îiu golfe du 
Mexique], entendirent parler d'une peuplade de femmes 
auxquelles ils donnèrent de suite la qualification d'Ama- 

(1) Col. de doc. inéd. del Arch, de Indias, t. XIII, p. 408-409. 

(2) Libro segundo de la Cronica Miscelanea de la Santa prò' 

vincia de Xalisco en el Nuevo Reino de la Galicia, par Fr. Antonio 
Tello, Guadalajara, 1891, in-8'\ eh. 38, p. 107-109. 

13) Voy. plus haut, p. 309-310. 
(4) Hist. gen. y nat,, t. III, p. 576. 



514. LE MtlSÉON. 

zones. A cette nouvelle, le capitaine Cristobal de Oriate se 
hâta de demander comme une faveur au général Nuiio de 
Guzman Tautorisation de soumettre ces Amazones. I/ayant 
obtenue, il partit avec sa compagnie pour cette entreprise, 
mais pendant le trajet il fut fort maltraité dans une bour- 
gade d'Indiens nommée Quinola, aidés de ceux de Quila, 
qui en sont éloignés d'une lieue (i) ...... . 

C'est pourquoi ils attendirent là le gouverneur, à l'arrivée 
duquel le capitaine Gonzalo Lopez, mestre de camp, offrit 
d'aller à la bourgade des femmes, ce qui lui fut accoixlé. 
11 était en marche et se trouvait à cinq lieues de Ciguatan 
lorsqu'il fut atteint par un messager du général. Celui-ci 
lui enjoignait de l'attendre, parce qu'il voulait voir ce 
qu'étaient ces femmes. Le lendemain, continuant sa route, 
il trouva, en vue de la bourgade et près d'elle, un grand 
nombre de ces femmes postées sur le chemin et attendant 
les Espagnols. Elles étaient vêtues jusqu'aux pieds de 
chemises blanches, plissées au cou et aux poignets. Gon- 
zalo Lopez et les siens avançant vers elles avec beaucoup 
d'ordre pour les disperser, elles furent tellement effrayées 
à la vue des cavaliers qu'elles demandèrent la paix« 
emmenèrent les Espagnols à leurs demeures et leur don- 
nèrent de quoi se régaler avec tout ce dont ils avaient 
besoin. Cette bourgade se compose d'un millier de mai- 
sons fort bien construites avec des rues bien disposées, 
dans la meilleure situation d'une contrée fertile et agréa- 
ble. En les questionnant sur leur manière de vivre, les 
Espagnols apprirent d'elles que tous les jeunes gens des 
gnvirons viennent cohabiter avec elles quatre mois de 

(l) Sur la rivière qui baigne cette dernière localité, ótait situé Navito 
où fut fondée eu 1532 la ville de Sau Miguel, (Voy. infra, 316, n. 2 et 320 
n. 2). 



La farle t)ES AMAZONES. 5l8 

l*année,que l'on se met en ménage de suite pour eet espace 
de temps et non pour plus longtemps, que la journée ils 
n'ont d'autre occupation que de les servir et d'exécuter ce 
qu'elles leur commandent de faire dans la bourgade ou a 
la campagne, de quelque manière que ce soit, mais que 
la nuit elles leur abandonnent leur personne et leur lit. 
Pendant ce temps, ils cultivent, travaillent et sèment le 
maïs et les légumes, les récoltent, les serrent dans les 
maisons de leurs hôtesses (voy. supra p. 306). La période 
écoulée, tous retournent dans leur pays d'origine ; les 
garçons qui naissent sont, au bout de deux a trois mois 
ou auparavant, envoyés aux pères, pour que ceux-ci les 
élèvent ou en fassent ce qu'ils veulent (i) ; quant aux 
filles, les mères les gardent et les élèvent pour l'accrois- 
sement de leur association et de leur famille. Les Espa- 
gnols virent chez ces femmes des turquoises et des 
émeraudes ; on leur dit que ces deux sortes de pierres 
précieuses y étaient en quantité et de bonne qualité. Le 
nom de cette peuplade de. femmes ainsi que celui des Ama- 
zones que l'on signala a Cortes est Ciguatan, qui signifie 
localité de femmes, comme je l'ai appris de plusieurs 
personnes auprès desquelles je m'enquis plus amplement 
de la matière. Plus tard, en Espagne, rencontrant à la 
cour Nuno de Guzman, en 1Ö47 (2), je voulus m'informer 
de ces femmes ; il me dit qu'il était absolument faux 

[D C'est bien invraisemblable pour de si jeunes enfants qu'il eut fallu 
sevrer dans un pays dont les habitants n'avaient domestiqué aucun des 
quadrupèdes laitiers. Autant eût valu faire mourir de suite les infortunés 
nourrissons. 

(2) Le docte Josó F. Ramirez n'avait pas fait attention à cette date, 
lorsqu'il plaçait en 1544 le décès de Nuûo de Guzman (Not. sur ce person- 
nage dans Apéndiceal Diccionario universal de historia y de geografia^ 
publié par M. Orozco y Berrà, T. II, Mexico, 1856, in-4«, p. 533). 



5l6 LE MUSf^.ON. 

qu'elles vécussent dans le célibat à la manière des Amazo- 
nes, car en repassant dans la localité, il les trouva avec 

leurs maris (i) 11 fonda dans le pays 

des prétendues Amazones (de las no Amazonas) une ville 
nommée (2) Sanct Miguel (5). » 

Le témoignage de Nuno de Guzman doit avoir été 
sincère et fidèlement reproduit, car un des membres de 
son expédition, Pedro de Carranza, après avoir dit que le 
seigneur de Ciguatan apporta des vivres aux Espagnols, 
ajoute : « On acquit la ceilitude qu'il y avait là des hom- 
mes comme ailleurs (t) ». Voilà ce qui fut alors constaté ; 
auparavant, lors du passage du mestre de camp Gonzalo 
Lopez, on avait cru que la bourgade du rio Ciguatan (5) 
n'avait qu'une population de femmes, parce qu'elles étaient 
plus nombreuses que les hommes, mais on ne s'en était 
pas assuré faute d'interprète qui les entendit. — Entre 
Piazta et Culiacan, est-il dit dans la Relation anonyme 
d'un autre compagnon de Nuno de Guzman, « nous arri- 
vâmes à la bourgade de Ciguatlany chef lieu de certaines 

(1) Il écrivit en effet à la reine Jeanne, mòi*e de Charles-Quint qu*il 
n'avait pas dócouvert les Amazones, poui* la œolierche desquelles il avait 
cominencó son expódition. (Ant. Tello, Op, cit., eh. 67, p. 203 ; — cfr 
M. de la Mota Padilla. Op. cit., p. 51). 

(2) Qui remplaça la ville indigène do Culiacan située plus loin vers le 
Nord. (Rei. de Gonzalo Lopez, dans le t. XIV, p. 461 des Doc. incd. del 
Archiva de Jadias. Cfr. supina, p. 314 n. 1 et infra, p. 318 et 320 ; — Alce- 
do, Ùicc, 1. 1, p. 719). 

(3) Oviedo y Valdés, Op. cit., i. Ill, p. 576-577. 

(4) Voy. sa Rei. dans le t. XIV, \). 3(>8 de Doc. inéd. del Archivo de 
Indias. 

(5) C'est certainement ainsi qu'il faut lire Aguatan « que se dice de las 
mujeres. »• {Ibid. p. 368) et Capiiatan, où il y avait plus de femmes que 
d'hommes, « por donde se tuvo que era pueblo de mujeres, comò se decia, 
y no se averiguô, porque no llevaba lengua que los entendiese ». (Ibid.^ 
p. 366). 



LA FABLE DES AMAZONES. 317 

localités du voisinage, que Ton disait être peuplées 
d'Amazones. Là et dans les environs on ne trouve que 
des femmes et peu ou point d'hommes ; c'est pourquoi 
Ton fut d'autant mieux persuadé que c'était là le Paya 
des femmes dont on avait entendu parler ; mais la cause 
pour laquelle on ne trouva point d'hommes avec elles, 
c'est que ceux-ci avaient reçu l'ordre de nous attaquer en 
certain endroit. La preuve qu'il en était ainsi, c'est qu'en 
revenant des montagnes et des déserts infranchissables, 
nous les trouvâmes dans les maisons avec leurs femmes 
et leurs enfants, tout comme dans les autres bourgades. 
On ne put jamais trouver d'interprète ( i) qui les enten^ 
dit (2). )> 

Au delà de Piaztla, dans un campement où l'on passa 
quatre à cinq jours, « on apprit, dit un autre anonyme; 
que l'on était fort près de Ciguatan dont on entendait 
parler, depuis une année, comme d'une curiosité, quoi^ 
qu'il n'en fût rien. De là, le gouverneur [Nufio de Guz- 
man] envoya par des voies diflférentcs le mestre de camp 
[Gonzalo Lopez] avec 55 cavaliers, et Samaniego avec 25, 
afin d'entrer de deux côtés dans ce pays que l'on croyait 
être fort peuplé. Ainsi fut fait et chacun d'eux trouva 
beaucoup de bourgades. Arrivés au rio Ciguatan, ils en 
traversèrent huit, grandes et petites, où il y avait quel- 
ques hommes de guerre et quantité de femmes. Celles-ci 
différaient beaucoup, aussi bien par le costume que pour 

(1) Cette difficulté de s'entendre, également aUestée dans le passage 
qui précède et dans ceux qui suivent, dénote que le nahua n'était pas ici, 
comme dans les localités plus méridionales, l'idiome du pays, et que par 
conséquent le nom nahua de Ciuatlan avait été imposé par les Mexicains. 
Ce sont ces derniers qui ont localisé dans l'ouest de la région isthmique 
la fable des Amazones. 

(2) 1^« Col, de doc. inéd, d'Icazbalceta, t. II, p. 475-476. 

'^1 



318 Lr. MUSÉON. 

être plus soignées, de celles que Ton avait vues jusqu'ici. 
Les guerriers peu nombreux étaient bien équipés avec 
panacbes, arcs, flèches et massues. Us dirent qu'ils étaient 
des bourgades voisines et qu'ils venaient défendre les 
dames Amazones, dont on prit un grand nombre. On sut 
depuis, par les interprètes, que ces femmes disaient être 
venues par mer et que, d'ancienneté, elles avaient pour 
règle de ne pas avoir de maris et de ne pas souffrir 
d'hommes parmi elles ; mais qu'en certains temps les 
voisins venaient cohabiter avec elles ; les accouchées 
enterraient vivants les garçons, mais élevaient les filles ; 
que depuis peu de temps on n'y tuait plus les enfants 
mâles, mais qu'on les gardait jusqu'à dix ans ou un peu 
plus et qu'alors on les donnait aux pères. C'est ce que 
l'on ne put bien éclaircir parce que los interprètes étaient 
peu experts. On en donna avis au gouverneur qui arriva 
le surlendemain. Jusqu'ici la contrée est bien approvi- 
sionnée en maïs et en légumes ; il y a beaucoup de pois- 
sons et quelques fruits, peu de gallinacés ; nombreuses 
sont les bourgades dans ce territoire où est aujoui*d'hui 
située la ville de San Miguel. On s'y arrêta dix à douze 
jours et l'on y reçut des informations sur la province de 
Culiacan (i) w. — Garcia del Pilar lui-même qui était 
interprète atïîrme que, faute de bien comprendre les fem- 
mes de Ciguatlan, on ne put savoir si elles vivaient dans 
le célibat ou dans le mariage ; mais il n'y avait là que peu 
d'hommes, tout le reste était de l'autre sexe dans cette bour- 
gade située sur le bord d'une rivière et près de la mer (a). 
La Relation du mestre de camp Gonzalo Lopez, dont il 
a été question (5), quoique étant des plus circonstanciées 

(1) Ibid.. t. II. p. 451-452, 

(2) Id. ibid., t. Il, p. 258-259. 

(3) Voy. supra, p. 314-317. 



Ik FABLE DES AMilZONËS. 510 

relativement à cette expédition (i) ne contient pourtant 
que peu de renseignements sur les Amazones. Du campe- 
ment situé au delà de Bayla où Nuno de Guzman s'arrêta 
cinq à six jours, il envoya l'Alcalde (2) et G. Lopez, cha- 
cun d un côté, à la recherche des femmes qui, d'après les 
rapports de certains indigènes, devaient se trouver près 
d'une grande rivière. Lopez y rencontra une grande bour- 
gade où il ne vit que trois vagabonds avec un millier de 
femmes qui prirent la fuite et dont il fit arrêter une 
grande partie. Elles n'étaient vêtues que de longues che- 
mises descendant jusqu'à terre, quelques-unes ornées de 
grelots ; les hommes avaient des plaids [manias] et quel- 
ques-uns des scapulaires comme ceux des frères Domini- 
cains. Des gens que Lopez avait chargés d'explorer la 
rivière en amont et en aval, y trouvèrent beaucoup 
d'hommes et de femmes qui ne s'enfuirent pas sans avoir 
combattu ; ils prirent quatre de ceux-là et jusque à trois 
cents de celles-ci (3). Mais Lopez eut beau battre la cam- 
pagne jusqu'à soixante dix lieues de Guliacan, il ne put 
découvrir de vraies Amazones (4). G'est près du rio de las 

(1) Elle a été publiée dans le t. XIV, 1870. p. 41M63 do CoL de doc. 
tnéd. del Archiva de Indias, sous Ja signature do Garcia Lopez, dont le 
prénom est certainement erroné, soit par la faute do l'éditeur, soit par 
celle de Timprimeur. 11 faut lire Gonzalo Lopez, comme l'attestent Taudi- 
teur Maldonado. qui reçut le serment do Lopez et le gi'effler Alonso de 
Mata. {Ibid., p. 461-463). 

(2) n s'agit de Lope de Samaniego (cité plus haut, p. 317). alcade de l'ar- 
senal de Mexico, qui explora plus tard le littoral jusqu'au rio Fetatlan à 
3 journées en avant du rio Sinaloa. et dont le rapport contribua à déter- 
miner Nufto de Guzman d partir pour les Sept-Cités, « porque de la 
demanda que de las Amazonas habia tenido, y a se le habia deshecho. n 
(l«"" Relat. anon. sur l'expédit. de Nufio de Guzman dans la l«"" CoL de doc. 
d'Icazbalceta, t. II, p. 291). 

(3) CoL de doc. inéd. del Archivo de Indias, t. XIV, p. 443-444. 

(4) Ibid,, p. 459. — En aurait-il rencontré, si du 30° de l^t. N. il s'était 



320 LK MlîSÉOiN. 

Mugeres que Nuiìo de Guzman fonda la ville de San- 
Miguel (i) [de Navito («)]. 

Yoilà ce que nous avons recueilli dans des livres passa- 
blement rares et peu accessibles à la plupart des lecteurs 
européens. Malgré la monotonie résultant de la répétition 
des mômes faits, presque dans les mêmes termes, nous 
avons tenu (conformément à une constante méthode qui 
nous parait devoir être celle de la sérieuse érudition trai- 
tant de faits peu connus) à ne pas procéder par voie 
d*allusions et de renvois aux sources, mais à reproduire 
celles-ci, soit dans des traductions intégrales, soit dans 
de substantielles analyses avec commentaires, afin que 
chacun puisse juger par soi-même des conclusions que 
nous en allons tirer. Remarquons d'abord que les femmes 
guerrières du Nouveau Monde (voy. supra, p. 288, 289, 
291, 296, 297, 299, 300, 505, 504, 505, 5il), dédaignant 
les occupations de leur sexe {supra, p. 288), vivant dans 
le célibat et excluant les hommes de leur société, au moins 
la plus grande partie de l'année (supra, p. 287, 288, 294, 
295, 298, 500, 502, 505, 504, 505, 506, 509, 512, 514, 
318), mettant à mort (p. 299, 504, 512, 518) ou ren- 
voyant aux pères leurs enfants maies (p. 289, 291, 295, 
299, 500, 502, 505, 506, 510, 515), ne gardant avec elles 

avancó jusqu'au-delà de San-Fiancisco ? Cronise {Natural Wealth of 
California. San^Fraucisco 18(')8j aftiinie qu*à l'arrivée des I spagnols, une 
tribu des Fomos, établie dans le comté actuel do Mendocino, vers 39" 20^ 
de Lat. N. était soumise à la pynécocratie. Ste})licn Powers (p. 100-101 de 
Tribes of California, foj niant le t. III de Contributions to North Aine- 
rlcan Ethnology, Washington, 1877, in-4«) admet bien que cette fable 
n'est pas sans fondement, mais il avoue que, malgré de diligentes recher- 
ches, il n'a jamais découvert de vestiges de ces sociétés d'Amazones. 

(1) Ibid., p. 401. 

(2; En 1532 ; transféiée la même année sur le rio Culuacan (Ant. Tello, 
Eist, de la Nueva Galicia. fragm. publiés par Icazbalceta dans le t. II, 
p. 353 de sa !••• Col. de doc.) — Navito est situé par 2-1" S' de L. N. sur le 
rio Quiia, qui doit correspondre au rio de las Mujeres. 



LA FABLE DES AMAZONES. 521 

que les filles nées de relations temporaires (p. 289, 291, 
295, 299, 500, 502, 505, 504, 510, 515, 518) et systé- 
matiquement privées d'une mamelle (p. 299, 502, 506), 
— correspondent presque de point en point à l'idée que 
les auteurs classiques nous donnent des Amazones de 
notre continent. 

Ce ne sont pourtant pas les Espagnols qui ont puisé 
dans les écrits des Anciens cette tradition plus ou moins 
historique pour la transplanter en Amérique ; elle y était 
connue avant leur arrivée et ils Vy ont trouvée dans des 
ex)ntrées assez éloignées Tune de l'autre (supra, p. 515) 
pour que les communications entre elles aient été longues 
et difficiles ; elle avait dû mettre un certain temps pour 
se propager de Tune aux autres. Chr. Colomb l'entendit 
conter par des insulaires de Haïti qui, d'après le P. B. de 
las Casas, la localisaient à la Martinique {supi^Oy p. 288) ; 
G. Formuth la trouva dans le bassin de l'Orenoque (p. 294); 
Orellana, le P. Yves d'Evreux, les compagnons de P. 
Texeira, Laureano de la Cruz, dans celui du Maranon 
(p. 296-299, 501-505) ; Gomara, signala son existence 
dans les Lucayes (p. 292) ; P. Martyr, dans les îles voisi- 
nes du littoral des Culuas (p. 506) ; Gonzalo de Sandoval 
dans une île située à 10 journées de Colima, près du 
littoral de l'Océan Pacifique (p. 509-510) ; et Nuiio de 
Gtizman qui, pour être un homme pratique, n'en poursui- 
vait pas moins des chimères, perdit son temps à chercher 
des Amazones sur les rives du rio Ciguatan ou rio de las 
Mugeres(p. 511-515, 519). 

Loin d'avoir été les inventeurs ou même les simples 
pi*opagateurs de cette tradition les Espagnols ne croyaient 
même pas qu'elle eût le moindre fondement et la traitaient 
de fable : B. de las Casas {supra y p. 289), P. Martyr (p. 290- 



522 LE MUSÉON. 

291), Chîrinos d'après Xîconaque (p. 313), Gomara 
(p. 293, 298-299), J. Perez de Tolosa (p. 294), Herrera 
(p. 298), J. de Castellanos (p. 299-300), Oviedo y Valdés 
(p. 309-310), Nuno de Guzman (p. 315-316), Laureano de 
la Cruz (p. 303) affirmaient qu'il n'y avait pas trace de 
Amazones dans le Nouveau Monde, et plusieurs d'entre 
eux disaient que c'était pure fiction ou mensonge des 
indigènes (p. 291, 293, 294, 296, 297, 298-300, 304, 310, 
316). Certains, après avoir cru à l'existence des Amazones 
transatlantiques, acquirent la conviction que les récits sur 
elles, étaient soit totalement erronés (p. 290, 306, 315- 
316, 319 n. 2), soit fondés sur de simples apparences ou 
des analogies non essentielles (p. 297-303, 306). S'il était 
vrai par exemple qu'il y eut des territoires gouvernés par 
des reines (p. 296 et aussi sur le littoral du Pacifique) et 
des bourgades où les femmes restaient seules pendant les 
expéditions ou les déplacements temporaires des hommes 
(p. 316, 317), il était faux qu'elles vécussent dans le céli- 
bat (p. 288,* 290, 299, 301 n., 316), qu'elles missent à 
mort les enfants mâles (p. 299, 304, 318) et qu'elles 
fussent privées d'une mamelle (p. 299, 302, 306). 

Ces derniers détails répugnent tellement aux instincts 
maternel et féminin que si, par impossible, ils étaient 
vrais pour des viragos de l'antiquité asiatique, ils auraient 
besoin d'avoir été dûment constatés chez des femmes dû 
Nouveau Monde pour accréditer l'origine américaine delà 
tradition sur des Amazones transatlantiques, et alors même 
que l'on serait disposé à regarder celle-ci comme indi- 
gène, il resterait à expliquer comment elle se serait for- 
mée, à peu près identiquement et par génération sponta- 
née, chez tant de populations éloignées les unes des autres 
et différant par les croyances, les mœurs, le langage. On 



LA FABLE DES AMAZONES. 523 

ne peut croire (jue les diverses tribus chez lesquelles cette 
fable était répandue, aient eu indépendamment l'une de 
l'autre l'étrange conception de marâtres égorgeant ou 
expulsant systématiquement la moitié de leur progéni- 
ture; de femmes dénaturées se mettant d'accord entre elles 
pour exclure de leur société les pères de leurs enfants; de 
personnes du sexe faible se soumettant bénévolement à la 
douloureuse exérèse d'une mamelle. 

Ces divers traits sont tellement invraisemblables qu'ils 
n'auraient certes pas été imaginés de la môme façon en 
plusieurs pays ; la fable dont ils sont les principaux élé- 
ments ne doit avoir eu qu'un seul berceau et, comme 
celui-ci n'a été trouvé aucune part en Amérique, il faut 
le chercher dans l'Ancien Monde, car les Indiens n'ont 
fait que répéter et en partie seulement ce que l'antiquité 
grecque et latine avait dit des Amazones ; ils n'y ont rien 
ajouté et n'ont fait que leur attribuer pour demeure cer- 
tains lieux se prêtant, pour une cause ou pour une autre, 
à cette localisation, par exemple : Matinino, parce que les 
femmes de cette ile restaient seules une partie de l'année 
(voy. suprOy p. 288-291) pendant les courses maritimes 
de leurs maris, les pirates Caraïbes ; les Lucayes, parce 
que la beauté des femmes y attirait temporairement des 
hommes venus de loin (p. 292-293) ; le bassin de l'Oré- 
noque, parce que des femmes y exerçaient le caciquat 
(p. 295-297), et le bassin des Amazones, parce qu'il y 
avait sur les rives de ce fleuve des femmes guerrières 
(p. 293-304) ; l'ouest de la région isthmique, parce qu'il 
y avait sur le versant occidental des territoires gouvernés 
par des reines et qu'en nahua Cihuatlan et Cihuatlampa^ 
mots dont le radical est le même, signifient respective- 
ment : contrée des femmes et bande ou direction de l'ouest 
(p. 309, 311 note 4). 



324 LE MUSÉON. 

Ainsi, sauf la localisation, la fable des Amazones amé- 
ricaines est empruntée de toutes pièces à nos traditions 
classiques et l'on n'est pas surpris de ce qu'elle ait rayonné 
si loin et ait été si vivace, quand on sait avec quelle facilité 
les mythes et surtout les contes passent d'une contrée ou 
d'une génération à l'autre, et se propagent ou se perpé- 
tuent de la sorte dans le temps et dans l'espace. Mais il 
reste à montrer comment elle a été transportée toute faite 
d'un continent à l'autre. Ce n'est évidemment pas sur les 
vaisseaux des découvreurs Espagnols puisqu'elle existait 
dans les Antilles avant le premier voyage de Chr. Colomb ; 
elle n'aurait d'ailleurs pu se répandre en trente ou qua- 
rante ans seulement dans de vastes territoires fort éloignés 
les uns des autres et, qui plus est, séparés par la langue, 
les mœurs, les haines de tribus à tribus, lesquelles pour 
ces diverses raisons n'auraient pu s'entendre dans le cours 
d'une seule génération. Les Amazones ont été connues, au 
moins de nom, par les Anciens Scandinaves, comme on 
le voit dans la Trœjumannasaga (i) (Saga des Troyens), 
traduction fort libre d'après Darès et d'autres écrivains, 
faite vers la fin du XIIP siècle (2). Mais ils avaient alors 
cessé depuis longtemps d'entretenir des relations avec le 
Vinland (Nord des Etats-Unis), la contrée la plus méri- 
dionale du Nouveau Monde qu'ils aient visitée et, autant 
qu'on peut le savoir, il n'y a pas lieu de penser que l'in- 
fluence de leurs colonies transatlantiques se soit fait sentir 
dans la zone intertropicale des deux Amériques. 

Quanta leurs prédécesseurs (3), les Papas Gaels, on 

(1) Dans Hauksbôk, éclit. par la Soc. K. des Antiquaires du Nord, 
Copenhague. 1892-1896, gr. in-8^, p. 218.» 

(2) Finnur Jónsson, dans l'introd. à 1 edit, du Hauksbôh, p. CIIL 

(3j K. Beauvois, La découverte du Nouveau Monde par les Iriajidais 
et les premières traces du christianisme en Amérique avant Van iOOO 



LA FABLB DES AMAZONES. O^O 

pourmt supposer que ces disciples de Saint Columba, 
comme lui zélés copistes non seulement des textes et des 
commentaires bibliques, mais encore des ouvrages pro- 
fanes (i), avaient transplanté la tradition des Amazones 
dans le bassin du golfe et du fleuve Saint-Laurent, d'où 
essaimèrent vers le sud nombre de missionnaires et 
d'aventuriers (2), et qu'elle se serait répandue avec eux 
dans les Antilles, l'Amérique du Sud et le Mexique. Mais 
cette conjecture n'aurait pour elle que la vraisemblance, 
faute d'être étayée d'aucun document pour attester que 
cette fiction était familière aux propagateurs de la civilisa- 
tion dans la région isthmique. il est plus naturel de penser 
qu'elle était connue des sectateurs d'Hercule (Ogmios, 
rOgma des Gaels), établis avant notre ère sur les rives de 
la Méotide transatlantique ou golfe du Saint-Laurent. Ce 
demi-dieu, au dire de Tun de ses prêtres qui, allant en 
pèlerinage a Ogygie (l'Islande) et de là aux autres sanctuiii- 
res de Kronos [Saturne] dans l'Ancien Monde, s'entretint 
avec le dictateur Sylla de la nature transatlantique et de ses 
colons européens, — ce demi-dieu était en grand honneur 
chez les riverains de la Méotide, dont ses compagnons 
mêlés à la population kronienne en avaient adouci les 
mœurs. Comme il passait pour avoir vaincu les Amazones 
en Asie-Mineure et dans l'Attique, ce trait de sa légende 
avait du frapper aussi bien en Amérique qu'en Europe 
les peuples qui lui rendaient un culte. L'adaptation de 
cette fable aux viragos du Nouveau Monde nous semble 

(dans le Compte-rendu du i««- congrès intern, des Américanistes. Nancy, 
1875, in-8") ; — Migrations d* Europe en, Aménque pendant le moyen- 
âge : les Gaels (dans Mém, de la Soc. bourguignonne de géogr. et 
d'hist. T. VII, Dijon, 1891. in-8"). 

(1) Id. Les premiers chrétiens des îles nordatlantiques, dans Le 
Muséon, Louvain, 1888. t. VIII, p. 316, 321-323. 

(2) Id, La Tula primitive, berceau des Papas du Nouveau Monde 
(dans Le Muséon, 1891). 



5:^ LE MUSÉON. 

donc concourir fortement à prouver la réalité de l'entre- 
tien (i) de Svila avec le pèlerin de la Méotîde et la véracité 
de ce dernier. 

La description d'Ogygîe, sa situation sous le cercle 
polaire, la douceur relative de sa température, ses con- 
vulsions titaniques ou éruptions de ses volcans, les glaces 
que vomissent les rivières gelées du Grœnland et qui 
obstruent la navigation, lexistence d*un grand continent 
transatlantique et de plusieurs groupes d'iles dans la mer 
Kronienne ou partie septentrionale de l'Océan, celle d'une 
mer comparable à la Méotide européenne et située à la 
même latitude qu'elle, — toutes ces assertions sont con- 
formes aux notions de la géographie positive. En ce qui 
concerne la nature de ces îles, contrées et parages, on 
pourrait déjà affirmer que Sylla ou tout au moins Plutar- 
que, qui rapporte son récit, avaient été bien renseignés, 
mais on pouvait douter que les fictions helléniques 
fussent acclimatées dans la Nouvelle Méotide, comme le 
rapportait le pèlerin ; désormais, on aura la preuve inat- 
tendue que l'une d'elles au moins, après y avoir été ad- 
mise comme un fait réel, était disséminée au loin et au 
large dans les différentes parties de l'Amérique. C'est 
ainsi qu'approfondissant les sources, jusque dans les 
détails en apparence insignifiants, en les groupant et en 
montrant leur étroite connexité avec d'autres, on est arri- 
vé, sinon à résoudre, du moins à poser nettement une 
question dont l'examen s'impose aux démomathes des 
deux mondes et dont la solution éclairerait certains points 
obscurs de la haute antiquité américaine. 

EuG. Beauvois. 

(1) Trad, et commenté dans notre mém. sur L'Elysée des Mexicains 
comparé à celui des Celles (dans Revue de Vhist, des religions^ 5« ann. 
Nouv. série, t. X, 1884, p. 3-21). 



COMPLEMENT 



SUR L£ 



PROBLÈME ÉTRUSQUE. 



1. Dans un précédent article (i), nous avons montré 
qu'il existait de nombreux rapports entre les mots étrus- 
ques de sens connu et les mots turcs de même sens. Ces 
rapports constituaient en faveur de la parenté do Tétrus- 
que et du turc une probabilité très forte {2), vu leur nombre, 
leur clarté, leur simplicité, et le fait qu'une liste de rap- 
prochements comparable à celle-là ne pourrait être obte- 
nue avec aucune autre langue que le turc ; du moins je 
ne vois pas qu'elle ait été obtenue jusqu'ici, et ce serait à 
l'adversaire à prouver qu'elle peut l'être. 

2. Aujourd'hui nous complétons l'exposé de notre thèse 
en ce qu'elle a d'essentiel. Non-seulement nous constatons 
que les Etrusques furent un peuple de langue turque ; 

(1) Mots étrusques expliqués par le turc, Muséon^ 1904. Correction. à 
ce mémoire : nous donnerons une étymologie beaucoup plus directe pour 
le mot itus, jour. 

(2) Dans un ai*ticle des Annales de Philosophie Chrétienne récemment 
paru, Mars 1904, nous avons montré par un raisonnement mathématique 
que la probabilité pour que la ressemblance d'un certain nombre de mots 
entre deux langues, soit due au pur hasard, est beaucoup plus faible 
que ne le croient d'ordinaire les linguistes. 



528 LE MUSÉON. 

mais nous les regardons comme apparentés à toule une 
couche de peuples qui couvrait le monde hellénique à 
l'origine de Tcre classique, Thraces, Phrygiens, Cariens, 
Cretois, anciens Lacédémoniens, anciens Athéniens, etc., 
peuples qui auraient en conséquence appartenu aussi à la 
famille tatare. Posons, si Ton veut, cette proposition 
comme une hypothèse à vérifier, à la façon des mathéma- 
ticiens lorsquMls comuiencent par supposer le prohlème 
résolu. 11 va de soi d'ailleurs que je ne lance pas une telle 
hypothèse dans le public sans avoir par devers moi réuni 
assez de preuves pour être sur qu'elle est effectivement 
verifiable. Mais comme je ne puis pas fournir toutes ces 
preuves d'un coup, et que pendant quelque temps ma 
proposition doit rester sous les yeux du lecteur à l'état 
d'hypothèse, il convient d'indiquer qu'elle est, comme 
telle, légitime. 

5. Cette proposition est d'abord conforme à l'esprit de 
la tradition classique et notamment de la tradition d'Hé- 
rodote qui fait venir les Tyrrhéniens italiens de Lydie 
et qui place d'autres Tyrrhéniens en Thrace (i). Elle 
pourrait être déduite de considérations sur la topony- 
niie, et de la diffusion de certains noms de lieux non 
ai-yens dans tout le domaine géographique dont nous 
parlons. Elle pourrait être inférée de nombreux rap- 
ports coristatés en archéologie ; mais c'est assez pour nous 
de nous occuper des arguments d'ordre linguistique. 
Il nous est permis cependant de rappeler l'opinion qui 
s'impose de plus en plus aux archéologues au fur et à 
mesure du progrès des fouilles : que l'on voit apparaître 
à l'aurore des temps helléniques, — comme à celle des 
temps latins, — une civilisation qui n'est ni aryenne, ni 

(1) Hérodote I, 94 et ailleurs. 



COMPLÉMENT SUR LE PllOBLÈME ÉTRUSQUE. S^Ô 

sémitique, ni égyptienne (i). Déjà les Égyptiens avaient 
connu certains « peuples de la mer » (2), qui, malgré la 
gloire que se sont acquise les Phéniciens comme naviga- 
teurs, étaient bien sûrement autres que des Phéniciens, 
il peut donc être légitime à titre d'hypothèse de faire sor- 
tir ces peuples et cette civilisation des régions obscures du 
nord et du nord-est, réservoir du touranisme. Prétendre 
qu'ils ne se rattachent à rien de connu est contraire au 
sentiment général de la continuité historique. 

A. La méthode que nous avons employée pour vérifier 
l'hypothèse proposée, est fondée sur la remarque sui- 
vante : Si des populations de langue tatare ont occupé à 
l'origine tout le domaine gréco-latin, ces populations, 
antérieures en civilisation aux Grecs et aux Latins et 
intimement mêlées à eux au début, ont dû laisser dans 
la langue de ces derniers des traces nombreuses. La 
plupart des mots grecs et latins qui n'ont pas de bonne 
etymologic du côté aryen, la plupart des noms de lieux, 
et des noms d'hommes, de dieux ou de héros, qui ne se 
présentent pas comme aryens, doivent être explicables 
par les racines turques. De nombreuses racines turques 
doivent être conservées dans les langues, dans la topony- 
mie et dans la mythologie gréco-latines, et l'on doit pou- 
voir y suivre les variations phonétiques qu'elles ont 
subies selon les temps et les contrées. 

5. Je livrerai peu à peu au public dans différents 
organes, les recherches que j'ai faites dans la voie que je 

(1) Voyez par exemple un article de la Revue des Eludes Grecques 1903, 
p. 490. 

(2) A propos de cette question des peuples de la mer dans la période 
ramesside, V. quelques considérations de J, KralU Die etruskischen 
Mumienbindendes agramer National-museums^ p. 18,19 ; de P. Foucart, 
le Culte de Dionysos en Attigue, 1904, p. 12, etc. 



S5Ò LE MUSÉON. 

viens d'indiquer, et qui sont assez avancées pour avoir 
produit sur mon esprit Timpression de la certitude. Il 
faut cependant encore, pour achever de poser la thèse, 
que je réponde à deux objections. L'une est relative à 
l'antiquité du turc. 

Quelques personnes se fondant sur ce que les Turcs 
sont entrés tard dans l'histoire, croient devoir en conclure 
que les langues tatares sont aussi de formation tardive ; 
et ces personnes observent en outre que plusieurs racines 
turques semblent amollies et usées, condition qui ren- 
drait précaire leur emploi dans des recherches de linguis- 
tique ancienne. La réponse est aisée : D'abord pour affir- 
mer que les Turcs sont entrés tard dans l'histoire, il 
faudrait être sûr que des peuples antiques comme les 
Étrusques, les Cretois, les Peuples de la Mer ne sont pas 
des turcs, et justement c'est la question. En second lieu 
il n'est guère possible de douter de l'antiquité des langues 
tatares quand on songe à l'énorme extension de ces lan- 
gues, divisées en nombreux dialectes, parlées dans de 
vastes territoires, protégées par la vie nomade consei*va- 
trice des langues, apparentées à d'autres groupes linguis- 
tiques puissants, tel que le groupe ougro-finnois, dont 
elles ont dû se détacher k des époques très reculées. Enfin 
l'usure des racines turques est plus apparente que réelle ; 
l'amollissement signalé dans certaines initiales se fait 
suivant des règles simples, aisées à découvrir, et dont 
nous allons aujourd'hui même donner plusieurs exemples. 

6. L'autre objection à laquelle je faisais allusion 
s'adresse moins à notre thèse qu'à notre méthode : On 
s'est habitué à croire que la méthode pour tout déchiffre- 
ment consistait à commencer par l'étude des désinences 
et à continuer par celle des racines. Or c'est le contraire 



COMPLÉMENT SUH LE t>UOBLÈNE ÉTftUSQUE. 55l 

que nous faisons ; mais nous avons pour cela d'assez 
bonnes raisons. Dans les langues aryennes ou sémitiques, 
où la grammaire est claire et logiquement constituée, il 
est sage de s'appuyer sur les désinences. Mais los langues 
tatares sont dans un état grammatical tout autre, moins 
avancé et beaucoup plus flottant ; que Ton parcoure par 
exemple une grammaire mongole : on y trouvera deux 
désinences de datif, deux désinences d'accusatif, quatre 
désinences de pluriel, susceptibles parfois de s'amalgamer 
l'une à l'autre, tandis que l'on n'y trouvera pas de dési- 
nence pour distinguer, dans le verbe, la première per- 
sonne de la seconde ou la seconde de la troisième. Il y a 
surabondance d'un côté, pénurie de l'autre. Dans le 
déchifl*rement d'une langue de cette nature, l'étude des 
désinences doit logiquement suivre celle des racines. 
A mon sens, c'est ce préjugé que la désinence est toujours 
un élément d'étude plus solide que la racine, préjugé 
manifestement faux dans le cas des langues altaïques, qui 
a si longtemps retardé le progrès des recherches étrusques, 

l"" Permutation de la dentale et de la liquide a 
l'initiale. — C'est le phénomène bien connu en linguis- 
tique indo-européenne dont un exemple classique est le 
rapport de lacryma à oàxpu. Ce phénomène existe dans les 
dialectes turcs, où Ton voit que la dentale mouillée et les 
liquides peuvent toutes deux se réduire à la semi-voyelle t. 

Exemples : 

a. L'année en Mongol est tcliil ; dans les dialectes turcs 
Cumain, Nogaï, Kirghiz et de Kazan, le mot a la forme 
gii. L'initiale est amollie dans le T. or. et osm. yil. En 
étrusque le mot parait avec la liquide : ril (i). Le sens de 

(1) V. notre ai'ticle du Muscon : Mots étrusques expliqués par le 
turc, n» 36. 



352 LE MUSÉON. 

ce vocable se rapporte à l'idée solaire, comme le prouve 
le T. or. yilâmek, briller. 

b. La Sirène. Le symbole de la sirène est répandu dans 
le monde protohellénique. Le mot, avec la sifflante ini- 
tiale, Ssipi^v, poétiquement SetpriSwv, coïncide avec le T. or. 
sourân, cri, vacarme, plainte, ou avec un participe du 
verbe strâ-maq, chanter (les personnes, les oiseaux). Une 
des plus anciennes représentations delà sirène nous la 
montre avec une tête de femme et un corps d'oiseau (i) ; 
la figuration de la sirène avec un corps de poisson est, on 
le sait, postérieure. — La même racine parait en mongol 
avec la dentale mouillée : Icfiirgak'o, le chant des oiseaux ; 
et l'on a aussi en T. or. tcliir-maq , chanter. De là, il est 
facile de passer à la semi-voyelle ; on la trouve dans la 
forme T. or. yir, chant ; yirâv, le chanteur, le barde. 
C'est apparemment la forme qui parait dans le nom 
d'Orphée, 'Off eu;. Enfin, restituant une liquide à la place 
de la semi-voyelle, on tombe sur Xupa, lyre, inexpliqué 
autrement. Xupa est donc de la racine tcliir, sir, y ir qui 
désigne le chant ; ajoutons à cette racine la syringe, Tjf.y;, 
ou flûte de Pan. 

c. L'exemple classique lacryma = oàxpj n'est point 
étranger au turc, la racine de ces mots se retrouvant 
avec l'initiale molle dans le T. or. yig-maq ou yig-lâmaq, 
pleurer. Le suflixe / de cette dernière forme correspond à 
l'r de l'aryen. Comparez encore T. or. iay-maq, pleuvoir. 

d. Les mots grecs Srjioc, Saio;, ennemi, ne sont pas 
expliqués en ai*yen. Ce sont des mots qui paraissent 
en turc avec la semi-voyelle ou la dentale mouillée pour 
initiale : T. or. tcliâou et yâou, ennemi ; mongol : dayin 
et dayison, l'ennemi. 

(1) PeiTot, Histoire de Vart dans Vaniiquité, t. UI, p. 599. 



COMt>LÉMENT SUR LE PROBLÈME ÉTRUSQUE. 55^ 

e. AaSpuç est un mot carion qui signifie hache. C'est 
par ce mot que Ton a expliqué récemment le nom du 
Labyrinthe de Crète. Je reparlerai de ce vocable ; pour le 
moment il suffit de remarquer qu'il appartient a la racine 
turque tchap, iap, indiquant les idées de couper^ de 
travailler, de construire (i). Ex. T. or. : tcliâp-maq, couper, 
Notre mot français sope dépend de cette racine. 

Conséquence. On sait qu'il n'y a presque pas d'initiale / 
en turc. Lorsque l'on a un / initial en étrusque, si cet / 
n'est pas passé à l'initiale par suite d'une métathèse avec 
la voyelle qui lui est affectée, il faut chercher le mot en 
turc dans les racines commençant par y ou par teli. 

2** Permutation de la deintale et de la sifflante a 
l'initiale. — Certaines racines turques qui ont laissé des 
traces en indo-européen se présentent tantôt avec le d ou 
le ty tantôt avec Vs à l'initiale. Nous rencontrions tout à 
l'heure des cas de ce genre, mais portant plutôt sur la 
dentale mouillée, toh. Le mot sinister, dont nous avons 
antérieurement parlé, offre un exemple très net de per- 
mutation de la sifflante et de la dentale. 

a. Sinister, avons-nous dit (2), dépend d'une racine qui 
est représentée en turc or. notamment par tun, nuit, 
obscurité, tandis qu'elle l'est en mongol par siine, nuit. 
A la forme en s se rattachent : T. or. scun-mck, s'éteindre ; 
son-qoul, main gauche ; à la forme en t : T. djagataï, 
jakout, altaïque, etc. tiïn, nuit, obscurité ; T. osm, tun, 
d'un, hier, le jour éteint. T. Kara-Kirghiz, tan, le nord, la 
région ténébreuse. Le latin sin-ister dépend de la forme 



(1) V. dans Varabéry, EL Wort., § 130 et L31 une famille ^'op, lap qui 
est celle dont nous parlons. 
(2i Mots étrtcsques n» 6. 

22 



354 LIS MUSÈON. 

en s ; et de la forme en t dépendent le grec Tatvapoç, le 
Ténare, et le latin tenebrie (i). 

b. Seculnm, dont nous avons aussi parlé (2), fournit un 
autre exemple très net de la môme permutation. On a en 
effet Ys dans les mots T. or. sâye, compte, sâigâ-maq, 
compter, tandis que Ton a le ts en mongol : tsnic, le 
temps, Tannée, tsakUa-ko, déterminer le temps. Le teli 
parait en T. or. dans tcliât)^ temps, mesure ; et nous avons 
dit que ces mots étaient voisins d'autres mots indiquant 
la génération, comme togmaq, naître, où parait le t pur. 
En mythologie, cette racine se retrouve évidemment dans 
le nom de Deucalion, le « multiplicateur » de Thumanité, 
la personnification de la puissance génératrice : T. or. 
tchougâl-maq, se multiplier. 

Conséquence : Il est légitime d'admettre en étrusque la 
possibilité de la permutation de Vs et du t à Tinitiale. 
Ainsi l'inscription de l'Orateur de Florence porte un mot 
tuHncs que Taylor avait déjà proposé d'identifier avec 
surines, offrande funéraire. Cette identification donne un 
sens tout-à-fait satisfaisant, ainsi que je l'ai déjà dit (5) et 
que je le rappellerai. 

tV Existence d'un k nasal. — Dans les langues tatares, 
le k initial de plusieurs racines est susceptible de paraître 
dans certains mots ou dans certains dialectes sous la 
forme d'un n. Des traces de ce phénomène sont visibles 

(1) Je sais qu'on rapproche tenebrae du sanscrit iamas^ obscurité ; 
mais, cliose curieuse, la racine sous la forme tam, tum^ se trouve aussi 
en turc et môme très tléveloppóe ; V. Vambéry § 179 ; comme exemple 
T. or. tâmug\ enfer; /awe^r, passage étroit et sombre. La racine est 
plus riche et son développement est plus clair du côté turc que du côté 
aryen. 

(2) Mots étrusques, n«» 8. 

(3; Dans la communication faite à la Société Asiatique en mars 190-1. 



COMPLÉMENT SUR LE PROBLÈME ÉTRUSQUE. SSe^ 

en latin et en grec. D'autres fois le groupe nk, au milieu 
des mots, est susceptible de s'alléger en la simple nasale n. 
Exemples : 

a. Cybèle, la déesse-mère, KyêiXTi, et ISiobé, sont deux 
types de la maternité féconde ; leurs noms appartiennent 
tous deux à une racine, hip, nup, nap, indiquant la fécon- 
dité, l'accroissement, le nombre : T. or. Jcupul-mak, kuplâ- 
mak, se multiplier , tcupun, enfant, fils. Les choses qui 
sont en nombre, Técume, la mousse, les feuilles des 
arbres, se rendent au moyen de la même racine : T. or. 
keupuk, écume ; mongol nap-tsi, le feuillage ; ce dernier 
mot est le latin napœa. La racine dont nous parlons, qui 
semble avoir été commune, dès la plus haute antiquité, 
aux langues aryennes et touraniennes, est celle du mot 
numerus, nombre. Elle existe encore en mongol sous la 
forme nema-ko, augmenter, multiplier. Nous lui consa- 
crerons un jour une étude plus détaillée. 

b. Nortia ou Norchia est le nom étrusque de la Fortune. 
Orla fortune était primitivement caractérisée par l'attribut 
du gouvernail (i). C'était « la gouvernante », la rameuse : 
en T. or. et osm. la rame se dit kurek ou kurkichèk. C'est 
précisément la racine à laquelle appartient le mot Norchia, 
ainsi qu'on peut le contrôler par le mongol où cette racine 
reparait avec l'u initial dans des mots tels que : nor-ko, 
nork'a-ko, être trempé, tremper, convenables à l'idée de 
rame. Au reste la même racine, ou une autre toute voi- 
sine, donne les idées de voir, de prévoir, de pourvoir, qui 
indiquent pleinement les caractères essentiels de la for- 
tune : T. or. keur-mek, voir, pourvoir ; Mong. norok'ov- 
tsilako, améliorer, mettre en ordre. 

(1) C'est Tattribut de la foi'tuno dite phrygienne ou cappadocienne. 
V. Duruy, histoire romaine, t. Il, p. 523 ; V. les Isis-fortunc dans le 
Calalogue des bronzes du cabinet des médailles de Paris, 



556 LE MUSÉON. 

c. La racine turque kùm désigne les choses enfouies en 
terre : minerai, charbon, ossements. T. djagataî kömüs^ 
argent ; T. jak. kömüs^ airain, et, avec des qualificatifs, 
airain blanc, c'est-à-dire argent, ou airain rouge, c'est-à- 
dire or. Ce mot n*est autre que le latin numus^ moins 
bien expliqué par Tidée de nombre. La racine existe en 
mongol avec In initial : numorè, caché, secret, recelé. 

d. keuk est le ciel, en T. or. et osm. Des mots voisins 
désignent la couleur bleue ou verte (i) ; par exemple 
T. jakout, kuok, bleu, vert. En mongol les mots analogues 
paraissent avec Tn, par exemple nok'obor^ vert ou bleu. 
Il est à croire que cette racine est celle à laquelle appar- 
tient le titre àva$, dont Tétymologie n'est pas connue, et 
qui signifierait ainsi « céleste » ; ce titre est donné à des 
princes, ou à des héros comme les Dioscures. Le nom de 
ïancila, bouclier tombé du ciel, n'a sans doute point 
d'autre sens (i). 

c. Adoucissement du groupe nk, au milieu des mots. 
Un bon exemple en est fourni par le nom divin mongol : 
moungo, qui dure, Dieu. Ce nom, paraissant en magyar, 
n'a plus que Vn : menny, ciel ; et d'ailleurs la même 
variation a lieu entre les divers dialectes turcs (s). Evidem- 
ment la racine dont il s'agit est celle à laquelle appartien- 
nent d'anciens titres royaux, tels que Minos^ le nom du 
dieu phi^gien Men et celui de Minerve ; tous ces person- 
nages sont « les célestes, les durables, les forts (*) ». 

Conséquence. Le Turc n'a presque pas Vn initial ; les 

(1) V. Vambéry, Et. Wort, § 110. 

(2) La môme racine paraît du reste en sanscrit, nâka, ciel. Etant donnée 
la correspondance du A à Tn, c'est identiquement le mot turc. 

(3) V. Vambéry, Et. Wort, § 233. 

(4) Le C« de Cliarencey a donné quelques développements au sujet do 
ces noms dans le Journal Asiatique, 1904, 1. 1, p. 348. 



COMPLÉMENT SUR LE PROBLÈME ÉTRUSQUE. 557 

mots étrusques à initiale n doivent être cherchés dans les 
racines turques à la lettre k. 

Afin de ne pas fatiguer le lecteur, nous énonçons seule- 
ment ici trois autres correspondances phonétiques^ dont 
nous fournirons ultérieurement les exemples. 

¥ Quelques racines contenant la palatale /r, initiale ou 
non, ont des analogues où cette palatale est remplacée 
par la dentale t. 

5** Le V ou le ou, initial ou médian, est susceptible 
d'être durci en b. 

6** La lettre g du turc peut être représentée en grec par 
la lettre f . Cette dernière correspondance est importante 
pour l'étude des désinences. 

Quand on a étudié les racines selon Tesprit que nous 
venons d'indiquer, il devient aisé de dégager les désinences 
et de les interpréter. 

B^" Carra de Vaux. 



LE LATIN D'ESPAGNE 

d'après les IINSCRIPTIONS. 



COMPLÉiMENTS SUR LA MORPHOLOGIE, LE VOGA- 
BIILAIKE ET LA SYiNTAXE. 



Dans deux articles précédents, (Muséon N. S. II-IV) j'ai 
étudié les particularités de la phonélîque latine qui se 
rencontrent dans les inscriptions de TEspagne datant des 
sept premiers siècles, en tachant de les mettre en rap- 
port avec les phénomènes du latin vulgaire d'une part et 
les caractères propres à la langue espagnole, de l'autre. 
Quelques philologues ont exprimé le désir de voir faire 
une recherche analogue dans les autres domaines de la 
grammaire. Je me propose donc de réunir dans le pré- 
sent article les remarques les plus intéressantes que Ton 
peut faire au sujet de la morphologie, de la syntaxe et du 
vocabulaire latins, à propos des textes épigraphiques de 
l'Espagne. Ceux-ci étant presque tous très courts et se 
composant généralement de fornmles stéréotypées, offrent 
moins à récolter dans ces domaines que dans celui de la 
phonétique. Il suffira donc de s'en tenir à une assez brève 
enumeration des faits (i). 

(1) Quant aux abróviations, il faut noter que CIL == Corpus Inscriptio 
num Latinarum (Les numéros sans dé^^ignation de tome se rapportent 
au voL IL) ; BAH = Boletin de la Keal Aoademia de Historia de Madrid; 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 559 

A). MORPHOLOGIE. 

§ 1. ARCHAÏSMES DANS LA DÉCLINAISON LATINE. 



Datif' Ablatifs en -abus. 

Dans la langue classique, remploi du datif en -abus est 
restreint aux cas spéciaux où Ton oppose le masculin au 
féminin : dûs deabmque, filins filiabnsqiie, libertis liberta- 
busqué, etc. Dans Tancienne langue, ce datif était d'un 
usage beaucoup plus fréquent. 

En Espagne, nous trouvons d'abord -abus employé 
selon l'usage classique dans : 

4332, 4306 (lascription soignée. P' siòcle) : libertis liberta- 
busqué, 

1963 I 3 (liOi de Malaga. 1**' siècle) : natis natabus, 

5439 111,9. (Lex ursononsis. Epoque républicaine) : deis deabus. 

Cette dernière expj'ession est fréquente. On la rencon- 
tre dans 4496, 452, 3024, 5440. 

Mais on emploie aussi -abus sans l'opposer explicite- 
ment his : 

3960 (Sagonte) sibi et filiabus. 

6298 facienda curavit pientissirais filiabtis, 

1 164 dominis Nymphabus, 

Ce dernier cas est le plus remarquable, car ici la con- 
fusion avec un masculin n'était pas à craindre. C'est 
apparemment un archaïsme de la langue religieuse. — 

IHC = Inscript iones Hispauiae Christianae éd. Htibner ; MLI = Monu- 
menta linguae ibericae, eil Hübner ; ALLO = Archiv für lateinische 
Lexikographie und Grammatik ; Lat. Esp. = Le Latin d Espagne d'après 
les Inscriptions par A. Carnr>y. I Vocalisme {Musóon 1901-1902). — II Con- 
sonantisme {Muséon 1902-1903). 



540 LE MU8É0N. 

Le datif en abus se trouve encore dans une autre 
expression de la langue sacrée : matrilms Aufaniabus 
5415, mais les divinités en question indiquent qu*on a 
affaire à Tépitaphe d*un légionnaire germain. 

Gmitifs en um de thèmes en -o. 

mairi deum 178, 179 {2^ s.) 3521 (a. 238). 

sevirum 4297, 4299. 

fabru{m) EE. 8. 4. (!•' s.) 

an(norum)dum 2510 cf. EE. 5. 1030. 

cervom altifrontum comua 2660 (2** siècle à Legio VII). 

Tous ces génitifs, sauf le dernier, sont fréquents dans les 
inscriptions de toutes les provinces. Ce sont des archaïs- 
mes de la langue religieuse ou juridique, cervom se ren- 
contre dans une inscription élégamment versifiée et peut 
passer pour une liberté de poète. 

Quant aux formes : 

meserum IHC. 165 (a 680) 
(HuQc cause meserum hune querunt vota dolentum.) 
misierium IHC. 142 (a. 630) 

ce sont des fautes sans importance. Pour scander le pre- 
mier vers, il faut rétablir miserorum. meserum est donc une 
simple haplographie. Il en est, sans doute, de même pour 
misierium, car ce dernier mot renferme aussi une r dans 
la finale du mot. Ce phénomène est assez commun en 
latin cf. ALLG. IV. 1. sqq. 



Quant aux formes 


: 




FahU) 4970. 


183 


Melitta 4970. aie. 


Firmo » 


196 


NigrO n 345. 


Marssio » 


304 


Nonio n 350. 


Massico » 


307 


Patrio n 376. 


Materno n 


308 


Cotto 6349. 15. 



LE LATIN d'eSPAGNE D*APRÈS LES INSCRIPTIONS. 541 

qui se trouvent toutes dans V Instrumentum domesticum^ 
ce sont en général des abréviations pour Falnorum^ 
Firmorum, etc. 

En certains cas aussi, il faut lire : Marssi o(fficina)y 
Noni o(fficina)y etc. ou bien regarder le nom comme forfné 
au moyen du suffixe o{n) qui, particulièrement en Espa- 
gne, s'ajoute à des noms de toute espèce. 

Nominatif en es pour is. 

Dans rinscription officielle de Malaga (1965, I. 45), on 
lit aediles. Si ce n'est une distraction du graveur qui 
partout ailleurs avait à écrire ce mot au pluriel, aediles 
pourrait être le même nominatif en -es (pour is régulier) 
que aidiles dans CIL. I. 51. (Epitaphe de Gorn. Scipio). 

Quant aux nominatifs singuliers : omnes 4512 (5*"® siè- 
cle), cives (5729-vulg. 2™® siècle) et 6149, lebes (= levis) 
5742 (vul.), dulces (IHC. 46. a. 485), fidèles (IHC. 
182-6"*® s.), ils n'intéressent que la phonétique. Ils mon- 
trent le passage de ï en syllabe finale à ë. 

Ablatif en i. 

On a deux archaïsmes remarquables : 

1*^ palam luci (Lex urson. a. 45 av. J.-C). Bücheier 
(Trad. Havet p. 190) regarde avec assez de raison comme 
un locatif cette forme luci qu'on trouve employée absolu- 
ment (luuci ou luci) dans CIL. 1. 197. (Lex bantina) et 
avec préposition ou déterm i nati f(ctim /uct, hoc luci) dans 
Plante et Terence. Je ne crois pas qu'on en ait un autre 
exemple aussi récent que celui-ci. 

2^ sorti 1964 IL 45 (Loi de Malaga) (à côté de sorte 
1964. s. 44) qui montre la survivance dans le latin 



542 LE NUSÉON. 

d'Espagne d'une forme préclassique qu'on rencontre dans 
la Lex repetundarum et la Lex agraria. 

Quant à corti (= cohorte) 2584 sur une inscription 
assez vulgaire de Lugo (Galice), ce pourrait être une gra- 
phie vulgaire où Ton aurait confondu les finales i et e (i). 
Toutefois il est bon de remarquer que cohors est primi- 
tivement comme sors un thème en t (sutlixe ri : mor-ti, 
meii-fi) et qu'il a encore le génitif pluriel cohortium. 
Ces mots possédèrent donc primitivement un ablatif en 
id. De fait quand on a un ablatif en t au lieu de la forme 
en e du latin classique c'est le plus souvent dans ce genre 
de thèmes (BQcheler op. cit. p. 160 : partie pietati, 
monti.) 

Ablatifs en e pour i. 

Dans une inscription tout-à-foit vulgaire de la fin du 
2"^^ s. (BAH XXXIV p. 417), on a l'ablatif taie qui est 
une preuve de la disparition progressive de l'ablatif en i 
dans la langue parlée. Sur une inscription versifiée de 
Penallor en Bétique 2535, on lit missile pour missili et 
sur trois inscriptions milliaires de Tan 80 : Quirinale 
4805 (a. 80), 4858 (a. 80), 4802 auquel il faut comparer 
CIL. Ip. 320,521. 

A l'époque chrétienne, les ablatifs en e pour i ne font 
que se multiplier : cum nobile cetu IHC. 86 (a. 649), era 
currente IHC. 578, hoc in aliare sunt IHC. 582. 

Accusatif pluriel en îs. 

5429 (Lex ursonensis aa — 42) ; aedis .(II. 1. 36) et nmjorls 
(II. 2, 21). Cette deraière forme qui paniîc étonnante 

(1) Dans un hexamètre vulgaire (Creili 7380), on doit scander : tarn 
$implici vita 



{ 



LE LATIN D*ESPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 543 

puisqu'il ne s'agit pas d'ua thème eu i se trouve aussi 

dans Virg. Georg. 2, 251. On rencontre, d'ailleurs, aussi 

parfois Tablatif majori. 
1343 (Inscription oflScielle ; an 5) : Kalendas novemhris. 
6021 (Inscription antique) furris. 
2958 (Inscription officielle ; an 57) idus decemhris. 
2660 (Epoque de Trajan. Inscription versifiée, archaïsanto) 
volucris caprcas. 
4969. t (sur une lucerna) oh civis servatos. 
2367 (à Mérobriga en Bétique — correcte) pins in omnis sues (à 

côté i'omncs), 
4853 (a 238) pontis. 

Ainsi donc Taccusatif en îs n^apparalt en Espagne que 
dans des inscriptions officielles d'un latin rigoureusement 
classique. Ce fait est en conformité avec la nature de cette 
terminaison en îs qui n'est pas primitive en latin et n'a 
jamais eu de racines bien profondes dans la langue 
populaire. 

Génitifs pluriels des thèmes consonantiques et des thèmes en i. 

Parmi les thèmes en t, canis exjuvenis sont les seuls à 
avoir un génitif en «m au lieu d'-êwm, mais ce n'est qu'une 
exception apparente, puisque ce sont primitivement des 
thèmes consonantiques (cf. xjvciv, scr. yuvanâm). 

Il en est de même pour le génitif mensum qu'on ren- 
contre trois fois sur des inscriptions vulgaires de l'Es- 
pagne : 

mensum 540 (Merida) (Inscriptioo correcte). 

mesum 5691 (Inscr. vulg. de Léon). 

mesu 5535 (Inscr. vulg. do Cordoue 2^ siècle). 

C'est une forme plus primitive que mensium et qui a 
été conservée dialectalcmcnt à côté du génitif classique. 



344 LE NUSÉON. 

Le mol primitif est en effet mens. Cf. grec [xetç. (Voy. 
Conway. Ital. Dial. p. 653). Ce génitif se rencontre de 
temps à autre dans les auteurs depuis Plaute jusqu'à la 
décadence. Ces trois exemples suffisent à nous montrer 
qu*il était répandu sur une grande partie de TEspagne 
et dans la langue réellement populaire. 

Un génitif pluriel, assez intéressant à cause de sa 
rareté, c'est celui de l'inscription officielle de Malaga. 
1964 (l"' s.) : praedum (= praedium, génitif de praes). 

Signalons encore deux cas de génitifs en -um dans des 
thèmes en -nt qui ont généralement -ium dans la langue 
classique. Ce sont aussi des archaïsmes : silvicolciiium, 
altifrontum 2660 (Inscription versifiée) doleiitum IHC. 165. 

Quant aux génitifs : civitatium 6278 (Inscription offi- 
cielle) hereditatittm 1741, 3235, cohortium 3272, ils se 
rencontrent assez fréquemment dans diverses provinces. 
Ce sont, sans doute, aussi des archaïsmes. 

munidpium 1964 (III 57) à côté de municipum (IV 33) 
est une simple distraction. 

Ablatifs en u. 

Les ablatifs en u qu'on trouve sur deux inscriptions 
très vulgaires de Lusitanie : 

ex votu 5136, BAH 36 p. 165 (2°»^ ou 3me siècle) (Ossonoba). 
ex responsu 6265. 

sont dus probablement au zèle outré d'un demi-lettré 
craignant le vulgarisme inverse et qui aura été d'autant 
plus porté à décliner t;ot2/m et responsurw d'après la 4™® décli- 
naison que ces mots sont formés absolument comme les 
nombreux substantifs verbaux en tus, sus. votum vis-à-vis 
de vovetx a été regardé comme semblable à motus vis-à- 
vis de movere et responsum a été compai'é à conairsm 



Le latin d^espagne d\près les inscriptions. Ha 

de concurro ou même simplement à responsus, forme 
parallèle de responsum dont le sens est un peu différent. 

Datif en uî. 

avuncului 5350 (Augustobriga, Estrémadoure) sur une inscription 
assez barbare de Lusitanie n'est appai*emment qu'un pédantisme du gra- 
veur. Peut-ôtre môme faut-il simplement lire : avunculus comme le fait 
Hübner contrairement au P. Fita. 

Thèmes en u. 

On a, peut-être, en Espagne un exemple du génitif (/orni 
usité par les comiques du second siècle. C'est dans une 
inscription privée de Citania (près Braga) 5590. En 
revanche, on trouve à Sagonte (5876) Tablatif r/omti au 
lieu du commun domo. Cet ablatif se rencontre aussi dans 
CIL I. 1009, 21, Vili, 8411 et une fois dans Plante 
(mil. gl. 126). 

Thèmes en e. 

Le génitif en ël tendit à s'abréger à la fin de la républi- 
que en ël ou en ei diphtongue. On a même des génitifs 
en ii et en î. Caton disait fami pour famei (Cf. Bûcheler 
Trad. Havet p, 115 ; Schneider. 2. 357 sqq.). Ce génitif est 
assez rare. Nous en avons un exemple dans une inscrip- 
tion officielle d'Espagne (5042 Jerez ; 1*^' siècle) : fidi ßdu- 
ciac, causa. 

Quant au datif fide que quelques-uns croient devoir 
lire dans 3411, c'est une mauvaise interprétation. Il faut 
lire avec Mommsen : pro aede Augusti et non pas fide 
Augustae. 

En résumé, le latin d'Espagne se distingue par la con- 
servation, jusqu'à des époques relativement récentes, de 



\ 



546 LE NtlSÉON. 

quelques formes casuelles qui généralement ont disparu 
ailleurs à l'époque impériale, et môme de réels archaïs- 
mes. Ce fait s'explique par la date ancienne de la romani- 
sation de la péninsule hispanique qui, dans les provinces 
TEst et du Sud, reçut le latin tel qu'il était parlé au 
premier siècle avant notre ère. 

§ 2. Confusions enthe les déclinaisons. 

Dans les inscriptions paycnnes, les déclinaisons sont 
en général bien conservées. 1/on voit pourtant des méta- 
plasmes assez fréquents dans certains mots par exemple 
deus fait souvent au datif dibus, spécialement dans dibus 
Manibus, dibus deabus, expressions où le premier datif 
aura été vraisemblablement assimilé au second. D'après 
Biicheler p. 200 ce datif dibus serait dû à une méprise. 
On aura pris deus pour un thème en i à cause de ses 
nombreuses contractions. On trouve des formes analogues 
dans les thèmes en io p. ex. filibus qui est à peu près 
dans les mêmes conditions que dibus. Mais le voisinage de 
mots en ibus dans des expressions consacrées doit, à mon 
avis, avoir surtout contribué à produire ces datifs. On 
aura dit filibus à cause de filiabus comme dilfus à cause 
de deabus ou de Manibus, amicibus à cause d'amicabus, 
car il est à remarquer que ce datif en ibus n'est guère en 
usage que dans les mots qui ont un féminin en a à côté du 
masculin en us. 

Le datif dibus n'est pas absolument particulier à l'Es- 
pagne. 11 appartient certainement à la langue populaire 
de Rome comme le prouve son emploi par Pétrone (44). 
Remarquons toutefois sa fréquence toute particulière 
dans les inscriptions de la péninsule ibérique : 



LE LATIN D* ESPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 347 

dibus Manibus : 2710, 4424, 4490, 5912, 325, 5255, 5327, 5731, 

5736 (Vulg. Asturies) 6338 (Vulg. 3« siècle) 
dibus Dedbus : 4496. 

D'autre part, on a un génitif pluriel en orum pour um 
dans aerorum 5265 sur une inscription rustique de Lusita- 
nie. Ce génitif hétéroclite se lit encore dans plusieurs in- 
scriptions des Gaules. Cf. Pirson p. 125. Ce mot avait pris 
au pluriel aera le sens précis de stipendia. Séparé ainsi de 
son singulier, il est assez naturel qu'il ait reçu dans le 
peuple un génitif en orum comme stipendiorum de sti- 
pendia. Les noms neutres de la S"* déclinaison qui n'étaient 
ni en la, ni en ora étaient très rares. Tout favorisait Téclo- 
sion de ce vulgarisme. 

On trouve plusieurs fois des génitifs en i pour is : 

Caesari 2698 (Astures transmontani) n'est pas le génitif de Caosar 
mais celui du nom propre hispanique Caesaro qu'on ren- 
contre plusieurs fois et dont on aie nominsLÜf Caisaros 
5762. 

Asturi (}2ß0. 

Micioni ^207 . 121. . , 

Lahioni ß2o7 . 103. 

Pastori 4975. 43. 

Felici 02^7, 79. 

Tigrani 4971. 7. (génitif de Tigranes). i 

Polluci 0259. 17 I sur des « vascula » 

Akxi 4970 (génitif de Alexis) f 

Gracili 5571 (GRACILI). Dans ce dernier cas, on ferait aussi bien 
S. H. S. de lire Gracilis hic situs est que Gracili 
scrvus hic situs c^f (lecture d'IUibncr). Il n'est pas rare 
qu'on rejette une s finale à la ligne suivante. 

Quant aux autres formes elles se rencontrent toutes 
dans V Instrumentum domesticum. Or, on sait jusqu'à quel 
point les abréviations y étaient fréquentes et tout spécia-^ 



548 LE MUSSON. 

Icment celles qui consistent à rogner la fin d'un mot 
quand l'espace manquait (Lat. Esp. II § 17). 

Ce n'est pas seulement Ys, ce sont des consonnes finales 
de toute espèce qui sont occasionnellement omises et le 
nombre des lettres qu'on néglige d'écrire est très variable. 
Ces génitifs en t ne sont donc peut-être qu'un cas parti- 
culier de cette tendance générale. 

A partir du 4"" siècle, on voit les métaplasmes se mul- 
tiplier en Espagne. C'est un phénomène commun à toutes 
les provinces, fréquent surtout en Gaule (Voyez M. Bonnet. 
Grégoire de Tours p. 349 sq.). Ici, comme dans les autres 
cas, l'Espagne a mieux gardé la bonne tradition latine 
que les autres provinces. 

Ce qu'on y trouve de plus commun ce sont les génitifs 
en t dans les noms propres de la ^^ déclinaison. 

Confessori (7»« s.) IHC 336. 

Felici me 80, 85, 89, 175 (a 642, 630, 657, 655). 

Joanni 80, 88, 89. 

J adanti (géoitif do Judas) 186. 

Pastori 175. 

conditori 99 (a 662). 

Toutes ces inscriptions sont de la Bétique sauf 186 qui 
est de Tortose. Toutes sont du 7* siècle. Comme il s'agit de 
noms propres d'hommes l'on a affaire, sans doute, à une 
extension de la ^^ déclinaison. 

Une tendance générale du latin tardif c'est de faire 
passer la ¥ déclinaison à la seconde. Dans ce genre de 
faits nous pouvons citer en Espagne : 

iuso 62462 (= 4963. 8). 

porto XV 3094 a-l (cf. Georges. 542). 

arcos me. 23 (a 663). 



Le latin d^ espagne diaprés les inscriì^tions. S^O 

porticos arcos IHO 176 (^ CIL 2 3420), sur une inscription cor- 
recte de l'an 589. 
pueUam qui jam feto tollerat Bol. 34 p. 417 (i). 

Les noms féminins de la 4'' déclinaison ont passé, eux, 
aux thèmes en a. Seul manus n'a pas suivi cette voie dans 
les langues romanes. Nous lisons dans 550, 2956, 5815 
la forme socra (= socrus) qui est l'ancêtre du sarde sagra, 
espagnol suegra, etc. Cette forme apparaît dans un grand 
nombre d'inscriptions de tous pays (Cf. Georges 645), 
mais il est intéressant de la constater dans l'inscription 
espagnole 5815 qui est assez ancienne comme le prouvent 
la forme des lettres et l'orthographe. 

Plus curieux sont les barbarismes : ter quintibus IHC 
460, in omnibus IHC 159. (7"^^ ou 8"^^ siècle). 

in hoc ahario (IHC. 57 — 6** siècle) montre le passage 
des neutres rares en e aux neutres communs en ium. Ce 
qui tient en partie à ce que le singulier est refait sur le 
pluriel en ia. altarium est digne de remarque en Espagne 
où le mot otcroy oterio exige précisément un tel substrat. 

iiisidies IHC 10 (8® siècle) présente au contraire un des 
thèmes si communs en a décliné sur les plus rares en e. 
Un scribe habitué à devoir restituera la 5* déclinaison 
quantité de mots déclinés à cette époque en ia, iae {%) . 
aura cru bien faire de décliner ce mot un peu rare sur 
la 5* déclinaison. On sait d'ailleurs l'incertitude des 
lexiques et grammairiens en ce qui concerne la déclinai- 
son de nombreux noms en ia, ics. 



(1) Fruçtus comme nom propre se décline comme un thème en -o. CL 
Frwcto 4164, 4561. 

(2) p. ex. dia = dies. 

5^3 



350 le muséon. 

'§ 3. Chute du neutre. 

La règle générale est que les substantifs neutres singu- 
liers deviennent masculins et que les neutres pluriels en a 
donnent naissance à des féminins singuliers (i). 

Déjà au !•' siècle, dans une inscription antérieure à 
Tibère, un légionnaire de la légion II écrit : hic munimen- 
tus (266). Un texte de l'époque d'Auguste (BAH. 31. 
p. 559) porte : munimentus fecit alors qu'il faudrait 
l'accusatif. Notons aussi la forme bien vulgaire gimana- 
sius 6328. L'inscription 4174 très populaire et négligée 
porte horrcus pour horreum et sur 6109, on a studus artis^ 
mais dans ce dernier cas, le graveur copiait un modèle 
qu'il ne comprenait pas et qu'il a estropié. 

Le cas le plus intéressant parmi les neutres singuliei*s 
devenant masculins, c'est mancipius (BAH 34 p. 417 ; fin 
du 2** siècle). Ici le changement de genre est en partie dû ( 

à la signification du mot. L'esclave était une propriété, c 

mais c'était aussi un homme, et à mesure que le concept 
d'individualité prévalut sur celui de propriété dans la j 

ftigniflcation du terme mancipium, on aura été de plus en I 

plus porté à lui donner une forme masculine. Ce mot « 

doit surfout être devenu un terme usuel en Espagne e 

comme le prouve l'espagnol actuel mancebo dont le sens l 

est « jeune homme »* 

Comme neutre pluriel devenu masculin pluriel, nous c 

avons : IHC. 2 (année 632) : « qui XII compleverat ( 

(1) On a sur ce sujet quelques articles récents : 

Ernst Appels. La chute du neutre latin dans les langues romanes. 

(ALLG. I133et44iM 
H. Schuchardt (Zeils. fdr. vergi. Sprachforschung) 22. Ì53. 
* Ascoli (Archiv, fçlottologico 2, 416). 
H. Suchier. Der Untergang der geschlechtlosen Substantivform. 



Le latin d*espagne d après les inscriptions. 551 

lustros » pour lustra. En revanche^ on a leda 4514 sur 
une inscription assez vulgaire du 2"* siècle au lieu de 
lectos qui est la forme usuelle. Lectum pour tectus n'ap- 
partient qu'à la langue juridique. (Cf. Ulpien dig. 32. 1. 
52 § 9, 34). 

Les neutres pluriels en a deviennent des noms fémi- 
nins : 

haec cava saxa continet IIIG 123 (a. G42) Cf. suppl. p. 58 

. , ( IHC 239 (a. 925) 

quem cerms cavea saxa teget j ^^^ ^^ ^^ ^^^^^ 

On voit donc que saxçi est devenu un féminin sin- 
gulier. 

L'inscription 130 porte une formule analogue mais ici 
le substantif est cava regardé comme féminin singulier : 
sum teda hic saxea cava. 

Dans les vei'S de IHC. 142 (a. 630), on lit : cum gau- 
dia vite^ qui est l'ablatif d'un substantif féminin gaudia 
dont est issu le français joie. 

Enfin, on a un cas beaucoup plus ancien dans une 
inscription vulgaire de la campagne lusitanienne près de 
Pax-Julia (CIL. 2. 89) : quai (=- cui) fate concesserunt vivere 
anis XXXXV. Le substantif féminin fata, déesse du sort 
est réclamé par toutes les langues romanes (fr. /ee, esp. 
hada^ ital. fata, etc.). 

— Signalons un nominatif singulier neutre grec en a 
devenu un féminin de la l"" déclinaison : anathema per- 
cussus BAH. 30 p. 497 (7* s.). 

§ 4. Anomalies particulières dans les déclinaisons. 

Nominatifs en as pour ae. 

Occasionnellement, l'on constate en Espagne l'emploi 
de l'accusatif en as au lieu du nominatif en ae dans : 



â5^ LR MUSÉON. 

filias matri posuerunt (2^ siècle ou postérieure) 38. 
arnicas morenti aram posuerum 5094. (Inscr. vulgaire). (Exemple 
très douteux. Lettres mal formées : A = A). 
Pauperes patrem hune, tutorcm babuere pupilli viduas solamen, 
òaptivis precium IHC 413. (Aotbologie du 8*"* s. Cas plutôt tar- 
dif). 

L'on ne constate jamais un barbarisme analogue au 
masculin. Cela prouve, peut-être, que le nominatif en ae 
était, au moins dans certaines parties du pays, supplanté 
dans ridiome populaire par le cas en as. 1/identité de 
Taccusatif et du nominatif singuliers entraîna sans doute 
Tuniformité au pluriel. (Cf. Meyer-Lûbke. Grundriss f. 
rom. Ph. I, p. 569). De fait, nous constatons que certains 
pays, comme la Gaule, ont perdu le nominatif féminin 
alors que le nominatif masculin subsiste à côté de Tacx^u- 
satif. Toutefois, il est évident que la présence d'un ou de 
deux exemples un peu anciens de nominatifs en as pour 
ae ne peuvent suffire à contirmer Topinion de M. Mohl 
qui admet que dès la rornanisation de la péninsule, la 
langue populaire ne connaissait que des nominatifs en as 
et os (i)« En somme les inscriptions pour autant qu'on 
puisse en tirer un argument ex silentio lui sont bien 
défavorables« On n'a pas un seul exemple de confusion 
entre l'accusatif et le nominatif pluriel masculins, même 
dans les inscriptions les plus vulgaires. 

Nominatifs syncopés. 

Secundins 4569 (2 inscriptions dans le même quartier de Bar« 

celone. Date ?) 
rustics 4579 

(1) Quant à fcriae pour ferias 5439 III 2. 33, c'est évidemment une 
simple distraction comme il y en a plus d'une dans ce texte. 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPUÈS LES INSCRIPTIONS. 555 

Marins 5327 MARIN (Talavcra près Caesarobriga). 

Secens 5333 SËGEN 
S 

Dans chacun de ces trois cas, romission de I'm est due 
à une abréviation de graveur. Nous avons vu clairement 
que les lapicides omettaient Vs (Cf. Lat. Esp. Il, § 17) et 
Vm finales dans un but analogue. Le mot votm (2594 a) est 
évidemment un cas d'abréviation car dans ce dernier 
exemple, aucune autre explication ne peut être admise, 
attendu que la prononciation populaire de votum était 

votn. Dans MARIN et SECEN la distribution des lettres 

S S 

ne permet pas de douter que l'on ait affaire à un procédé 
de graveur. Quant à Secundins et Marins, ils sont au bout 
de la ligne et le lapicide a pu être amené par la symétrie 
ou le manque d'espace, à omettre une lettre. Il aura opté 
ici pour Vu tandis que le plus souvent il se décidait pour 
s (cf. Lat. Esp. Il, § 17). Il serait donc absolument abusif 
de regarder ces graphies comme une preuve du maintien 
dans le latin d'Espagne de nominatifs archaïques et 
dialectaux du type : Campans, Damnas^ Bantins, Ikuvins 
tuvtiks, fratrexs (Mohl. Chron. 201). 

Nominatifs pluriels en eis. 

Quelques inscriptions du 1*' ou du 2"* siècle avant 
notre ère, à Rome et aux environs, renferment des nomi- 
natifs en eis pour î. Il ne faut y voir, de l'avis de plu- 
sieurs philologues (i), qu'une extension indue de Vs 
flexionelle. A un moment donné, Vs finale avait suc- 
combé presque partout en latin. Il se produisit alors un 

(1) Lindsay p. 399. Mohl p. 215. 



354 LE MUSÉON. 

courant contraire venu des grammairiens pour rétablir 
Vs et, dans la transition, on plaça des s même là où il n*y 
en avait jamais eu. 

En Espagne, nous en avons deux à Carthagène. L'un, 
heisce magistris 5435, se trouve sur une inscription offi- 
cielle de Carthagène où Ton constate encore d'autres 
graphies qui n'eurent qu'une fortune de courte durée 
comme ad pour ai (Caeici = Caeci). L'autre M. P. Roscieis 
M. f. Haie (ia) 6247.4 où le nom au pluriel est précisé- 
ment un thème en io, ce qu'il faut signaler car d'après 
ceilains auteurs^ la déclinaison des thèmes en io (nom. 
is accus, im) aurait favorisé la production de ces nomina- 
tifs (Cf. Lindsay p. 599). 

Quant à pieis 5550, il est d'une interprétation douteuse. 
Il faut, sans doute, lire pieis[siino] au lieu de rapporter 
comme le fait Hübner pieis à toute la liste des noms pi'é- 
cedents. 

Déclinaison des thèmes en -io. 

(dis alium 2633 (Asturîca). 

alim 4510 (Inscr. offic. Barcelone 2^ s.) 

Flavis 3716. 

Pisinnis BAU. 30 p. 19\. 

Strobilis 6256 44. 

Serioris 3056. 

Velaunis 1589 (nominatif ou génitif). 

Calvis XV 3425 = Calvius? 

Cïllx XV. 3429. Cf. Ciiius, nom très fréquent en Lusitanie. 

Sergis IHC 413 (Anthologie du 8"'« s.). 

Sagenis IHC 396 (a. 592). Cf. le gentilice romain Saginius, 

— Quant à Caturis 2685 à côté de Caturo 641 , 2403, Ö256. 

CaturÇicus) 5173. Ce n'est sans doute point le nominatif d'un 

thème en o. D'après M. Holder, Caturis est une variante 

du nom celtique Caiurix {caiu (victoire) -f- ^w; (chef)). 



LE LATIN D*ESPAGNE D*APhÈS LES INSGKIPTIOMS. 555 

Ces divers exemples se rangent en deux catégories : 
d'une part alis, de l'autre des noms propres. La forme 
raccourcie alis est surtout en usage dans la locution alis 
alium qui se trouve précisément en Espagne. C'est dans 
ces conditions, qu'on le rencontre dans Tltala et dans un 
certain nombre d'auteurs latins (Lindsay p. 375). Son 
existence dans la langue vulgaire de l'Espagne est con- 
firmée par le vieux mot castillan al qui ne peut remonter 
qu'à alim pour aliud tandis que le vieux. français al peut 
i^eprésenter aussi bien al{i)um que alim. 

Quant au nominatif en -is dans les noms propres en -io, 
il constitue un curieux phénomène du latin {declinatio 
reconditior de Ritschl. opusc. IV. 452) qui a fait l'objet de 
nombreuses études. Les nominatifs en -is de thèmes en 
-io sont fréquents sur les inscriptions osques (Conway 
p. 471, Nazari p. 101), ce qui pourrait avoir influé sur la 
multiplication de cette flexion dans le latin d'Italie 
(Mohl. Chron. p. 284). 

D'autre part, M. Hatzidakis (Kuhns Zeits.XXXI 105 sqq.) 
regarde les nominatifs en -is comme un grecismo parce 
que c'est surtout dans les inscriptions grecques et les 
papyrus qu'on peut les récolter. Ils seraient tirés des 
vocatifs en -i. On aurait eu Julis, Aurelis de Juli, Aureli 
parce qu'on disait AiovG* : Aiovjç, Zr^vâ: Zrjvâ;, 'Apt^rcoxXvi (grec 
tardif) : 'ApiTxoxXYi;, etc. Cette explication assez ingénieuse 
ne convainc qu'imparfaitement. 

Quant à la distribution de ces nominatifs en Espagne, 
il faut noter leur présence jusque dans les inscriptions 
chrétiennes, même dans une anthologie du 8*" s. 

Ce qui est plus curieux, c'est l'existence des nomina- 
tifs en -is en dehors des thèmes en -io et cela dans les 
noms communs, peut-être, par suite d'une extension 



5â6 LE MUSÉON. 

analogique. On trouve, en effet» deux fois à Léon le sin- 
gulier nominatif avunculis 5708, 5720, Peut-être que la 
déclinaison en is étant usuelle dans les noms propres de 
la langue familière, on Taura étendue occasionnellement 
à des noms de parenté qui les accompagnaient. 

Dans les noms barbai*es, on trouve occasionnellement 
des nominatifs en -is dans les noms d'hommes : 

Igalches 1591 Barsamis 3130. 

Velaunis 1589, 1590 Icstnis 1585. 

L'origine de cette flexion est obscure, de même que 
celle de la déclinaison en usage dans les noms des villes 
turdétaines : (BAH. 55. p. 484), nom. Astigis XV. 4087 
(a. 214), ace. Astigim XV. 4359, locatif : Ilici 3181. 

Génitifs en -is de thèmes en -o. 

Lobesae Variaiis 5246 (à Vizeu, !•' s.) 

Qaintus Modestis < 

Placida Modestis \ 

BoudiccaS^occ«? j ^55 (Igaoditani). 

Modestus Circiatiss f 

Dans tous ces exemples, Ton a affaire à des génitifs de parenté 
lusitaniens. On accole, en effet, fréquemment dans cette région et 
dans le N. 0. de TEspagne, au nom du iils, celui du père au génitif 
sans exprimer le mot filius. 

On a encore : 

A. Caesardia Vedais filia 2671 (à Léon). 

M(anibus) Oculati [Oc]mugilis 5741 (Asturies) Neconi Boddegun 
Loncinis filio 5718 (à Léon). 

Duris 2370. 

Peut-être aussi Icsniis {géxnixi à' Icosiianus (?)), Ildron(i)s sont- 
ils aussi des génitifs de cette sorte (cf. M LI p. CXXXVIII). — Les 
génitifs Tannegaldunis 4040, Urchatetellis 2867 sont do naturo 
encore plus incertaine. 



LE LATIN d'eSPAGKE d'aPAÈS LES INSCRIPTIONS. 557 

Rien d'obscur comme Torigine de ce génitif en -is pour 
-f. Comme il apparaît souvent dans des génitifs de parenté, 
on peut se demander si -is au lieu d'être un génitif n'est 
pas simplement une terminaison patronymique. Le suffixe 
-io usité dans les gentilices romains sert aussi à former 
des patronymiques celtiques (Vilonius = fils de Villonus, 
Virilius = fils de Virilos, etc. Cf. Holder Altk. Spr. s, v.). 
Le nominatif en -is étant, comme on vient de le voir, 
très usuel dans les thèmes en io, cette finale -is a pu 
occasionnellement devenir une terminaison patronymique. 
Peut-être, n'a-t-on ici, toutefois, qu'une simple confu- 
sion entre déclinaisons. L'usage de joindre au nom d'un 
individu celui de son père était évidemment un usage 
éminemment populaire dans quelques parties de la pénin- 
sule. A côté des génitifs en -î, il s'en trouvait en -is pour 
les thèmes consonantiques. On pourrait, il est vrai, penser 
que ceux-ci étaient beaucoup moins nombreux que les 
premiers et n'auraient pu vraisemblablement jamais les 
supplanter, mais il ne faut pas oublier qu'il y avait en 
Espagne énormément de noms propres tant romains qu'in- 
digènes terminés par le suffixe o(n), ce qui pouvait don- 
ner une prédominance aux génitifs en -is. 

Patronymiques espagnols en -ez. 

M. Baist (Grund. Rom. Phil. p. 709) regarde les patro-^ 
nymiques espagnols en -cz, -es {Lainez, Alvarez, Mcnendcz, 
Rodiigtœz) comme se rattachant sans aucun doute à ces 
génitifs : Modestis, Slaccis, etc. dont il vient d'être ques- 
tion. Cette identification n'est pas soutenable. En effet, 
la terminaison normale des patronymiques espagnols est, 
non pas -es mais cz qui suppose une gutturale. D'ailleurs 
la finale -ez est tonique. 



558 LE MUSÉON. 

M. Cornu (Grund. Rom. Phil. p. 775) a raison quand 
il préfère ramener -ez à -ici. On trouve, en eflTet, fréquem- 
ment les finales -la, -izi dans les noms propres des docu- 
ments espagnols latins du haut moyen-âge. 

A considérer les inscriptions, il me parait hors de 
doute que telle est bien Torigine de la finale -ez. On 
trouve, en effet, de nombreux gentil ices en -icw6-, spécia- 
lement en Lusitanie {Cocilico 26, PagusicoH, 28, Florica 
4994, Caturico 14, Ammonika 514, etc.). 

Le rapport entre ces noms et les simples Flortis, Caturo, 
AmmOj très communs aussi en Espagne se précise d*une 
façon très nette dans une inscription de Pax Julia (99) 
où on lit : Albius Albicus, dénomination dans laquelle 
Albicus est le gentilice. Il est, en eflTet, hautement vrai- 
semblable que cet Albius a reçu son gentilice de son père 
ou de son grand père qui s*appelait Albius comme lui. 
Albicus signifie donc fils d' Albius. Cette interprétation 
s'élève au-dessus de tout doute quand on considère 
rinscription 2954 où on lit Caricus Cari filius. Il est évi- 
dent, cette fois, que ce Caricus a reçu son nom de son père 
Cams et le rôle patronymique du suffixe -icus est ici bien 
accusé. 

L'emploi de ce suffixe se continue à Tépoque chrétienne 
où Ton trouve les substrats de noms espagnols fréquents 
en -62, -02 : 

Didicus HIC. 226 = Diez. 
Didacus ib. ^09 = Diaz. 
Lupicus ib. 199 = Lopez. 
Sabaricus ib. 471 = Savaroz. 
Castricus ib. 350 = Castrez (?) (i). 

(1) Le nom si fréquent au moyen âge : Laines remonte à Fla(v)imci 
que l*on ne trouve pas dans les inscriptions, où l'on a toutefois le simple 
Flainus sans r, d'où Laincz sort directement par l'adjonction du suffixe 
'içus. 



LE LATIN D*ESPAGNR D*APRËS LES INSCHIPTIONS. oS9 

Ce qui montre que le sens patronymique du suffîxe a 
encore longtemps été sensible, e*est le nom Monius- Monis 
(= Moniz = Monwi) IHC. 212 (a. 1054) ; Munio M{un)iz 
ib. 515 (a. 1047) qui doit se lire : Munius, fils de iMunius, 
ou plutôt Munius de la famille des Munici. 

Pourquoi ce sutlixe a-t-il été transmis sous la forme 
-id, alors que -icum ou -icos serait plus naturel ? Il est 
évident que -ez est un de ces débris de la déclinaison 
latine comme Tespagnol en a conservé un certain nombre. 
Est-ce un génitif? Cela n*est pas admissible à la première 
génération car la descendance est déjà indiquée par le 
suffixe mais cela devient très naturel dans la suite. Le 
grand père est Lupus, le père Lupicus, le fils est Lupici et 
désormais tous les descendants sont des Lupici et ce 
patronymique peut se transmettre sous cette forme fixe 
comme nom de famille jusqu'aux Lopez d'aujourd'hui. 

§ 5. Influences étrangères dans la déclinaison. 

a) Déclinaison osque. 

Mascel 1110 (à Italica). — Il n'y aurait rien d'étonnant 
à ce qu'un italisme aussi répandu que celui-ci se rencon- 
trât dans une ancienne colonie, comme Italica. Il n'y a 
donc pas lieu de lire Marcel{lio). La forme Mascel n'est 
autre chose qu'un oscisme figé dans un nom propre 
romain. En effet, des formes analogues avaient pénétré 
dans le latin vulgaire d'Italie puisque l'App. Probi con- 
damne figel et mascel (App. Prob. 197. 28. k.). — On 
pourrait songer à voir un génitif pluriel osque dans la 
forme Masclim 6257. lu, analogue à Opsim, Vaamunim 
Zvetaiev 154 b, 17 1, 280. Malheureusement, il n'est pas 
douteux qu'il faille lire Mascli m(anu) conformément au 



360 LE MUSÉON. 

procédé d'abréviation fréquent dans Vliistrumentum domes- 
ticum.. 

h) Declinatio semi-graeca. 

On rencontre très souvent dans les régions les plus 
diverses de TEspagne Tusage de la déclinaison en c pour 
les noms propres d'origine grecque tant au nominatif 
[Cypare 542i, Helene 557, etc., etc.) qu'au génitif (Cj/pa- 
res 1570, Trophimes 4569, etc., etc.) et au datif {Calliste 
4418, Fabiae Psyche 4567, etc., etc.) 

On emploie aussi ae pour rendre le son ouvert de 1^. 
On Ta au nominatif dans Trophimae 1017, Crysidac 1993 
(Inscription négligée), au génitif dans Staiaes Ampliataes 
4975. 60. 

Le peuple a procédé de diverses manières pour latiniser 
cette déclinaison en y\. Aux nominatifs en e, il a donné 
des génitifs en enis, etis^ des datifs en etii, ini comme 
s*il s agissait de thèmes de la 5"" déclinaison. C'est ainsi 
qu'on a les génitifs : 



Staphyleni 


3970 (génitif 


en * (?)) 


Bythinitis 


2327 




et les datifs : 






Aecilcni 


2449 


Aeroticeni 2996 


Valchariteni 3990 (i) 


Niceni 3889 


Faoniceni 


4299 


Proteni 2748 


Lydeni 


2587 


Tyceni 6833 


Pradiceni 


3929 


Spataleni 3978 (t) 


Trafinieni 


419 


Glyceni 3759 


Onesimeni 


4029 


Chrcsteni 2550 



BuUniÎBtLll. 37.510. 

(1) On a Valcharis sur la même inscription. 

(2) Dans l'inscription 5833, on lit : • D MS Vaenico, Tyclien Marins Myron 
et V(ainico) Tychc fll(iae) pientissimae, item sibi et Vai(nico) Tycen 
f(aciendum) c(uravit). » Il faut sans doute suppléei' : « Tychen(i) et uxori ». 



LA LATIN d' ESPAGNE D^APIIÈS LES INSCRIPTIONS. 36l 

Ces noms sont particulièrement fréquents aux environs 
de Sagonte. 

Un procédé analogue semble avoir été appliqué aux 
noms indigènes terminés en e. Cesi ainsi que Ton a le 
nominatif Dot;û/e 5714 à côté du génitif Doi;f(/enae 5744^ 
6499. 

Cette nasale se rencontre, aussi dans les noms en* is, ys. 

Atlhini 370G 

Tdhini BAH. 38 p. 96. 

Aniiochini 2223 (de 'Avrio^eic). 

Bastagaunini 6144 (do Bastagaunis^ nom indigèoc). 

De même, les masculins en y^<; font etis^ eli à cause des 
modèles latins : locuples : locupletisi quies : quietis^ etc. 

Calktis 5694 Eutychetis 2554 

Hcrmdi 4374, 4527 Eutycheti 4289, 4314, 4662 

Une fois, on a fait passer un féminin en c à la 5"" décli- 
naison : génit. Nicei 2297. 

Le transfert de noms latins à la « declinatio semi-grae- 
ca » est fréquent. On trouve, par exemple : 

Nominalifs Gemelle 4344 Lucile 1458 

Juliane 4313 Germane 2621 

Vaïerine 5725 Frocle 3178 

Mariane 22 Gemine 6519 

Maure 3942 Longine 5799 
Varille 866, 2345, 3043 Atte 2679 

Amme 880 Bace 555. 
Anne 2716 

Génitifs Lucinies 6127 Valentines AS79 

Ohellies 3976 Fundanianes IHC 533 a 

AmpUataes 4975. 60. (= CIL 2. 5393) ? 

(Inscript. très récente). 



S62 Le MuâÉoN. 

Oli a même ae au nominatif dans 

Tuscae 5293 

— On a deux fois le singulier féminin : 

Agile près ùo Sagonte 40 7, 4031 

Cette terminaison se rencontre encore dans quelques 
noms d'orìgine nettement celtique ou ibérique, tels que : 

Cloutiane 523 Dovide 5714 

Cilié 5330 (cf. gén. Dovidenae 5744 ?) 

Une terminaison analogue parait avoir existé pour les 
noms propres des inscriptions en caractères ibériques. 

(Cf. Dotiêe, Atuc (BAH. 25 p. 300)). 
c) Déclinaison germanique. 

Nominatif: Wu (Ifila)! IWQ A%\: 

Svinthila IHC 230 

Froil^ IHC 509 (a 862) 190, 232. 

Frankila UIC 238 

Oppila IHC 123 

. . I Belatea IHC 284 
benitit : j ^^j^^^^ . ^g 284 

Dexilani IHC 2S4 (a. 869) 
Ariane (= Ariani) IHC 488 (11« s.) 
Oppilani IHC 123 
Egicani IHC 172 
Accusatif \ p^^ij^^ regnante IHC 488 (1 P s.) 



ou ablatif: 
Il faut aussi comparer : 

Svinthile 1 HC 1 1 9 : Svinthilanus 161. 

A l'époque gothique, les noms des envahisseurs ger- 
mains apparaissent souvent sur les inscriptions avec la 
terminaison a. Chose remarquable, pour de tels noms on 



Le Latin d^espagne diaprés les inscriptions. 365 

constate des génitifs en ani. Parfois, à côté d'une forme 
en a, un même nom en a une en anus. 

Gomme cette particularité est spéciale aux noms gothi- 
ques, on est, sans doute, en face d'une influence germa- 
nique. La déclinaison des thèmes gothiques en n parait 
bien être a la base de ces variations. 

Qu'on compare à Egica^ génitif Egicani la déclinai- 
son d'attan (père) : 

N. atta. A. attan. G. attins, etc. 
ou de manna : 

N. manna. A. mannan. G. mans^ etc. 

La conservation dans les noms germaniques latinisés 
de cette déclinaison imparisyllabique si proche de la 
flexion franco-rhétique en a, -anis (Eve : Evain^ nonne : 
notmain) ou en o, -onis [Charles : Charlon) ne permet 
guère me semble-t-il de nier à priori toute influence ger- 
manique sur la formation de cette dernière déclinaison 
romane encore assez mystérieuse dont les origines doivent^ 
pourtant être cherchées avant tout vraisemblablement 
dans le latin lui-même. 

d) Déclinaison celtique. 

On constate dans plusieurs noms propres un nominatif 

en • os : 

Caisaros 5762 
Viscunos 2809, 2810 
Secovesos 2871 

Cette flexion parait bien reproduire le nominatif celti- 
que en -os des inscriptions gauloises (Tarbeisonios^ IccavoSy 
Andecamulos, CcmunnoSy etc.), d'autant plus que Viscunos 
se rencontre à Clunia où Ton a trouvé des traces d'un , 



564 LE MUSÉON. 

culle celtique, que Secovesos, nom éminemment celtique, 
[sego- (victoire) -f- l/ved = conduire cf. to-vessökos 
(guide)] se trouve dans les mêmes parages et que Csaisaros 
était le nom d'un Argailos, tribu celtique {Caesaros Cecei- 
q{um) pr(inceps) Argailo(m)). 

e) Déclinaison ibérique. 

Il est assez périlleux de vouloir retrouver des vestiges 
de la déclinaison ibérique dans les noms propres de 
TEspagne. En effet, la possibilité d'un rapport entre la 
déclinaison basque et celle de Tibère est une question dis- 
cutée. Quelques auteurs tels MM. Van Eys (i), Vinson (2), 
Berlanga (3) se refusent même à admettre aucune parenté 
entre Teuskarien et Tibère des inscriptions pré-romai- 
nes. Mais les raisons apportées par ces linguistes sont 
assez faibles et ne peuvent guère prévaloir contre la pré- 
somption de bon sens que cet idiome non-européen 
conservé dans les Pyrénées qui, de Tavis de tous, a eu 
jadis une aire d'extension beaucoup plus considérable et 
se parlait déjà dans la péninsule à l'époque romaine, était 
un de ces dialectes désignés par les conquérants italiotes 
sous le nom d'ibère. Ceux-ci, qui ont reconnu plusieurs 
fois l'existence de tribus celtiques à côté des peuplades 
ibériques de l'Espagne, n'ont pas mentionné qu'il y ait 
eu des différences ethnographiques profondes entre les 
diverses populations désignées sous ce même nom d'Ibè- 
res. Les inscriptions ibériques rencontrées en pleine 
région basque sont, d'ailleurs, identiques à celles de Ten- 

(1) Dans sa Grammaire comparée des dialectes basques, etc. 

(2) Cf. Rev. de linguistique, 1894, p. 247, 1897, p. 112. 

(3) Cf. Estudiosepigraficos, Rev. d'Archiv., bibl. y Museos. 1897 p. 481, 
1898 p. 4949. 



Le latin d*espagne D^aprìis les inscriptions. 365 

semble de TEspagne par Talphabet et Tapparence générale 
du langage. 

Naturellement, il faudrait pourtant se garder de vouloir 
trouver du basque dans tous les textes ibériques en 
oubliant que 2000 ans séparent les dialectes euskariens 
de leur ancêtre probable. C'est là une faute qui a été 
commise par de nombreux auteurs espagnols et aussi par 
MM. Boudart (Numismatique ibérienné)et Stemf (Interpré- 
tation de l'inscription de Castellon). Mais on doit atta- 
dier plus d'importance aux travaux plus sérieux de 
W. Humboldt (i), de Philips (2) et de M. Luchaire (3) qui 
ont expliqué souvent d'une manière plausible les noms 
de lieux aquitains et espagnols au moyen de radicaux 
euskariens (4). La parenté de l'ibère et du basque est 
d'ailleurs acceptée en principe par MM. Gerland (s) et 
d'Arbois de Jubainville. Hûbner qui dans ses Monumenta 
linguae ibericae a jeté les premiers fondements d'une 
étude scientitlque de l'époque anté-romaine de l'Espagne, 
a exposé la vraie méthode (p. LVIl). Il faut tâcher d'ex- 
pliquer les textes ibériques par eux-mômes sans se baser 
sur des rapprochements forcément périlleux avecl'euskara. 
La parenté de ce dernier avec l'ibère étant, d'ailleurs, 
regardée comme vraisemblable, il est toujours loisible au 
linguiste de signaler les coïncidences qu'il note entre les 
deux idiomes mais sans vouloir tirer de là dans l'état 
actuel de nos connaissances aucune induction sérieuse. 



(1) Prüfung der Untersuchungen über die Uibewohner Hispaniens ver- 
mittelst der vaskischen Spraclie. Berlin. 1821. 

(2) Stzb. Akadem. Wien 1870, 1872. 

(3) Les origines linguistiques de TAquitaine. 

(4) Grund. Rom. Phil. I, p. 324. 

(5) Cf. aussi les articles de M. de Charencey dans Bui. Soc. Ling. Paris 
ex, 45, etc. 

24 



1 



560 Le muséoN. 

C'est donc à titre de curiosité que je présente ici quelques 
rapprochements assez intéressants. 

On sait que le basque n*a pas de déclinaison propre- 
ment dite. Les rapports casuels sont indiqués par des 
particules qui s*agglutinent au substantif et peuvent par- 
fois recevoir à leur tour de nouvelles terminaisons : jaun 
(seigneur) jatind (le seigneur) jaunak (les seigneurs) jau- 
na{r)en (du seigneur) jauna{r)ekin (avec le seigneur) jau- 
nen, anciennement ijaunaken (?) (des seigneurs), ama (la 
mère) ama{r)en (de la mère) ama{r)i (à la mère) ama{t)ik 
(de la mère, abl.) LV et le k, occasionnellement le t s'in- 
tercalent, comme on le voit, entre les terminaisons. 

Dans les noms propres des inscriptions dont Torigine 
ibérique est certaine, on constate des alternances de 
suffixes fort semblables à celles du basque. 

On distingue par exemple une particule ker dans 

Baesisceris 3221 cf. Baesucci 3251, 3522, Bacso 2733 

Baesella (Sacago. Luchon. 79. 43). 
Tanne(jÌ8cerÌ8 3794 cf. Tannegaldunis 4040 

Tannegadinia 379C 
Tascaseceris 2067 
Cf. urkekere sur rinscription ibérique de Castcllon (MLI. XXII), 

peut-être un suffixe ter dans 

£:stiteri 2984 

Pointer 7S2 \ ^. r^ t..., « 

Doideri 5708, 571 1 , 5720 j ^^' ^^^'^ ß^»' ''' ^' ^«3. 
Arenterus MLI. p. CXXXIV. 

une terminaison iar dans 

Lesuridantaris 2900 Cf. Lesuris^ fleuve, Lesura, mon- 

tagne en Narbonnaise. 
Urcesiar 2067 Cf. Urci^ ville de Bétique, 



i I 



-aumn 



-m 



Le latin d' ESPAGNE DIAPRÉS LES INSCRIPTIONS. ^67 

urke-kere à C&stelloQ , urJce-hen 
sur les monnaies (MLI. 116). 
CUtar 5895, 5895. 
Cf. Ciïtar(is) (= keldererui) d'après Tinterpretation d'un texte 
ibérique par le P. Fita (BAH. 25. p. 299). 

Outre ces suffixes en er, ar avec intercalation de k ou t^ 
on en a une série en in 

'Odin : Simodim 1837 (femme) 

'Odin : Viseradin 4450 (homme) 

Uninaunin 3302. Cf. Uninit 3352, 3302 

Sacedeiaunin BAH: 40. p. 87. 

Siceduninein MLI. p. 157. 

GaUuriaunin 5922 (= 3356) 

Bastogaunin 6144 
-anim : \ Enupetanim 739 

On a des suffixes en gutturale : 

•aie (i) Castlosaic 3294 (à Castulo) == de Castulo 
Cf. teucaecom MLI. XLVI 
reaicöiMLLLVII 
-ken { Ces trois suffixes se rencontrent fréquemment sur les 
-qoè } monnaies à légendes ibériques. 

-qam ( Tantôt les noms de tribus en sont affectés, tantôt pas (t). 

Cf. iltrcescen MLI. 31 : Ilergetes, untcescen MLI. 6 : 

Indicetes, arëescen MLI 18 : Ausa^ htkèccn : MLI. 

34 : Otogesa^ etc., etc. 

Le sufiSxe -qum des ethniques si fréquents dans les inscriptions 

de la partie centrale de TEspagne reproduit évidemment ces 

mêmes suffixes légèrement modifiés. 

II résulte de ce tableau que les Ibères paraissent avoir 
usé pour marquer les relations entre substantifs d*un 

(1) Cf. MLI. p. cm. 

(2) Cf. Zobel de Zangroniz dans les Mon. Ak. Beri. 1881, p. 806 sqq. 

Fita. BAH. 25. p. 270 sqq. ; Hübner MLI. p. LXX, LXXII. 



568 LE MtlSÉON. 

système de particules tout à fait analogue à celui de 
Teuskara. C*est sui*tout dans les dérivés du nom de ville 
Urei que le mécanisme apparaît clairement. On voit ce 
nom affecté successivement de trois suffixes différents : 
urke-ken, urkc-kcrc, urkes-tar, sufHxes que Ton retrouve 
dans beaucoup d^autres noms ibères. Peut-on aller plus 
loin et comparer ces suffixes avec ceux de Teuskara? 11 
est presumable que les diverses terminaisons en usage 
dans ces noms des inscriptions exprimant des rapports 
d'origine, forment des patronymiques ou des ethniques. 
Parmi les suffixes en usage aujourd'hui eh basque pour 
ce genre de relations, on a tout d*abord la particule 
-c?i du génitif (resp. -aren, -aken) que Ton pourrait songer 
peut-être à retrouver dans les finales en -m des inscrip- 
tions (reip. aun-in, ad-in, etc.). Ceux-ci seraient alors des 
patronymiques, 

Plus suggestif est le rapprochement entre les particules 
ethniques ibériques et celles de Teuskara. — L'origine 
s'exprime en basque par des suffixes en guttigrales : -ko 
(génitif) : Bayonako (de Bayonne) ou en r tels que ar 
dans Baigorriaar (de Baigorry) (i) ou -tar dans Bayonatar 
(de Bayonne) (2). Ces suffixes rappellent remarquablement 
bien ceux que nous avons trouvés sur les inscriptions. 
Sans parler de ceux en gutturale dont l'identité est moins 
évidente bien que très plausible, on retrouve exactement 
le suffixe 'tar avec sa signification dans Urcestar = 
homme d' (/ra comme Bayonatar = (homme) de Bayonne 
et le suffixe -ter (cf. Estéteri, Dobiter, etc.) n'est apparem- 
ment qu'une autre forme de ce même suffixe. — Tout 
porte à croire qu'il en est de même pour ker. (Nous 

(1) Cf. Rev. Ung. 1899, p 332. 

(2) Rev. Ling. 1897. p. 1,17. 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 569 

avons vu dans la déclinaison basque Tintercalation ana- 
logue de k et de t entre les substantifs et les terminai- 
sons), que urke-kcr signifie la môme chose que Urceslar 
et que la légende urke-ken des monnaies dont le sens est 
certainement celui d'un ethnique Baisisceris signifie de 
même Thomme de Bacisucci avec un suffixe -er, ana- 
logue au -ar de Baigoria-ar. 

(A suivre.) A. Garnoy. 



PHILOSOPHY OF THE YOGÄCÄRA. 



THE MADHYAMIKA AND THE YOGACARA. 



Tho ladian Mahâyâoa Buddhism, as far as it is known in China 
and Tibet, divides itself into two great schools, the Mâdhyamika 
and the Yogâcâra. Though a close investigation of the Chinese 
Sanskrit literature reveals the existence of some other doctrines 
than the above two, they seem not to have been recognised in 
India as distinct schools. For we notice in I-tsing's Correspondence 
from the Southern iSeas that « Mahâyâoism has no more than 
two kinds, one is tho Malhyamika and the other the Yogâcâra. 
According to the Mâdhyamika the sämvrta (phenomenal) exists 
[sensually], but the paramârtha (transcendental) is çUnya, [that 
is, supersensual], and empty in its essence. According to the 
Yoga, the external [visaya] does not exist, but the inner [vijnäna] 
does, thiogs having existence only in our inner senses (vijhä- 
nani), (i) » 

The Mâdhyamika and the Yogâcâra are generally contrasted, 
one as a system of negation or emptiness and the other as that of 
affirmation. The ultimate object of the Mâdhyamika school is 
çûuyatâ and that of the Yogâcâra is dharmalaksana or aTiyavij- 
HäfM. Philosophically speaking, the former treats more of ontology 
and the latter chiefly of cosmogony or, better, psychology. 

The founder of tho Mâdhyamika is commonly recognised to be 
Nâgârjuna, whose doctrine was ably supported and brilliantly 

(1) See I-tsing, Takakusu, p. 15. 



PHILOSOPHY OF THE YOGÄCÄRA. 371 

expounded by Äryadeva. The Madhyamika-Cästra {ìianjio^ 1179) 
by Nâgârjuna, the Çaia-Çastra (N. 1188) and the Dvadaçani-' 
htyorÇâstra (N. 1186) by Äryadeva, are the principal works of 
this school. The scriptural foundation of the Mâdhyamika system 
is, according to the Chinese Buddhist scholars, the sïîtras of the 
Prajûâpâramitâ class. 

The most prominent expounders of the Yogâcâra school in India 
were Asanga and Yasubandhu. The following is a list of canonical 
and expository works belonging to this school and translated into 
Chinese in various periods : 

(1) Gandavynha-Sutra (Nanjio, no. 87) 

(2) SandhinirmocanorSutra (Nanjio, no. 246) 

(3) Lahkavatara-Sutra (Nanjio, no. 175) 

(4) Yogäcarahhümi-Castra (Nanjio, no. 1170) 

(5) Mahayânasamparigraha-Çasira (Nanjio, no. 1247) 

(6) Abhidharmasamyuktasahglti-Çastra (SsLU}iOj no. 1178) 

(7) An Exposition of the Sacred Doctrine (Naojio, no. 1177) 

(8) Madhyântavibhaga-Çastra (Nanjio, no. 1248) 

(9) Vijhänamatrasiddhi'Cästra (Nanjio, no. 1197) 

In China the Yogâcâra is more generally known as the Dharma- 
laksana or Vijûânamâtra sect. 

The Ten Features of Excellence. 

Before proceeding to explain the important tenets of the Yogâ- 
câra school, it may be found better to sketch first those points 
which the school has in common with Mahâyânism generally. For 
this purpose let me enumerate the ten essential characteristics of 
the Mahâyâna Buddhism as conceived by the leaders of this 
school (i), as they at the same time substantially point out the 
peculiarities of Mahâyânism in general. 

The ten « features of excellence » are : 1) Mahâyânism excels 
in its conception of a fundamental reality or principle, from which 
starts a universe. (This refers to the conception of Äliyavijuana.)(t) 

(1) The Mahâyânasamparigraha. 

(2) This is one of the most essential doctrines of Yoga philosophy. [J'ai 
fait observer à M. T. Suzuki que la torme äliya (== älaya) m'était incon- 



572 LE MtSÉON. 

2) It excels ìq its interpretation of the object of knowledge, that 
is, of an external world which is dependent on the Âlîya. 3) It 
excels in its idealistic world- conception. 4) It excels in its method 
of discipline, whereby the Mahâyânist attains a realisation of the 
idealistic worldrconception. (The discipline consists in the six 
pâramitâs.) 5) It excels in its gradual ascension toward the summit 
of Bodhisattvahood. (The ascension is graded into ten stages, 
bhûmîs.) 6) It excels in its moral precepts, for it teaches the 
three Mahayâoaçïlas. 7) It excels in its wonderful power of 
meditation (samädhi). 8) It excels in. its attainment of transcen* 
dental knowledge (prajha), 9) It excels in its perfection of Nirvana 
called apratisthitanirväna (Nirvana that has no abode.) 10) It 
excels in its realisation of Dharmakâya, by which the Mahâyânist 
purities the Allya of all its ignorance and destroys all its evil pro- 
pensities. 

Of these ten « excellent features » that preeminently distinguish 
the Mahâyâna from the Hîoayâna as well as from all the Tlrthaka- 
systems, the following may fairly be considered the most essential 
teachings of the Yogâcâra specifically. 1. The classification of 
knowledge into three forms instead of two as by the Mâdhyamika : 
2. The hypothesis of Alîyavijnâna : 3. A new conception of Nir- 
vana (i). Beside these, what is most noticeable in the Yogâcâra 
philosophy is its decided tendency toward a psychological investi- 
gation and its laborious systématisation of the subject-matter. 

Epistemology, 

In Mahâyânism knowledge or world-view is ordinarily classified 
into two. The one may be designated relative knowledge, or condi- 
tional truth (samvrtisatya)^ or common-sense world-view ; and 
the other, absolute knowledge, or unconditional truth (paramär^ 
ihasatyajj or philosophical world-view. While acknowledging this 
classification, however, the Yogâcâra proposes its own method of 

nue ; on verra ci-dessous p.''^^^ comment 11 croit pouvoir la justifier. — 
L. V. P.] 

(1) This is not exactly peculiar to the Yogâcâra, but its classiflcation 
may be considered to be original with them. 



PHILOSOPHY or THE YOGÂGARA. 373 

dealing with the humaa understanding. According to the Sandhi' 
nirmocana^Stttra^ the three koowledges or world- views are Pari- 
kalpita-laksana, Parataatra-Iak^aoa, and ParinispaQDa-laksana. 

Parikalpiia-lahsana is a world-view based on a wrong assump- 
tion that takes falsehood for truih and superficiality for ultimate 
reality. This assumption does not penetrate into the essential 
nature of things, but erroneously recognises them «s they appear 
to our senses. As far as our deceptive sensual perception goes, the 
objective world looks like an ultimate fact, fully confirming our 
common-sense materialistic world-view. This view, however, is not 
supported by a sound reasoning, for things are not in reality and 
in truth what they appear. Asanga finds similarity between this 
kind of knowledge and the well-known parallelism of the vision of 
a man who erroneously takes a piece of rope for a snake. Both are 
merely an uncoordinated and unconfirmed perception and are 
doomed to lead us to a fatal end. 

By Paratantra-laksana one recognises the relativity of all exis- 
tence, depending on a combination of causes and conditions. By 
this knowledge we come to perceive that the phenomenal world is 
devoid of finality, that it will disappear as soon as its causes and 
conditions are dissociated, that there is nothing in this relative 
world which is not subject to ultimate dissolution, and that as 
things are thus transient and impermanent the belief in them is 
not conducive to the salvation of the soul. To refer to the rope- 
and-snake simile again, Paratantra-laksana is compared to the 
knowledge, of which the man conies in possession after a closer 
inspection of the dreaded object, that the object is really a piece 
of rope and not a snake. The rope is composed of fibres and as 
such is not an ultimate reality. To sum up, Paratantralaksaiia 
recognises the unreality of particulars as such, and induces us to 
go further in order that we may finally come to something absolute 
and permanent. 

Parinispanna-laksana is perfect knowledge. When we come to 
the pei^ception of an ultimate reality which lurks behind the clouds 
of transient existences, our knowledge is said to have attained 
its perfection. For it is the comprehension of Paramarthasatya 
(supreme truth), or Bhûtatathatâ (suchness), between these two 



374 LE MUSÉON. 

the idealistic Buddhism makiog no real distinction. Transcending 
all forois of reality and conditionality, the truth or Suchness per- 
yades in the Dharmadhatu : it illuminates all sentient and non-sen- 
tient beings : it abides in the universality of things. To finish the 
analogy of rope and snake, the Parinispanna is the knowledge by 
which we come to the final salvation as to the real nature of the 
rope. The rope is not by itself an ultimate reality, for its is made 
of flax or straw or coitoo. There must be somethiog beside, which 
makes up the raison d'être of the existence of the rope as well as 
its constituent, flax or straw, and the knowledge of which awakes 
us from the universal illusion veiling our light of intelligence. By 
the Parinispanna we know that the world in which we live is not 
final, but it is a manifestation of a higher reality. To reach this 
final perfection of knowledge, says the Yogacära, is the gist of all 
the teachings of Buddha. 

ÄUya-vijnäna. 

What most distinguishes the Yogâcâra from the other Mahâyâna 
schools, is their conception of Alîya-vijûâna as the ultimate reality, 
from which originate our experiences of multitudinous particulars. 
This is a very complicated notion, showing what a deep psycholo- 
gical insight they had and also how far they have been influenced 
by the Sämkhya philosophy. In the following pages I shall present 
the Yogâcâra^s view in a condensed form from Asanga's Mahaya- 
nasamparigraha-Ç astra. Occasional references will be made to 
Vasubandhu^s commentary on the same and also to his own work 
called Vijnänamütra-Casira. 

The intimate Reality. 

The Mahàyànasamparigraha-Çâstra opens with the proclama- 
tion that the text is based on the Mahâyâna sîitras and proceeds 
to enumerate ten « points of excellency » they have over the 
Hïnayâna. As seen above, the first point is the excellence of its 
conception of a fundamental reality. Now the Mabâyânists call this 
Alîyavijnâna (later Âlayavijnâna). It is declared by Buddha in the 



PHILOSOPUY OF TUE YOGÄGÄRA. 375 

MahäyänO'Abhidharma (i) as « existing from eternity and forming 
the foundation of all dharmas, and without which neither the 
existence of all creations nor the attainment of Nirvana is possible. 
This Tijuana supports and sustains everything, is a storage where 
all the germs of existence are stowed away : therefore it is called 
Allya. This 1 preach only to men of higher intellectual power. » 
Asanga comments on this and says : << It is called Âlîya, because 
all living beings and all defiled [i. e. particular] objects are therein 
secretly stored in the form of a seed, and also because this vijôâna, 
being secretly stored within all objects, is the raison d'etre of their 
existence, and again because all sentient beings taking hold of this 
Tijuana imagine it to be their own ego. n lie then quotes a stanza 
from the Sandhinirmocanaj which reads : 

(* The vijûâna that bears and sustains is deep and subtle : 
« The seeds of dharmas are eternally flowing [therein]. 
« To the vulgar I preach [this] not, 
** [For] that thing is conceived by them as their ego. » (t) 

This Vijftana is also called Ädhäna, because it carries and sup- 
ports all phyj>ical organs [of our being], becoming their substratum 
when they come to existeuce. Why ? If not carried and supported 
by this Vijoaoa, all our physical organs would collapse, be lost 
and incapable of continuing activity. Again, the birth of a sentient 
being would have been impossible if this Vijnana did not gather 
around itself the skandhas and thus call into being the six forms 
of creation. The reunion and resuscitation of the skandhas is only 
possible by the presence and support of this Vijnana. Therefore, 
it is called the Âdbâna. 

Citta and Manas. 

Âlîyavijûâna is again called Citta or soul. Citta is to be distin- 
guished from Manas, mind, as Buddha distinctly speaks of them 

(1) This work M^as never translated into Chinese. 

(2) In Vasubandhu's [notes the prose part of the Sutra explaining the 
gâthâ is quoted. See also in the Sutra the chap, treating of << Citta, Manas, 
and Vijnânâni. 9 



376 LE MUSÉON. 

as two. Manas is essentially intelligence-will, and wrengMl}' 
reflecting on Citta imagines it to be the substratum of the ego« 
consciousness. Manas itself has nothing in it which suggests the 
existence of an ego behind its activities, if not for the presence of 
Citta, that is, Âlîyayijôâna. Manas performs a peculiar function in 
our intellectual field : it perceives an external world through the 
six vijûânas and at the same time reflects within itself. When it 
does the latter, it recognises there the presence of a vijüana which 
persistently makes itself manifest to the Manas. And this is the 
chamber where lurks « absolute ignorance, n This is the storage 
where all the seeds of former karma are securely preserved wai- 
ting for favorable conditions to germinate. 

Why not explicitly taught ? 

One may ask here. Why did not the Tathâgata teach the exis- 
tence of the Allya to Çrâvakas ? Asanga says : Because it is too 
subtle to be comprehended by them. They have no intelligence 
that enables them to acquire Sarvaj fiata (all-knowledge) as Bodhi- 
sattvas : and again, adds Vasubandhu, they show no aspiration 
for a universal salvation of all beings, being contented with their 
own self-deliverance only. 

But Buddha did not leave the Hînayânists altogether ignorant of 
the fact of Âlîyavijââna. For he gave them some hints on the sub- 
ject in many places, not very clear for them possibly, but explicit 
enough for the Mahayanists. For instance, we read, says Asanga, 
in the Ekottara Agama to the effect that «< To those people in the 
world who take delight in the Âlîya, long for the Àlîya, practise 
themselves in the Âlîya, cling to the Alîya, the Tathâgata prea- 
ches the right Dharma to let them put an end to the Alîya n. Here 
Buddha only hinted at the name of Âlîya, not revealing its true 
nature and significance. 

In the Àgama of the Mahasanghika the Vijiiâna is known by the 
name of fundamental (mula ?) Vijûâna, for it stands in relation to 
other vijnânas as the root does to the stem, branches, and leaves 
of a tree. 

. The Mahîçâsaka designated this by « That which transcends the 
mortal skandhas ». All things that are physical or mental are 



^HÏL0S0PHY OF THE YOGÂGÂRA. ^l1 

necessarily subject to the cadence of birth and death. They neTor 
continue to exist eternally or act incessantly. But that which lies 
within these perishable phenomena and gathers in itself all the 
seeds, knows no interruption. 

It is thus straight and flat « as the royal road n.... the way 
paved by Buddha toward the legitimate conception of the Âlîya ; 
only the Hînayânists did not have an insight penetrating enough 
to look into the bottom of the matter. 

Misrepresented by Other Schools. 

This Vijûâna was altogether wrongfully interpreted by other 
schools of Buddhism than those already mentioned. Some thought 
that between Citta (Allya) and Manas there was no distinction to 
be made ; others, that the Tatfaâgata meant by Alîya, as when 
speaking of people taking delight in it, the clinging to worldliness ; 
others, again, that the Âlîya was our body consisting of the five 
skandhas, to which we are liable to cling as a final reality ; still 
others, that the Âlîya was the âtman, or pudgala, or kâya. But, as 
we have seen above, all these views are altogether inadequate and 
do not tally with the true doctrine of Buddha. 

What is the Allya ? 

The Âlîya is a magazine, the efficiency of which depends on the 
habit-energy {hsi cVi in Chinese(i)) of all defiled (2) dharmas, and 
in which all the seeds are systematically stowed away. In one 
respect this vijnâoa of all seeds is the actual reason whereby the 
birth of all defiled dharmas becomes possible, but in another 
respect its own efficiency depends on the habit-energy which is 
discharged by multitudinous defiled dharmas since beginningless 
time. In other words, the Âlîya is at once the cause and the effect 
of all possible phenomena in the universe. 

(1) Giles 4087, 1064. 

(2) « Dellied » docs not mean immoral or unlawful, but particular, indi- 
vidual, conditional, relative, etc. Defiled dharmas are particular existen- 
ces, or individual objects, or phenomena. But dbarma in its broadest sense 
sometimes even implies the sense of Icarma and is equivalent for act or 
deed. 



ilÛ Le MusÉOPi. 

The habit-onergy might be said to be a sort of subtle substance 
which is left behind by every object, or a sort of force which 
emanates from an act and is left behind when the act is finished. 
As the odour emitted by a flower remains even after its destruction, 
so every deed and every existence leaves something in its trail 
oven after its departure. All the mental activities, good or evil, 
may be destroyed with the destructioi of the mind itself, but this 
habit-energy remains and is invisibly stored in the Âlîya in the 
form of a seed. 

The Âlîya is not a mere aggregation of all these latent seeds, 
but it keeps them according to defioito laws. In one respect the 
Allya and the seeds are two separate things, but in another they 
are one. They act reciprocally. Their relation to each other is like 
that of the candle to the flame. It may also be likened to a bundle 
(kalâpa) of reeds or sticks, which stands together in a definite form. 

Two Forms of Activity. 

The activity (i) of the Âlîya may be said to exhibit two forms, 
philosophical aod moral. The first is called by Asaûga the activity 
that differentiates itself; the second, the activity that distinguishes 
between the desirable and the undesirable. By the philosophical 
activity, so called, heterogeneity of particular dharmas is unfolded 
out of the essentially one Âlîya, where the multitudinous seeds are 
merged together. By the moral activity it is meant that from the 
Âlîya there issue forth three dharmas : desire (kleça), act (karma), 
and its effect. Original desire which is harboured in the Âlîya is the 
impetus, by dint of which all deeds characterised sometimes as 
desirable, sometimes as undesirable, and sometimes as indifferent 
are produced. 

The Samkhya philosophy does not know the first activity of the 
Âlîya as it considers Prakrti the cause of birth and death. Nor 
does the Lokâyatika, as it does not adhere to the doctrine of former 

(1) The original Chinese for activity is yuan shèng (Giles, 13737, 9865), 
condition-generation. It is the generating activity of the Alîya wliichis 
manifested when its conditions are matured. The Aliya, as it stands by 
itself, is absolutely neutral and indifferent to action. 



^HILO$OPIIY 01^ THE YOGÂCÂRA. ^79 

dcedsu Nor does the Vaiçesika, as it does not adhere to the Ätman 
with eight virtues. Some adhere to the theory of the manifestation 
of Içvara. Some contend that there is no suchthing asa first cause. 

Those who fail to appreciate the second activity of Âiîyavijuana 
imagine that there is really a substance called ego, there is really 
a sufferer who suffers the result of his deeds. They thus fail to 
perceive the true significance of the Twelve Chains of Dependence 
proceeding from the Allya. 

The ignorant are like those blind men who fervently discuss 
what the real elephant looks like (i). 

The Allya as the Storage of Seeds. 

Now there are several reasons why the Allya is to be called the 
storage of all seeds and why it is subject to the « infection • of all 
dharmas and karmas. 

1) The Âlîya is not a permanently fixed substance : it is not an 
absolutely rigid, inflexible reality, which is incapable of change 
and modification. On the contrary, it is nothing but a series or 
locus of constant transformations. It waxes and wanes, it comes 
and departs, it rises above the horizon and sinks in the abyss. It is 
an eternal moving, it is a succession of events. For otherwise the 
Âlîya could not be more than a dead corpse. 

2) It is thus subject to the law of causation. Here is a cause and 
there must bo its effect. Now is a movement and there must be its 
result. Whatever is done by the Âlîya, it is not outside of the pale 
of universal causation. 

3) As there is a time for all seeds to stop germinating because of 
their old age or of their decay, so there is an occasion for the 
Âlîya to perish and lose all its efficiency. This is the time when 
Yajracitta (Diamond-Heart) replaces Âlîyavijûâna. Then the latter 
ceases to be a storage which furnishes an inexhaustible supply to 
the nourishment of our egoistic prejudices. Its original function of 
accumulation and transformation is still in full force, but it is no 
more the source of ignorance and egoism, and is now known as 
Âdhâna, which holds only the seeds of immaculate karma. 

(1) Andhagajanyaya. 



«180 \.t MuséoN. 

4) The Âlîya does not fail to be the cause of reproduction after 
it has taken in a seed. That is, when it is infected with the result 
of a karma, it will definitely reproduce it, as soon as it comes 
uuder favorable circumstances. 

Ô) The Allya waits to be efficient till different causes are diffe- 
rently matured. One cause is not capable of becoming the cause of 
all different effects. 

6) The Âlîya reproduces the origioal dharmas whose seeds have 
been conceived by it. A cause bears its own fruit and no other's. 
The Àlïya gives out only what was given to it. 

For these reasons the Allya is well qualified to be called the 
Vij liana of Seeds. 

The Infection of the Allya. 

1) Only those things that are stationary or definite in their suc- 
cessive movements are liable to be infected, or « perfumed nj as 
expressed by the Yogâcâra. Therefore, the wind cannot be made 
to remain perfumed : it is in too constant movement in all direc- 
tions to be so affected. 

2) Things are infected (or 'perfumed') only when they are neu- 
tral, that iS| when they do not have an odor of their own. Therefore, 
highly scented objects such as onions or musk or incense are not 
liable to be affected by other odors. 

3) There are things whose very nature refuses to be perfumed, 
for instance, stones and metals. 

4) To make the perfuming process effective, the perfuming and 
the perfumed must agree. By this it is meant that they must be 
identical in their nature and activity and substance. 

From these considerations it becomes evident that : 1) the Âlîya 
is definite and stationary as far as its formal aspect is concerned, 
2) but it is indeterminate in its character, 3) there is a possibility 
in it which makes it susceptible to outer influences, 4) and finally 
it is liable to be affected by the karma of the same personality in 
whom it resides. (That is to say, an Âlîya is infected only by its 
own karma.) 



l»HtLOSOPHY OF tltE YOGÂCÂRA. SSl 

AsaAga now proceeds to establish the reasons why the hypothesis 
of Âlîyavijôâna is necessary, and points out that if we did not allow 
its existence, our impulses, passions, and deeds, whether moral or 
immoral or neutral, would be impossible, our reincarnation could 
not be effected, our world of particulars as they present themsel« 
ves to our vijûânas would not exist, and finally, our attainment 
of Nirvana and enlightenment would be an idle talk. He also 
insists that in the Samadbi where all mental operation is said to 
Tanish, the Allya alone must be rationally considered to continue 
existing. 

The Allyd^s Relation to Manas. 

To thoroughly understand the significance of the Âlïya, we must 
know its relation to Manas, by virtue of which alone it becomes 
efficient and productive. The Yogâcâra admits the existence of 
three forces or factors or causes in our subjective realm, through 
their cooperation the universe being considered to make a start. 
The first is the Âlîya or Citta or Hrdaya : the second is Manas : 
and the last is the six vijûânas or senses. Manas is what we 
ordinarily understand by mind or consciousness, and the six 
senses are seeing, hearing, smelling, tasting, touching, and thin- 
kmg (manovijnäna). 

The difference between the sixth sense, Manovijôana, and 
Manas (consciousness) is more fundamental, according to the Bud-* 
dhists, than modern psychologists think. Manovijûâna, properly 
speaking, is the mind and does all kinds of mental operation such 
as memory, judgment, imagination, desire, decision, willing, etc. 
But all these functions performed by Manovijûâna are superficial 
when compared to the work of Manas, for the latter is the deeply 
seated consciousness in the soul, which ignorantly clings to the 
ego-conception and to the reality of an external world. Manas in a 
sense is the Will of Schopenhauer, and constantly asserts itself 
influencing or infecting, as the Yogâcâra says, the whole fabrica- 
tion of mental activities. 

Philosophically, therefore, Manas is to be distinguished sharply 
from Manovijûâna, the sense whose << base » is on Manas. If the 
work performed by Manovijûâna is not refered to Manas, that is, 

25 



582 LE MUSÉON. 

if ail the moBtai activities are not attended by the unity of 
consciousness, they will certainly lack coordination and the entire 
indiyiduality will collapse. The consciousness. « It is I that think 
or do this and that n is ascribed by the Mahâyânists to the 
presence of Manas. Manas then is made the author of this self- 
consciousness as it ignorantly interprets the significance of the 
Âlîya. Manas constantly reflecting on the Âlîya thinks that the 
latter is the real self, simple, and absolute, and weaving the net of 
all mental operations. 

The Âlîya itself is wholly innocent of all this operative illusion 
on the part of Manas. It supplies, so to speak, the vital energy to 
our mental activities and makes the entire system go : and when 
this work leaves the ^ habit-energy » behind aod infects thé seeds 
stowed away in the Alîya in its former lives, the latter mechanic 
cally reproduces according to its definite laws, all the while, 
however, beiog devoid of any consciousness. But there takes place 
the intrusion of Manas, and the consciousness looms up suddenly 
above the horizon with its assertion and clinging. 

Manas, however, is not blind will. It is rather intelligent will, 
for it is capable of enlightenment. It is due to its ignorance only 
that it tenaciously clings to the conception of ego and contamina- 
tes the whole mentation with its onerous prejudices. As soon as it 
realises the full import of the Âlîya, it is denuded of its egoistic 
prejudices and opens the way to Nirvana. Manas, therefore, is the 
pivot on which turn our spiritual deliverance and subjective 
ignorance. The six senses and the Âlîya are Manas's neutraler 
innocent fellow-workers, or even its subordinate officers who 
become infected, sweetly or odiously, according to the attitude 
assumed by their ever-vigilant master. In passing we may remark 
here that the Sämkhya philosophy has played a strong influence on 
the development of the Yogâcâra system. 

A çvaghosa's  llyavijhana. 

We can now see how different is Açvaghosa^s conception of the 
Âlîya as expounded in his Awakening of Faith in The Mahäyäna. 
His Âlîya which is more generally known among the Chinese 



t^HILOSOPHY OF THÈ YOGÂCÂRA. 58^ 

Buddhist scholars as Tathägata-garbha^ is a sort of world- soul from 
which evolves this universe of particular objects, while that of the 
Yogâcâra is an individual soul, so to speak, in which all the 
karma-seeds infected through the agency of that particular being 
are registered. The former is ontological and comparatively simple 
in its constitution, being a form of Suchness, though full of 
pòssiMities : while the latter is individual and psychological and 
is heavily laden as it were with all the seeds formerly sown, but in 
itself indifferent tho their development, somewhat like Sâmkhya 
Prakrti. The Tathâgata-garbha is a stage in the evolution of 
Bhütatathatä. In its apparently simple organisation there are all 
the possibilities of the most complex system known as a universe. 

Nirvana. 

The Yogâcâra conception of Nirvana is not characteristically 
different from that of other Buddhist schools, but as it is not very 
well known among . European scholars of Mahâyâna Buddhism and 
also as it is expounded generally in a special treatise belonging to 
the Yogâcâra, it may not be altogether out of place to lightly touch 
upon the subject here. 

Its Four Forms. 

According to Vasubandhu (Commentary on Asanga's MahUyä* 
nasamparigraharcästra)j there are four forms of Nirvana : 1. Nir- 
vana in its purest original identical form ; 2. Nirvana that leaves 
something behind ; 3. Nirvana that leaves nothing behind ; 4. Nir- 
vana that has no abode. 

In this classification it is evident that the term Nirvana is not. 
used in the sense of final beatitude, merely a blissful state of 
mind after liberation from egoism. In Mabâyânism Nirvana seems 
to have acquired quite a different significance at least from the 
commonly understood sense of Hïnayânism. The first Nirvana,, 
that is, Nirvana in its purest original, self- identical form, is 
nothing but synonym of Bhütatathatä or Suchness which is con- 
sidered by all Mahâyânists to be inherent in all beings, though in 
most minds it is found eclipsed by their subjective ignorance. In 



584 LE MUSÉON. 

this sense Nirvana is not a state of mind but a quality inherent 
in it. 

The second Nirvana that leaves something behind is a state of 
Suchness which though liberated from the bondage of desire (i) is 
still under the ban of karma. It is the Nirvana attainable by the 
Çrâvakas in their lifetime. When they are Ar hats they no more 
cherish any egoistic desires and impulses, but they are yet suscep- 
tible to the suffering of birth and death, for their mortal material 
existence is the result of their former karma which cannot be 
extinguished until its duo course has been run. 

The third Nirvana in which nothing remains is a state of 
Suchness released from the suffering of birth and death, that is, 
at the time of material extinction. With our egoistic desires and 
impulses exterminated and with our corporeal being brought to its 
natural end, we are said to be entering into eternal Nirvana, in 
which nothing leaves its trace that is likely to entangle us again in 
the whirlpool of transmigration. According to the Mahâyânists, 
this is supposed to be the goal of the Hîoayâoists. 

The last Nirvana that knows no dwelling is a state of Suchness 
obtained by the extermination of the bondage of intellect. And it 
is claimed by the Mahâyânists that this is the Nirvana sought by 
all their pious followei*s. At this stage of enlightenment there are 
awakened in the soul of a Mahâyânist iofluite wisdom and infinite 
love. By the wisdom that transcends the limitations of birth and 
death, he does not cliog to the vicissitudes of the world. By the 
love that is free from the dualism of love and hate, he does not 
«( dwell n in the beatitude of Nirvana. On the contrary, he mixes 
himself among the masses, lives the life of an average man, sub- 
jects himself to the law of a material world. But in his innermost 
he is rid of all egoistic impulses and desires, and his infinite love 

(1) Two hindrances (avarana) are recognised by the Mahâyânists, which 
lie in the way to final salvation : hindrance of desire and hindrance of 
intellect. The first is moral and comes from egoism, while the second is 
philosopliical and the outcome of limited knowledge. The first hindrance 
is destroyed when our instinctively egoistic desires are subdued. The 
second is removed when we acquire all-knowledge isarvc^jnatva) which 
belongs to Bodhisattvahood. 



PHILOSOPHY OF THE YOGÂGARA. 385 

devises for his fellow-creatures every means of salvation and 
enlightenment, for he is not content with his own spiritual bliss. 

By the attainment of this final Nirvana the Äliya is no more a 
storage of defiled seeds, for it has been deprived of all the causes 
and conditions which made this accumulation possible. Manas no 
more vn^ngfuUy reflects on the Allya to take it for the ego. The 
six senses are no more contaminated with ignorance and egoism. 

The Âlîya at this stage is called Dharmakâya (i). 

* * 

There are many other things in the Yogâcâra as well as in 
Mahâyânism in general, which ought to be made accessible to 
occidental public or at least to the students of Buddhism. But the 
time seems not to have come yet for this kind of work, and I have 
to be contented with the above brief and therefore necessarily 
imperfect exposition of the Yogâcâra system. 

Lasalle, 111. U. S. A. D. Teitabo Suzuki. 



Note Additiommelle. 

The Chinese equivalent for ÂUya is a-ll-ya (t) and that for Älaya 
is a-lai-^ya (z). The entire Chinese translation of the Buddhist 
documents beginning with the Sutra of Fourty-two Sections by 
Mo T^eng (69 A. D.) is commonly divided into two classes, old and 
new, and the dividing line is placed at the time of Usiian Ts'ang 
when he came back to China with many Sanskrit Sutras and 
Castras (649 A. D.). In all the Chinese texts before him a-li-ya 
was uniformly used by such translators as Eumârajîva, Para- 
Ci) I am tempted in this connection to enter on a so far not yet quite 
explored Held of Buddliism, which concerns itself with the question of 
Dharmakâya and Bhûtatathatâ. But this being impossible in a limited 
space I have to wait for another occasion. 

(2) Giles, 1, 6942, 12832. 

(3) 1, 6699, 12832. 



586 LE MUSÉON. 

mârtha, etc. It was Usfian Ts'ang who reformed thé old system of 
translation and tried to reproduce the original as accurate and 
faithful as the Chinese language permitted, though this considerably 
injured classical purity and made the translation read altogether 
like a foreign language unintelligible to the uninitiated. Then 
Orli-ya came to be replaced by a-lai-ya. According to Pao Ts'ang, 
the most noted Chinese commentator of Açvaghosa^s Atvakening of 
Faith f who was well versed in Sanskrit and helped the Hindu 
translators in their great work which was done in the seventh and 
eighth century A. D., « A-lai-ya or a-li-ya vijnäna is a local 
dialect of Sanskrit. Paramartha literally translated it by tru mo 
shih (i) (not-hidden vijûâna) while Hsiian Ts^ang according to the 
sense rendered it by ts'ang shih (i) (storing vijûâna). Ts^ang shih 
here means she ts*ang (3) (that is containing, embodying, compre- 
hending, embracing, etc.), and wu mo means pu shih (4) (that is, 
not losing, not letting go, etc.). Though the characters are different, 
the sense is the same n . 

A commentator on the Vairocana Sutra, whose date I am unable 
at present, to ascertain, understands a lai-ya in the sense of store 
containing things within. Literally it is a chamber or room. All 
the skandhas are produced here and vanish here. It is the nestling 
place of all the skandhas. 

What we can conclude from these various interpretations of the 
term, is that the original Sanskrit or Prakrit was either aUya or 
allya or alaya. 



(1) 12753. 8016, 9928. 
(2)11601,9928. 

(3) 9806, 11601. 

(4) 9456, 9951. 



MELANGES. 



Lo Premier Llrre imprimé dans l'Inde. 

In searching for information on early Tamil printed books, 
I came across a reference to this article — comprising the para- 
graph and letter, reprinted from The Argus — which appeared 
in your valuable journal (nouvelle série. — Vol. II., p. 117., e* 
seq.). I have read this paper with very great interest ; but I noticed 
certain inaccuracies which, in the interests of bibliography, you, 
and the writers concerned, will perhaps allow me to endeavour to 
rectify. 

The writer of the paragraph comes to the conclusion ^ that the 
date of the printing of the first book is pretty certain » . He bases 
this statement on the following quotation from Sir William Hun- 
ter's « Imperial Gazetteer of India », (Vol. IV., p. 12.) : « In 1577, 
the Society of Jesus published at Cochin the first book printed in 
India n : also on certain extracts from the works of Paulinus a 
S. Bartholomaeo. But, as a matter of fact, the earliest known prin- 
ting in India was done at Goa some twenty years earlier. The date 
given (1577) is that of the first known book printed in the so called 
Malabar- Tamil (Malayalam ?) characters ; and here we undoubt- 
edly have the source of the error. 

Bishop Medlycott, too, has in his letter, fallen into error. The 
words « fundindo os caractères da lingua Tamul », taken from 
Father Francis de Sousa's ^ Oriente Conquistado » (Part U., 
p. 179.) refer to the type cut by John de Faria — not to the type 
used for the vocabulary printed at Ambalacata (i). 

(1) Ari excellent account of this vocabulary appears in an article by 
Professor Julien Vinson in the Revue de Linguistique (Tom. XXXV., 
p. 265., et seq.)^ entitled - Les Anciens Missionnaires Jésuites *»• 



588 LE MUSÉON. 

From the numerous misstatements that have appeared, it ?rould 
seem desirable that the subject should be cleared up ; and, as a 
step in this direction, the following excerpts from the works of 
various authorities may be of use. 

J. Oerson da Cunha in an able article on » Materials for the 
History of Oriental Studies amongst the Portuguese n, which 
appeared in Atti del IV Congresso Internazionale degli Orienta^ 
listi J Florence, 1880., states : 

« The exact date of the introduction of the press 
into 6oa is unknown ; most probably about the time 
the College of St. Paul was built, where it was esta- 
blished. The first work printed there seems to be 
Tradado or Cathecismo da Doutrina Christa. Goa, 
1557, ascribed to St. Francis Xavier. This was soon 
followed by numerous religious tracts, catechisms, 
translations of the Bible, grammars, vocabularies, 
etc. Though few specimens of these works have been 
preserved, there is ample evidence of a large number 
of works, and some of considerable size» having been 
printed. The earlier of these works were printed \^j 
three celebrated men of the time — Joao de Endem« 
Joao Quinquenio de Campania, and De Bustamante «• 
(Vol. n., p. 186.) 

♦ * 

« The early Portuguese missionaries had no con- 
ventional rules or system based on the phonetic value 
of letters for the application of their alphabet to the 
Eastern vernaculars. Each writer interpreted the 
sound by his own mode of transcription, giving thus 
rise to a confused and capricious system of romani- 
zation.... The Portuguese did not, however, remain 
content with so unsatisfactory an arrangement, and 
began soon to cut Indian types «. (Vol. II., p. 188.) 
Continuing, this writer, gives some particulars of the typos cut 
by John de Faria and John Gonsalves. 



MÉLANGES. 399 

Whitehouse, in his « LiDgerings of Light in a Dark Land v. 
(p. 154.) quotes Abraham Ecchelensis as saying (1628) : 

« I hare seen divers books, printed with the Portu- 
guese characters, in the Malabar language for the 
instruction of the Paruas ». 
This quotation I am unable to verify, as no copy of the work 
exists in the British Museum Library. 

Thus it is perfectly clear that vernacular books in Roman cha 
racters were printed prior to 1577. 

PauUnus tells us that he obtained the information given in his 
Latin works, on the subject of the early Indian types, from Sousa, 
who had derived it from manuscripts (not now extant) at Gk>a, in 
the 17^ century. Referring to Sousa « Oriente Conquistado », he 
says, under the year 1577 (Part II, p. 110.) : 

M Tratämos logo de publicar hum Gatecismo na 
lingua Malavar, & o Irmao Joao Gonçalves Hespan- 
hoi formou os caractères com que se imprimio. Este 
foy primeiro livro impresso, que a India vio nacer 
na sua propria terra ». 
Further on (Part II., p. 256.), speaking of John de Faria, this 
authority informs us : 

« Do anno de 1578. naô tenho noticia de outra 
cousa digna de memoria, senaô da rara habilidade 
do Padre Joaö de Faria, o primeiro que abrio, & fun- 
dio os caractères da lingua Tamul na costa da Pesca- 
ria, com os quaes se imprimio este anno o Flos 
Sanctorum, a doutrina Christâa, hû copioso confes- 
sionario, & outres livres «. 
Paulinus in an Italian work of a later date, « Viaggio alle Indie 
Orientali », states that the type made by John Oonsalves was 
moveable wood-type ; but he gives no authority for this statement : 
« II primo libro stamfiato con caratteri e forme 
mobili di legno fu la Dottrina Christiana di Giovanni 
Gonsalvez laico della C. di 6., che formò il primo, 
quanto sappio io, i caratteri Tamulesi nel 1577. » 
(p. 846.) 
Two early Malabar-Tamil works are mentioned by Sartorius in 



$90 LE MfJSÉON. 

bis Diary for 1732, « Notices of Madras and Cuddalore in the last 
Century «/London, 1858 : 

« The Malabar Catechist showed us a transcript 

of a Malabar book entitled Christiane Wanakkam, 

Christian Worship printed in 1579 at Cochin, in the 

« Collège of the Mother of God », for the use of the 

Christians on the Pearl-fishery Coast. And so, no 

doubt was another Malabar book which we have seen 

in the possession of a Romish Christian at Tranque- 

bar, of which the title is : Doctrina Christam », efc. 

Fuller particulars of this second work ave given in Backer's 

« Bibliothèque de la Compagnie de Jésus », Bruxelles, 1890, etc. 

(Vol. IX., col. 472.): 

^ Doctrina Christaâ, a maneyra do Dialogo : feyta 
em Portugal pello padre Marcos Jorge da Compan- 
hia de Jesu : Trasladada em lingua Malavar Tamul, 
pello padre Anrique Anriquez da mesma Copanhia. 
Impressa co approuaçâo do Ordinario, e Inquisidor, 
eco liceoça do Superior, Em Cochim, no Collegio 
da Madre de Deos, aos quatorze de Nouêbro, do 
Anno de M. D. LXXIX, 12% ff. 60 ». 
Perhaps some of your readers can throw further light on this 
interesting subject. 

.1 I am, Sir, 

- . . Yours faithfully : 

Jambs Southwood. 
(Of the Department of Oriental Prin ted Books and Mss, , 
British Museum, London.) 



COMPTES RENDUS. 



Noies de mythologie syrienne^ par René Düssaud. In-8<* de 
68 pages ; Paris, Ernest Leroux, 1903. 

Ces pages ne visent apparemment qu*à nous donner une première par- 
ue de ce que leur titre général annonce ; elles traitent uniquement des 
Symboles et simulacres du dieu solaire. L'auteur y étudie notamment 
la valeur symbolique, par rapport au dieu en question, de Faigle, du dis- 
que ailé, du disque combiné avec le croissant ; il nous montre, dans Azizos 
et Monimos, deux parèdres de la même divinité ; il considèi*e ensuite suc- 
cessivement les représentations d*Hélios psychopompe, le quadrige et le 
char solaires, le dieu solaire cavalier, les dieux solaires de Palmyre. 

Mais le chapitre le plus détaillé et sans doute le plus intéressant est 
celui qui a pour objet le grand dieu solaire de Ba'albeck, le Jupiter Helio- 
politanus, dont Macrobe nous a laissé une description remarquable et 
que nous connaissons d'ailleurs par de nombreux monuments. M. Dussaud 
passe en revue à ce propos plus d'une vingtaine de pièces antiques, soit 
bas-reliefs, soit statuettes et cippes, soit monnaies, soit pierres gravées. 
Sa conclusion, basée sur une minutieuse analyse, n'est pas favorable à 
l'origine égyptienne du dieu, atfii*mée par Macrobe et communément 
admise sur son témoignage. Aucun des éléments principaux qui entrent 
dans la représentation figurée de la fameuse idole d'Héliopolis, à l'époque 
gréco-romaine, n'appartient en propre à l'Egypte. En revanche, l'ensOTi- 
ble des indications fournies par l'archéologie permet de reconnaître dans 
Jupiter Héliopolitain un mélange des attributs de Hadad-Rammân avec 
ceux dHélios. Quoi qu'on en ait dit, il n*y eut anciennement aucun rapport 
de culte ni aucun rapport de genèse onomastique entre l' Héliopolis de 
Syrie et l'Héliopolis d'Egypte. Il faudrait donc croire tout simplement à 
une hellénisation de l'antique divinité araméenne et syrienne, probable- 
ment sous l'influence des Séleucidcs. M. Dussaud a su rendre cette conjec- 
ture très plausible. 

Une autre hypothèse proposée par lui et rattachée à l'examen du Malak- 
bel-Hélios de Palmyre, celle d' « un lien indiscutable entre Heimès 
criophore et le Bon Pasteur » des monuments chrétiens, appelle néoes- • 
sairement quelques remarques. Entendue de la forme représentative, 4e 



392 LE MUSÉON. 

Taspect extérieur du personnage principal qui figure dans les deux cas, 
elle n^est pas dépourvue de vraisemblance ; mais je ne vois aucune raison 
de ne point limiter « Tidentité », si identité il y a, « au type plastique ». 
Dire que « les fonctions de psychopompe remplies par Malakbel et les 
dieux solaires syriens sont identiques à celles du Bon Pasteur », c*est, 
me paraitril, oublier que ces dernières ont été décrites, on pourrait dire 
formellement définies dans la parabole très connue du Nouveau Testa- 
ment. Les textes sont si clairs et si précis, Ticonographie chrétienne en 
est la traduction si exacte, si visiblement adaptée aux différentes phases 
de la scène évangélique, que le sens des symboles et son origine s'imposent 
avec la clarté de Tévidence. Dans ces conditions, non seulement il est 
inutile, mais il serait contraire à toutes les règles de Tinduction scienti- 
fique de recourir à une explication conjecturale, fondée sur des rappro- 
chements plus ou moins vagues et sur des coïncidences fortuites. 

J. FOROBT. 

Mission dans les réffions désertiques de la Syrie moyenne^ par 
Rbnb Dubsaud, avec la collaboration de Fbâdbsig Maoleb. 
Avec 1 itinéraire, 30 planches et 5 figures. (Extrait des Noii- 
vdles Archives des Missions scientifiques^ t. X). In-8® de 
336 pages. Paris, Leroux, 1903. 

On se souvient du Voyage archéologique au Çafà et dans le Iffebel 
ed-Drûz^ paru en 1901. Il faisait le plus grand honneur à ses deux auteurs 
et ne pouvait manquer de trouver bon accueil dans le monde de l'orien- 
talisme, car il doublait le nombre des inscriptions safaïtiques publiées 
jusqu'alors. Aussi bien ses résultats scientifiques ne se sont guère fait 
attendre. Au nombre des meilleurs il faut placer la connaissance désor- 
mais complète de l'alphabet safaïtique. Des vingt-huit lettres dont cet 
alphabet se compose, seize avaient été déterminées par M. Joseph Halévy ; 
PrsBtorius en «jouta cinq, et Enno Littmann parvint à identifier les sept 
autres. Pour conduire â bien ce travail méritoire, Littmann eut à sa dis- 
position, en dehors des textes déjà connus et des 135 inscriptions copiées 
par lui, les 412 textes relevés dans le Voyage archéologique au Safâ. 

Le nouveau volume de MM. R. Dussaud et F. Macler les met, conmie 
chercheurs et pourvoyeurs de cette branche de l'érudition sémitique, 
absolument hors de pair. C'est, en effet, 904 inscriptions inéditesq u'ils nous 
livrent cette fois, et elles sont, comme les précédentes, repix)duites tant 
en fac-similés qu'en transcriptions hébraïques, avec accompagnement de 
notes explicatives. Il est facile, après cela, de mesurer .la part prépondé- 
rante qui revient aux deux explorateurs français dans l'actif total de 
cette épigraphie, qui comporte aigourd'hui environ dix-huit cents textes. 
Sans doute les grafitti ici réunis sont, pour la monotonie et la sécheresse 
du çpntenu, semblables à tous leurs congénères : ils fournissent surtout 



COMPTES ìlEtilDUS. Stö 

des noms propres. Mais cet inconvénient est fort atténué par la multitude 
et la variété qu'ils en fournissent. D'ailleurs, ces noms propi*es se présen- 
tent presque toujours sous la foiTue de surnoms qui se laissent facilement 
comprendre, et ils renferment en somme les éléments d'un vocabulaii*e 
assez étendu. Parfois même, comme il arrive fréquemment en sabéen, le 
nom propre est une forme verbale intacte. Très souvent aussi, il est 
partiellement constitué par le nom d'un dieu. Il en résulte que les inscrip* 
tions safaïtiques sont des plus précieuses pour l'étude des cultes anté- 
islamiques, sur lesquels la littérature arabe est si avare de renseigne* 
ments. On y retrouve la liste complète des divinités jadis en honneur dans 
le Çafâ:ha Làt, ha-Lâh, Redou ou Rou4â, Be*ei-Samîn, Ghai*lia-qaum, 
Oad-'Awidh et Yathi*. Ainsi, le panthéon que les textes nous révèlent est 
tout d'abord composé de divinités arabes, puis, pour une moindre part, de 
divinités empinintées aux peuples syriens. 

Une autre conclusion, purement exégétique celle-ci, mérite d'être notée. 
On sait que toutes ou presque toutes les inscriptions safaïtiques comment 
cent uniformément par un lamed. MM. R. Dussaud et F. Macier défendent 
solidement, contre les objections de M. Cleimont-Ganneau et de Littmann, 
l'interprétation qui y voit un lamed auctoris plutôt qu'un lamed â^ap- 
parienance. La raison qu'ils font valoir, c'est que pour une particularité 
qui se représente partout il faut trouver un sens qui s'adapte à tous les 
cas ; or, seul, le lamed auctoris remplit cette condition, parce qu'il s'en- 
tend, non d'un objet extérieur, d'une chose possédée, mais des mots ou 
de l'image qu'il accompagne. Même lorsqu'il figure à côté de la, représen- 
tation d'un cheval, d'un chameau, etc., il ne vise que la représentation, 
à l'exclusion de l'objet représenté ; sa signification revient à ceci : par un 
tel ces mots ont été gi'avés, ce dessin a été tracé. 

Ce ne sont là que quelques minces échantillons des constatations ou 
conjectures utiles que cette riche collection épigraphique suggérera aux 
spécialistes. Sa valeur est ici rehaussée et son usage facilité par l'adljonc« 
tion d'un « glossaire safaïtique et index des noms propres ».• L'annexe 
lexicographique est très comprehensive : elle ne se rapporte pas seulement 
aux inscriptions do ce volume, mais à toutes les inscriptions safaïtiques 
publiées jusqu'ici, et elle comporte, pour chaque article, des références 
précises aux ouvrages de Wetzstein, de M. de Vog(\é» de Littmann, ainsi 
qu'au Voyage archéologique au Safâ, Elle est elle-même suivie d'une 
table de concordance pour les inscriptions dont il existe plusieurs copies. 

Le premier chapitre de ce volume, le seul dont j*ai parlé jusqu'à présent, 
L'emporte de loin sur ceux qui le suivent, soit par son étendue, soit pai* 
la portée des résultats auxquels il peut conduire. Toutefois il y aurait 
erreur et injustice à le considérer comme seul digne de fixer l'attention 
des orientalistes. Les trois autres sont aussi d'un haut intérêt. Us repro- 
duisent, chacun avec explication de détail et glossaire onomastique appro- 
prié, le deuxième, 180 • inscriptions grecques et latines », le troiaiòme»^ 



594 Lfi MUSÉON. 

19 « inscriptions nabatéennes et une inscription nabatéo-arabe », le qua« 
triòme enfin, 3d « inscriptions arabes ». Cette dernière sórie, en partici^ 
lier, témoigne do la part des auteurs une parfaite compétence et une 
grande sûreté de déchiffrement. On aurait donc tort de s*en défier à priori; 
d'après une impression qu*on garderait peut-èti'e du Voyage archéologC- 
que au 9afà. Ici, deux inscriptions arabes seulement avaient été relevées 
et interprétées rapidement, comme en passant. De là vient sans douté 
qu*au moins une eireur manifeste de lecture avait échappé aux deux 
collaborateurs. Le présent travail atteste, je no dirai pas qu'ils ont fait 
des progrès dans cette partie, mais du moins qu'ils lui ont consaci^ la 
môme force d'attention soutenue et pénétrante qu*à toutes les auti*es. 
' Je me reprocherais de ne pas mentionner tout spécialement l'inscription 
nabatéo-arabe û'EnfNeniâra, qui constitue à elle seule une ti*ouvaille 
scientifique remarquable. C*est un peu à l'est de Nemâra, jadis poste for- 
tifié de l'enipire romain, et sur le linteau de basalte d'un tombeau en ruine, 
qu'elle a été découverte. Sa lecture a déjà occupé, outre ses heureux 
dénicheurs, des savants tels que M. J. Halévy et M. Clermont-Ganneau. 
L'illustre professeur du Collège de France a eu le mérite d'y reconnaître, 
sous un vêtement nabatéen, cinq lignes d'arabe classique, avec m^ange 
de quelques vocables araméens, et d'en fournir ainsi la clef. On put dès 
lors se rendre compte de sa poitée tant histoiique que philologique. Au 
point de vue de l'histoire politique, elle nous montre un des facteurs 
utilisés, au IV« siècle, par les Romains, pour la défense de leurs frontières 
orientales. Sur les confins de la Syrie, en avant du rideau constitué par 
un système de fortins plus ou moins reliés entre eux, quelques tribus 
at*abe8 étaient chargées de la police du désert. Elles s'en acquittaient avec 
zèle, puisque notre inscription nous montre un de leurs chefs, Imrou'lqais, 
fils de 'Amr, qui meurt en 328, ayant reçu de Rome le titre de « rai de tous 
les Arabes « et le droit au diadème. 

' D'autre part, le sémitisant est assez surpiis de rencontrer, déjà trois 
eenta ans avant Mahomet, un texte rédigé, à peu de chose près, en pur 
arabe classique. Des données relativement nouvelles sur la genèse de 
l'écriture arabe sont ainsi confirmées et complétées. Les deux plus anciens 
textes arabes connus jusqu'ici étaient l'inscription gi^ecque-arabe de Har- 
ran, de l'an 568 de notre ère, et la trilingue grecque-syriaque-ai*abe de 
Zebed. datée de l'an 512. Dès 1864 et 1865, M. de Vogué fixait les grandes 
lignes de l'évolution de l'écriture araméenne depuis les formes du phéni- 
cien archaïque jusqu'à celles de Testranghek) et du coufique. On avait 
toujours cru les camctères coufiques d'origine postérieure à l'islamismel 
Il établit le contraire. D'après ses constatations et déductions, l'écriture 
oouâque,4ue l'inscription de Zebed fait remonter jusqu'en 512, était « lo^ 
produit d*une déformation graduelle et cursive des formes nabatéennes, 
hâtée et consacrée par un système de ligatures dont nous voyons les pre- 
ijaières appUéajbions dans les textes de Palmyre et duüaouran. Cette défor-^ 



COMPTES R&NDUS. ^05 

mation était déjà presque complète quand furent tracées lea derni^r$M9 
inscriptions, du Sioaî. » L'insoription de Ncmâra, conçue en arabe et 
éciîte en nabat^n, un nabatéen cursif et voisin des dernières inscript^pim 
sin^tiquès, apporte en laveur de^ cette conception, un nouvel argument 
pariaitement démonstratif. ;, 

Ajoutons enfin que la même inscription révèle un fait graphique asseï 
remarquable : Toriginenabatéenne du lâm-alif^Çe signe se li(, très nette- 
ment dans la partie arabe du trilingue de Zebed, au mot jj^|. Le texte 
de Nemâra, au mot ^Ju*»^!, montile que le Mm-a/tfarabefest conati- 
tué par un tem^d posé sur un a te/" nabatéen, * » 

- Avaia-je tort d*afflrmer que l'inscription de Nemâra est à elle seule uno 
trouvaille de prix ? J. Forobt. 

VlmprUnerie Catholique de Beyrouth et son œutre en Orient (1853- 
1903). In S'» de 144 pages. Bruxelles, Polieunis et Ceuterick, 1Ô03. 

Elle a sujet d*étre tière de son passé, ilmprlmerie catholique de Bey« 
routh. Les cinquante années d'existence qu'elle compte aujourd'hui ont 
été utilement remplies et exceptionnellement fécondes. Cette notice, qui 
les résume, est intéressante à plus d'un titre et très. instructive ; mais elle 
est surtout remarquable, parce qu'eiia fournit une preuve sans réplique 
de l'influence autant civilisatrice que religieuse que peuvent exei*eerlea 
missions et les missionnaires chrétiens. 

Je ne parlerai pas du charme que répand sur ce simple exposé, pour 
ceux qui ont eu, un jour, le bonheur de les entrevoir, révocation de quel- 
ques figures profondément sympathiques, de quelques religieux unissant 
à la modestie et à l'abnégation professionnelles l'esprit lé plus largement 
entreprenant, le plus hardiment initiateur: tels le Frère Talion, le 
F. Elias, le Père Cuehe, le P. Fiorovitch. le P. Abougit, le P. Rodet, — » 
tous dispams maintenant!— et tant d'autres, encore vivants, encoref 
travaillants, qui, soit comme directeurs du matériel ou des ouviîers e%- 
employés de i'in^primerie, soit comme éditeurs, soit comme écrivains,, 
ont concouru ou concourent à la fondation et à la prospérité de l'étari 
blis3emen),. Mais, à no considérer que les faits, même en s'absti*ayant dé^ 
tout convenir pei'sonnel, comment refuser son. admiration à ceß pionniei^sT. 
qui, en peu de temps, avec de faibles ressources, dans un milieu tauüe-f 
ment prépaie, sont pai*venus à doter la Syrie d'ateliers typographiquea 
en situation de ne redouter désormais aucune concurrence 1 Comment 
méconnaître le mérite des hommes laborieux et intelligents qui oplr 
rempli et continuent à remplir de bons et be^ux livres, d'utiles put>lica-' 
tiens, non seulement les pay« de langue arabe, mais tous les milieux où[ 
cette langue est cultivée ? 

La liste serait longue, interminable, des ouvrages qui sont sortis des 
presses de l'Imprimerie Catholique et dont très souvent ses chefs mêmes 



&dÖ LE MÜSEON. 

avaient conçu l'idée et provoqué la composition. Il y en a dont le carac- 
tère est avant tout religieux ; il y en a, de plus amples et en plus grand 
nombre, qui sont simplement classiques, littéraires ou scientifiques : des 
grammaires, des vocabulaires et dictionnaires, des études philologiques, 
des choix de morceaux de littéi*ature, des i*ecueils poétiques, des éditions 
d'oeuvres anciennes ou inédites ou à i)eu près oubliées. Aux livres arabes, 
qui constituent le fond principal, sont venus s'ajouter quantité de livres 
syriaques et de livres finançais. 

Nommons seulement, parmi les périodiques, le journal •* Al-Bachir » et 
la revue « Ai-Machriq >•, tous les deux fort répandus ; et, en dehors des 
périodiques, la Version arabe de la Bible^ et le Madjàniy vaste Chresto- 
mathie arabe, la plus étendue, la plus variée, et sans doute la plus judi- 
cieusement composée et la plus méthodiquement graduée qui existe. 
Dans le Machriq, M. Ch. Nallino, professeur à l'Institut oriental de 
Naples, saluait, en 1900, « un des centres de culture les plus puissants de 
rOrient arabe ». C'est de la Bible arabe que M. Bolin, consul général de 
France à Constantinople, écrivait : » Ce livre fait grand honneur au 
talent littéraire et artistique de ses auteurs ; il peut figurer avec distinc- 
tion parmi 4es productions des imprimeries les plus justement renom- 
mées. » Et renchérissant sur ces éloges, le jury de l'exposition de Paris 
de 1878, en décernant une médaille d'or à la Bible de Beyrouth, proclamait 
que « l'impression de l'ouvrage et la beauté de ses caractères en faisaient 
une œuvre supérieure à toutes les publications arabes connues jusqu'à 
cette é|X)que ». 

On voit assez, par ces indications, que l'Imprimerie Catholique, entre- 
prise de missionnaires, est loin pourtant de renfermer son action dans les 
limites d'un prosélytisme étroit, d'une propagande qui ne s'exercerait que 
sur le terrain strictement et directement religieux ou moral. C'est en 
favorisant, en développant la culture générale qu'elle entend travailler 
pour le cliristianisme et pour les idées chrétiennes. Ai-je besoin d'ajouter 
que les Jésuites de la province de Lyon, qui l'ont créée et qui la dirigent, 
font en même temps œuvre de patriotisme éclairé I Deux de leui'S compa- 
triotes, dans un magistral ouvrage sur les Puissances étrangères dans 
le Levant, se sont plu à le i*econnaitre : •* Les Pèi*es Jésuites, écrivent 
MM. Vemey et Dambmann, ont, plus que toute autre congrégation, pro- 
pagé l'influence française en Syrie. Les vexations sans nombre qu'ils ont 
subies en Turquie d'Asie, la persécution politique dirigée contre eux en 
France, n'ont pu les empêcher de fonder des établissements qui ont 
répandu la langue française dans la contrée. L'Université Saint-Joseph, 
de Beyrouth, en pleine prospérité aujourd'hui, comprend quatre facultés. 
L'Imprimerie qui y est annexée est sans rivale au monde pour l'impres- 
sion des livres arabes «. 

Il n^y a lîen à ajouter à un semblable témoignage, 

J. FOROST. 



COMPTEIä RENDUS. 397 



Les Benou GAân^a, derniers représentants deTempire almoravide, 
et leur lutte contre Tempire almohade, par âlfbbdBel, pro- 
fesseur à la medersa de Tiemcen. (Publications de TËcole des 
lettres d'Alger. Bulletin de correspondance africaine ; tome 
XXVII). In-So de XXVIII.252 pages ; Paris, Ernest Leroux, 
1903. 

L'empire des Almoravides avait surgi au Maroc vers le milieu du 
XI<> siècle de notre ère. Avec une rapidité étonnante, il étendit sa domi- 
nation sur la plus grande partie de TAfrique septentrionale, sur toute 
TEspagno musulmane et sur les îles Baléares. Mais sa décadence devait 
être aussi prompte que son développement. Avec le siècle suivant, un 
autre groupe berbère, celui des Almohades, se leva, qui, en peu de temps, 
ravit aux premiers envaliisseui*s le fruit de leurs conquêtes. Vers U85, 
il ne restait plus aux partisans do l'ancienne dynastie que les Baléares. 

C'étaient les Benou Ghânya qui gouvernaient ces • lies oiientales ». 
S*y sentant alors directement menacés, sommés même, à plusieurs 
reprises, de se soumettre aux nouveaux maitres, ils ne virent de salut 
pour eux que dans une offensive hardie, et ils entreprirent de renverser 
le trône des Maçmouda. De là une guerre longue et acharnée, dont les 
phases diverses ne remplissent pas moins de cinquante ans et que M. A. Bel 
qualifie habituellement — on ne voit pas trop pourquoi, — de rébellion 
et de révolte. Deux chefs almoravides en soutinrent le poids : Ali ben 
Ghânya et son frère Ya^îa. Ali, qui, dès le début, avait transporté en 
Afrique le théâtre des hostilités et qui s'y était emparé de Bougie et des 
environs, périt au bout de trois ans. Yabia lui succéda et continua de 
1189 à 12.% une lutte d'abord heureuse, puis marquée de nombreux revers, 
mais poursuivie jusqu'à la fin avec une rare énergie. Il mourut, lui aussi, 
sans être parvenu à se substituer aux Almohades, à peu près cependant 
au moment où la puissance de ceux-ci s'écroulait, usée par de trop fortes 
et trop continuelles secousses. 

M. A. Bel a consacré à l'histoire de ces batailles, de ces sièges et de ces 
razzias une étude très consciencieuse et d'une réelle valeur scientifique. 
Son premier chapitre est un rapide exposé de la chute des Almoravides 
en Espagne et dans le Maghrib, ainsi que des causes qui font produite. 
Le deuxième montre comment, dans ces circonstances, les Benou Ghânya, 
alliés par le sang aux souverains déchus, furent naturellement amenés à 
revendiquer leurs droits. Douze autres chapitres retracent en détail les 
péripéties sanglantes de ce duel tenace et mouvementé. 

Le mérite du travail de M. Bel tient essentiellement au nombre et à la 
qualité des sources où il a puisé, ainsi qu'à la manière dont il les a uti- 
lisées. Puisque les faits se sont déroulés dans l'Afrique mineure, il va de 

20 



598 LÉ MUSÉON. 

soi que les principales données seront fournies par les chroniqueurs 
musulmans. Parmi ceux dont il a été fait un plus fréquent usage, on 
remarquera *Abd el-Wäbid el-Marràkochi, Ibn el-Atsir, Et-Tidjàni, Ibn 
Khaldoûn, El-Qairowâni. A ces noms propres il faut ajouter une chro- 
nique du Maghtib et une histoire des Aimohades et des Hafçides sur 
Torigine desquelles on n*est pas seulement dxé. 

Les documents n*ont été employés ni sans critique ni sans méthode. 
Partout Tauteur s'est appliqué à peser et à tarifer exactement, d'après 
leur âge et leur provenance, la valeur des témoignages i*ecueiliis, à mettre 
en lumière le sens précis des passages cités, à contrôler les dates et les 
lieux indiqués. Pour arriver à démêler la vérité au milieu de relations 
pai'fois contradictoires, il a dû écarter nombi'e d'assertions suspectes, de 
pièces apocryphes ou insuffisamment justifiées ; mais il ne rejette rien 
qu'en exposant ses motifs. Par rapport à chaque point particulier, il 
s'est attaché à établir la concoitiance des indices rassemblés de différents 
côtés. Bref, il a voulu faire œuvre d'historien au sens plein et moderne 
de ce mot. 

Il ne s'est pas borné à coordonner et à consigner des faits, en tâchant 
d'en saisir et d'en faire saisir Tenchainement naturel ; il a ajouté, sous 
forme de notes, des renseignements géographiques sur les régions et les 
villes mentionnées dans son récit, pour en déterminer remplacement et 
l'orthographe véritable. En ce qui concerne les villes, il a rechei'ché dans 
les anciens textes l'historique des transformations qu'elles ont pu subir 
depuis le XI^ siècle ; car les unes ont changé de nom ou se sont modi- 
fiées, et d'autres ont complètement disparu. Pour cette partie, un grand 
nombre d'ouvrages géographiques ont été mis à contribution ; tels ceux 
d'ibn paoûqàl, d'Abmed Ben Abi Ya qoûb, d'El-Bekii, d'El-Idrîsi, d'El- 
Fezâri, de Yàqoût. 

M. A. Bel exprime lui-môme la crainte que son mémoire ne •• pi'ésente 
encore bien des lacunes », et il « avoue n'avoir pas toujours pu atteindre 
la certitude *. De fait, ses résultats restent sans aucun doute susceptibles 
d'être complétés et rectifiés moyennant la découverte de nouveaux maté- 
riaux. Mais il n'est que juste de reconnaître qu'il n'a rien négligé de ce qui 
était de nature, dans l'état actuel de nos connaissances, à faire autour de 
son sujet la lumière aussi pleine que possible. On pourrait plutôt lui 
reprocher, avec des apparences de raison, d'être tombé dans quelques 
longueurs. 11 semblera en plus d'un endroit avoir agi sous l'influence de 
ce principe, qu'abondance de biens ne nuit pas. Une partie de son « intix)- 
duction », celle où il résume l'histoire des Benou Ghânya, fait presque 
double emploi avec les deux premiei*s chapitres du mémoire. Parmi les 
notes marginales, qui sont erudites et nombreuses au point d'occuper 
souvent autant de place que le texte, quelques-unes ne touchent que 
d'assez loin au côté historique, et pourraient donc être regardées comme 
non indispensables, bien que toujours utiles et instructives. Mais pour- 



COMl>TES RENDUS« 599 

quoi prendre la peine de donner chaque date à la fois d'après Tère musul- 
mane et d'après Tère chrétienne ? Les arabisants n'ont nul besoin de cette 
répétition ou interprétation perpétuelle, et même pour le commun des 
lecteurs il eût suffi d'indiquer de temps en temps et pour les événements 
principaux Tannée correspondante de l'èro vulgaire. 

Dans un appendice, on trouvera, en texte arabe et en traduction fran- 
çaise, un extrait de la Rihla d'Ët-Tidjâni» qui a été spécialement utile 
pour ce travail. Il contient, relativement à la période et aux faits dont il 
s'agit, «< des renseignements relevés sur les papiers officiels ou sur des 
i*egistres de l'empire hafçide, et des récits de chroniqueurs appartenant 
au même temps et dont les œuvres sont aujourd'hui perdues ». 

La monographie de M. A. Bel est une excellente contribution à l'histoire 
de la domination musulmane dans l'Afrique septentrionale. 

J. Forget. 
*♦♦ 

AUitalienisches Elementarbuch von Berthold Wiese. Heidelberg. 
C. Winter. 1904, 320 p. 5. M. (Vol. IV de la Sammlung Roma- 
nischer Elemeniarlücher herausgegeben von W. Meyee-Lübks, 
I Reihe : Grammatiken. 

Tous ceux qui s'adonnent aux études de grammaire comparèe dans le 
domaine des langues indo-européennes, et en particulier, les philologues 
germaniques, savent l'utilité des petites grammaires publiées sous la direc- 
tion de M. W. Streitberg, le linguiste bien connu de Marbourg, dans la 
Sammlung Germanischer Elem^entarbücher. Le grand succès de ces 
volumes, d'un emploi tout indiqué dans l'enseignement universitaire, vient 
de décider M. W. Meyer-Lübke à prendre la direction d'une collection 
analogue pour les langues romanes, collection qui paraîtra aussi chez 
M. Winter à Heidelberg. 

Deux volumes ont déjà paru : le premier qui est une Introduction à 
V étude des langues romanes par M. W. Meyer-Lübke et le quatrième : 
Manuel élémentaire de V Ancien Italien par le Dr B. Wiese, professeur 
à l'université de Halle. On peut juger par ce dernier volume de l'excellente 
méthode adoptée pour ce genre de grammaires. Comme l'étude de l'ancien 
italien se fait en lisant des textes, on a pris comme pnncipe dans la partie 
phonétique de l'ouvrage de partir des sons italiens pour remonter aux 
divers sons latins d'où ils peuvent être issus. Cette méthode est évidem- 
ment très recommandable et c'est elle qu'il faut appliquer à l'étude des 
langues dont le prototype a disparu, p. ex. les idiomes germaniques. 
Toutefois, pour les langues romanes, la question est différente. Si nous 
ne connaissons pas toujours les substrats des mots romans dans le latin 
vulgaire, on peut dire cependant qu'en règle générale, ceux-ci coïncident 
avec des termes latins qui nous sont familiers à tous, plus familiers même 
que les mots du vieil italien ne le sont au débutant. D y avait donc lieu de 



400 LE MUSÉON. 

faire suivre le tableau ascendant d'un exposé des vicissitudes des divers 
sons latins dans les dialectes italiens. Ce n'est guère, en effet, que de cette 
manière que l'élève peut se graver dans l'esprit la marche générale de 
l'évolution qui transforma les sons latins. Les connaissances sont ainsi 
plus vivantes, plus synthétiques ; l'étudiant s'oriente mieux dans le dédale 
des sons. Quoi qu'il en soit de cette remarque, la partie phonétique est 
amplement développée dans l'ouvrage. Les exemples sont abondants, l'au- 
teur tient compte de nombreuses exceptions et des divers dialectes, et pour 
tous les cas un peu particuliers, il fournit la bibliographie du sujet. La 
moi'phologic et la syntaxe ne sont pas moins bien traitées et, dans cette 
dernière partie surtout, les exemples sont nombreux et bien choisis. La 
Chrestomathie contient 33 morceaux en vers et en prose. On a bien fait 
de respecter l'orthographe des manuscrits et des éditions critiques, mais 
y avait-il lieu de faire usage dans beaucoup de morceaux do Ys longue 
si incommode par sa ressemblance avec 1'/*? Il ne s'agit plus là d*oilho- 
gvaplie, mais de paléographie, et si l'on tient compte de cet ordre de faits, 
mémo en dépit de la facilité de la lecture, pourquoi résoudre les abrévia- 
tions et les ligatures ? 

Uindex, comprenant tous les mots cités dans l'ouvrage, est destiné à 
rendre l'emploi du manuel extrêmement commode et les sept pages de 
bibliographie en tête du petit volume permettront à quiconque veut 
s'initier à la linguistique italienne de s'orienter sûrement et rapidement. 
En un mot, faisant abstraction du léger desideratum exprimé ci-dessus, 
l'ouvrage est aussi complet qu'on peut le désirer et l'on doit féliciter 
M. B. Wiese d'avoir mis à la disposition des étudiants les fruits d*une 
longue pratique et de la lecture de livres et d'articles fort nombreux. 

A.C. 
»♦* 

Jean Capabt, Les Débuts de VArt en Egypte^ Bruxelles. Vromant 
et C^ 1904, 8% 316 pages, 191 figures. 

Il y a maintenant à peu près une soixantaine d'années que Richard Lep- 
sius entreprit son expédition en Kgypte, et fit connaître, entre auti'es 
résultats importants, la civilisation de l'Ancien Empire. Jusqu'alors on ne 
possédait que les noms de quelques Pharaons ayant régné pendant cette 
époque, mais, à cela près, on se trouvait dans une ignorance à peu près 
complète. La nécropole la plus étendue de ces dynasties, celle de (^izeh, 
n'avait guère été entamée. Champollion en disait dans ses lettres : « Il y 
a peu à faire ici, et lorsqu'on aura copié des scènes de la vie domestique, 
sculptées dans un tombeau, je regagnerai nos embarcations ». Les études 
de Lepsius furent plus fructueuses ; plus de 100 planches de ses Denkmae- 
1er contiennent des reliefs et des textes de l'Ancien Kmpire. Pendant le 
demi-siècle qui suivit ce voyage, les égyptologues s'empressèrent à com- 



COMPTES RENDUS. 401 

piéter son œuvre : Mariette augmentait le nombre des tombeaux connus, 
E. de Rougó en étudiait les inscriptions, Brugsch et Maspero en tiraient 
des faits intéi^essants. Mais, malgré tous ces travaux, on gardait Tirapres- 
sion qu'on ne pouvait pas remonter plus avant dans l'histoire de la vallée 
du Nil, qu'on se heurterait toujours comme à une barrière insurmontable 
aux temps des constructeurs des grandes pyramides. 

Ce ne fut qu'en 1895 que tout cela 'changea. Les découvertes de 
MM. Pétrie, de Morgan, Amélineau, permirent de soulever le voile qui 
couvrait jusqu'alors la période antérieure aux pyramides. De fait, on avait 
connu déjà avant eux des objets remontant à cette époque, mais on 
n'avait pas su les dater. On avait voulu classer ses silex dans l'Ancien 
Empire, et les produits de sa céramique passaient pour saïtes ou pour 
modernes. 11 va sans dire que la connaissance que nous avons aujourd'hui 
de cette période lointaine est loin d'être complète et que beaucoup de 
questions s'y rapportant restent à étudier. Ainsi, par exemple, on est 
d'accord que ces monuments datent d'un temps plus ancien que les pyra- 
mides, mais on peut se demander s'il faut limiter leur origine aux règnes 
des trois premières dynasties manéthoniennes, ce qui me parait le plus 
probable, ou s'ils proviennent en partie d'un temps encore plus ancien. 
Les découvertes se multipliant de jour en jour, ces doutes seront probable- 
ment bientôt éclaircis. En attendant» les matériaux dont la science dis- 
pose actuellement, sont déjà extrêmement nombreux ; mais il demeure 
difficile de se rendre compte de leur portée. Leur publication s'est faite 
au fur et à mesure qu'ils sortaient do terre, dans les rapport« sur les 
fouilles des sociétés anglaises ou des savants français et dans les péiiodi- 
ques les plus divers. Et de môme que pour ces éditions de documents, il 
manquait un guide pour faire connaître les travaux dans lesquels les 
égyptologues et les anthropologues avaient traité les questions se rappor- 
tant à leurs données. Cette lacune dans la littérature égyptologique vient 
d'être comblée d'une manière excellente par l'étude de M. Capart, laquelle 
a paru d'abord dans les publications de la Société d'Archéologie de 
Bruxelles, tomes XVII et XVIU. 

Avant de composer son volume, M. Capart a étudié avec le plus grand 
zèle les travaux scientifiques de ses prédécesseurs ; on ne pourra guère 
ajouter d'ouvrages essentiels à ceux qu'il cite. En outre, il a visité une 
longue série de collections, notamment celles de M. Pétrie, dans lesquelles 
la provenance exacte des différents objets était assurée par les notices de 
leur - inventeur ". M. Capart y l'assembla des notes précieuses et, en 
outre, une collection de photographies et de dessins des objets les plus 
intéressants. Les matériaux qu'il rapporta furent mis en ordre en vue 
d'un livre dans lequel il devait établir des vues d'ensemble. 

L'auteur commence par quelques considérations sur le développement 
de notre connaissance de l'époque en question et sur les débuts de l'art 
en général, suivant en cela les idées de M. Grosse. Le second chapitre 



402 LE MUSÉON. 

parle de la parure des premiers habitants de TEgypte, de la peinture et 
du tatouage des corps, de la coiffure et de la barbe, des divera ornements 
et des formes d*habits. Le troisième est consacré à Fart ornementaire et 
décoratif et à ses buts pratiques et surtout magiques. Couteaux et mas- 
sues, palettes et sceptres, vases en pierre et en céramique, sont décrits 
avec leurs décors, qui montrent des indications de paysage, des animaux, 
des êtres humains et des motifs plutôt ornementaux. Les marques de 
poterie, les signes hiéroglyphiques et les cylindres sont discutés dans cet 
ensemble. Un chapitre spécial s*occupe de la sculpture et de la peinture, 
des statuettes d*hommes et d*animaux, des instruments magiques, des 
bestiaux, des maisons, des nombreux graffitis et des rares peintures mu- 
rales. Le cinquième chapitre passe aux plus anciens monuments datés 
directement par des noms royaux ou appartenant à des groupes qui peu- 
vent être datés par le règne d'un Pharaon déterminé, comme des palettes 
et massues votives, une série de stèles et de statues d'ordre piivé. Vers 
la tin sont décrites les statues royales jusqu'à la belle statue en ivoire de 
Cheops. Le sixième chapitre donne le peu que nous sachions sur la danse, 
la musique et la poésie ; le chapitre septième ajoute quelques conclusions 
historiques. Une table alphabétique très complète et une table des illus- 
trations très nombreuses, instructives et bien choisies qui ornent le livre, 
en forment la an. 

En écrivant, M. Capart s*est proposé un but purement scientifique. U 
ne s'est pas laissé séduire par une habitude malheureusement bien répan» 
due parmi nos confrères en égyptologie, qui cherchent à produire des 
hypothèses paraissant de prime abord bien spirituelles, mais reposant 
sur des preuves plus que fragiles. M. Capart a voulu donner et il donne, 
en effet, des faits certains et, lorsqu'il so voit forcé à formuler une hypo- 
thèse pour expliquer ces faits, il a soin d'avertir le lecteur de ce qui est 
sûr et de ce qui demande encore des preuves formelles. Les faits sont 
arrangés d'une manière parfaite et se groupent dans un cadre clair et 
net. Dans son ensemble, le livre fournit un guide sûr par toutes les études 
scientifiques et par tous les documents monumentaux se rapportant à 
l'époque quii traite ; il ajoute de plus des remarques ingénieuses. C'est le 
meilleur travail existant jusqu'à présent sur la civilisation des premiers 
habitants de la vallée du Nil, un ouvrage qui fait avancer réellement et 
de beaucoup la science. Tous ceux qui s'occupent de l'Egypte et de l'his- 
toire ancienne sauront gré à M. Capart de son excellent travail et des 
riches informations qu'ils puiseront dans son livre. 

Bonn. A. Wisdeocann. 



REVUE DES PERIODIQUES. 



The American Journal of Philology, XXIV, 4 et XXV, 1 
(Whole 96 et 97) : 

P Character 'Drawing in Thucydidcs by C. Foster Smith. 

Thucydide est sobre d'appréciations sur les hommes et les 
choses. Ed fait de caractères, il n'appuie guère que sur Périclès, 
Brasidas, Cléon. Nicias et quelques autres hommes marquants. 
M. Foster Smith rassemble les traits avec lesquels Thucydide a 
dépeint ces personnalités et conclut que dans ces portraits Thucy- 
dide fut un grand maître, moins par ce quM dit que par ce quUl 
laisse dire aux faits eux-mêmes. 

2" Temporal Sentences of Limit in Greek by B. L. Gildbbslebvb. 

Diverses remarques sur la construction de &o)ç, Öfpa, ìgtz en 
rapport avec l'article de M. Fuchs (A. J. P. IV, 416). 

3" Livy's Use of-arunt^ -erunt, -ere by E. B. Lease. 

Tite-Live use surtout de la finale -eie dans les six premiers 
livres où la langue a un cai-actère plus archaïque. M. Lease au 
cours de son investigation a constaté que les renseignements sur 
l'usage de Tite-Live dans la Formenlehre de Neue ne sont pas 
suffisants. 

4° Studies in Superstition by Riess. 

M. Riess attire l'attention sur quelques allusions aux super- 
stitions populaires dans Pindaro et Théocrite et dresse un index de 
tous les passages intéressants à ce point de vue. 

5° The Nominative of the Perfect Participle of Deponent Verbs 
in Livy by R. B. Steele. 

6° History of the Use of éòcv and àv in Relative Clauses by 
S. Langdon. (Dans le Nouveau Testament.) 



404 LE MUSÉON. 

7** Cacophony in Juvenal^ Horace and Persius by F. M. Austin. 

(Répótitions des mêmes syllabes comme ridet et, sibilat at, etc.) 

8° On sonie alleged Indo-European Languages in Cuneiform 
Character by M. Bloomfield. 

M. Bloomfield sc refuse à admettre Torigine indo-européenne du 
langage des Kissiens, des Mitanis et des Arzawas. 

9<* The historical Attitude of Livy by R. B. Steelb. 

10" Greek Ostraka in America by E. J. Ooodspeed. 

Les textes édités par M. Goodspeed sont ceux des ostra ca les 
mieux conservés des collections Haskell et Field et seize de la 
collection Hay nés. 

11® The Apodosis of the Unreal Condition in Oratio obliqua in 
Latin by Glanville Tebbell. 

Les recherches de M. G. T. dans les auteurs de la meilleure 
époque Font amené à conclure que les Romains ne distinguaient 
pas dans Voratio obliqua entre Tirréel présent ou passé. Le parti- 
cipe en 'Urus avec fuisse est seul usité dans cette construction. 

12® Da^va is deva ; aSa is arSa, etc. by L. H. Mills. 

M. Mills qui dans cette même revue (Nov. 1903) a défendu 
Topinion qu^en beaucoup de situations le signe f{j doit se lire ya 

et non e, croit devoir lire aussi deva pour daçva. Va de la 
diphtongue ne devait servir qu'à prévenir le lecteur de lire e et non 
ya^ le signe ayant ces deux valeurs. De même, >^ devrait souvent 
se lire rS. 

13® The Vocative in Aeschylus and Sophocles by J. Adams Scott. 

L'interjection w se joint au vocatif des participes, des noms 
abstraits, des adjectifs sans substantifs, et là où la métrique l'exige. 

La Revue de l'Histoire des Religions. T. XLIX, n^' 1 et 2 : 

1® Le shinntoïsme par M. Rbvon. 

Étude sur la religion nationale japonaise jusqu'ici assez mal 
connue. M. Re von dans ces deux premiers articles traite princi- 
palement de Torigine des dieux. II s'efforce d'établir que le 
shinntoïsme fut primitivement naturiste et ne se transforma en 
animisme que par une évolution postérieure qui n'effaça jamais la 
nature première du culte japonais. 



REVUE DES PÉRIODIQUES. 405 

2° Comparaison de quelques mythes^ relatifs à la naissance des 
dieux, des héros et des fondateurs de religions, conférence par 

L. DE MlLLOUÉ. 

3* Les derniers travaux de M. Sabatier sur Vhistoire franciscaine 
par P. Alphandeby. 

On sait que dans sa Vie de saint François d'* Assise et dans des 
travaux subséquents, M. Sabatier a appliqué à Tétudo des origines 
de Tordre des Franciscains une méthode historique rigoureuse et 
éclairée qui a donné des résultats remarquables. Il établit que le 
Speculum Perfect ionis est d'un intérêt absolu comme œuvre ha- 
giographique et possède une grande valeur pour Thistoire générale 
de Tordre. Un résultat notable des recherches de M. Sabatier est 
de montrer le bien-fondé des prétentions des Franciscains quant à 
Toctroi à leur ordre par le pape de Tindulgence de la Portioncule. 
M. Sabatier a édité un nombre considérable de documents relatifs 
à la vie du grand saint d^ Assise. 

4" Le dieu Thammouz et ses rapports avec Adonis y\i^r C. Vellay. 

Le lien entre ces divinités est étroit. Il faut en revenir à la 
confusion des deux noms et élargir les limites assignées par Renan 
au culte de Thammouz. 

5** Milky Moloch^ Melqart, par R. Düssaud. 

L^existence du dieu phénicien Milk ne repose sur aucun témoi- 
gnagne. C'est une hypothèse plutôt gênante. 

6° M. -ff. Schäfer et Vorfèvrerie de Vancienne Egypte par 

G. FOUOART. 

M. Foucart donne un compte- rendu détaillé du récent ouvrage 
de M, H. Schäfer : Die altägyptischen Pruntgefässe mit aufge- 
setzten Randverzierungen et émet diverses remarques quant aux 
théories de M. S. relatives à la perspective conventionnelle des 
Égyptiens dans leur ornementation. 



CHRONIQUE. 



Voici vingt-cinq ans que M. Guimet fondait à Lyon le musée 
ethnographique qui devait prendre des proportions si considérables 
et devenir à Paris, sous le nom de Musée Guimet^ un grand musée 
national français. A Toccasion do ce jubilé, a paru un élégant 
petit volume où Ton trouve notamment une table des matières de 
tous les volumes parus des publications du musée {Annales du 
Musée Guimet^ Bibliothèque d'Études^ Bibliothèque de vulgarisa- 
tion^ Hevue de V Histoire des Religions)^ une liste des donateurs 
d'objets de collection ou de livres pour la bibliothèque, des 
collaborateurs du muséa, et une notice historique sur Tinstitution 
depuis son transfert à Paris. M. Guimet expose, lui-même, en 
tète du volume, d'une manière circonstanciée et humoristique, 
comment il fut amené à réunir des antiquités égyptiennes et à 
entreprendre ensuite des voyages de plus en plus lointains pour 
grossir ses collections qui ne tardèrent pas à dépasser en impor- 
tance tout ce quUl avait pu prévoir. Il anronce que le Musée 
Guimet va entreprendre, à Toccasion de son jubilé, la publication 
d'une Bibliothèque d'Art. 






Le Ì4* Congrès International des Orientalistes se réunira à 
Alger en 1905, pendant les vacances de Pâques, le comité ayant 
pour président M R. Basset et pour secrétaire M. £. Doutté. La 
session du congrès coïncidera^vec la réunion des sociétés savantes 
de France qui se tiendra aussi à Alger. Le comité organise plusieurs 
excursions intéressantes. Le congrès comprendra sept sections 
(langues aryennes, sémitiques, musulmanes, égyptiennes et afri- 



CHRONIQUE. 407 

caiûos, de rExtrême-Orient, Archéologie africaine et Art musul- 
man) (i). 

La commission a décidé de reprendre la publication des Actes 
du Congrès qui avait été interrompue à la dernière session. 

M. Obcab MoNTEiiiüs, directeur du Musée de Stockholm, vient 
de consacrer un volume à Texposé de sa méthode de chronologie 
préhistorique. Celle-ci est* aussi simple que rigoureuse et repose 
sur quelques vérités élémentaires. M. Montelius insiste surtout 
sur ce fait que révolution locale d^un type est toujours lente et 
progressive, et qu^on doit en archéologie faire abstraction de Tini- 
tiative individuelle. 

— MM. A. Engel et P. Paris ont exécuté à Osuna, l'antique 
Ursao, des fouilles qui ont conduit à la découverte d'intéressants 
monuments appartenant à l'antiquité ibérique. Ce sont des blccs 
de pierre portant des sculptures grossières, guerriers aux casques 
chevelus, aux longs boucliers analogues à ceux des Gaulois, com- 
battants armés de la rondache ibérique, scènes religieuses, etc. 

— V Annual Report offhe Smithsonian Iftstitution pour 1902, 
paru en 1904 contient : P Une étude do M. Otis Tufton Mason 
sur la vannerie indigène d'Amérique (Aboriginal American Bas- 
hetry-Studies in a textile art without machinery) avec 248 planches, 
fort bien exécutées, donnant des spécimens de paniers des deux 
Amériques. 2® Un mémoire de .Vf. Leonhabd Steyneqeb sur les 
reptiles de Porto-Rico (The Herpetohgy of Porto-Rico). S* Une 
note de M. F. Veenon Coville sur le Wokas^ a primitive Food 
of the Klamath Indians. 

— M. V. BÉBABD vient de faire paraître le second volumei 
aussi considérable que le premier (600 pages) de son long ouvrage 
sur Les Phéniciens et VOdyssée. On connaît la thèse de l'auteur. 
L'Odyssée est un périple do marins phéniciens, transformé par 
un poète Imaginatif qui anthropomorphise les écueils et les rochers. 

(1) La cotisation est de vingt francs. On s'inscrit soit auprès du tréso- 
rier du Cîomité d'Organisation, M. A. David, au Palais d'hiver, à Alger, 
soit chez M. Leroux, libi*aire correspondant, 28, rue Bonaparte, Paris« 



408 LE MUSÉON. 

Les noms do lieux n^ seraient souvent que des traductions grecques 
de dénominations phéniciennes Par l'intermédiaire des Phéniciens, 
des traditions égyptiennes telles que celles des Champs-Elysées 
auraient pénétré en Grèce et particulièrement dans le mondo 
homérique. M. W. A. Rambay {Classical Review XVIII. 3) fait 
ses réserves sur la thèse de Tauteur, mais rend hommago à ses 
efforts pour fournir « a guidebook » des régions où se déroule le 
voyage d'Ulysse et pour mettre toujours lo poème en rapport avec 
la géographie, tout en regrettant que Tautour n'ait pas vu toutes 
les localités dont il parle avant de les faire intervenir dans son 
étude. 

Ceux qui dans un but pratique ou scientifique, s'adonnent à 
l'étude des dialectes modernes de l'Inde accueilleront avec satis- 
faction les nouvelles publications du Linguistic Survey of India 
dont lo volume V. 1. a paru : Indo-anjan^ Family^ Eastern Group. 
Les autres volumes traiteront des idiomes tibeto-burmans (IIL 2. 3), 
beharis et oriyas (V. 2) Mon, Kmer et Tai (II), etc. 

Un accueil aussi favorable est réservé à la Mundari Grammar 
du Rev. J. Hoffmann, puisquo c'est le meilleur ouvrage qui ait 
paru jusqu'ici sur les idiomes kolariens. On sait que ces langues 
agglutinantes, placées entre les parlers dravidiens et indo- 
européens, ne sont apparentées ni aux uns ni aux autres et possè- 
dent une grammaire extrêmement compliquée. 

Dans le domaine des langues littéraires de l'Inde, signalons que 
M. T. GiEBLEB publie un mémoire sur les patronymiques sanscrits 
(Die Patronymica im AU- Indischen). Il emprunte aux Brâhmanas 
et aux Upanisads un grand nombre d'exemples, les répartit en 
quatre classes conformément au système de Panini et en étudie la 
formation avec remarques grammaticales. 

Les étudiants qui veulent se consacrer aux études sur le Boud- 
dhisme sauront gré à M. Victob Henry de leur avoir facilité la 
besogne du début en publiant un Précis de Grammaire Pâlie, 
faisant suite à ses Éléments de Sanscrit classique. Les formes 
pâlies y sont naturellement ramenées à leurs équivalents sanscrits 
et l'ouvrage se termine par un lexique pâli-sanscrit. M. V. Henry 



CHRONIQUE. 40d 

a eu soia de joindre à sa grammaire des textes gradués empruntés 
aux diverses parties du canon bouddhique. 

La philologie des dialectes tsiganes qui prend de Textension 
depuis quelques années vient de s'euricbir de l'important ouvrage 
de M. F. FiNCK (Lehrbuch des Dialekts der Deutschen Zigeuner), 
qui a pour but d'initier en peu de temps h la connaissance de 
ridiome des Tsiganes d'Allemagne, sans se préoccuper de rappro- 
chements linguistiques. Cette étude se fait remarquer par le grand 
soin donné à la représentation phonétique des sons. 

M. £. II. Edwards présente comme thèse doctorale à la Sor- 
bonne une Étude phonétique de la langue japonaise où il faut sur- 
tout remarquer un essai de notation des nuances de la prononciation 
japonaise courante actuelle. Il y trouve les mêmes lois phonétiques 
que dans le japonais classique et établit avec certitude l'existence 
d'un accent. 

M. Edmond Doutté a publié comme extrait de son ouvrage : ' 
« Voyages d'études au Maroc n une intéressante petite étude sur 
Les tas de pierres sacrés et quelques autres pratiques connexes 
dans le sud du Maroc. L'usage des voyageurs de grossir d'une 
pierre des amas amoncelés par ceux qui les ont précédés dans le 
même endroit, se rencontre en bien des régions et était déjà 
représenté dans l'antiquité par la coutume des ep[jLa)ceç. M. Doutté 
après avoir signalé cette coutume au Maroc, en tente une explica- 
tion. Les « mannlis n au sommet des monts signifieraient que les 
voyageurs en jetant la pierre, se déchargent de leur fatigue et la 
terre des cLamps suspendue aux arbres dans de petits sacs aurait 
pour but d'éloigner tout ce que ce champ pouvait contenir de 
mauvais. 

M. UsENER en rendant compte de l'ouvrage de M. Doutté dans 
V Archiv für Religionswissenschaft VIL 1. p. 275 reconnaît que 
souvent le désir do se débarrasser d'un mal a inspiré l'usage du 
jet des pierres, mais il ne peut admettre l'explication de M. Doutté 



^lO LÉ NDSÉON. 

pour les maanlis des sommets et voit dans les sacs de terre une 
dédicace du cbamp à la divinité. — Voir Tarticle de M. Chauvin 
dont il a été rendu compte ici-même, 

— M. C. M. Kaupmann (Die Sepulcralen JmseitsäenkmäUr 
dtr Antiken und des Urchristentums) analyse les inscriptions des 
tombes chrétiennes des premiers siècles et les compare à celles des 
païens de la même époque. L'ouvrage est accompagné de planches 
artistiques. 

— M. Paul Hebeman qui a publié en 1891 une Deutsche Mytho- 
logie, vient d^éditer sous le titre de Nordische Mythologie in 
gemeinverständlicher Darstellung un traité de vulgarisation de la 
mjthologie scandinave. 

— M. Gh. Renbl étudie le culte des enseignes dans Tarmée 
romaine (Les Enseignes, Lyon et Paris 1903). Les enseignes à 
représentations animales telles que le loup, le cheval, le sanglier, le 
minotaure et Taigle, seraient diaprés M. Renel les restes d^anciens 
cultes totémiques propres aux tribus du Latium et de la Campanie. 
M. Caonat, en analysant cet ouvrage dans la Revue critique 
38 p. 485 exprime sa défiance contre le postulat de M. Renel que 
« les sauvages modernes nous renseignent sur Tétat d^esprit des 
hommes d'autrefois » et se plaint de divers défauts de critique 
dans la méthode de l'auteur. — Dans un ordre de faits analogue, à 
propos d'un ouvrage de M. F. Sabbb sur les étendards de Tancien 
Orient (Beitr. z. ait. Gesch. Ill, 3, p. 333), M. C. H. Bsckeb 
insiste dans Arch. f. Relig. wiss. VII, 1, p. 276 sur Timportance 
des étendards au point de vue de Thistoire des religions. Deux évo- 
lutions y sont à considérer : celle des couleurs, représentant, sans 
doute, celle des planètes, et celle des symboles, le drapeau étant 
primitivement le dieu lui-même et devenant ensuite son symbole. 

— Dans les Sacred Books of the East, M. Thibaut donne une 
traduction du Commentaire de Râmânuja sur les Vedânta-Sûtras ; 
il y déploie une patiente érudition. Râmânuja est un philosophe 
théiste, contrairement à l'autre commentateur Çamkara, stricte- 
ment moniste, et Ton constate aussi dans les détails de nombreuses 
différences d'interprétation entre ces deux philosophes. 

— M. H. Goodwin Smith dans V American Journal of Theology 
Vili, 3, p. 487 étudie le dualisme mazdéen, de nature surtout 



CHRONIQUE. 4il 

éthique et s'efforce de le rattacher au dualisme naturalistique 
babylonien tel qu'il apparaîtrait dans la lutte entre Marduk et 
Tiamat. 

— La question des influences réciproques du judaïsme et da 
parsisme a donné lieu depuis longtemps à des opinions fort diver- 
gentes, déterminées surtout par la date plus ou moins ancienne que 
Ton assigne à TA vesta. Le sémitisant bien connu, le R. P. Lagrange 
agite la question daos un article de la Revm biblique (1904, 1 et 2). 
Il regarde les gâthâs comme se rattachant à une réforme relative- 
ment récente de la religion nationale des Perses sous une influence 
probablement étrangère. La prédication des gâthas a pour centre 
ridée d'un royaume de Dieu attendu comme chez les Juifs, mais 
nouvelle chez les Perses, cette conception est, chez les Juifs, le 
résultat d'un développement naturel et propre, de telle sorte que 
sHl y a emprunt, c'est du côté éranien qu'il se serait produit. Le 
P. Lagrange regarde les autres rapprochements qui ont été faits 
entre le parsisme et le judaïsme comme n'établissant pas d'une 
manière convaincante qu'il y ait eu une influence réciproque 
appréciable. 

Dans le domaine des textes évangéliques apocryphes^ il y a lieu de 
mentionner d'abord Tétude de M. Révillout dans l<i Revue biblique 
1904 n® 2 et 3, sur VEvangile des douze apôtres^ récemment décou- 
vert. Il on parcourt les divers passages en le mettant en regard des 
passages correspondants des évangiles canoniques et montre com- 
ment ils s'éclairent réciproquement en plus d'un point. Le docu- 
ment serait du commencement du IP siècle. « L'œuvre constitue 
« une des plus intéressantes découvertes qu'on ait faites dans le 
« terrain biblique. Il sera désormais impossible de s'occuper d'étu- 
« des de critique et d'exégèse sur le Nouveau Testament sans en 
« tenir compte. » 

— D'autre part, M. C. Schmidt, privat-docent à Berlin, est 
arrivé après cinq années de patient labeur à reconstituer el à 
publier le texte copte, qui était inconnu jusqu'ici des Acta Pauli. 
II étudie le texte à tous les points de vue avec une critique très 
rigoureuse et assigne le second siècle comme date de la composition 



4*1^ L£ MUSéON. 

des TcpàÇctç IlauXou de la tradition chrétienne dont le texte copte 
est vraiment une traduction fidèle. Cet écrit se base sur les 
TupàÇeiç à7uo(rr<iXo)v en amplifiant les faits et défigurant les person- 
nages. 

— Quant à M. Laoaü, il donne une édition critique des Fro^en^s 
éPévangil^ apocryphes coptes de la Bibliothèque Nationale de Paris. 
Go sont notamment des morceaux des Acta Piloti^ de V Apocalypse 
de Barthélémy^ des feuillets se rapportant à la fin de la vie de Jésus 
et à l'établissement de Pierre comme chef des apôtres. 11 est à ce 
propos curieux de constater les expressions très fortes qnVmploie 
le pseudo-évangélisto à propos de la primauté de St Pierre. Il 
semble pressentir presque le dogme do Tinfaillibilité. 

— Quant aux textes canoniques, les récentes études sur le 
Quatrième Evangile^ font Tobjet d'un important compte*rendu de 
M. L. DB ÜBANDMAIBON daus la Bévue biblique 1904, p. 301. 
Il analyse d'abord le travail si considérable de M. Loisy (960 pages) 
constituant un commentaire précédé d^une longue introduction. Il 
critique l'hypothèse de cet auteur qui fait du quatrième évangile 
un livre essentiellement symbolique et mystique, dû à un chrétien 
de la troisième génération dont il exprime les idées sur le christia- 
nisme. Jean ne joue dans l'histoire de cet évangile qu'un rôle 
symbolique. — M. db Gbandmaibon s'efforce de démontrer, au 
contraire, que le témoignage intrinsèque désigne St Jean comme 
l'auteur de cet évangile. La personnalité du pseudo-Jean do 
M. L. ne s'explique pas. Le commentaire de M. L. vaut mieux 
que son introduction. L'auteur y fait preuve de pénétration 
critique et d'érudition ; malheureusement la conception allégo- 
risante influe sur le commentaire. — M. d. G. analyse ensuite 
l'ouvrage du R. P. Calmes (Uévangile selon S* Jean^ traduction 
critique^ introduction et commentaire). Ce dernier voit dans le 
4^ évangile un évangile spirituel c'est-à-dire doctrinal, théologique, 
métaphysique. Il est écrit par l'apôtre S* Jean et renferme des par- 
ties allégoriques à côté d'autres qui sont historiques. M. J. Dbum- 
M0ND(^^n Inquiry into the Character and Authorship of 4^^ Gospel) 
contrairement à son opinion ancienne, admet l'autheuticité du 
4^ évangile qu'il prouve par les critères externes et internes. Cer- 
taines données de l'évangile seraient d'après lui historiques, d'autres 



CHRONIQUE. 415 

représenteraient plutôt une interprétation de l'histoire. Cette étude, 
dit M. D. G., manque un peu d'équilibre et la part faite à Tallé- 
gorie y est trop grande, mais la critique y est objective, modérée, 
sincère. M. d. G. examine, enfin, la P partie (seule parue) de Tou- 
vrage de H. M. Stanton : The early use of the Gospels « véritable 
introduction à l'étude des Évangiles, livre bien imprimé, clairement 
rédigé, presque complet, conservateur sans parti-pris, suggestif de 
nouvelles hypothèses ». 

Sa Béatitude Mgr Rahmani, patriarche des Syriens catholiques 
a fondé à Gharfé une imprimerie bien montée et inaugure une série 
de publications de manuscrits {Studia syriaca) dont le premier 
fascicule vient de paraître avec des fragments de S^ Ephrem, de 
Jacques d'Edesse, de S* Isaac, etc. et un curieux morceau que 
Mgr. Rahmani croit d'origine païenne. 

— L'histoire d^HeracUtis par l'évèque arménien Séboos est un 
document historique important à cause des renseignements qu'il 
donne sur la conquête de la Perse par les Arabes. Carrière en 
avait commencé une traduction que la mort lui fit interrompre. 
11 faut louer M. Macleb d'avoir tenu à achever l'œuvre à peine 
ébauchée de son maître en donnant de ce texte intéressant une 
traduction annotée et munie d'index. 

— Au point de vue de l'histoire de l'église grecque, les nom- 
breux monastères de Mont Athos ont, comme on le sait, beaucoup 
d'importance. Aussi, doit-on signaler l'ouvrage du diacre Cosmb 
VlachOS ^*il ;(sp(y(5vyj(j^ç toO àyiou Opouç "Aôw xal al év auTT (xoval 
)tai ol [jLova^ol TraXat ts aixX vOv) où l'on trouvera un aperçu histori- 
que sur chaque monastère avec une notice sur leur situation 
actuelle, leurs bâtiments, leurs bibliothèques, etc. 

— Parmi les volumes récemment parus du Corpus Scriptorum 
Christianorum Orientalium^ il faut noter à cause de son impor- 
tance pour l'histoire du christianisme en Egypte, l'édition entre- 
prise par M. C. F. Seybold de VHistoria Patriarcharum Alexan- 
drinorum de Severus Ben el Moqaffa', dont le premier fascicule 
vient de paraître. 

— Un travail relatif à l'écriture sainte qui mérite ici une mention 

n 



4Ì4 LE MUSÉON. 

bien qu'il n'ait qu'un intérêt théologique, c'est la première édition 
des Commentarii in Job du bienheureux Albert le Grand, restés 
jusqu'ici inédits et que M. M. Wsiss vient de faire imprimer chez 
Herder, à Fribourg, d'après cinq manuscrits dont il donne de 
bonnes phototypies à la fin du volume. 

* * 

Le code d'flammourabi continue à être l'objet d'éditions et 
d'interprétations. Le P. Scheil après sa grande édition, vient d'en 
donner une édition populaire, tandis que M. StaniiEY A. Cook 
étudie les rapports entre ce code et celui du Pentateuque et que 
M. D. H. Müller, plus hardi, pousse la comparaison non seule- 
ment avec le Pentateuque mais même avec la loi des XII tables. 
Il prétend trouver le même groupement systématique dans les 
séries de lois. 

Dans les Mémoires de la Délégation en Perse V., le P. Schsil 
publie un second volume de textes élamites-anzanites. Entre 
autres résultats, il parait avoir établi que Hammourabi régna vers 
2050. 

— Les Assyriologues verront avec plaisir la publication d'une 
Clavis cuneorum par M. G. Uowabdy. Dans ce lexique, les caractè- 
res assyriens sont munis de traductions latine, anglaise et alle- 
mande. L'ouvrage comprendra quatre livraisons dont la première 
(Ideogrammata praecipua) vient de paraître. 

— A la réunion du 8 avril de l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, M. Clebmont-Gamneaü affirme avoir lu sur des 
papyrus araméens trouvés en Egypte par M. M aspero, la mention 
de Tan 29 d'Artaxercès. 11 est donc certain que ces papyrus datent 
de l'époque des Achéménides. 

— A la séance du 22 avril 1904 de la même académie, M. Babe- 
LOK communique des monnaies qui donnent pour la première fois 
l'image d'Ëschmoun, divinité phénicienne, assimilée par les Ro- 
mains avec Esculape. 11 a Taspect d'un jeune homme debout 
entouré de deux dragons ailés. 



CHRONIQUE. 415 

V Archiv für Religionswissenschaft a subi cette année une trans- 
formation importante on ce sens que M. Acholis vient d^associer à 
la direction du périodique M. A. Dietrich, professeur à Heidelberg 
et quatre collaborateurs MM. Usener, Oldenberg, Bezold et Preus. 
La revue paraîtra en quatre livraisons comprenant trois sections : 
articles de fond, bulletin et chronique. Les bulletins seront rédigés 
par MM. Bezold, Nöldeke et Schwolly pour le domaine sémitique. 
M. Oldenberg s'occupera de Tlnde, M. Wiedemann de l'Egypte, 
M. Usener, Furtwäogler, Dietrich de l'antiquité classique, M. Kauff- 
mann des peuples germaniques tandis que l'ethnologie sera confiée 
à M. Preuss. Les religions celtiques, slaves seront traitées par 
MM. Sieburg, Javarsky et Deubner. 

Nous croyons être utile à nos lecteurs en leur fournissant quel- 
ques renseignements au sujet de la Faculté Orientale^ fondée en 
1902 à VUniversité /S* Joseph de Beyrouth. Elle s'adresse non 
seulement aux ecclésiastiques mais à tous ceux qui désirent pré- 
parer une carrière scientifique ou professionnelle et acquérir sur 
lea hommes et les choses de l'Orient les notions que seul un séjour 
un peu prolongé dans le pays même peut assurer d'une manière 
efficace, Aussi la Faculté s'est elle donné une organisation qui lui 
permet de joindre la pratique à la théorie. 

L^étude de la langue arabe est à la base de l'enseignement, ce 
que justifie tant l'importance linguistique et littéraire de cet idiome 
que son importance commerciale. 

Les cours sont répartis sur une durée de trois années et sont 
gradués de manière à faciliter, dès le début, l'initiation des étu- 
diants les plus étrangers aux études orientales. Los cours des 
deux premières années constituent par eux-mêmes un ensemble 
dont peuvent se contenter les candidats qui ne disposent que d'un 
temps restreint (i). 

(1) L*année scolaire s'étend du 11 octobre à la fln de mai, interrompue 
par quelques vacances de courte durée. 

Les étudiants sont admis sur la demande écrite faite au chancelier, 
accompagnée d'un certificat d'études secondaires et d'un extrait de l'acte 



416 LE MUSÉON. 

Le français est la langue ordinaire de renseignenaent. Celui-ci 
comporte comme cours obligatoires, outre l'étude des langues et 
des littératures arabes, syriaques, hébraïques avec exercices de 
grammaire, de composition ou de version, Thistoire, la géographie 
et Tarchéologie orientales. Les cours facultatifs traitent du copte, 
de l'arabe dialectal, des antiquités greco- romaines. 

Des excursions et voyages d'études facultatifs sont organisés 
pour les auditeurs désireux de poursuivre sur le terrain Tétude 
de Tarchéologie et de la géographie orientales. 

A la fin de la 3® année, un diplôme de fin d'études est délivré à 
Tauditeur régulier qui a subi un examen portant sur la totalité des 
cours suivis ainsi qu'aux auditeurs de deux ans qui en font la 
demande et peuvent justifier leur capacité à subir le même examen. 

Un diplôme de Docteur de la Faculté Orientale est décerné à 
celui qui, après avoir obtenu le premier diplôme, soutient une 
thèse écrite. 

— A côté de la Faculté Orientale de Beyrouth, VEcoU Pratique 
d'Etudes Bibliques et Faculté de Théologie du couvent dominicain 
de S* Etienne à Jérusalem est appelée à rendre les plus sérieux 
services à une nombreuse catégorie d'Orientalistes. II ne sera donc 
pas déplacé de mentionner ici les matières qui figurent au pro- 
gramme de l'année prochaine (1904 1905). Outre les heures con- 
sacrées à la théologie dogmatique et morale, au droit canon et 
à la philosophie, la faculté a organisé des cours de théologie 
biblique (R. P. Magnien), d'exégèse de l'Ancien et du Nouveau 
Testament (R. P. Lagrange et Janssen), de géographie de la Terre- 
Sainte, d'archéologie orientale (R. P. Savignac), d'histoire de 
l'Eglise (R. P. Vincent) et d'épigraphie assyrienne, phénicienne et 
araméenne (R. P. Abel), la plupart, comme on le voit, donnés 
par des personnalités aujourd'hui bien connues dans le monde 
savant. 



de naissance. Ils spécifient en outre s'ils seront auditeurs réguliers pour 
deux ou ti*ois ans ou auditeurs libres. L'inscription est de 200 francs. 

Le chancelier de la Faculté, le R. P. Cattin donne, sur demande, des 
renseignements complémentaires. 



CHRONIQUE. 417 

Dictionnaire Italien-Bulgare-Français^ publié sous les auspices 
de Mgr Doulcbt, évêquo de Nicopoli. — P' vol. (tome XXIX, 
1" de la 3° série des Actes de la Société Philologique) ; Paris, 
librairie C. Klincksieck, 11, rue de Lille, 1903. 

L'on sait quo la Société Philologique, organe de TŒuvre de S» Jérôme, 
poursuit un triple but, religieux, patriotique et scientifique. Elle se pro- 
pose, spécialement, de fournir aux missionnaires, les ouvrages dont ils 
ont besoin dans les langues des pays par eux évangélisés. C'est ainsi que 
la Société a publié déjà d'importants travaux dans l'idiome des Nagos de 
la côte de Guinée (Catéchisme, livre de messe, recueil de cantiques), qu'elle 
a donné un dictionnaire wagap-français-allemand-anglais suivi d'un 
vocabulaire français-wagap. Le wagap, en vigueur chez une partie des 
indigènes de la Nouvelle Calédonie, appartient à la branche mélanésienne 
de la grande famille malayo-polynésienne. Il semble d'ailleurs en voie 
rapide d'extinction aussi bien que le peuple qui le parle. Au train dont 
vont les choses, on ne pourra bientôt plus l'étudier que dans les Actes de 
la Société. 

En tout cas, on ne reprochera pas, sans doute, à cette dernière, de s'être 
par trop écarté de son programme en publiant sous les auspices de Mgr 
Doulcet, évéque de Nicopoli et non de Philippou, ainsi qu'il a été imprimé 
par erreur, le premier volume d'un dictionnaire italien-bulgare-français. 
Les slavisants lui reconnaissent le mérite d'être fort complet, de donner 
le plus grand nombre de mots possible. Il répond d'ailleurs à un besoin 
réel. Effectivement, aucun dictionnaire bulgare n'avait encore paru depuis 
la publication de celui de Bogdanowitch, devenu presqu'introuvable en 
librairie. 

L'on a, du reste, eu un motif sérieux de commencer par la partie ita- 
lienne. C'est que le clergé catholique de Bulgarie se recrute surtout en 
Italie. Lui faciliter les moyens de s'initier à la langue de ses ouailles 
devenait donc chose indispensable. 

La l«*« partie, seule imprimée jusqu'à présent, va de la lettre a presque 
à la fin de la lettre e et comprend environ 300 pages in 8. I^a seconde 
partie en constituera la suite au point de vue de la pagination. Reliées 
ensemble, elles formeront ainsi un volume d'à peu près 600 à 650 pages. 
Quant aux troisième et quatrième parties, elles seront destinées, elles 
aussi, à faire à la reliure, un seul et même volume. 

Le désir a été exprimé que cette publication soit suivie d'un voacbulaire 
français-bulgare. Nous croyons, pour notre part, la Société assez dispo- 
sée à donner le supplément en question. Rien toutefois ne peut encore 
être décidé d'une manière définitive à ce sujet. Il faut attendre la fin de 
la pi*ésente publication. H. C.